Russie – Arabie saoudite : le duel pétrolier et ses conséquences

Le désaccord profond constaté début mars entre l’Arabie saoudite et la Russie sur la fixation de nouveaux quotas de production pétroliers, dans le contexte d’un marché fortement déprimé par les effets du coronavirus, vire depuis quelques jours à la guerre des prix. Alors que le Royaume saoudien souhaitait anticiper la chute de la demande mondiale de brut causée par la crise du coronavirus en sabrant la production OPEP et hors OPEP de 1,7 million de barils/jour, la Russie estimait qu’il était prématuré de prendre une telle décision. L’impossibilité de trouver un accord entre les deux poids lourds pétroliers a conduit à Vienne la semaine dernière à l’éclatement de l’accord OPEP+, dont les mécanismes de limitation de la production de pétrole cesseront de fonctionner au 1er avril prochain. Pour comprendre le claquage de porte russe à Vienne, il convient aussi de rappeler que la Russie raisonne traditionnellement en termes de parts de marché et non en termes de prix. Aussi, certains pétroliers russes – au premier rang desquels Rosneft – ont accueilli avec hostilité l’accord OPEP+ lorsque celui-ci a été signé fin 2016, tandis que d’autres s’accommodaient mieux des règles du jeu introduites par ce deal (Lukoil). Rosneft, en la personne de son tumultueux président, Igor Setchin, n’a eu de cesse de faire du lobbying pour la mise au rebus du texte, en arguant qu’il s’agissait d’un « cadeau » fait aux producteurs de pétrole non-conventionnel américains.

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Achat du Groenland par les États-Unis : une continuité géohistorique

Deux semaines avant son déplacement au Danemark en septembre 2019, le président Donald Trump émit l’idée de l’achat de la deuxième plus grande île du monde, le Groenland. Émoi dans le landerneau diplomatique qui n’avait pas été averti de l’intention de l’hôte de la Maison Blanche quant à un tel négoce et qui se heurta à un refus sec du premier ministre danois Mette Frederiksen.

Pour scandaleux que celui puisse paraître, il n’en apparaît pas moins que le propos – du point de vue américain – se justifie amplement par une histoire fondée sur l’appropriation puis l’aménagement du territoire au travers de la conquête militaire… et des cessions. Certaines d’entre elles le furent au travers d’une transaction commerciale : territoire contre versement numéraire [1] : la Lousiane en 1803 (entendue au sens très large puisqu’elle débordait sur treize états actuels tout de même) ; l’extension de l’Arizona et du Nouveau Mexique en 1853 (prévu initialement pour favoriser le chemin de fer transcontinental) ; l’Alaska en 1867 (opérée par le Tsar pour des raisons de difficultés logistiques en cas d’agression par les États-Unis ou le Royaume-Uni) ; Porto Rico en 1898 (suite à la guerre victorieuse contre l’Espagne mais la cession s’est opérée malgré tout avec une compensation financière) et enfin les Îles Vierges en 1917. Ce dernier exemple doit être souligné au regard de la présente proposition puisque ces territoires maritimes appartenaient justement au… Danemark (oui, il y eut une colonisation scandinave et balte en zone Amérique du Nord et Caraïbes mais ceci est une autre histoire).

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5 ans d’EchoRadar – Une expansion chinoise ou une obsession américaine nommée Huawei

Depuis quelques années, la firme chinoise Huawei est une véritable obsession pour les Etats-Unis. À l’ère où la maîtrise des réseaux informatiques constitue un atout-maître des grandes puissances, l’expansion internationale des plateformes numériques made in China révèle et accélère le déclin relatif de l’Amérique sur la scène technologique.

 


America Online

Au-delà des terres américaines, les analystes de la chose technologique ignorent ou omettent à quel point “le cyberespace, plus que tout autre espace de la mondialisation, est conçu par les Américains comme un prolongement de leur territoire national. Pour les Américains, l’imaginaire d’Internet est très proche de celui d’un nouveau Far-West […] Un lieu à découvrir, à explorer, à conquérir mais aussi à créer à sa convenance.” (1)

Quelques évidences démontrent amplement comment le Web a été façonné par la main de l’Amérique depuis les années 1990. Continuer la lecture

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Dossier Noël 2018 : Environnement et stratégie

En fin d’année, l’environnement est toujours à la mode. Les conférences des Etats qui sont signataires de la Convention-Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) – aussi connues sous leur abréviation de COP – se succèdent chaque décembre avec le constat sans cesse renouvelé de l’urgence à agir pour la planète. Alors que la COP21 avait fixé un objectif de limitation de la hausse des températures à la surface de la planète de 1,5°C d’ici la fin du siècle, les trajectoires actuelles, selon le GIEC, nous amènent plus vers des hausses comprises entre 3 et 5°C que vers les 1,5°C espérés ou les 2°C raisonnablement souhaités.

