Conséquences minéralogiques du conflit Russie-Ukraine – Mineralogical consequences of the Russia-Ukraine conflict

Version française :

Dans le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine, un aspect souvent minoré – lorsqu’il n’est pas occulté – doit être porté à la connaissance du plus grand nombre : l’impact minéralogique.

Ces ressources, qui peuvent être exploités directement ou indirectement sous forme métallique ou non métallique, sont une source d’inquiétude récurrente pour les États et les structures privées très dépendants de ses approvisionnements et la logistique afférente. Et ce qui se déroule entre la Russie et l’Ukraine doit faire comprendre aux Européens qu’ils sont éminemment fragiles sur ce sujet peu médiatique et pourtant hautement névralgique.

Des matières premières critiques pour les pays européens

La Commission européenne publie depuis 2008 une liste des matières premières critiques pour le fonctionnement des différents secteurs économiques et énergétiques des membres de l’Union. Or le 3 septembre 2020, comme une forte prise de conscience, la liste fut accompagnée d’un plan d’action [1] dépassant le simple stade descriptif et même analytique pour se faire plus stratégique : une première vraisemblablement «facilitée» par la crise sanitaire de début 2020 qui mit cruellement en exergue la fragilité de la chaîne de production de pays européens fortement désindustrialisés. Ces matières premières sont devenus d’autant plus cruciales que l’Union européenne impose une double transition, l’une écologique (ou plutôt énergétique) et l’autre numérique [2] réclamant toutes deux un afflux de ressources spécifiques précisées comme critiques dans le document. Une réalité confirmée en mai 2021 par un rapport de l’Agence internationale de l’énergie [3].

Or le document est impitoyable dans son constat : sur les 30 éléments recensés, une grande part est entre les mains de fournisseurs tiers (à quelques rares exceptions comme le Gallium, le Germanium, l’Indium ou le Strontium). Et la Russie est un approvisionneur de plusieurs matières premières : le phosphate naturel, le scandium, le titane, le vanadium, le lithium et le palladium. La plus grande criticité étant celle du palladium (à hauteur de 40% des approvisionnements de l’UE), métal précieux principalement recherché pour en équiper les appareils électroniques et les piles à combustibles (des véhicules à hydrogène).

Ajoutons que la Russie est souvent un producteur très en vue sur le marché minéralogique même si l’UE n’en est pas toujours le principal consommateur : 4% de la production mondiale d’antimoine, 7% du charbon à coke, 5% du germanium, 3% du hafnium, 22% du titane, 26% du scandium, 19% du vanadium proviennent de la Russie.

Et il serait plus avisé d’y inclure aussi le nickel en cette liste, lequel n’est pourtant pas considéré comme une matière stratégique par les instances européennes bien qu’il soit essentiel dans les alliages, les accumulateurs, les résistances, les aimants, les électrodes etc. Or, la Russie en est le troisième producteur mondial avec 250 000 tonnes derrière l’Indonésie et ses 1 000 000 tonnes (qui a décidé depuis janvier 2020 d’une réorientation de sa production vers le marché interne) et les Philippines avec ses 370 000 tonnes. L’importance de ce métal sur le marché des matières premières est corroborée par la hausse spectaculaire du prix du nickel, de 8 055 $ la tonne au 08/02/2016, le cours est passé à 26 102 $ le 24/02/2022. Ce qui au passage redonne un intérêt accru à l’archipel néo-calédonien [4] et ses ressources minières puisqu’il se trouve être le quatrième producteur mondial, courtisé par les plus grands exploitants miniers de la planète (chinois et australien).

L’Ukraine, elle, ne figure pas dans les fournisseurs d’importance de l’Union européenne bien qu’elle extrait 5% du gallium et 7% du scandium mondial. Cette absence ne doit en aucun cas sous-estimer le potentiel du sous-sol ukrainien, lequel recèle de gigantesques réserves en matières premières, que ce soit le fer, la houille, le manganèse ou le strontium [5].

