Stratégie & Confinement : villes du futur, confinement des mobilités, confinement des libertés

Qui n’a jamais reçu ces prospectus municipaux (ou métropolitains désormais) nous vantant la ville du futur : arborée, emplie de gens pédalant le sourire pendu jusqu’au ciel et striée de couloirs promettant l’espace partagé en harmonie avec son frère ou sa sœur de voirie ?

Affiche du film Metropolis

Comme souvent, ces promesses cachent une vérité : la première est que toute vision du bonheur est possible, la seconde est qu’elle réclame une politique sacrificielle.

Car toute vision d’aménagement de l’espace et des hommes (en d’autres termes, une approche géonomique) implique une approche politique spécifique. Le début du XXIème siècle donne déjà une excellente idée de la décennie 2020 en matière d’urbanisation qui accentuera, sauf remise en cause brutale, les tendances en cours.

Cet avenir radieux qui nous promis au sein des villes occidentales pourrait se traduire ainsi :

Nous serons autorisés à nous déplacer le long de couloirs dûment balisés, à pied ou à vélo (sans assistance électrique, apanage laissé aux forces de sécurité privées afin de leur sanctuariser un avantage technologique lors de toute poursuite). Nous devrons suivre de longues frontières rectilignes peintes dans des couleurs pastel nous baignant dans une enfance factice prolongée. Il sera inutile d’espérer flâner car d’une part les caméras à reconnaissance comportementale pourraient assimiler cela à une anomalie suspecte et d’autre part, la quasi-totalité des œuvres architecturales du passé ayant été déclarées clivantes, n’ont soit pas été remplacées, soit ont fait place à des structures inexpressives purement fonctionnalistes. Les façades présentant toutes le même motif cuboïde, les yeux ne sauraient être distraits par leur présence sur le chemin. Nous serions avisés de nous écarter de certaines zones à risque sanitaire limité (ZSL) si d’aventure notre passeport vaccinal numérique – obligatoirement activé sur tout mobile à chaque sortie – venait à être périmé ou pire, non rempli : l’alerte de votre transgression adressée aux mobiles des quidams vous entourant aurait tôt fait de vous inciter à modifier votre parcours. Mais nous devons êtes encore vigilant à ne pas entrer dans une autre zone dite de sécurité selon le genre où vous appartenez, la mixité étant prohibée.

Enfin, au moment de franchir votre porche, vous recevrez le détail de votre cheminement avec une multitude de données statistiques partagées entre vous et les serveurs de la Métropole dans un souci, dit-on, d’amélioration des flux de circulation.

Qu’il aura été bon d’en profiter puisqu’une alerte pollution se profile déjà sur les écrans municipaux, ce qui de jure interdira tout déplacement sauf exceptions dûment répertoriées par autorisation administrative.

Ces petites contrariétés seront fort heureusement bénignes puisqu’elles auront été le prix à payer afin de repousser en dehors du cercle urbain les populations indignes et s’assurer de la sorte d’un cordon sanitaire, social et moral. Du reste, la visite des zones extra-urbaines, saugrenue idée si ce n’est pour des missions d’ordre ethnologiques, aura été rendue compliquée à la fois par les mesures administratives et par le prix exorbitant d’un kW/h faisant de tout déplacement extérieur en électromobile une charge financière difficilement supportable pour tout citoyen ordinaire.

La Grande Épidémie de 2020 fut précisément l’occasion d’accélérer cette tendance latente qui n’avait pu s’exprimer ouvertement à sa mesure en raison des brides mentales encore présentes à cette époque.

Des esprits pernicieux et réfractaires arguent de temps à autre que la muséification des centres urbains serait allée de pair avec le vieillissement des esprits, peureux et résignés, accompagné du confinement des droits les plus fondamentaux au nom de l’hygiénisme et du principe de précaution. Nombre de ces contempteurs de la paix publique ont fort heureusement été internés afin de contenir leurs délires et éviter la contagion dans les esprits, et pour les autres, expulsés du périmètre de sécurité urbain. Une sérénité rendue possible grâce à l’action permanente et participative des citoyens éclairés.

En somme, un monde de mobilités contrôlées, agencées territorialement, temporellement et sectoriellement.

Est-ce le monde de demain ou celui de tout à l’heure ? Est-ce forcément un monde voulu ou un monde imposé ? À qui, ou plutôt à quelle(s) catégorie(s), profiterait préférentiellement ce monde prochain ? Comment des centres urbains qui espèrent conserver leur magistère politique, économique et médiatique sur les zones environnantes peuvent-il s’accommoder de l’éviction de toute une population active ? La métropole de demain pourra-t-elle alimenter indéfiniment la broyeuse à dissonnance tel un trou noir avalant insatiablement la matière environnante ? Longtemps en pointe dans le combat des idées et l’émulation, les centres urbains tendent à se fossiliser socialement et intellectuellement, peut-on conjecturer que ces valeurs soient reprises à leur profit dans les territoires périphériques ou en viennent plutôt à disparaître intégralement ?

Ce sont là des interrogations qui se doivent de sourdre au détour d’une crise pandémique et systémique affectant puissamment la civilisation occidentale reposant sur des principes équilibrés de libertés, legs de la philosophie et de la pratique politique des Anciens.

Cyberstratégie Est-Ouest

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Yannick Harrel

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