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Du fort au fou

La réunion de l’Assemblée générale des Nations-Unies de fin septembre 2018 restera probablement dans les annales de la diplomatie multilatérale. Point besoin de s’étendre ici sur le fond de ce qui a été dit, les commentaires acerbes pleuvent déjà depuis hier. Plus intéressantes sont les implications de ce jeu – plus réellement – diplomatique. La posture du Président des Etats-Unis semble ainsi de plus en plus dictée par ses humeurs – non pas que ce soit une découverte – et ses volontés. De fait, la diplomatie américaine, du moins celle incarnée par son chef et ses subordonnés immédiats, apparaît de moins en moins pondérée et, surtout, de moins en moins rationnelle. La part de l’affect qui semble guider D. Trump dans ses choix et ses discours pose toutefois un certain nombre de problématiques en termes de relations bi et multilatérales.

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Mondialisation et territoires

Le sujet semble facile voire éculé ; tout ou presque aurait déjà été écrit sur la mondialisation et le phénomène serait maintenant parfaitement compris ; ses évolutions deviendraient anticipables. Le rapport de la mondialisation au territoire a toujours été complexe. Interdépendants et pourtant opposés, les deux n’ont cessé de constituer depuis le milieu du XXe siècle un couple thermodynamique central dans la compréhension de l’économie politique mondiale. Le territoire peut d’ailleurs être considéré suivant plusieurs échelles – c’est même le propre de la géographie économique – ces mêmes échelles se répondant, voire s’opposant. Continuer la lecture

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Un russe nommé Poutine d’Héléna Perroud

Le 17 avril 2018, le Président français Emmanuel Macron s’exprimait devant le Parlement Européen et mettait en garde l’hémicycle devant le défi autoritaire que posaient Erdogan et Poutine à l’Europe. Ce discours faisait notamment suite à une série de frappes aériennes en Syrie pour punir le régime de Bachar El Assad d’une supposée attaque chimique dans le quartier de La Ghouta tenu par les djihadistes.

 

Cette allocution démontrait que Poutine reste un repoussoir pour les représentants des démocraties occidentales, d’autant que sa réelection le 18 mars 2018 a laissé entrevoir une prolongation de son action politique pour six ans supplémentaires.

C’est à point nommé qu’arrive la publication d’Héléna Perroud, Un russe nommé Poutine, celle-ci souhaitant initialement répondre à ses interlocuteurs : « Qui est Poutine ? Est-ce que les russes l’apprécient réellement ? ». Cette collaboratrice de Jacques Chirac alors Président de la République et ancienne directrice de l’Institut Français de Saint-Pétersbourg s’emploie à travers 320 pages à répondre à ces questions gigognes.

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De la crise comme instrument

La définition ordinaire d’une crise est celle du phénomène de déstabilisation d’un certain type d’ordre établi, réputé achevé par le rétablissement de cet ordre. Une crise peut cependant déboucher sur une modification de l’ordre antérieur, soit par incapacité d’avoir pu le rétablir, soit par une inflexion volontaire issue elle-même d’une conception réformée de l’ordre à restaurer. A un échelon supérieur, cette expérience duale peut elle-même inciter à élargir le cadre de pensée initial jusqu’à l’hypothèse d’une inversion de causalité, consistant à  provoquer délibérément une crise conçue comme l’instrument de transformation de l’ordre antérieur. Un tel schéma maximaliste dans le registre des crises implique une vision préalable, une stratégie de mise en œuvre, et la prévisibilité des conséquences de l’action transformatrice. Elle s’inscrit par conséquent dans l’ordre de la programmation, et non dans celui du seul traitement d’une crise subie pour y mettre un terme.

Accréditer l’idée qu’une crise puisse être un instrument, et à fortiori fabriquée de toutes pièces, est une démarche difficile parce que non conventionnelle. Elle se heurte soit au scepticisme académique, soit aux perceptions angéliques ou moralisatrices déformant le regard sur les affaires du monde. Dans le seul registre des causalités de crise, il a déjà été laborieux de faire admettre que les meilleures intentions affichées puissent produire les pires effets : par exemple, en son temps, la contribution essentielle du Traité de Versailles à la maturation de la seconde guerre mondiale, ou aujourd’hui le chaos généralisé provoqué par les interventions militaires américaines au Moyen orient et en Asie centrale.

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