La guerre anthropologique

Ce concept dual, et les réalités à justifier pour lui donner une consistance objective, n’a pas d’antériorité en tant que corrélation entre la guerre, phénomène défini et analysé, et l’anthropologie, discipline d’étude holistique embrassant l’ensemble des structures fondamentales.

Dans son sens linguistique, une guerre qualifiable d’anthropologique serait donc l’action ayant pour objectif d’éroder et de saper les systèmes de base de cette société, doublement enracinés par sa nature originelle et par son histoire : croyances, idées motrices, coutumes, schémas sociétaux, etc, qui sont les déterminants permanents de ses modèles socio-économiques et politiques.

Cette tentative d’approche du sujet, dite « heuristique », c’est-à-dire appliquée à un domaine encore inexploré, et difficile à étayer pour plusieurs raisons entrecroisées. La première est le caractère flou, voire nébuleux de ce concept dès lors que la polémologie, en tant qu’étude du phénomène de guerre, a déjà été admise au rang de discipline. Une deuxième raison est que de nombreux types de guerre autres que strictement militaires, ont été distingués et théorisés : guerre civile, révolutionnaire, subversive, psychologique, cybernétique, économique, etc. Un autre raison serait encore l’inaptitude une guerre comme anthropologique, qui ferait conclure à son existence ou à son caractère fantasmé. De surcroit, l’hypothèse d’une guerre anthropologique serait d’autant plus récusable, que ce type de guerre s’étalerait dans une temporalité de longue durée, donc sans réalité aisément perceptible.

Pour cerner cette forme de guerre, et donc lui donner la consistance de sa réalité, l’Histoire d’un côté et la science politique de l’autre, viennent cependant en renfort. Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, on peut en trouver trois exemples, les deux premiers de nature comparable, le troisième marqué d’une novation radicale.

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Mana la sage

Le matin de la création du cosmos et du grand univers, Mana a revêtu sa grande robe de lumière. Elle s’est parée de pierres précieuses brillantes et multicolores. Juchée sur le balcon de la céleste voûte, elle contemple les étoiles, innombrables et minuscules flambeaux qui s’éteignent dès que le jour se lève, à l’aube. Ravie et contemplative, elle appelle les tambours Haïtiens pour accompagner sa transe.

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Les musiciens jouent à en perdre haleine et le chef de la tribu clame qu’il faut aussi, en plus de regarder le haut, regarder le bas. Mana penche son visage et ses yeux pour regarder cette fois-ci les mers, les océans, les montages et les déserts, les forêts mais aussi tous les animaux qui peuplent la Terre.

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Surprises anthropologiques et cygnes noirs

Au tout début du XXème siècle, le philosophe anglais Bertrand Russel pose trois questions fondamentales dans son ouvrage « Problèmes de philosophie » [1] : d’où savons-nous ce que nous savons ? Le passé peut-il permettre de prédire le futur ? Pourquoi ne nous attendons-nous jamais à l’imprévu ?

Plus tard, dans son ouvrage « Le cygne noir » [2] publié en 2010, le philosophe contemporain Nassim Nicholas Taleb, réexamine ces questions à la lueur d’un postulat lié au principe d’incertitude : un événement rare, c’est-à-dire qui a une très faible chance de survenir, pourrait avoir des conséquences exceptionnelles.

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Bien qu’il l’applique au monde de la finance, Nassim Nicholas Taleb appuie là où ça fait mal. Face aux nombreux doutes liés à notre monde en proie à de nécessaires restructurations organisationnelles et fonctionnelles si l’on pense aux problèmes de sécurité et de défense actuels, nous devons en effet trouver de nouvelles solutions pour comprendre, intégrer et transformer l’incertitude. Continuer la lecture

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L’Echo du mois : De la sécurité alternative. Par Isabelle Tisserand

L’Echo du mois permet d’échanger, au travers d’une interview,  avec des personnalités dont l’action s’inscrit dans les thèmes relatifs à la stratégie, à ses diverses variantes, à ses évolutions technologiques et à leur influence sur celle-ci.

Dans la continuité de l’article que Si vis pacem a publié en juin, quelques semaines après la sortie de l’ouvrage collectif “Sécurité alternative” d’Isabelle Tisserand [1], cette dernière nous a fait l’amitié d’inaugurer “l’Écho du mois”. Une interview riche et qui met en lumière l’évolution actuelle et en devenir de la sphère nationale “sécurité et défense”.

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Quelles sont les raisons qui vous ont amenées à réaliser l’ouvrage [2] collectif « Sécurité alternative » un projet long, complexe et original ?

Un ressenti très fort du cloisonnement des métiers de la sécurité au sens large. On dit souvent que l’on ne sait pas travailler dans la transversalité, que l’interdisciplinarité et le mélange des générations est impossible alors que notre monde est opaque et qu’il a besoin de tous les types d’intelligences. Ces débats primaires ne font que nous rappeler notre lenteur. Pire : le manque de capacités d’adaptation de l’espèce humaine aux évolutions est anthropologiquement insupportable car il signifie sa disparition, à plus ou moins long terme. En outre, le meurtre généralisé de la confiance m’a conduite a lancé un défi d’engagement des uns envers les autres. C’est cette confiance avérée qui constitue toute la force de notre livre. C’est un collectif de personnalités liées à jamais, un filet de sécurité en soi. Nos métiers n’ont jamais été aussi sollicités qu’actuellement avec, à la clé, une très douloureuse remise en question. La sécurité est devenue un sujet culturel mondial obsessionnel. Allons-nous continuer – jusqu’à en mourir – à mettre sous contrainte de sécurité les dispositifs de vie des organisations humaines ou bien allons-nous enfin dégager les bénéfices d’organisations humaines matures sécurisées pour vivre en expansion, découvrir de nouveaux territoires, continuer à explorer ?

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