L’aluminium, très usité dans le secteur industriel, est dans le viseur des hausses attendues des matières premières puisque la Russie en est le troisième exportateur (8,9% du marché mondial en 2020), derrière les Émirats Arabes Unis (9,3%) et le Canada (11,5%). Déjà en période haussière depuis avril 2020, l’on voit mal ce métal se déprécier ces prochaines semaines.

Dans le cadre de l’électronique, l’importance de la production de saphir synthétique est décuplée par sa capacité à produire des couches pour les semi-conducteurs comme le silicium (Silicon on Sapphire) afin de créer des galettes (des tranches très fines) essentielle à la connexion des éléments du circuit composé [6]. Or la Russie dispose d’une position dominante dans le secteur, c’est le moins que l’on puisse dire, à 80%, et les sanctions confirmées par Taïwan vont accentuer une crise des semi-conducteurs qui n’en demandait pas tant depuis fin 2020. Soulignons aussi le rôle très discret mais réel du gaz de néon purifié (par un procédé de séparation et purification mis en place depuis l’Union Soviétique à des fins militaires) sortant des usines de Cryoin et d’Ingas, basées à Odessa et Mariupol respectivement. Or ce nénon purifié est employé massivement dans les lasers qui servent à graver les semi-conducteurs de tous nos appareils électroniques, et l’Ukraine serait fournisseur de près de 50% du marché mondial de néon purifié [7].

Quant à la très connue dépendance européenne au gaz naturel russe, il faut rappeler que les pays de l’Union européenne sont dépendants à 41% de cet approvisionnement [8] contre 24% envers celui de la Norvège (pour 10% de production domestique). S’agissant du pétrole, la Russie était en 2020, le second exportateur mondial avec 11% de part de marché (4 921 000 millions de barils/jour) contre 17% pour le premier, l’Arabie Séoudite (7 341 000 millions de barils/jour).

Le renouveau agricole russe

Du reste, nous pouvons brièvement nous épancher sur la problématique agricole. De l’Union Soviétique importatrice de blé américain (d’où la décision du président Jimmy Carter le 4 janvier 1980 de déclarer un embargo sur les exportations de cette céréale [9] jusqu’au record de 47 millions de tonnes en 1985), la Russie est devenue le premier exportateur de blé au monde [10] (la Chine demeurant le premier producteur avec 134 millions de tonnes, la Russie étant troisième avec 86 millions et l’Ukraine huitième avec 25 millions), représentant jusqu’à 20% du marché mondial (12% pour l’Ukraine), sans omettre d’autres productions comme l’huile de tournesol ou l’orge. Cependant, l’Ukraine est très dépendante de son activité agricole puisque 19,1% de ses exportations concernent précisément le secteur primaire contre 8,6% pour la Russie, une coupure de ses circuits logistiques sur le plan agricole lui serait fortement dommageable tant pour sa propre population que pour sa balance commerciale.

La Chine et les dividendes du conflit

Dernier point d’importance : la Chine est devenu depuis 2016 le premier importateur de produits russes (culminant à 112 milliards de dollars [11] en 2020). Le second, l’Allemagne, étant loin derrière à 46 milliards et les Pays Bas à 37 milliards. Tout comme l’Ukraine dont le premier pays client est aussi la Chine à 7 milliards de dollars, bien loin devant le second, la Pologne avec 3,2 milliards, ou le troisième, la Russie avec 2,7 milliards.

Ainsi, la Chine pourrait suppléer – partiellement à tout le moins – le manque à gagner du commerce russe avec les occidentaux tout en bénéficiant d’un report de matières premières de l’Ouest vers l’Est eurasiatique dont son industrie est très gourmande.

Autre fait majeur loin d’être anecdotique, les deux pays ont appris depuis 2014 à dédollariser leurs échanges commerciaux, ne représentant plus que 22,7% de ceux-ci en 2020 [12].  En outre, un système de paiement alternatif au réseau d’échanges d’informations bancaires à SWIFT, le SPFS (Система передачи финансовых сообщений ou Système de messagerie financière) a été mis en place en 2014 et renforcé en novembre 2019 par un partenariat avec la Banque de Chine [13].

