L’organisation d’une alliance

Notre dossier hivernal, consacré aux réflexions consécutives au coup de pied dans l’AUKUS a largement mentionné, ou au moins sous-entendu, les alliances. Il peut être intéressant de se pencher davantage sur ce qu’est une alliance entre pays, et principalement une alliance militaire, puisque l’aspect militaire semble être une des raisons d’être de l’AUKUS.

Selon le Larousse, l’alliance peut être une Union, accord intervenant entre des pays, des personnes, un Accord, union de choses de nature différente, ou encore l’Objet d’un traité consistant dans l’engagement d’entraide mutuelle de deux ou de plusieurs États et, par extension, nom de ce traité et, éventuellement, de l’institution qui en résulte. (Toutes les alliances ont officiellement un but défensif.) Du bric et du broc, en vous faisant grâce de la bague des époux et autres joyeusetés.

Source

Dans le cas qui nous intéresse, celui des alliances militaires, nous pouvons remarquer que deux définitions concernent vraiment notre sujet, celle du milieu étant un peu tirée par les cheveux. Quoique… Cela est fort bien, mais à part cultiver notre jardin, que pouvons-nous faire, munis de ces définitions ? Plein de choses, en fait, nous l’allons voir de ce pas.

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L’AUKUS : un regard depuis la Russie

Par Igor Delanoë

Directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe (Moscou)

Docteur en histoire

 

La création de l’AUKUS a pris par surprise experts et décideurs politico-militaires en Russie. Envisagée à travers le prisme de la confrontation avec la communauté euro-atlantique, cette alliance politico-militaire et industrielle revêt à court terme un caractère de dangerosité pour Moscou. A plus long terme, l’AUKUS pourrait toutefois bien se muer en menace pour la Russie sur son flanc Asie-pacifique. Il s’agit d’une région qui baigne l’Extrême-Orient russe, et dont Moscou a pu prétendre réinvestir la scène stratégique, sans que pour autant elle soit parvenue à y trouver sa place. En réalité, compte-tenu du niveau de tensions et des enjeux de la compétition sino-américaine qui y prend forme, le Kremlin semble préférer jouer en “deuxième ligne” tant il redoute les conséquences d’une crise dans laquelle il pourrait se retrouver entraîner. En tout état de cause, au-delà des défis que la Russie veut bien voir dans la formation de l’AUKUS, ce pacte pourrait cependant ouvrir des possibilités de coopération économique et militaro-industrielle entre Moscou et des pays de la zone Asie-Pacifique. Quant à la France, trahie par ses alliés, elle est jugée sévèrement et avec une certaine condescendance.

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L’hiver nucléaire débuta en 2101

10 septembre 2101

Manquant de glisser à l’entrée du Bureau Ovale délocalisé dans l’une des chaînes montagneuses d’Alaska, le conseiller à la sécurité nationale pénétra à toute vitesse en direction de l’imposant bureau présidentiel : « Monsieur le Président, nous avons un énorme problème. Un problème de sécurité vitale ! ».

(Source)

Levant son visage des nombreux parapheurs encombrant son bureau, le Président Donald J. Trump l’observa plusieurs secondes sans prononcer le moindre son. Continuer la lecture

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Zuma, X37B, USA-276 : des engins mystérieux en orbite… ou pas

Autant le dire tout de suite, la quantité d’information réellement exploitable de ce petit article risque d’être un peu limitée en raison du sujet digne d’un film de James Bond. Car il y a des engins qui tournent autour de la Terre, et dont on ne sait pas grand-chose. Le grand retour du Spoutnik, mais cette fois-ci en version américaine.

Citons par exemple la navette dronisée X37B (ci-dessous), qui est restée en orbite autour de la Terre pendant 718 jours afin de mener à bien une mission gardée secrète.

Si vous ne connaissez par la X-37, c’est normal puisque cette navette robotisée développée par Boeing et opérée par l’US Air Force n’a pas vocation à faire parler d’elle. Au départ, cet engin était un démonstrateur destiné à valider les nouvelles technologies notamment de décollage, et de rentrée dans l’atmosphère. Son premier lancement dans sa version actuelle baptisée X37B OTV (Orbital Test Vehicle) a eu lieu en 2010, depuis Cap Canaveral, et a donné lieu à sa mise en orbite basse – voir plus loin –  par une fusée Atlas V501.

La navette n’est pas très grande : elle mesure 8,38 m pour une envergure de 4,57 mètres, avec une masse totale à vide n’excédant pas 3,5 tonnes. C’est une mini-navette (même mode de rentrée, même architecture générale que la navette STS classique américaine aujourd’hui abandonnée), capable d’atteindre une orbite comprise entre 230 et 1 064 km d’altitude et dotée d’une autonomie de 470 jours.

