F-35 & Big Data : épée de Damoclès pour la France et l’Europe ?

Le couperet est tombé. Malgré les offres généreuses, industriellement parlant, des britanniques et des français (hors appel d’offres pour ces derniers), la Belgique a choisi comme nouvel avion de combat le JSF F-35 de Lockheed Martin. Bruxelles ferme ainsi la porte au FCAS européen, livrant un peu plus le continent au très « vorace » programme américain.

Illustrations – Lockheed Martin

 

Gouffre financier, impasse technologique, concept stratégique erroné… le programme « Joint Strike Fighter » essuie les plâtres. Il représente pourtant une certaine idée du futur du combat aérien. Si le développement et le déploiement désormais bien engagé du F-35 rencontreront encore de nombreuses difficultés, il s’agit pour nous, observateurs français, de ne pas adopter systématiquement la posture de « F-35 bashing », mais plutôt d’envisager la 5ème génération d’avions de combat avec les enjeux qu’elle crée, et en premier lieu ses incroyables capacités de fusion de données.

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De la crise comme instrument

La définition ordinaire d’une crise est celle du phénomène de déstabilisation d’un certain type d’ordre établi, réputé achevé par le rétablissement de cet ordre. Une crise peut cependant déboucher sur une modification de l’ordre antérieur, soit par incapacité d’avoir pu le rétablir, soit par une inflexion volontaire issue elle-même d’une conception réformée de l’ordre à restaurer. A un échelon supérieur, cette expérience duale peut elle-même inciter à élargir le cadre de pensée initial jusqu’à l’hypothèse d’une inversion de causalité, consistant à  provoquer délibérément une crise conçue comme l’instrument de transformation de l’ordre antérieur. Un tel schéma maximaliste dans le registre des crises implique une vision préalable, une stratégie de mise en œuvre, et la prévisibilité des conséquences de l’action transformatrice. Elle s’inscrit par conséquent dans l’ordre de la programmation, et non dans celui du seul traitement d’une crise subie pour y mettre un terme.

Accréditer l’idée qu’une crise puisse être un instrument, et à fortiori fabriquée de toutes pièces, est une démarche difficile parce que non conventionnelle. Elle se heurte soit au scepticisme académique, soit aux perceptions angéliques ou moralisatrices déformant le regard sur les affaires du monde. Dans le seul registre des causalités de crise, il a déjà été laborieux de faire admettre que les meilleures intentions affichées puissent produire les pires effets : par exemple, en son temps, la contribution essentielle du Traité de Versailles à la maturation de la seconde guerre mondiale, ou aujourd’hui le chaos généralisé provoqué par les interventions militaires américaines au Moyen orient et en Asie centrale.

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Quelques scénarios catastrophe et surprises stratégiques pour 2017…

Disserter sur les surprises stratégiques est toujours utile, aussi bien pour analyser les surprises du passé (Sont-elles des « surprises » ? Sont-elles « stratégiques » ?) que pour conceptualiser la notion. Toutefois, la finalité de ce travail consiste à mieux appréhender les surprises du passé afin d’éviter les surprises de demain. En comprenant les mécanismes de la surprise passée, on cadre les trous noirs de nos postures stratégiques de façon à éviter de reproduire l’erreur. En ce sens, ce travail d’enquête factuelle devrait contribuer à une bonne décision stratégique. L’inconvénient, c’est qu’on ne fait que prolonger les courbes, ce qui n’est pas le meilleur moyen de percevoir les nouveautés.

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Une autre méthode consiste à se tourner vers l’avenir, en utilisant une méthode des scénarios. Il ne s’agit pas ici de prédire l’avenir, ni même d’entrer dans un processus de prospective, mais de bâtir des scénarios crédibles de façon à les présenter au décideur : l’objectif ne vise pas à prendre des décisions aujourd’hui pour contrer cette crise spécifique mais à envisager son éventualité qui peut nécessiter des décisions de prudence. Au fond, penser l’impensable est la meilleure façon de ne pas être surpris, même si la réalité diffère forcément du scénario proposé. Ainsi, on considère que le futur construit le présent : c’est parce qu’on pense le futur (objet de toute démarche stratégique) que l’on va influer sur le présent. La méthode serait plus efficace que celle du retour d’expérience, qui part du principe que l’étude du passé permet de mieux comprendre le présent. Penser les ruptures de demain serait ici plus efficace pour agir aujourd’hui.

Tentons l’expérience en cet été 2016, qui est déjà furieusement bouleversé et chaotique. Or, notre intuition laisse présager que nous soyons au début d’un bouleversement encore plus systémique.

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D’Euromaïdan à la Crimée : la double surprise stratégique

L’Ukraine est un pays européen singulier dont l’histoire se confond sur une très grande période avec celle de la Russie. Territoire souvent convoité par des puissances parfois éloignées géographiquement, il fut à la fois scythe, grec, russe, polono-lituanien, turc, génois, austro-hongrois et même pour un temps bref, allemand. La dissolution de l’Union Soviétique, si elle permit au pays de recouvrer son indépendance, libéra dans le même temps un conflit larvé avec la Russie, se cristallisant autour de la base de Sébastopol et la flotte de la Mer Noire en Crimée. Sur le plan interne, cette jeune nation fut sempiternellement tiraillée par des orientations contraires et une corruption endémique laissant le pouvoir aux intrigants et aux oligarques : les héros et héroïnes d’un jour pouvant se retrouver parias le lendemain.

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Cette instabilité chronique ne facilita pas les échanges avec l’Union Européenne, l’OTAN ou la Russie. L’année 2014 se révéla décisive sur le plan intérieur, accouchant d’une Ukraine gigogne dont les effets perdurent en 2016.

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Le choc presque inattendu du « Brexit »

Le « Brexit » est à l’évidence un choc historique, probablement aussi important que la chute du mur de Berlin. Peut-on parler de « chute du mur de Bruxelles ? » L’histoire n’entraîne pas forcément le tragique et l’incertitude absolue qui règne ne conduira pas forcément à la violence, même si ce n’est pas une opportunité à écarter d’emblée.

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Il reste qu’au-delà des injures proférées par BHL (dans Le Monde) à l’attention des votants – qui témoigne de son manque de respect pour la démocratie en général et pour le peuple en particulier, le Brexit met à jour de nouvelles réalités politiques qu’on ne saurait évacuer avec les recettes habituelles. Au fond, il s’agit du retour de la politique qui avait été si soigneusement mise sous le boisseau par la « construction européenne ».

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Europe Mad Max demain (B. Wicht)

Le titre de l’ouvrage est tellement « racoleur » qu’on est forcément méfiant en saisissant le volume : va-t-il être sérieux ? Mais comme c’est un ami qui vous l’a instamment conseillé et prêté, vous y jetez un coup d’œil. Au bout de dix pages, vous foncez sur la FNAC, achetez ledit bouquin, rendez l’original à l’ami : voici un livre qu’on doit garder chez soi, dans toute bibliothèque stratégique sérieuse, un livre qu’on peut annoter et crayonner comme on veut, un livre « à soi ». Car il met à plat en 144 pages tout un tas de bouts d’idées qu’on avait par devers soi, qu’on ne savait pas vraiment comment articuler même si on sentait qu’il s’agissait de quelque chose d’important.

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