L’écho du bocal avec Bénédicte Chéron

Nous accueillons aujourd’hui Bénédicte Chéron, historienne et auteur de l’ouvrage “Le soldat méconnu, les Français et leurs armées ».

Question 1 : L’ancien CEMA incitait les militaires à écrire et publier. Une véritable liberté d’expression des militaires sur les questions de défense est-elle vraiment possible en France au vu des mésaventures récentes de ceux qui ont pensé “en dehors du bocal” ? Continue Reading

Share/Partage

Territoires et empire

Le dossier estival d’Echoradar a pour thème les territoires (voir présentation du thème). Cela m’a donné de réfléchir à l’empire, sujet qui me taraude depuis quelque temps, comme alternative à l’État-nation. Quels sont les avantages de l’empire ? pourquoi ceux-ci ont-ils disparu ? peuvent-ils ressurgir ? Bref, cette forme politique qui a dominé de multiples zones de l’humanité à travers les siècles a certainement des atouts qu’il s’agit d’analyser, ce qui ne signifie évidemment pas que nous dressions un plaidoyer pour l’empire.

source : l’empire mongol de Gengis Khan.

L’empire a mauvaise presse. Qu’il s’agisse des formes anciennes de domination directe ou de l’impérialisme attribué à l’hégémon américain, chacun y dénonce un pouvoir distant et oppresseur. Or, les historiens distinguent plusieurs formes d’empire et il faut se défier de notre représentation immédiate de ce concept. H. Inglebert propose ainsi cinq types différents d’empire : grands royaumes régionaux, hégémonies régionales, empires commerciaux, empires tribaux des steppes et empires à prétention universelle (1). Constatons que nous pensons plutôt au cinquième type lorsque nous parlons d’empire. H. Inglebert précise qu’un empire doit maîtriser quatre aspects : l’extension spatiale et la maîtrise des communications ; le contrôle politique différencié de différents segments de la population ; la capacité administrative à exploiter la population ; l’autoreprésentation du pouvoir central et son influence culturelle sur les élites centrales et locales. L’empire, c’est d’abord la sujétion de territoires périphériques par un pouvoir central. Ne nous y trompons pas, il y a bien au préalable un rapport de force et de domination. Omettre cette sujétion première, c’est ne rien comprendre à la dynamique politique à l’œuvre depuis quatre siècles qui conduisit à la disparition des empires.

 
Continue Reading

Share/Partage

Peuples et stratégie : le dossier du mois.

La stratégie est souvent décrite comme un affrontement entre « nous » et « eux ». Cette définition sommaire peut être valable pour les organisations comme pour les Nations. Dans l’ordre politique en tout cas, ce « eux » et ce « nous » sont clairement des peuples. Qu’est-ce en effet qu’une Nation sinon un peuple habitant un territoire et partageant des convictions communes, des représentations partagées pour reprendre le vocabulaire d’Yves Lacoste ? Un territoire est d‘ailleurs un espace habité par une population.

Résultat d’images pour populaiton et stratégie

Il y a ainsi un lien très fort entre l’espace, les hommes qui l’habitent et l’organisation politique qui en dépend. La stratégie, dans son sens politique, ne peut donc faire l’impasse sur ces peuples.

Pour deux raisons. La première tient à ce que les populations constituent une cause et un objectif de la stratégie. Clausewitz, identifiant la « remarquable trinité », voyait bien les trois pôles de la décision stratégique : le chef militaire, le décideur politique mais aussi et surtout le peuple sous-jacent, celui sans lequel les deux premiers ne pouvaient rien faire. Clausewitz écrivait au milieu du XIX° siècle, après avoir été témoin des guerres révolutionnaires et impériales, et entendu résonner longtemps dans sa mémoire le cri de « Vive la Nation », proféré par la Nation en armes de Valmy. Cause de la guerre, le peuple en est aussi l’objectif puisque de plus en plus, les centres de gravité (autre notion clausewitzienne) des guerres contemporaines, notamment du XX° siècle,  ont porté sur le soutien du peuple à son appareil dirigeant, plus qu’à la destruction des forces.

La deuxième raison, tient à une permanence de la guerre, « redécouverte » récemment : le fait que la guerre se tient au milieu des populations voire contre les populations. Ce n’est pas vraiment nouveau si on repense à la Guerre des Gaules pratiquée par César ou encore aux Malheurs de la guerre dessinés par Jacques Calot. On le verra en redécouvrant la guérilla au temps de l’empire byzantin (N. Mazzucchi, Polemos). Mais la guerre blindée-mécanisée préparée pendant 5 ans de Guerre froide a laissé la place, au tournant des années 1990, à une guerre au milieu des populations, bientôt devenue guerre hybride, sans même parler  des contextes de guerre urbaine de plus en plus fréquents.

Les peuples, encore et toujours, car il n’est de richesses que d’hommes, nous expliquait très tôt Jean Bodin : pour lui d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, il s’agissait de richesse quantitative, le nombre prévalait. C’est ce que déjà Claude de Seyssel pressentait (Egéa). La démographie demeure donc toujours un facteur déterminant de puissance, donc de calcul stratégique (Lignes stratégiques). Toutefois, avec le développement du numérique, ces communautés prévalentes demeurent-elles toujours ? grave question que relève Informatiques orphelines.

Peuples et stratégie : voici le thème  de ce dossier de rentrée que nous vous offrons, à Echoradar : manière de vous souhaiter une bonne année.

O. Kempf

 

Share/Partage

L’écho du bocal avec le Père Noël

1/ Cher Père Noël, la France a-t-elle encore une politique étrangère ?

