Une seconde base aérienne russe en Syrie

Alors que les relations entre Ankara et Moscou se détériorent depuis la destruction d’un Su-24M par l’aviation turque, la Russie accélèrerait les préparatifs pour rendre opérationnelle une seconde base aérienne dans la région de Homs.

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La base aérienne de Sha’irat, près de Homs (Google Earth)

Selon le journal koweïtien Al-Raï, la Russie se préparerait à ouvrir une seconde base aérienne en Syrie, à 35 km au sud-est de Homs, sur l’aérodrôme de Sha’irat. Avec la mise en service prochaine de cette base, le groupe aérien russe déployé en Syrie pourrait atteindre les 100 unités.

Des activités militaires russes à partir de cette base ont toutefois été constatées depuis le début du mois de novembre. Quatre hélicoptères d’attaque Mi-24 et un hélicoptère de transport Mi-8 y seraient en particulier déployés depuis le 6 novembre (il s’agit probablement d’un groupe d’appui pouvant faire office, le cas échéant, de groupe de sauvetage pour récupérer des pilotes russes si un avion était abattu), tandis que de l’artillerie lourde y serait positionnée au moins depuis le 20 novembre. Selon les données disponibles sur Flightradar, des avions de transport lourds An-24 se succèdent sur cet aérodrôme afin de le rendre praticable pour les avions de chasse.

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Un étrange clash aérien dans le ciel… turc ou syrien ?

Dans la matinée du mercredi 25 novembre 2015, un bombardier tactique russe SU-24 en opération près de la frontière turco-syrienne a été abattu par un chasseur turc F-16 après avoir violé l’espace aérien turc pendant 17 secondes. Les deux pilotes ont pu s’éjecter de leur appareil détruit mais l’un a été tué par des rebelles turkmènes de Syrie dans sa descente en parachute et l’autre a été récupéré par des équipes héliportées de commandos russes et iraniens. Cet incident a donné lieu à une grave crise diplomatique entre Ankara et Moscou et suscite quelles interrogations essentiellement techniques.

Avant de poursuivre, quelques exemples sommaires permettront de mieux se projeter dans l’univers de l’aviation militaire.

À bord d’un chasseur/bombardier volant à 900-2000 km/h (250-555 mètres/seconde), un pilote qui hésite, réagit ou manoeuvre pendant 5-10 secondes peut aisément violer un espace aérien. Ce type d’incidents est assez régulier au-dessus de la Mer baltique, du Moyen-Orient (Israël, Jordanie, Syrie, Irak, Iran, Turquie) et de la frontière Grèce-Turquie, théâtres plus ou moins imprégnés d’une ambiance de guerre froide… ou tiède.

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Missiles de croisière russes : quelles significations en Syrie et au-delà ?

Le tir de 26 missiles de croisière russes depuis la Caspienne revêt plusieurs significations stratégiques.

1/ Il s’agirait de SS 30 N. Chose surprenante comme l’a récemment signalé le Fauteuil de Colbert. Disons que si on en connaissait l’existence, on avait peu de détails sur leur portée et leur mise en service. C’est désormais chose faite, bien que certaines caractéristiques demeurent floues (notamment leur altitude de vol, donc la possibilité de leur détection). Autrement dit, l’effort de technologie de défense, entamé par la Russie en 2000, porte ses fruits.

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2/ Les conséquences en terme de stratégie navale sont également grandes. La Caspienne, que personne ne considérait avec attention, devient désormais une « mer » à l’importance stratégique. La petite flottille russe de la mer Caspienne, que beaucoup d’analystes mentionnaient pour mémoire, revêt subitement beaucoup plus d’importance, que ce soit au Moyen Orient mais aussi en Asie centrale… Bref, une frégate et trois corvettes ont de la valeur stratégique et pas simplement tactique.

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Démonstration navale russe depuis la Caspienne

Le portail des forces navales de la Fédération de Russie (ou RusNavyIntelligence pour les intimes) le remarque avec finesse : pour célébrer l’anniversaire de Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, la flottille de la mer Caspienne tirait – officiellement – une salve de 26 missiles de croisière. Le fait d’armes est triplement symbolique : Poutine est l’homme qui a décidé de redresser la puissance maritime Russe depuis le drame du Koursk, il joue les cartes Russes sans faute depuis la crise ukrainienne et c’était son anniversaire.

ob_277e5d_kalibr-nk© Twitter. Tir de missile Kalibr en mer Caspienne.

Rendons à César ce qui est à César : le souverain de la Russie s’offre la troisième marche du podium, c’est-à-dire que la Marine russe s’illustre ainsi comme la troisième marine du monde à avoir mis en œuvre des missiles de croisière au cours d’une opération extérieure, derrière l’US Navy et la Royal Navy. Sachant que cette dernière ne dispose encore et toujours que de MdCN tirés depuis sous-marins et n’a pas encore arrêtée ses choix pour équiper ses destroyers et frégates.

