5 ans d’Echoradar : Le bouleversement (et la profondeur) de Trump

Quel a été le plus important événement géopolitique de ces cinq dernières années ? Une telle question suggère qu’on ait le recul suffisant pour apprécier la portée des événements. Or, il arrive que des événements passent inaperçus sur le moment et ne révèlent leur importance que dans la longue durée, surtout en matière géopolitique. Cette discipline privilégie en effet souvent une approche du temps long qui lui permet de déceler les grands mouvements tectoniques. De même, le qualificatif d’important pose difficulté : de quelle échelle s’agit-il ? Pour qui est-ce important ? Par exemple, une vision française différera d’une vision européenne, chinoise ou mondiale… Malgré toutes ces objections de méthode, risquons-nous.

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L’élection de Donald Trump en 2016 constitue bien un événement qui affecte tous les points de vue. De plus, il s’inscrit dans une histoire plus longue que les seules trois dernières années car il concrétise des tendances initiées par George W. Bush (sur les relations transatlantiques) et Barack Obama (sur le pivotement asiatique). Surtout, il affecte la première puissance globale, ayant des intérêts et des influences dans toutes les parties de la terre. Elle fut la seule depuis la fin de la Guerre froide même si on observe depuis une décennie la montée en puissance de la Chine. Mais la faillite de Lehman Brothers en 2008 ou la maîtrise du pouvoir chinois par Xi Jin Ping depuis 2013, qui pourraient constituer d’autres événements mondiaux, sont advenus avant la période considérée. Enfin, l’accession de Trump au pouvoir constitue autant la concrétisation d’une tendance préalable que l’établissement d’un nouveau cours géopolitique. C’est un tremblement de terre en ce qu’il est la résultante de pressions antérieures, tout comme il produit un nouvel état des choses profondément différent de ce qui existait auparavant et auquel on ne pourra pas revenir.

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5 ans d’Echoradar – La crise des cours du pétrole, 5 ans d’atermoiements économiques

Après quelques années d’euphorie des prix du pétrole à la fin de la décennie 2000 – le baril dépassant les 140 USD – les cours se sont brutalement effondrés en 2013-2014, provoquant une crise économique profonde dans un certain nombre de pays producteurs. Le passage – brutal – du baril de près de 100 à moins de 40 USD avec une stagnation longue des prix vers 45-60 USD, a mis en difficulté les producteurs bien sûr, mais aussi les grandes entreprises transnationales exploitant les hydrocarbures – majoritairement occidentales mais avec de plus en plus de grandes entreprises de pays émergents, au premier rang desquels la Chine – et, en bout de chaîne, les pays consommateurs, dépendants pour certains de leurs produits de la consommation des pays producteurs de pétrole.

 

A tout prendre ces cours bas n’ont été une aubaine pour personne, sauf quelques acteurs spécifiques, plutôt sur les marchés financiers d’ailleurs. Au-delà de ces impacts pour les uns et les autres, il importe de comprendre quelle mécanique a été à l’œuvre en ce domaine, tant du côté des producteurs que de celui des consommateurs.

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Écho du Bocal avec Jeremy Ghez sur les États-Unis de Trump

Jeremy Ghez est professeur affilié d’économie et d’affaires internationales à HEC Paris et le codirecteur du Centre de Géopolitique de cette école. Il est l’auteur du récent livre “États-Unis: déclin impossible, rebond improbable” paru cet hiver chez VA Press (ici) et qui nous explique l’Amérique de Trump. Il répond à nos questions sur ce sujet. Mille mercis à lui.

1/ Vous montrez dans votre livre que l’élection américaine de 2016, qui a été une surprise pour tous les analystes, était finalement très explicable. Tout d’abord à cause d’Hillary Clinton qui ne s’est pas vraiment intéressée à ce que vous appelez son pare-feu électoral : pouvez-vous nous expliquer cette notion ?

Le pare-feu démocrate était l’idée selon laquelle un certain nombre d’États américains, qui avaient voté démocrate de manière systématique depuis 1992 au moins, étaient acquis à la cause du parti d’Hillary Clinton.

Pour rappel, les États-Unis sont divisés en cinquante États, auquel s’ajoute le District de Columbia qui abrite la capitale du pays, Washington. Chaque État dispose d’un nombre de grands électeurs qui est fonction de sa démographie. Lorsqu’un candidat gagne un État, il remporte l’ensemble de ses grands électeurs (exception faite du Maine et du Nebraska qui fonctionnent selon un mode de scrutin hybride, dont une partie proportionnelle). Ces grands électeurs sont moralement engagés à voter pour le candidat qui a remporté l’État — et le font dans leur très large majorité, puisque l’on ne recense qu’une poignée d’exceptions historiques.

Or, il y a en tout 538 grands électeurs. Le candidat qui remporte un ensemble d’États totalisant 270 grands électeurs (soit exactement la moitié des 538 grands électeurs totaux plus un) ou plus remporte ainsi l’élection. Et ces États du pare-feu électoral représentaient à eux seuls 242 grands électeurs. Il « suffisait » donc d’aller chercher un grand État supplémentaire, comme la Floride par exemple, que Barack Obama avait gagné à deux reprises, pour remporter la Maison Blanche. Mais voilà : on a sous-estimé, dans le camp Clinton, la probabilité que la majorité démocrate dans certains États de ce pare-feu puisse ne pas tenir. Et c’est ce qui s’est passé dans le Wisconsin, dans le Michigan et en Pennsylvanie, où le fameux « col bleu », ce travailleur ouvrier qui a voté par deux fois, sans hésiter, pour Barack Obama, s’est dit que la rupture avec le monde d’hier n’était pas suffisamment importante. Pour ces électeurs-là, la suite logique d’une présidence Obama n’était pas une présidence Clinton, mais une présidence Trump.

