Rapport CAPS-IRSEM sur les manipulations de l’information : des sophismes dans les objections (JBJV)

Echoradar est heureux de contribuer, en tant que plateforme, au débat stratégique en France. En effet, l’IRSEM et le CAPS ont publié un rapport sur les manipulations de l’information. Il a été signalé sur les réseaux sociaux et par de nombreux médias qui reprenaient les éléments de presse, sans aller plus avant.  Quelques lectures plus attentives en avaient quand même été faites, par des auteurs divers comme Libération (ici), Bruxelles2 (ici), Infoguerre (ici) pour ne citer que des articles qu’on ne soupçonnera pas d’être militants et qui émettaient quelques objections. Heureusement donc qu’un rapport est lu et pas seulement cité ! C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons publié un article mêlant critique et deuxième degré qui nous a été envoyé par un correspondant. Pour des raisons particulières, nous avons accepté de le publier sous pseudonyme, ce qui se fait dans les meilleurs médias même si, évidemment, nous préférons des auteurs en chair et en os.

Mais comme dans tout débat, il est normal que les arguments s’échangent. Nous accueillons donc avec grand plaisir cet article de Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, directeur de l’IRSEM, qui de  façon lui aussi spirituelle s’est attaché à répondre aux objections qui avaient été faites audit rapport. En ce sens, Echoradar répond à sa vocation, celle d’un débat intellectuel qui ne pèche pas par les passions que l’on voit malheureusement se répandre sur les réseaux sociaux. Ici au moins, nous ne limitons pas les 140 (ou 280) caractères et nous lisons  avec plaisir la finesse et l’ironie intelligente de l’esprit français. Merci donc à tous les auteurs qui ont contribué à ce débat et tout particulièrement à celui du jour, Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer. ER.

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Pour un module cybersec dans le SNU

La question du service national universel a suscité quelques débats et beaucoup d’incertitudes. Il reste que la volonté du président de la République a conduit à sa mise en place prochaine, d’autant que son principe devrait être inscrit dans la Constitution, selon le projet de révision en cours d’examen au Parlement (voir ici).

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Il durerait un mois et concernerait toute une classe d’âge, garçons et filles, soit environ 800.000 jeunes âgés de 16 ans. Mais on ne sait pas trop ce qu’il y aura dans ce mois. Il me semble qu’une initiation à la cybersécurité serait un bon élément du programme avec des avantages multiples : développons.

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Territoires et empire

Le dossier estival d’Echoradar a pour thème les territoires (voir présentation du thème). Cela m’a donné de réfléchir à l’empire, sujet qui me taraude depuis quelque temps, comme alternative à l’État-nation. Quels sont les avantages de l’empire ? pourquoi ceux-ci ont-ils disparu ? peuvent-ils ressurgir ? Bref, cette forme politique qui a dominé de multiples zones de l’humanité à travers les siècles a certainement des atouts qu’il s’agit d’analyser, ce qui ne signifie évidemment pas que nous dressions un plaidoyer pour l’empire.

source : l’empire mongol de Gengis Khan.

L’empire a mauvaise presse. Qu’il s’agisse des formes anciennes de domination directe ou de l’impérialisme attribué à l’hégémon américain, chacun y dénonce un pouvoir distant et oppresseur. Or, les historiens distinguent plusieurs formes d’empire et il faut se défier de notre représentation immédiate de ce concept. H. Inglebert propose ainsi cinq types différents d’empire : grands royaumes régionaux, hégémonies régionales, empires commerciaux, empires tribaux des steppes et empires à prétention universelle (1). Constatons que nous pensons plutôt au cinquième type lorsque nous parlons d’empire. H. Inglebert précise qu’un empire doit maîtriser quatre aspects : l’extension spatiale et la maîtrise des communications ; le contrôle politique différencié de différents segments de la population ; la capacité administrative à exploiter la population ; l’autoreprésentation du pouvoir central et son influence culturelle sur les élites centrales et locales. L’empire, c’est d’abord la sujétion de territoires périphériques par un pouvoir central. Ne nous y trompons pas, il y a bien au préalable un rapport de force et de domination. Omettre cette sujétion première, c’est ne rien comprendre à la dynamique politique à l’œuvre depuis quatre siècles qui conduisit à la disparition des empires.

 
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La vie du colonel Lawrence (B. Liddel Hart)

Voici un livre qui suscite immédiatement la curiosité : parce qu’il parle d’Arabie, parce qu’il évoque le grand Lawrence que chacun ne connaît que par le film éponyme ou par les Sept piliers de la sagesse, enfin parce que la biographie est écrite par le capitaine Basil Liddell Hart, fameux stratégiste anglais. Autant de facteurs qui incitent à ouvrir le livre : on commence à le feuilleter et on tombe littéralement dedans.

Liddell Hart s’en explique au début : il comptait d’abord écrire une histoire de la guerre d’Arabie mais finalement, il s’est passionné pour le héros, cet officier venu de nulle part et qui changea le cours de la guerre mais aussi le découpage politique de la région. Voici en effet un archéologue d’Oxford, universitaire précis, passionné des croisades et ayant donc lu beaucoup de stratégistes, qui passe plusieurs campagnes de fouilles au Moyen Orient avant la guerre. Il y apprend l’arabe et parcours la région alors sous domination turque, y compris le Sinaï et Akaba, lieu d’un de ses futurs exploits.

