Les coûts environnementaux cachés du numérique

L’une des grandes caractéristiques du numérique, en termes d’impact sectoriel, est son opposition aux secteurs de production plus anciens que sont l’agriculture et l’industrie. En effet en traitant de manière dématérialisée – du moins le pense-t-on – une matière première originale nommée la donnée, ce secteur serait neutre pour l’environnement. Le numérique serait donc un secteur sans pollution ni CO2 que certains n’hésitent d’ailleurs pas à considérer comme le principal atout pour la planète. En passant au tout numérique, on abolirait ainsi les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation et la pollution des océans ; autant d’héritages des XIXe et XXe siècles. Il suffit pour s’en convaincre de voir le foisonnement des programmes de recherche liant numérique et environnement pour s’en convaincre. Or s’imaginer que l’économie numérique – tant désirée en France mais qui peine à réellement décoller – serait une panacée pour la planète, relève de l’illusion ou, de manière plus insidieuse, de la dissimulation. Il est en effet de plus en plus facile dans ce monde de green tech d’exporter la pollution à l’autre bout de la Terre.

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Le numérique, surtout dans une vision prospective, n’est pas un secteur plus vertueux que les autres. Il demeure un secteur avant tout fondé sur la consommation industrielle d’un grand nombre de composants dont l’obsolescence va de pair avec une complexité toujours plus grande. L’explosion des smartphones, tablettes, ordinateurs ou autres serveurs n’est qu’un avant-goût de ce qui se profile avec l’Internet des Objets, dont le nombre d’appareils communicants a d’ores et déjà dépassé celui d’êtres humains sur la planète. Pour construire ces objets – terminaux, capteurs ou effecteurs – auxquels on réclame des performances toujours plus grandes, la demande en matières premières est en train d’exploser. Les terres rares – qui sont devenues depuis quelques temps le symbole des métaux stratégiques au point d’en masquer les autres – sont ainsi particulièrement visées, mais tout autant que d’autres ressources, parfois plus communes, comme le nickel, le cuivre, l’indium ou le gallium. La course aux ressources, le plus souvent géographiquement concentrées, est un enjeu majeur de cette évolution du numérique. L’un des exemples les plus parlants à l’heure actuelle concerne les composants des batteries lithium-ion, au premier rang desquels le lithium, avec d’autres comme le cobalt. D’une extraction très polluante, aux coûts environnementaux et humains élevés, ces matières premières – le plus souvent aux taux de recyclages très faibles – sont au cœur de nos vies actuelles ; et de notre futur. Produites le plus souvent loin des centres de consommation, leur coût environnemental nous apparaît nul, alors même qu’il s’agit ici avant tout d’une externalisation de la pollution. Ce type d’attitude consistant à ne pas prendre en compte les coûts environnementaux sur l’ensemble des chaînes de valeur des objets, conduit à des perceptions erronées comme en témoigne le concept mensonger de « territoire à énergie positive ».

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Pourquoi la ruée vers le véhicule électrique doit-elle être tempérée?

L’avènement du retour en grâce des véhicules électriques est un fait marquant des années 2010, un chapitre spécifique y fut par consequent consacré dans mon ouvrage sur les Automobiles 3.0, intitulé Volta au secours du monde automobile mais pas l’inverse. Le propos premier fut de dresser un panorama de la situation en 2016 concomitamment au scandale du Dieselgate don’t la particularité fut d’accélérer l’entrain pour le véhicule électrique.

Un an plus tard, l’élan ne faiblit pas, tendant même à gagner en ampleur alors que l’édition 2017 du salon de l’automobile de Francfort (alternant avec celui de Paris) fut consacrée à l’électromobilité et que le constructeur suédois Volvo declara quelques semaines auparavant être prêt à délaisser toute motorisation thermique pour ses modèles à l’horizon 2019.

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Penser les centres d’activités pour l’automobile du futur

Suite à mes recherches et réflexions sur les automobiles 3.0 j’en suis venu à m’interroger longuement sur l’évolution en cours de la place des véhicules dans les centres urbains. Et de constater que ceux-ci sont de plus en plus indésirables attestés par l’ingéniosité et la pugnacité des diverses tracasseries fiscales, réglementaires comme de voirie pour bannir les véhicules à moteur [1].

 

Les zones 30 se sont multipliées au fil des années, pour le malheur de bien des riverains sur le plan de la pollution tant atmosphérique (les moteurs ne sont pas en régime optimisé et les systèmes anti-pollution ne se déclenchent pas tous à cette vitesse trop basse) que sonore (le bruit est plus conséquent à bas régime qu’à un régime de croisière plus élevé, de plus il perdure logiquement plus longtemps dans la localité traversée). Et lorsque des consultations locales ont lieu, le rejet des zones 30 est majoritaire comme à Strasbourg en 2011 où la population se prononça à 54,9% contre la mesure, un résultat détourné ensuite par la tactique dite du salami (zones 30 non généralisées en une seule fois mais étendues dans l’espace et le temps jusqu’à devenir à terme majoritaires). Discriminant au passage tous les véhicules hybrides et électriques dont les nuisances sonores et atmosphériques sont clairement moindre que leurs homologues à motorisation thermique.

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L’énergie, au cœur des problématiques stratégiques

Parler d’un livre qu’on vient d’écrire – sans tomber dans le panégyrique ou l’autocritique maoïste s’entend –  relève toujours de la gageure, voire de la schizophrénie. Ainsi, je viens de commettre un ouvrage dont le titre dévoile grandement le contenu : Energie, ressources, technologies et enjeux de pouvoir. Il s’agit d’un aboutissement personnel évidemment, puisque l’objectif avoué était d’embrasser tous les grands enjeux de la géoéconomie de l’énergie. C’est bien là tout le défi et tout le problème. En effet aucun livre en français n’avait jusqu’ici pris en compte l’ensemble des aspects stratégiques que peut revêtir la question énergétique au plan international. Loin de ne se cantonner, comme c’est trop souvent le cas, à la géopolitique des ressources en hydrocarbures, l’énergie est un secteur vaste et, surtout, fondamental.

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Artificialités futures – Les réseaux électriques intelligents, opportunités et vulnérabilités des villes de demain

Lorsque se pose la question de l’avenir énergétique des sociétés occidentales, une des hypothèses qui revient régulièrement dans les débats entre spécialistes concerne le développement de l’efficacité énergétique. En effet, si au lieu de tenter de réduire nos émissions de CO2 par KWh, nous tentions plutôt de réduire notre production énergétique ? En l’état ce serait déjà une option tout à fait réalisable, mais celle-ci s’effectuerait au détriment de la qualité de vie des habitants du Nord ; irréaliste donc.

Smart-GridUne solution se dessine alors, limiter les émissions de gaz à effet de serre lors de la production électrique, dans les centrales à charbon ou à gaz par exemple, en diminuant les pertes sur le réseau. En effet, selon les endroits de la planète, ces dernières peuvent atteindre les 50% de la production d’électricité ; il convient alors de mettre en place des politiques adaptées.

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