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F-35 & Big Data : épée de Damoclès pour la France et l’Europe ?

Le couperet est tombé. Malgré les offres généreuses, industriellement parlant, des britanniques et des français (hors appel d’offres pour ces derniers), la Belgique a choisi comme nouvel avion de combat le JSF F-35 de Lockheed Martin. Bruxelles ferme ainsi la porte au FCAS européen, livrant un peu plus le continent au très « vorace » programme américain.

Illustrations – Lockheed Martin

 

Gouffre financier, impasse technologique, concept stratégique erroné… le programme « Joint Strike Fighter » essuie les plâtres. Il représente pourtant une certaine idée du futur du combat aérien. Si le développement et le déploiement désormais bien engagé du F-35 rencontreront encore de nombreuses difficultés, il s’agit pour nous, observateurs français, de ne pas adopter systématiquement la posture de « F-35 bashing », mais plutôt d’envisager la 5ème génération d’avions de combat avec les enjeux qu’elle crée, et en premier lieu ses incroyables capacités de fusion de données.

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Lorsque le GRU fait l’Europe buissonnière

L’affaire avait défrayé la chronique en ce début du mois d’octobre 2018 : plusieurs agents du GRU (le service de renseignement militaire) auraient tenté en avril 2018 de pirater les communications de l’OIAC (Organisation d’Interdiction des Armes Chimiques) sise à La Haye. Capturés par le contre-espionnage néerlandais, ils ont été expulsés du pays non sans en médiatiser leur sortie, y compris avec photographies à l’appui. Un procédé extrêmement rare dans l’univers feutré du renseignement.

Cette occurrence n’en est pas moins le nouvel avatar d’une liste de griefs à l’encontre d’une agence bien moins réputée que ses homologues russes du secteur civil que sont le SVR et le FSB mais non dépourvue de moyens réels pour fomenter des opérations matérielles ou immatérielles à l’étranger.

Son nom a ressurgi avec insistance lors de l’affaire Sergueï Skripal, ancien agent dudit service passé au service d’une puissance étrangère, emprisonné dans des geôles russes, échangé contre des espions russes puis ultérieurement victime d’un agent neurotoxique en mars 2018 (le novitchok). Occasionnant par là même une crise diplomatique sérieuse entre le Royaume Uni et la Russie.

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Du fort au fou

La réunion de l’Assemblée générale des Nations-Unies de fin septembre 2018 restera probablement dans les annales de la diplomatie multilatérale. Point besoin de s’étendre ici sur le fond de ce qui a été dit, les commentaires acerbes pleuvent déjà depuis hier. Plus intéressantes sont les implications de ce jeu – plus réellement – diplomatique. La posture du Président des Etats-Unis semble ainsi de plus en plus dictée par ses humeurs – non pas que ce soit une découverte – et ses volontés. De fait, la diplomatie américaine, du moins celle incarnée par son chef et ses subordonnés immédiats, apparaît de moins en moins pondérée et, surtout, de moins en moins rationnelle. La part de l’affect qui semble guider D. Trump dans ses choix et ses discours pose toutefois un certain nombre de problématiques en termes de relations bi et multilatérales.

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Mondialisation et territoires

Le sujet semble facile voire éculé ; tout ou presque aurait déjà été écrit sur la mondialisation et le phénomène serait maintenant parfaitement compris ; ses évolutions deviendraient anticipables. Le rapport de la mondialisation au territoire a toujours été complexe. Interdépendants et pourtant opposés, les deux n’ont cessé de constituer depuis le milieu du XXe siècle un couple thermodynamique central dans la compréhension de l’économie politique mondiale. Le territoire peut d’ailleurs être considéré suivant plusieurs échelles – c’est même le propre de la géographie économique – ces mêmes échelles se répondant, voire s’opposant. Continuer la lecture

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Le cyberespace dans le discours de Vladimir Poutine à l’Assemblée Fédérale du 1er mars 2018

Vladimir Poutine fascine autant qu’il irrite en Occident. Plus encore depuis les évènements survenus en Ukraine en 2014 suivis du rattachement de la péninsule de Crimée à la Fédération de Russie ainsi que par son rôle d’acteur incontournable dans la crise en Syrie.

 

C’est dans un contexte très tendu dans ses relations avec ses homologues occidentaux que le président russe en pleine campagne de réélection s’est adressé aux représentants des deux chambres ainsi qu’aux membres du gouvernement Medvedev. Ce discours, principalement axé vers les problématiques internes, fut calibré pour être capté par les oreilles de pays alliés mais plus encore par celles d’États en friction avec la Russie. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de revenir sur cette tribune de pratiquement deux heures : comprendre, plus qu’apprendre, ce que le Kremlin envisage pour l’avenir du pays sitôt le processus électoral achevé.

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