La stratégie russe de développement de l’intelligence artificielle

Ce texte est le fruit d’une collaboration entre Thierry Berthier et Yannick Harrel (membres d’EchoRadar). Il s’agit d’une étude exclusive relative à la publication par les autorités russes du document stratégique sur l’IA. Elle a été diffusée initialement sur The Conversation le 26 Novembre 2019

 

Vladimir Poutine lors de l’assemblée fédérale du 1er mars 2018 – Crédits photo Sputnik

Le 1er septembre 2017, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine énonça lors du discours de rentrée universitaire ces propos sentencieux :

« L’intelligence artificielle est l’avenir, non seulement pour la Russie, mais pour toute l’humanité. Cela présente des opportunités colossales, mais aussi des menaces difficiles à prévoir aujourd’hui. Quiconque deviendra le leader dans ce domaine deviendra le dirigeant du monde. »

L’oukaze (loi) fixant le cadre, les objectifs et les moyens du développement de l’intelligence artificielle en Russie a été promulgué près de deux ans plus tard, le 10 octobre 2019. Ce décret présidentiel s’inscrit dans une volonté politique plus large : garantir la souveraineté technologique de la Fédération de Russie. Une ambition qu’est encore venue illustrer la participation remarquée de Vladimir Poutine à la conférence sur l’intelligence artificielle tenue le 9 novembre 2019 à Moscou.

 

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5 ans d’Echoradar – La crise des cours du pétrole, 5 ans d’atermoiements économiques

Après quelques années d’euphorie des prix du pétrole à la fin de la décennie 2000 – le baril dépassant les 140 USD – les cours se sont brutalement effondrés en 2013-2014, provoquant une crise économique profonde dans un certain nombre de pays producteurs. Le passage – brutal – du baril de près de 100 à moins de 40 USD avec une stagnation longue des prix vers 45-60 USD, a mis en difficulté les producteurs bien sûr, mais aussi les grandes entreprises transnationales exploitant les hydrocarbures – majoritairement occidentales mais avec de plus en plus de grandes entreprises de pays émergents, au premier rang desquels la Chine – et, en bout de chaîne, les pays consommateurs, dépendants pour certains de leurs produits de la consommation des pays producteurs de pétrole.

 

A tout prendre ces cours bas n’ont été une aubaine pour personne, sauf quelques acteurs spécifiques, plutôt sur les marchés financiers d’ailleurs. Au-delà de ces impacts pour les uns et les autres, il importe de comprendre quelle mécanique a été à l’œuvre en ce domaine, tant du côté des producteurs que de celui des consommateurs.

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Lorsque le GRU fait l’Europe buissonnière

L’affaire avait défrayé la chronique en ce début du mois d’octobre 2018 : plusieurs agents du GRU (le service de renseignement militaire) auraient tenté en avril 2018 de pirater les communications de l’OIAC (Organisation d’Interdiction des Armes Chimiques) sise à La Haye. Capturés par le contre-espionnage néerlandais, ils ont été expulsés du pays non sans en médiatiser leur sortie, y compris avec photographies à l’appui. Un procédé extrêmement rare dans l’univers feutré du renseignement.

Cette occurrence n’en est pas moins le nouvel avatar d’une liste de griefs à l’encontre d’une agence bien moins réputée que ses homologues russes du secteur civil que sont le SVR et le FSB mais non dépourvue de moyens réels pour fomenter des opérations matérielles ou immatérielles à l’étranger.

Son nom a ressurgi avec insistance lors de l’affaire Sergueï Skripal, ancien agent dudit service passé au service d’une puissance étrangère, emprisonné dans des geôles russes, échangé contre des espions russes puis ultérieurement victime d’un agent neurotoxique en mars 2018 (le novitchok). Occasionnant par là même une crise diplomatique sérieuse entre le Royaume Uni et la Russie.

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Du fort au fou

La réunion de l’Assemblée générale des Nations-Unies de fin septembre 2018 restera probablement dans les annales de la diplomatie multilatérale. Point besoin de s’étendre ici sur le fond de ce qui a été dit, les commentaires acerbes pleuvent déjà depuis hier. Plus intéressantes sont les implications de ce jeu – plus réellement – diplomatique. La posture du Président des Etats-Unis semble ainsi de plus en plus dictée par ses humeurs – non pas que ce soit une découverte – et ses volontés. De fait, la diplomatie américaine, du moins celle incarnée par son chef et ses subordonnés immédiats, apparaît de moins en moins pondérée et, surtout, de moins en moins rationnelle. La part de l’affect qui semble guider D. Trump dans ses choix et ses discours pose toutefois un certain nombre de problématiques en termes de relations bi et multilatérales.

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Les deux vainqueurs de la Coupe du Monde 2018 : la France et la Russie

Comme une image prémonitoire, la vidéo de lancement de la Coupe du Monde 2018 par la FIFA affichait un joueur en joie juste au dessus du drapeau français.