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La bombe, la brute et le truand

Syrie: les Russes arrivent

Depuis le 30 septembre 2015, les ailes russes frappent en Syrie, amenant sur ce triste théâtre d’opérations des matériels et des doctrines d’emploi méconnus du public occidental. Kurultay.fr avait abordé le domaine des opérations aériennes en février dernier (1) en évoquant le travail des aviations de la coalition dirigée par les USA contre l’Etat Islamique. Disons-le tout net: la vision russe de la guerre diffère assez nettement de son équivalent occidental. Par conséquent, les matériels et règles d’engagement aussi. De plus, l’aviation militaire russe a traversé une longue période noire après la chute de l’URSS, avec des investissements et des budgets en berne qui, longtemps, ne permirent d’entraîner et d’entretenir convenablement qu’un noyau opérationnel certes crédible, mais petit et employant des matériels vieillissants. Aujourd’hui, des matériels anciens, modernisés dans une certaine mesure, restent les indispensables bêtes de somme de l’aviation de combat russe, aux côtés de systèmes récents, modernes mais encore peu nombreux.

Savoir si un projectile est intelligent ou non n’est pas toujours le sujet prioritaire.

Depuis le début de l’intervention militaire russe en Syrie, les propagandes pro et anti intervention russe sont aussi prolixes l’une que l’autre, et s’autorisent quelquefois des interprétations frivoles de la réalité dans le but d’influencer l’opinion. Ainsi est née l’idée de publier sur Kurultay/EchoRadar une série d’articles où l’on présenterait les systèmes d’armes engagés par la force aérienne russe en Syrie, afin d’aider le lecteur à détecter de façon autonome les âneries les plus grossières qui le guettent dans les ruelles sombres de l’univers médiatique, entre une frappe russe contre l’Etat Islamique là où ce dernier ne se trouve pas et des affirmations sottes sur ce qu’impliquerait l’usage par les Russes d’armes guidées ou non. Cette série est en couveuse et le premier article, presque bouclé, sortira très bientôt.

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Poutine, les ICBM et le dialogue nucléaire

Hier soir, regardant les infos dans l’étrange lucarne, stupéfaction : le premier titre traite de l’annonce, par V. Poutine, de la mise en place de 40 nouveaux ICBM (missiles intercontinentaux) dans les forces russes cette année. Émoi. Chacun y voit une réponse à l’annonce par les États-Unis de leur intention de “déployer” quelques matériels lourds et trois compagnies dans les pays baltes. L’émotion est à son comble, les journalistes à la mine inquiète évoquent la guerre froide, on prendrait presque peur.

Source

Bon. Si ce qui se passe en Russie est plus sérieux et inquiétant qu’on ne le néglige à Paris (tout occupé qu’on y est du jihadisme et du sud), il faut toutefois raison garder. Éléments.

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Le laser de combat de l’US Navy (2)

En décembre 2014, l’US Navy a présenté le LaWS, laser de combat embarqué redoutablement efficace contre les embarcations légères et les drones, qui préfigure probablement une rupture technologique, économique et tactique dans la conception et l’utilisation des armes à énergie dirigée.

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Le Laser Weapon System est un laser rotatif de combat asservi à la tourelle d’acquisition et de poursuite de cibles initialement intégrée au Phalanx, fameux système de défense anti-missile rapprochée (CIWS : Close-In Weapon System) et embarqué sur de nombreux bâtiments de surface de l’US Navy. Ce système est contrôlé par un opérateur de tir grâce à une manette évoquant grandement celle d’une console de jeu Playstation / Xbox.

La combinaison du LaWS et d’un système de défense éprouvé compense remarquablement les difficultés de ciblage et d’impact inhérentes aux armes laser, brièvement évoquées dans le volet précédent. En effet, l’énergie cinétique d’un projectile (tiré par une arme à feu) et/ou le souffle de son explosion endommage sévèrement l’objet visé, pour peu que le ciblage soit suffisamment précis. Dans le cas d’un laser de combat au faisceau concentré, un ciblage ultra-précis est nécessaire pour neutraliser ou détruire l’objet visé. Ainsi, un laser ne fait guère “sauter” un bâtiment ou un véhicule mais pulvérise instantanément une tête humaine ou perfore le moteur d’une embarcation légère à plusieurs kilomètres de distance en épargnant les objets environnants.

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Du mythe à la réalité des armes laser (1)

La technologie des armes repose essentiellement sur deux procédés : atteindre un objet avec un projectile (flèche, boulet, obus, balle, etc) ou le soumettre à une brutale émission d’énergie thermique (armes à énergie dirigée). À ce jour, les lasers de combat demeurent confinés à la R&D militaire, à des démonstrateurs et à la science-fiction. En quelques lignes sobres, nous comprendrons pourquoi le phaseur du Capitaine Kirk et les canons laser de Star Wars relèvent toujours d’un mythe…

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1. La consommation énergétique

Toute arme à énergie dirigée (laser, faisceau de particules, micro-ondes) exige une grande quantité d’énergie et donc une volumineuse batterie qu’il faut remplacer ou recharger, à l’instar d’un stock de munitions classiques. Un seuil minimal de 100 Kw est nécessaire afin qu’un pistolet/fusil laser soit véritablement destructeur ou létal. En-deçà, il ne sera qu’un gros pointeur capable d’endommager irrémédiablement un oeil humain ou des systèmes opto-électroniques. Par ailleurs, le canon d’un pistolet/fusil laser produira et dégagera une très forte chaleur et devra intégrer une technologie supraconductrice ou un système de refroidissement également très énergivore.

En l’état actuel de la technologie, le fantassin au laser devra se déplacer avec une énorme batterie dans son dos, réduisant considérablement sa mobilité et augmentant drastiquement sa signature visuelle et thermique. Ses ennemis munis d’armes à feu s’en donneront à coeur joie…

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