Pour l’heure, plusieurs banques sanctionnées et déconnectées du système SWIFT ont basculé vers d’autres systèmes alternatifs d’origine chinoise comme les paiements par cartes CUP (China UnionPay) ou le système de transactions financières CIPS (China International Payments System). Ce qui va certes compliquer mais pas stopper les échanges commerciaux des sociétés russes avec le reste du monde. En revanche, l’opportunité est offerte à la Chine de devenir une plateforme financière alternative et crédible aux solutions occidentales. Resserrement des liens financiers renforcé par ceux diplomatiques. Ainsi le 7 mars 2022, durant une conférence de presse, le Ministre des affaires étrangères chinois Wang Li a affirmé que l’amitié russo-chinoise était aussi solide que le roc car la Russie est considérée comme son plus grand partenaire stratégique. Mettant à bas les espérances des européens de dissocier la Chine de la Russie, ce qui constitue un échec diplomatique [14].

Conclusion

Il ressort de ce rapide tableau que le conflit russo-ukrainien ne sera pas sans dommages collatéraux pour les approvisionnements minéralogiques des pays qui entendraient sanctionner durement la Russie. Et que la Chine trouverait grand intérêt à ce que la Russie soit isolée sur la scène internationale pour mieux profiter de ses immenses réserves de matières premières, à un prix inférieur au cours du marché en tant qu’allié géopolitique.

L’industrie européenne craint de sérieuses restrictions à ses lignes de production ces prochaines semaines, faute d’approvisionnement de matières premières. Les premiers effets se font déjà jour en Allemagne, première nation industrielle d’Europe, avec des perturbations sensibles en raison des difficultés à maintenir les flux logistiques avec ses fournisseurs ukrainiens [15]. Et l’avenir risque d’être plus compliqué encore puisque le cours du nickel, passant de 24 950 $ la tonne le 23 février 2022 à 48 201 $ le 8 mars, a même du être interrompu à la bourse de Londres en raison de l’envolée du cours [16]. L’aluminium lui aussi poursuit une montée des cours très préoccupante pour le secteur industriel, puisque le 5 novembre 2021, le prix à la tonne était de 2 554 $ et qu’il s’est affiché à 3 329 $ le 11 mars 2022.

Cette hausse très prononcée du prix des matières premières couplée à l’inflation que connait l’Europe depuis fin 2021 présente une probabilité forte de perturbations économiques et sociales pour les mois à venir en raison d’une mécanique de renchérissement des prix à la consommation de l’énergie et des biens manufacturés.

 

Lorsque le pays aux plus grandes réserves minéralogiques au monde se lie au plus grand pays industriel de la planète, il y a tout lieu de soupeser très habilement chaque action de rétorsion. Le double risque étant d’une part une difficulté logistique accrue des approvisionnements pour les pays européens et d’autre part un renchérissement très sensible des matières premières et des produits manufacturés.

 

Cyberstratégie Est-Ouest

 

Sources :

[1] Commission Européenne, Résilience des matières premières critiques: la voie à suivre pour un renforcement de la sécurité et de la durabilité, COM(2020) 474 final, 3 septembre 2020, lien : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:52020DC0474&from=EN

[2] Yannick Harrel, La stratégie des approvisionnements en matières premières de l’Union européenne : le cas du secteur automobile, Fondation de Recherche Stratégique, 18 décembre 2020, lien : https://www.frstrategie.org/publications/recherches-et-documents/strategie-approvisionnements-matieres-premieres-union-europeenne-cas-secteur-automobile-2020

[3] Marion Wales, Les minéraux de la transition énergétique sous tension, SFEN, 11 mai 2021, lien : https://new.sfen.org/rgn/mineraux-transition-energetique-tension/

[4] Yannick Harrel, Le nickel de Nouvelle Calédonie : un métal très convoité, Echo Radar, 30 décembre 2021, lien : https://echoradar.eu/2021/12/30/le-nickel-de-nouvelle-caledonie-un-metal-tres-convoite/