Sans extrapoler davantage, la victoire des bleus a été l’achèvement d’une longue campagne débutée laborieusement le 6 septembre 2016 sur la pelouse du Borissov Arena au Bélarus par les finalistes de l’Euro 2016. Cette finale perdue quelques semaines auparavant fut considérée à ce titre comme un réel crève-coeur puisque le Portugal l’emporta sur une équipe généreuse, talentueuse mais encore trop tendre sur le plan tactique et l’efficacité de l’effort. La défaite agit néanmoins comme un accélérateur de maturité sur l’ensemble de l’équipe qui apprit de ses erreurs et canalisa sa fougue sous la houlette du sélectionneur-entraîneur.

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Un russe nommé Poutine d’Héléna Perroud

Le 17 avril 2018, le Président français Emmanuel Macron s’exprimait devant le Parlement Européen et mettait en garde l’hémicycle devant le défi autoritaire que posaient Erdogan et Poutine à l’Europe. Ce discours faisait notamment suite à une série de frappes aériennes en Syrie pour punir le régime de Bachar El Assad d’une supposée attaque chimique dans le quartier de La Ghouta tenu par les djihadistes.

 

Cette allocution démontrait que Poutine reste un repoussoir pour les représentants des démocraties occidentales, d’autant que sa réelection le 18 mars 2018 a laissé entrevoir une prolongation de son action politique pour six ans supplémentaires.

C’est à point nommé qu’arrive la publication d’Héléna Perroud, Un russe nommé Poutine, celle-ci souhaitant initialement répondre à ses interlocuteurs : « Qui est Poutine ? Est-ce que les russes l’apprécient réellement ? ». Cette collaboratrice de Jacques Chirac alors Président de la République et ancienne directrice de l’Institut Français de Saint-Pétersbourg s’emploie à travers 320 pages à répondre à ces questions gigognes.

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Le cyberespace dans le discours de Vladimir Poutine à l’Assemblée Fédérale du 1er mars 2018

Vladimir Poutine fascine autant qu’il irrite en Occident. Plus encore depuis les évènements survenus en Ukraine en 2014 suivis du rattachement de la péninsule de Crimée à la Fédération de Russie ainsi que par son rôle d’acteur incontournable dans la crise en Syrie.

 

C’est dans un contexte très tendu dans ses relations avec ses homologues occidentaux que le président russe en pleine campagne de réélection s’est adressé aux représentants des deux chambres ainsi qu’aux membres du gouvernement Medvedev. Ce discours, principalement axé vers les problématiques internes, fut calibré pour être capté par les oreilles de pays alliés mais plus encore par celles d’États en friction avec la Russie. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de revenir sur cette tribune de pratiquement deux heures : comprendre, plus qu’apprendre, ce que le Kremlin envisage pour l’avenir du pays sitôt le processus électoral achevé.

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Les constructions navales russes maintiennent le cap en 2017

La fin de l’année 2017 aura été rythmée par les informations concernant les priorités financières et industrielles du nouveau programme d’armement 2018-2027, faisant presque passer au second plan les retards dans la livraison de plateformes attendues parfois de (très) longue date. Pourtant, il y aura eu des admissions au service actif plus nombreuses en 2017 qu’en 2016, tandis que le tempo des mises sur cale s’est globalement maintenu. La nature des plateformes concernées évolue, avec la présence de plus en plus marquée d’unités de combat disposant d’un faible tonnage, mais ayant vocation à mettre en œuvre un armement puissant (missiles Kalibr). Alors, que faut-il retenir des constructions navales pour la flotte russe en 2017 ?

*ce bilan porte sur les forces sous-marines et les navires de combat. La construction des bâtiments de soutien logistique et de service n’est pas prise en compte, sauf mention du cas contraire.

Nouvelles unités en surface : tonnage en baisse, nombre en hausse

La marine russe aura reçu en tout 30 nouvelles unités au cours de l’année 2017, selon son commandant en chef, l’amiral Vladimir Korolev. Parmi elles figurent 8 unités combattantes (contre 3 en 2016) dont la plus importante est la frégate Amiral Makarov (Projet 11356M). Et encore, dans les faits, il s’agit d’un acte de recette signé par le MinDéf russe (in extremis) le 27 décembre 2017, au chantier naval Yantar (Kaliningrad). Le bâtiment rejoindra la flotte de la mer Noire d’ici le printemps 2018. La seconde plateforme est la corvette Sovershennyi (Projet 20380), livré finalement à la flotte du Pacifique, après 11 ans de construction dans les cales du chantier naval de Komsomolsk s/Amour. Cette corvette est le premier nouveau bâtiment de combat de surface versé à la flotte du Pacifique dans l’histoire de la marine russe contemporaine. Trois vedettes de patrouille de type Raptor (Projet 03160) ont été livrées par le chantier Pella (Otradnoe) : 2 pour la flotte de la mer Noire et une pour celle de la Baltique. Enfin, trois vedettes anti-saboteur de type Gratchonok (Projet 21980) ont été admises au service actif au sein de la flotte du Nord (2) et au sein de la flotte du Pacifique (1?).

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