Sur la route de Mars… littéralement

Excellent communicant et chantre de la nouvelle frontière propre à l’esprit américain [1], Elon Musk fit coup triple ce 6 février 2018 avec le lancement de la fusée Falcon Heavy [2] depuis Cap Canaveral (tout un symbole de la conquête spatiale) vers Mars.

 

Une réussite technique, une visibilité médiatique et des retombées économiques assurées : ce seront les fruits de cette démonstration mondiale.

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L’État : pourquoi?

 Rapide réflexion sur le rôle et surtout la justification de l’État, par une approche systémique. Pour atteindre cet objectif, il convient de revenir aux fondamentaux : à quoi sert l’État?

 

Réponses :

  • à garantir l’intégrité physique de ses administrés
  • à protéger la propriété de ses administrés
  • à mettre en commun les ressources jugées vitales puis utiles à la collectivité
  • à assurer une défense commune
  • à résorber des litiges pouvant dégénérer par la vengeance privée

Tout part d’un constat : l’homme doit pouvoir se défendre contre l’environnement hostile, y compris ses semblables, et pour cela doit pouvoir compter sur une entité dont il accepte le fonctionnement en contrepartie de certaines garanties. Lesquelles sont par ailleurs individuelles avant de se fondre dans l’intérêt collectif.

L’étape suivante se définirait par la question suivante : comment doit fonctionner l’État?

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Croissance démographique : une qualité en soi ?

Certaines régions du monde et en particulier l’Europe sont soumises à un vieillissement de la population, qui se traduit au mieux par une augmentation de l’âge moyen de la population suite au recul de la mortalité annuelle – augmentation de l’espérance de vie – mais le plus souvent par une baisse simultanée de la natalité. Malgré des politiques favorisant une immigration de personnes jeunes pour compenser le déficit de naissances par rapport au renouvellement de la population, cette tendance semble inéluctable. En Allemagne, en 2016, le solde naturel est de – 150 000 personnes pour + 200 000 pour la France à la même période. Pour autant peut-on en déduire que la France est ou même sera plus puissante que l’Allemagne ? Non. Cependant, la stratégie implique de se poser la question du rapport de la démographie et de la puissance. Loin de vouloir être exhaustif, ce billet vise à faire réfléchir sur quelques questions simples.

La nombre est une qualité en soi ?

Si l’on prend en compte une logique malthusienne, la réponse est évidente. Un surplus de population est vue comme un handicap certain. Cette doctrine politique tirée des travaux du britannique Thomas Malthus (1766-1834) prône la restriction ou la limitation de la population, les ressources disponibles étant limitées. A cette doctrine, s’opposent des doctrines liées à la croissance, comme celles d’Alfred Sauvy, qui considèrent qu’une société qui refuse d’avoir des enfants, donc de préparer l’avenir, perd peu à peu son rang. Le débat existe toujours et ce billet ne vise pas à se positionner par rapport à ces deux doctrines opposées. Dans un monde où les ressources apparaissent comme limitées, le malthusianisme est une évidence mais force est de constater que ce que nous appelons ressources, notamment stratégiques, évolue. Si les silex constituaient manifestement une ressource importante à l’âge de pierre, ils n’en constituent plus une. De même, le pétrole ou l’uranium le seront-ils dans cent ou deux cents ans alors qu’à l’âge de pierre leur utilisation était vraisemblablement plus qu’anecdotique ?

On peut considérer que ces deux doctrines – modèles plus exactement – s’appliquent selon que l’on est dans une société technologiquement stable et fermée ou dans une société en pleine évolution et ouverte.

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La guérilla sous l’Empire byzantin, une réponse à la protection des populations ?

La sortie, il y a quelques années (2011), d’une nouvelle édition du Traité sur la guérilla, attribué à l’empereur byzantin Nicéphore II Phocas (963-969) que l’on doit à G. Dagron et H. Mihacescu, est passée quelque peu inaperçue des analystes des questions stratégiques. Hélas, car ce texte, concentré de pensée stratégique byzantine, est extrêmement original dans son approche des problématiques qui se posaient aux dirigeants militaires de la fin du Xe siècle.

Attribué à l’empereur Nicéphore II Phocas, l’un des premier « empereurs-soldats » de la reconquête byzantine des Xe-XIe siècles, il tient à la fois du manuel opérationnel et du traité de stratégie par l’ampleur des problèmes qu’il embrasse et des points de vue qu’il adopte. En outre il bénéficie, en fin de texte, d’un long et intéressant commentaire de ses deux éditeurs qui permet de le replacer dans le contexte militaire et politique du temps.

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Peuples et stratégie : le dossier du mois.

La stratégie est souvent décrite comme un affrontement entre « nous » et « eux ». Cette définition sommaire peut être valable pour les organisations comme pour les Nations. Dans l’ordre politique en tout cas, ce « eux » et ce « nous » sont clairement des peuples. Qu’est-ce en effet qu’une Nation sinon un peuple habitant un territoire et partageant des convictions communes, des représentations partagées pour reprendre le vocabulaire d’Yves Lacoste ? Un territoire est d‘ailleurs un espace habité par une population.

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Il y a ainsi un lien très fort entre l’espace, les hommes qui l’habitent et l’organisation politique qui en dépend. La stratégie, dans son sens politique, ne peut donc faire l’impasse sur ces peuples.