[5] Mineral Resources of Ukraine, Recorded mineral reserves, Geoinform of Ukrain, 2017, lien : https://minerals-ua.info/stan-zapasive.php

[6] Directorate-General for Energy, Liquefied natural gas, Commission Européenne, 2021, lien : https://energy.ec.europa.eu/topics/oil-gas-and-coal/liquefied-natural-gas_en

[7] Alexandra Alper, Exclusive: Russia’s attack on Ukraine halts half of world’s neon output for chips, Reuters, 11 mars 2022, lien : https://www.reuters.com/technology/exclusive-ukraine-halts-half-worlds-neon-output-chips-clouding-outlook-2022-03-11/

[8] Cryscore, A Brief Introduction of Silicon on Sapphire Technology, Cryscore Optoelectronic Limited, 2022, lien : https://www.cryscore.com/silicon-on-sapphire.html

[9] Hélène Sauvage, Quand les USA échouèrent à sanctionner l’URSS, Cultivar, 11 juillet 2017, lien : https://www.cultivar.fr/sinformer/quand-les-usa-echouerent-sanctionner-lurss

[10] Arvin Donley, The fall and rise of Russian wheat, World-grain.com, 27 décembre 2021, lien : https://www.world-grain.com/articles/16273-the-fall-and-rise-of-russian-wheat

[11] Dezan Shira & Associates, Russia’s 2021 Exports By Sector And Country, Russia Briefing, 18 janvier 2022, lien : https://www.russia-briefing.com/news/russia-s-2021-exports-by-sector-and-country.html

[12] Mrugank Bhusari et Maia Nikoladze, Russia and China: Partners in Dedollarization, 18 février 2022, Atlantic Council, lien : https://www.atlanticcouncil.org/blogs/econographics/russia-and-china-partners-in-dedollarization

[13] Harley Balzer, Cutting off Russia from SWIFT will really sting, Atlantic Council, 12 janvier 2022, lien : https://www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/cutting-off-russia-from-swift-will-really-sting

[14] , China calls Russia its chief ‘strategic partner’ despite war, AP News, 7 mars 2022, lien : https://apnews.com/article/russia-ukraine-business-europe-global-trade-wang-yi-26278cf4ea0a1f9ab6264593aedba66c

[15] Olivier Chicheportiche, Guerre en Ukraine: l’industrie automobile allemande en panne de câbles, BFM Business, 8 mars 2022, lien : https://www.bfmtv.com/auto/guerre-en-ukraine-l-industrie-automobile-allemande-en-panne-de-cables_AV-202203080429.html

[16] Matthew Chamberlain, Nickel suspension update : criteria for resumption of trading and application of price bands, London Metal Exchange, 8 mars 2022, lien : https://www.lme.com/api/sitecore/MemberNoticesSearchApi/Download?id=fbdadbfd-bc73-4637-b817-0675b8280308

 

English Version :

Mineralogical consequences of the Russia-Ukraine conflict

In the conflict between Russia and Ukraine, an aspect that is often overlooked – when it is not concealed – must be brought to the attention of as many people as possible: the mineralogical impact.

These resources, which can be exploited directly or indirectly in metallic or non-metallic form, are a recurring source of concern for States and private structures highly dependent on its supplies and the related logistics. And what is happening between Russia and Ukraine must make Europeans understand that they are eminently fragile on this subject that receives little media coverage and yet is highly sensitive.

Critical raw materials for European countries

Since 2008, the European Commission has published a list of critical raw materials for the functioning of the different economic and energy sectors of the members of the Union. However, on September 3, 2020, as a strong awareness, the list was accompanied by an action plan [1] going beyond the simple descriptive and even analytical stage to become more strategic: a first probably “facilitated” by the crisis early 2020, which cruelly highlighted the fragility of the production chain in highly deindustrialized European countries. These raw materials have become all the more crucial as the European Union imposes a double transition, one ecological (or rather energetic) and the other digital [2] both requiring an influx of specific resources specified as critical in the document. A reality confirmed in May 2021 by a report from the International Energy Agency [3].