La France continue de distribuer friandises et cadeaux de Noël aux enfants sages, bourre-pifs et munitions 5,56, 12,7 et 30 au méchants farfadets qui se cachent dans les déserts ou en forêt amazonienne. On peut donc dire sans réfléchir que la France possède encore une politique étrangère de Noël.

2/ Donald Trump ne devrait-il pas défier « Rocket man » en short et en combat singulier sur un ring ?

Sur un ring, pourquoi pas ? La difficulté consistera à trouver la discipline du combat : boxe ? Catch ? Sumo ? Volume de bière ingurgitée ? Au moins restera-t-on au niveau souhaité par les médias, celui du spectacle et de l’émotion pure. Les experts en n’importe quoi pourront s’en donner à cœur joie et pérorer doctement dans On n’est pas couché.

Continue Reading

Share/Partage

L’écho du bocal avec Sven Miserey

Sven est un Français expatrié à Londres depuis plusieurs années où il a créé une société d’investissements. Il accepte de nous livrer son témoignage sur le Brexit et autres douceurs spécifiques d’outre-Manche.

Pour la parfaite information de nos lecteurs, les réponses ont été données le 13/03, avant l’annonce de la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Écosse.

Continue Reading

Share/Partage

L’ECHO DU MOIS AVEC CYRIL COLIN – CEO d’ELUM

Cyril Colin est le co-fondateur et le directeur général de la société ELUM Energy, porteur du projet eNergy qui est un logiciel d’intelligence artificielle de pilotage et de contrôle prédictif d’un système de stockage d’énergie couplé à un système de production photovoltaïque. Cette solution s’adresse aux acteurs industriels des pays en voie de développement souhaitant bénéficier d’une fourniture d’électricité fiable, locale et adaptée à leur besoin dans le cadre d’une autoconsommation partielle.

1. Le système d’optimisation à base de photovoltaïque permettra-t-il de se diriger vers une autonomie locale ou n’est-il qu’un appoint à l’approvisionnement par d’autres ressources énergétiques?

Tout à fait, le fait de coupler production locale photovoltaïque et stockage d’énergie sous forme de batteries (tous deux rendus possibles par une forte baisse de leur coût de production : division par 4-5 au cours des 5 dernières années) permet de changer la vision du réseau de demain. Cela permet d’envisager à terme un réseau composé de bâtiments quasiment autonomes capables de s’échanger de l’énergie en temps réel en fonction des réserves et besoins de chacun.

Continue Reading

Share/Partage

L’Echo du bocal avec Doron Lévy

Fidèles lecteurs d’EchoRadar, en ces premiers jours de l’année, notre blogzine poursuit sa mue. Après son extension à d’autres blogueurs, voici en avant-première le tout nouvel « Echo du bocal ». Peu de changements avec la ligne éditoriale de l’Echo du mois, mais la mensualisation ne fonctionnant correctement que pour les impôts (peu de doute qu’ils oublient…), notre publication devient aléatoire. Pour le reste, « nous vous en mettons un ramequin, vous vous ferez une idée »

le-figaro-2010

Nous accueillons aujourd’hui Doron Lévy, criminologue, l’actualité et les débats actuels mettant encore plus en exergue ses propos.

Question 1 : Comment voyez-vous l’évolution de la criminalité dans un  monde de plus en plus cybernétisé ? Le cybercrime étatisé est-il le seul qui pourra être de grande ampleur ?

Les évolutions rapides des technologies et la mondialisation grandissante ont favorisé l’expansion des activités criminelles, souvent difficiles à déceler et utilisant de nouvelles formes d’anonymat. La prévention et la lutte contre ces nouveaux crimes émergents représentent donc un nouveau défi. La seule chose de sûre, c’est que le crime évolue et s’adapte continuellement. Le crime a toujours été un « poisson pilote » de la société.

Continue Reading

Share/Partage

L’Echo du mois avec Nicolas Bouzou – Penser l’innovation

Economiste et essayiste, auteur de plusieurs ouvrages de référence en économie, intervenant régulièrement dans le débat public, Nicolas Bouzou vient de publier un ouvrage intitulé « L’Innovation Sauvera le Monde ».

nicolas-bouzou-n2

 

Votre dernier essai intitulé « L’innovation sauvera le monde » vient d’être publié chez Plon. Ce titre  témoigne d’une vision optimiste du futur que vous modérez dès la première page de votre ouvrage par un second titre moins « vendeur » et plus pessimiste : « Comment l’innovation contribue à la montée de l’extrémisme et du fondamentalisme ». Quelles sont les pistes à suivre pour que l’innovation ne provoque pas plus de turbulences qu’elle n’apporte de solutions ?

L’innovation génère forcément des turbulences et des crises. C’est l’essence même du processus de destruction-créatrice schumpétérien. La question n’est pas de les éviter car c’est impossible, mais de faire en sorte qu’elles soient acceptées par le corps social et non pas rejetées, ce rejet prenant notamment la forme du nationalisme politique et du fondamentalisme religieux, deux forces très puissantes dans notre monde contemporain. Deux éléments sont nécessaires. D’une part, une politique publique articulée autour de la flexibilité et de la formation qui donne des perspectives aux victimes de la destruction-créatrice. D’autre part un socle philosophique de croyances qui renforce l’attrait de la démocratie libérale qui caractérise la civilisation occidentale. Comme je le montre dans le livre, nous avons à ce titre tout à la fois besoin d’une spiritualité (c’est la question du sens de ces innovations) et de valeurs (c’est la question de la régulation de ces innovations).

Continue Reading

Share/Partage
Translate »