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Et l’Amérique découvre la guerre au Sahel

Le 4 octobre dernier, quatre Bérets verts américains et cinq soldats nigériens trouvaient la mort dans embuscade dans le nord du Niger. L’affaire, d’abord passée presque inaperçue, prend depuis une ampleur grandissante. Le peuple américain (re)découvre la guerre en Afrique, et également l’engagement de leurs alliés français.


 Photo: des soldats américains des forces spéciales, pleurent leurs camarades tombés au feu au Niger – Gaston de Garden, AFP.

Les faits: le 4 octobre, des membres des forces spéciales américaines de l’US Army (les fameux “Bérets verts”) partent en mission dans le nord du Niger. Les 12 américains et 30 nigériens y sont alors pris en embuscade par des dizaines d’adversaires. Quatre américains et cinq nigériens trouvent la mort dans les premiers instants.

Tout ce que l’on sait à ce stade, est que les américains circulaient en pick up et non en véhicules blindés, et ont agi sans les français, aussi présents sur zone dans le cadre des opérations Sabre et Barkhane. Ce sont toutefois ces derniers qui ont dû intervenir avec des moyens aériens (chasseurs et hélicoptères) pour évacuer américains et nigériens.

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Make US Navy Great Again ?

Ce 9 novembre 2016 les électeurs américains élisent Donald J. Trump (1946 – …) en tant que 45e président des États-Unis d’Amérique. Le nouveau Commandant en Chef détient les prérogatives nécessaires pour décider du format et de l’emploi des forces armées américaines.

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© Christopher P. Cavas. À partir de la coque d’un LPD-17, Huntington Ingalls Industries propose à l’US Navy un croiseur de défense aérienne apte à lutte contre les missiles balistiques et portant 288 missiles ensilotés.

Il y a tout lieu de s’intéresser à ses propositions au sujet de la marine américaine. L’effort naval de Ronald Reagan est cité comme point de référence. Make US Navy Great Again ?

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Cinéma de guerre, guerre par le cinéma

Est née d’une fructueuse discussion avec mon camarade et complice Olivier Kempf, à l’occasion d’un jeu-concours à son initiative sur le cinéma de guerre, la réflexion que celui-ci pouvait être une forme d’influence particulière autant qu’un signal faible de projection de puissance internationale. En effet Olivier a remarqué que sur les films cités par les participants au jeu, la plupart – environ 80% – étaient américains.

Au-delà de cette réflexion sur l’américanisation, en surface du moins, du film de guerre, il appartient de faire une distinction entre le film « sur la guerre » et celui ayant la guerre comme toile de fond. L’objet et le décor se séparent ainsi, sans même parler de plusieurs autres variables comme le fait que la guerre évoquée appartienne à l’histoire nationale du pays producteur ou même l’époque plus ou moins lointaine à laquelle elle se situe.Cuirasse Potemkine

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L’Echo du mois avec Pierre Bellanger – De Skyrock à la souveraineté numérique

Pionnier des radios libres en France au début des années 80, Pierre Bellanger a créé Skyrock en 1986 qu’il dirige toujours. Éclectique et curieux, il est notamment à l’origine de la transposition du dispositif étasunien “Alerte enlèvement” en France en 2004, son attrait pour le multimédia puis le numérique vont l’amener à développer de nombreuses analyses et réflexions. Tribunes, interventions et ouvrages émaillent donc cette pensée singulière qui, face à l’hégémonie des USA et de ses GAFA [1], milite pour une reprise de “la souveraineté numérique” [2]. C’est dans ce cadre et, plus largement celui des problématiques en lien avec le numérique, que Pierre nous  a fait l’honneur de cet entretien.

Pierre Bellanger - EchoRadar 2015

Dans votre livre “La souveraineté numérique”, vous insistez sur l’importance pour un pays se voulant souverain de pouvoir créer à la fois un système d’exploitation et un résogiciel. La France n’a toujours ni l’un ni l’autre. Existe-t-il des pistes de sortie de cette impasse ?

Oui, la création d’un Commissariat à la souveraineté numérique, dépendant directement de Matignon, et dont la mission première serait la mise en œuvre du système d’exploitation souverain. Un tel organisme est complémentaire des administrations et compétences existantes. Sa structure comme son budget sont particulièrement légers. Il correspond, dans le principe et la volonté, à ce que fut le Commissariat à l’énergie atomique de l’immédiate après-guerre.

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