However, the document is pitiless in its observation: of the 30 elements listed, a large part is in the hands of third-party suppliers (with a few rare exceptions such as Gallium, Germanium, Indium or Strontium). And Russia is a supplier of several raw materials: natural phosphate, scandium, titanium, vanadium, lithium and palladium. The greatest criticality being that of palladium (up to 40% of EU supplies), a precious metal mainly sought after to equip electronic devices and fuel cells (for hydrogen vehicles).

We should add that Russia is often a very prominent producer on the mineralogical market, even if the EU is not always the main consumer: 4% of world production of antimony, 7% of coking coal, 5% of germanium, 3% hafnium, 22% titanium, 26% scandium, 19% vanadium come from Russia.

And it would be wiser to also include nickel in this list, which is however not considered as a strategic material by the European authorities although it is essential in alloys, accumulators, resistors, magnets, electrodes etc. However, Russia is the world’s third largest producer with 250,000 tonnes behind Indonesia and its 1,000,000 tonnes (which decided in January 2020 to reorient its production towards the internal market) and the Philippines with its 370,000 tons. The importance of this metal in the commodity market is corroborated by the spectacular rise in the price of nickel, from $8,055 per ton on 08/02/2016, the price rose to $26,102 on 24/02/2022 .

Ukraine is not one of the major suppliers of the European Union, although it extracts 5% of gallium and 7% of scandium worldwide. This absence should in no way underestimate the potential of the Ukrainian subsoil, which conceals gigantic reserves of raw materials, be it iron, coal, manganese or strontium [5].

Aluminum, widely used in the industrial sector, is in the sights of the expected increases in raw materials since Russia is the third largest exporter (8.9% of the world market in 2020), behind the United Arab Emirates (9.3 %) and Canada (11.5%). Already in a bullish period since April 2020, it is difficult to see this metal depreciate in the coming weeks.

In the context of electronics, the importance of the production of synthetic sapphire is increased tenfold by its ability to produce layers for semiconductors such as silicon (Silicon on Sapphire) in order to create wafers (very thin slices) essential to the connection of the elements of the compound circuit [6]. However, Russia has a dominant position in the sector, to say the least, at 80%, and the sanctions confirmed by Taiwan will accentuate a crisis in the semiconductors which did not require so much since the end of 2020. Let us also underline the very discreet but real role of purified neon gas (by a process of separation and purification set up from the Soviet Union for military purposes) coming out of the Cryoin and Ingas factories, based in Odessa and Mariupol respectively. However, this purified neon is massively used in the lasers used to engrave the semiconductors of all our electronic devices, and Ukraine is the supplier of nearly 50% of the world market for purified neon [7].

European dependence on Russian natural gas, it should be remembered that the countries of the European Union are 41% dependent on this supply [8] against 24% on that of Norway (for 10% of domestic production). With regard to oil, in 2020 Russia was the world’s second largest exporter with 11% market share (4,921,000 million barrels/day) against 17% for the first, Saudi Arabia (7,341,000 million barrels/day).

The Russian agricultural revival

Moreover, we can briefly discuss the agricultural issue. From the Soviet Union, an importer of American wheat (hence President Jimmy Carter’s decision on January 4, 1980 to declare an embargo on exports of this cereal [9] up to the record of 47 million tons in 1985), the Russia has become the world’s leading wheat exporter [10] (China remaining the leading producer with 134 million tonnes, Russia being third with 86 million and Ukraine eighth with 25 million), accounting for up to 20% of world market (12% for Ukraine), without omitting other productions such as sunflower oil or barley. However, Ukraine is very dependent on its agricultural activity since 19.1% of its exports concern precisely the primary sector against 8.6% for Russia,

China and the dividends of conflict

Last point of importance: China has become the leading importer of Russian products since 2016 (peaking at 112 billion dollars [11] in 2020). The second, Germany, is far behind at 46 billion and the Netherlands at 37 billion. Just like Ukraine, whose first customer country is also China with 7 billion dollars, well ahead of the second, Poland with 3.2 billion, or the third, Russia with 2.7 billion.