Pour deux raisons. La première tient à ce que les populations constituent une cause et un objectif de la stratégie. Clausewitz, identifiant la « remarquable trinité », voyait bien les trois pôles de la décision stratégique : le chef militaire, le décideur politique mais aussi et surtout le peuple sous-jacent, celui sans lequel les deux premiers ne pouvaient rien faire. Clausewitz écrivait au milieu du XIX° siècle, après avoir été témoin des guerres révolutionnaires et impériales, et entendu résonner longtemps dans sa mémoire le cri de « Vive la Nation », proféré par la Nation en armes de Valmy. Cause de la guerre, le peuple en est aussi l’objectif puisque de plus en plus, les centres de gravité (autre notion clausewitzienne) des guerres contemporaines, notamment du XX° siècle,  ont porté sur le soutien du peuple à son appareil dirigeant, plus qu’à la destruction des forces.

La deuxième raison, tient à une permanence de la guerre, « redécouverte » récemment : le fait que la guerre se tient au milieu des populations voire contre les populations. Ce n’est pas vraiment nouveau si on repense à la Guerre des Gaules pratiquée par César ou encore aux Malheurs de la guerre dessinés par Jacques Calot. On le verra en redécouvrant la guérilla au temps de l’empire byzantin (N. Mazzucchi, Polemos). Mais la guerre blindée-mécanisée préparée pendant 5 ans de Guerre froide a laissé la place, au tournant des années 1990, à une guerre au milieu des populations, bientôt devenue guerre hybride, sans même parler  des contextes de guerre urbaine de plus en plus fréquents.

Les peuples, encore et toujours, car il n’est de richesses que d’hommes, nous expliquait très tôt Jean Bodin : pour lui d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, il s’agissait de richesse quantitative, le nombre prévalait. C’est ce que déjà Claude de Seyssel pressentait (Egéa). La démographie demeure donc toujours un facteur déterminant de puissance, donc de calcul stratégique (Lignes stratégiques). Toutefois, avec le développement du numérique, ces communautés prévalentes demeurent-elles toujours ? grave question que relève Informatiques orphelines.

Peuples et stratégie : voici le thème  de ce dossier de rentrée que nous vous offrons, à Echoradar : manière de vous souhaiter une bonne année.

O. Kempf

 

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Décès de Christian Malis

Christian Malis vient de décéder. La communauté stratégique perd un de ses membres éminents, et moi un ami.

Nous nous sommes connus il y a quelques années, lorsqu’il a monté avec Stéphane Dossé et moi le premier colloque français de cyberstratégie. Stéphane le considérait comme l’un des meilleurs penseurs stratégiques actuels qui se ne distinguait pas uniquement pas ses compétences mais aussi par sa modestie et son ouverture d’esprit. Le sujet était alors totalement nouveau car s’il y avait déjà quelques approches de cybersécurité, la partie étendue incorporant la défense n’existait pas vraiment.

Avec les membres du feu blogzine AllianceGeostrategique.org (AGS) dont beaucoup ont depuis rejoint EchoRadar.eu, nous étions une bande de passionnés qui s’interrogeaient sur ce domaine émergent. Christian est venu nous trouver, appuyé par le Centre de Recherche des Ecoles de Coëtquidan, pour monter ce colloque qui a donné lieu à un livre dans la collection Cyberstratégie que je lançais simultanément chez Economica.

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Cultures stratégiques différentes durant l’antiquité ? Lire Thucydide et Tite-Live.

L’Antiquité marque les débuts de l’histoire pour de nombreuses civilisations. Elle reste le creuset des fondements des pensées stratégiques et tactiques actuelles. Cette période est riche dans ces domaines parce qu’elle est déjà variée dans les domaines politiques et culturels. Cette longue liste renvoie à des peuples, européens ou non, aussi variés que les Achéens, les Alamans, les Celtes, les Aztèques, les Bataves, les Carthaginois, les Egyptiens, les Etrusques, les Romains, les Francs, les Hébreux, les Huns, les Hittites, les Minoens, les Mongols, les Nazcas, les Peuls, les Phéniciens, les Sarmates ou les Wisigoths…

De cette diversité de peuples, nomades ou sédentaires, empires ou républiques, ne nous laissent parfois que quelques pensées sous forme de quelques rares livres. Celles qui ont le plus influencé notre manière d’envisager la stratégie sont grecques et romaines. Je vous propose aujourd’hui de redécouvrir quelques exemples tirés de deux grands affrontements : la guerre du Péloponnèse et la 2ème guerre punique.

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L’État tampon, un réducteur des risques de conflits

Le concept et le vocable d’Etat tampon semblent avoir disparu aujourd’hui du répertoire des qualifications politiques ou diplomatiques. Si des Etats tampons ont bien existé ou ont été désignés comme tels dans un passé encore récent, il apparaît qu’au début du 21ème siècle cette notion ne répond à aucune réalité identifiable en quelque lieu de la planète.

Carte de l’Europe durant la Guerre Froide

Il relèverait cependant d’une courte vue et d’une forme d’inintelligence en matière de relations internationales de considérer l’Etat tampon comme un modèle obsolète au motif qu’il appartiendrait au passé. La problématique le concernant s’établit par essence dans un champ permanent et non contingent de ces relations. A ce titre, elle relie trois niveaux d’approche : d’abord un rappel des Etats tampons ayant réellement existé de fait ou de droit dans l’utilité de leur rôle ; ensuite les raisons de leur quasi disparition actuelle ; enfin l’examen  des risques et des menaces induits par leur effacement en opposition aux atouts et aux opportunités de leur rétablissement.

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