Stratégie & confinement : de l’adhésion à la répulsion ?

La foudroyance de la crise Covid-19 laisse depuis beaucoup d’entre nous dans un état oscillant entre new normalité et sidération avec des périodes alternant abattement et bouffées d’optimisme extrêmes. La dépression collective et le cataclysme économique se rapprochent nous disent les spécialistes, oubliant sans doute un peu à dessein que le pire n’est jamais sûr. Il n’empêche, alors qu’un troisième confinement en moins d’une année se profile, l’heure est venue de s’interroger sur un phénomène étrange voire paradoxal.

(Source)

Les Français, si Gaulois et rétifs à l’autorité et à la contrainte, qu’elle soit physique ou idéologique, ont à une écrasante majorité étonnamment adhéré aux confinements et au respect des différentes règles s’y rapportant.

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De la crise comme instrument

La définition ordinaire d’une crise est celle du phénomène de déstabilisation d’un certain type d’ordre établi, réputé achevé par le rétablissement de cet ordre. Une crise peut cependant déboucher sur une modification de l’ordre antérieur, soit par incapacité d’avoir pu le rétablir, soit par une inflexion volontaire issue elle-même d’une conception réformée de l’ordre à restaurer. A un échelon supérieur, cette expérience duale peut elle-même inciter à élargir le cadre de pensée initial jusqu’à l’hypothèse d’une inversion de causalité, consistant à  provoquer délibérément une crise conçue comme l’instrument de transformation de l’ordre antérieur. Un tel schéma maximaliste dans le registre des crises implique une vision préalable, une stratégie de mise en œuvre, et la prévisibilité des conséquences de l’action transformatrice. Elle s’inscrit par conséquent dans l’ordre de la programmation, et non dans celui du seul traitement d’une crise subie pour y mettre un terme.

Accréditer l’idée qu’une crise puisse être un instrument, et à fortiori fabriquée de toutes pièces, est une démarche difficile parce que non conventionnelle. Elle se heurte soit au scepticisme académique, soit aux perceptions angéliques ou moralisatrices déformant le regard sur les affaires du monde. Dans le seul registre des causalités de crise, il a déjà été laborieux de faire admettre que les meilleures intentions affichées puissent produire les pires effets : par exemple, en son temps, la contribution essentielle du Traité de Versailles à la maturation de la seconde guerre mondiale, ou aujourd’hui le chaos généralisé provoqué par les interventions militaires américaines au Moyen orient et en Asie centrale.

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