Thus, China could make up for – partially at the very least – the shortfall in Russian trade with the West while benefiting from a transfer of raw materials from the West to the East of Eurasia, of which its industry is very greedy.

Another major fact far from being anecdotal, the two countries have learned since 2014 to de-dollarize their trade, representing only 22.7% of these in 2020 [12]. In addition, an alternative payment system to the SWIFT banking information exchange network, the SPFS (Система передачи финансовых сообщений or Financial messaging system) was set up in 2014 and reinforced in November 2019 by a partnership with the Bank of China [13].

For the time being, several sanctioned banks disconnected from the SWIFT system have switched to other alternative systems of Chinese origin such as payments by CUP (China UnionPay) cards or the financial transaction system CIPS (China International Payments System). This will certainly complicate but not stop the trade of Russian companies with the rest of the world. On the other hand, the opportunity is offered to China to become an alternative and credible financial platform to Western solutions. Tightening of financial ties reinforced by diplomatic ones. Thus on March 7, 2022, during a press conference, Chinese Foreign Minister Wang Li said that the Russian-Chinese friendship was as solid as rock because Russia was its greatest strategic partner. Putting down the hopes of Europeans to dissociate China from Russia, which constitutes a diplomatic failure [14].

Conclusion

It emerges from this brief table that the Russo-Ukrainian conflict will not be without collateral damage for the mineralogical supplies of the countries which intend to punish Russia harshly. And that China would find great interest in Russia being isolated on the international scene to better benefit from its immense reserves of raw materials, at a price below the market price as a geopolitical ally.

European industry fears serious restrictions on its production lines in the coming weeks, due to a lack of raw material supplies. The first effects are already emerging in Germany, Europe’s leading industrial nation, with significant disruptions due to difficulties in maintaining logistics flows with its Ukrainian suppliers [15]. And the future risks being even more complicated since the price of nickel, going from $24,950 per ton on February 23, 2022 to $48,201 on March 8, even had to be interrupted on the London Stock Exchange due to the soaring course [16]. Aluminum is also continuing to rise in price, which is very worrying for the industrial sector, since on November 5, 2021, the price per tonne was $2,554 and it stood at $3,329 on March 11, 2022.

This very pronounced rise in the price of raw materials, coupled with the inflation that Europe has been experiencing since the end of 2021, presents a strong probability of economic and social disruption for the months to come due to a mechanism of consumer price increases of energy and manufactured goods.

 

When the country with the largest mineralogical reserves in the world links up with the largest industrial country on the planet, there is every reason to weigh every retaliatory action very skilfully. The double risk being on the one hand an increased logistical difficulty of supplies for European countries and on the other hand a very significant increase in the cost of raw materials and manufactured products.

 

East-West Cyber Strategy

 

References :

[1] European Commission, Resilience of critical raw materials: the way forward for enhanced safety and sustainability , COM(2020) 474 final, 3 September 2020, link: https://eur-lex.europa. eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:52020DC0474&from=EN

[2] Yannick Harrel, The raw materials supply strategy of the European Union: the case of the automotive sector , Strategic Research Foundation, December 18, 2020, link: https://www.frstrategie.org/publications/recherches- and- documents/strategy-supplies-raw-materials-european-union-case-automotive-sector-2020

[3] Marion Wales, Minerals of the energy transition under tension , SFEN, May 11, 2021, link: https://new.sfen.org/rgn/mineraux-transition-energetique-tension/

[4] Yannick Harrel, Nickel from New Caledonia: a highly coveted metal , Echo Radar, December 30, 2021, link: https://echoradar.eu/2021/12/30/le-nickel-de-nouvelle-caledonie- a-coveted-metal/

[5] Mineral Resources of Ukraine, Recorded mineral reserves , Geoinform of Ukrain, 2017, link: https://minerals-ua.info/stan-zapasive.php

[6] Directorate-General for Energy, Liquefied natural gas , European Commission, 2021, link: https://energy.ec.europa.eu/topics/oil-gas-and-coal/liquefied-natural-gas_en