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Robots tueurs : que seront les soldats de demain ? (B. Erbland)

Le chef de bataillon Brice Erbland s’était taillé un petit nom à la suite d’un livre de témoignage de pilote d’hélicoptère en opérations. Il a poursuivi son travail en rejoignant l’Ecole de Guerre où il a conduit une belle étude sur l’éthique des robots armés. Il en a tiré un livre dont Victor Fèvre nous donne la fiche de lecture.

Agréable à lire et muni d’excellentes références précises et nombreuses, cet ouvrage explore les limites techniques et morales qu’il faudrait apporter aux « robots » qui seraient employés au sein de nos forces armées. L’auteur insiste sur la nécessaire connaissance de l’éthique du combat, qui est trop souvent laissée de côté dans les débats passionnels autour des « systèmes d’armes létaux autonomes » (SALA), et apporte son éclairage grâce à son expérience opérationnelle militaire. Continue Reading

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Peuples et stratégie : le dossier du mois.

La stratégie est souvent décrite comme un affrontement entre « nous » et « eux ». Cette définition sommaire peut être valable pour les organisations comme pour les Nations. Dans l’ordre politique en tout cas, ce « eux » et ce « nous » sont clairement des peuples. Qu’est-ce en effet qu’une Nation sinon un peuple habitant un territoire et partageant des convictions communes, des représentations partagées pour reprendre le vocabulaire d’Yves Lacoste ? Un territoire est d‘ailleurs un espace habité par une population.

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Il y a ainsi un lien très fort entre l’espace, les hommes qui l’habitent et l’organisation politique qui en dépend. La stratégie, dans son sens politique, ne peut donc faire l’impasse sur ces peuples.

Pour deux raisons. La première tient à ce que les populations constituent une cause et un objectif de la stratégie. Clausewitz, identifiant la « remarquable trinité », voyait bien les trois pôles de la décision stratégique : le chef militaire, le décideur politique mais aussi et surtout le peuple sous-jacent, celui sans lequel les deux premiers ne pouvaient rien faire. Clausewitz écrivait au milieu du XIX° siècle, après avoir été témoin des guerres révolutionnaires et impériales, et entendu résonner longtemps dans sa mémoire le cri de « Vive la Nation », proféré par la Nation en armes de Valmy. Cause de la guerre, le peuple en est aussi l’objectif puisque de plus en plus, les centres de gravité (autre notion clausewitzienne) des guerres contemporaines, notamment du XX° siècle,  ont porté sur le soutien du peuple à son appareil dirigeant, plus qu’à la destruction des forces.

La deuxième raison, tient à une permanence de la guerre, « redécouverte » récemment : le fait que la guerre se tient au milieu des populations voire contre les populations. Ce n’est pas vraiment nouveau si on repense à la Guerre des Gaules pratiquée par César ou encore aux Malheurs de la guerre dessinés par Jacques Calot. On le verra en redécouvrant la guérilla au temps de l’empire byzantin (N. Mazzucchi, Polemos). Mais la guerre blindée-mécanisée préparée pendant 5 ans de Guerre froide a laissé la place, au tournant des années 1990, à une guerre au milieu des populations, bientôt devenue guerre hybride, sans même parler  des contextes de guerre urbaine de plus en plus fréquents.

Les peuples, encore et toujours, car il n’est de richesses que d’hommes, nous expliquait très tôt Jean Bodin : pour lui d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, il s’agissait de richesse quantitative, le nombre prévalait. C’est ce que déjà Claude de Seyssel pressentait (Egéa). La démographie demeure donc toujours un facteur déterminant de puissance, donc de calcul stratégique (Lignes stratégiques). Toutefois, avec le développement du numérique, ces communautés prévalentes demeurent-elles toujours ? grave question que relève Informatiques orphelines.

Peuples et stratégie : voici le thème  de ce dossier de rentrée que nous vous offrons, à Echoradar : manière de vous souhaiter une bonne année.

O. Kempf

 

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Du prochain crach du bitcoin

Le bitcoin monte à des valeurs folles. Le rythme de croissance de son cours rappelle l’inflation dans l’Allemagne de l’après-guerre mondiale. A la seule différence qu’alors, c’était la valeur de la monnaie qui subissait une chute vertigineuse, tandis que dans le cas présent, elle connaît une hausse exponentielle. Mais ne s’agit-il que d’une bulle spéculative ? « C’est pas si simple« , comme disait mon expert favori…

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En effet, on pourrait penser à une bulle spéculative. Comme celles auxquelles les marchés financiers nous ont habitué. Pour les plus anciens, souvenez-vous de la bulle des dot.com en 2000. Alors, l’exubérance irrationnelle des marchés financiers jouait à plein (était-ce de Greenspan ou de Bernanke ?). On nous expliquait le mimétisme à la fois rationnel de ceux qui suivaient la bulle mais aussi sa nécessaire explosion, une fois que le fantasme laissait cours à la nouvelle, celle qu’il y a bien une réalité et que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » et que « il faut vendre au son du canon » et autres proverbes boursiers. Continue Reading

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