[7] Alexandra Alper, Exclusive: Russia’s attack on Ukraine halts half of world’s neon output for chips, Reuters, 11 mars 2022, link : https://www.reuters.com/technology/exclusive-ukraine-halts-half-worlds-neon-output-chips-clouding-outlook-2022-03-11/

[8] Cryscore, A Brief Introduction of Silicon on Sapphire Technology , Cryscore Optoelectronic Limited, 2022, link: https://www.cryscore.com/silicon-on-sapphire.html

[9] Hélène Sauvage, When the USA failed to sanction the USSR , Cultivar, July 11, 2017, link: https://www.cultivar.fr/sinforma/quand-les-usa-echouerent-sanctionner-lurss

[10] Arvin Donley, The fall and rise of Russian wheat , World-grain.com, December 27, 2021, link: https://www.world-grain.com/articles/16273-the-fall-and-rise – of-russian-wheat

[11] Dezan Shira & Associates, Russia’s 2021 Exports By Sector And Country , Russia Briefing, January 18, 2022, link: https://www.russia-briefing.com/news/russia-s-2021-exports-by- sector-and-country.html

[12] Mrugank Bhusari and Maia Nikoladze, Russia and China: Partners in Dedollarization , February 18, 2022, Atlantic Council, link: https://www.atlanticcouncil.org/blogs/econographics/russia-and-china-partners-in – dedollarization

[13] Harley Balzer, Cutting off Russia from SWIFT will really sting , Atlantic Council, January 12, 2022, link: https://www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/cutting-off-russia-from-swift-will – really sting

[14] , China calls Russia its chief ‘strategic partner’ despite war , AP News, March 7, 2022, link: https://apnews.com/article/russia-ukraine-business-europe-global-trade- wang-yi-26278cf4ea0a1f9ab6264593aedba66c

[15] Olivier Chicheportiche, War in Ukraine: the German automotive industry has run out of cables , BFM Business, March 8, 2022, link: https://www.bfmtv.com/auto/guerre-en-ukraine-l-industrie -german-automobile-out-of-cables_AV-202203080429.html

[16] Matthew Chamberlain, Nickel suspension update: criteria for resumption of trading and application of price bands , London Metal Exchange, March 8, 2022, link: https://www.lme.com/api/sitecore/MemberNoticesSearchApi/Download?id =fbdadbfd-bc73-4637-b817-0675b8280308

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Yannick Harrel

2 commentaires

  1. Tesla doit être encore plus enchanté de son investissement dans Eramet et le nickel de Nouvelle Calédonie depuis le déclenchement des hostilités en Ukraine!
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/02/25/guerre-en-ukraine-le-marche-des-matieres-premieres-s-affole_6115199_3234.html

    Un enjeu mondial qui concerne tous les pays européens:
    https://www.diploweb.com/Carte-Les-principaux-fournisseurs-de-matieres-premieres-critiques-de-l-Union-europeenne.html

    En Nouvelle-Calédonie, comme en Afrique et sur/sous les océans, ce sont les capacités de la France dans la compétition économique mondiale qui sont menacées.
    https://www.lopinion.fr/economie/une-france-2030-sans-mineraux-industriels-la-tribune-de-franck-evanno

    https://www.latribune.fr/economie/france/transition-energetique-le-plan-ambitieux-de-la-france-pour-disposer-de-metaux-strategiques-896996.html

    Le marché des “commodities” est vraiment très lucratif, surtout pour ceux qui disent “faire le travail de Dieu sur Terre”:
    https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/les-grands-gagnants-du-boom-des-matieres-premieres-1379558

    Vae victis.

  2. Le nickel est un des métaux parmi les plus indispensables à la réalisation de la transition énergétique!
    https://www.ifpenergiesnouvelles.fr/article/nickel-transition-energetique-pourquoi-parle-t-metal-du-diable

    Avec le cuivre, il n’y a qu’à regarder qui sont les pays producteurs pour comprendre bien des choses sur la géopolitique:
    https://www.coface.fr/Actualites-Publications/Actualites/Le-boom-des-metaux-lies-aux-vehicules-electriques-est-il-durable

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