Toucher le fond sans en parler

Une lectrice fidèle d’Echoradar nous a soumis ses réflexions relatives à l’épidémie de Covid19. C’est bien volontiers que nous les publions, afin de nourrir le débat, et non le pugilat.

La récente épidémie (toujours en cours et… stay tuned for the second wave) a été l’occasion d’un moment épique comme seul notre pays sait en produire, à l’émerveillement du monde entier.

Déchirements, anathèmes, noms d’oiseaux, excommunications et fulminations fusèrent. Ne manquait que l’exorcisme public avec cérémonie de repentance pour que le tableau soit complet et force l’admiration.

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Au commencement était le pangolin. Encagé, n’ayant pour horizon que l’abattoir familial, il se vengea en expectorant un passager clandestin récupéré sur une chauve-souris. Enfin, telle était la version initiale, car maintenant, quid du pangolin, de la chauve-souris et de leurs amours contre nature ? Nul n’en sait plus rien.

La crise qui s’ensuivit fit plusieurs victimes non humaines sur lesquelles nous nous pencherons : la conduite de la crise, la communication, la considération pour nos concitoyens, l’équité, le débat et la science.

La conduite de la crise d’abord. Un vieux proverbe, remontant vraisemblablement à la domestication du cheval par l’homme, recommande de ne pas changer de cheval au milieu du gué. Las ! Le ministre de la santé changea en pleine crise sanitaire. Ce qui est contraire aux retex de crises et, de plus, pas très gué-friendly. Mais lorsque nous sommes incités début mars à aller dans les restaurants, les cinémas et les théâtres pour défier le virus, il ne faut s’étonner de rien. Quel fut l’alpha et l’omega pendant toute cette crise ? La prouesse technique (au détriment de la simplicité). Et notre pays n’en fut pas avare. Rendez-vous compte : réaliser des transports sanitaires à travers le pays de malades en train, en avion, en hélicoptère, faire en sorte que la capacité nationale des hôpitaux ne soit jamais débordée (au niveau régional c’était autre chose) est effectivement remarquable. L’administration française a répondu brillamment à la complexité qu’elle prit soin de créer elle-même auparavant. Félicitations à jamais !

La communication ensuite. Nous sommes en guerre ! Mais pour cette « drôle de guerre », nulle mobilisation générale. Bigre ! Toi qui me lis, prends conscience que tu es un planqué (comme moi d’ailleurs), et repends toi ! Étonnamment, cette guerre ne toucha que la France, car le président allemand n’en parla point, pas plus la reine d’Angleterre (qui vécut la dernière). Quant à sa Très Gracieuse Majesté, la sobriété, la profondeur, la pondération et la durée mesurée de ses allocutions nous firent regretter de n’être point Anglais. Euh, non, quand même ! Nous eûmes droit à des discours aussi mobilisateurs que « allez dans les cafés pour emmerder le Calife ! » de 2015, n’y manquait plus qu’un barde officiel (comme Barbara en son temps) pour que le banquet (confiné, bien sûr) soit digne de ceux d’Astérix. Puis nous apprîmes que la liberté redevenait la règle ! Étonnant que tous les amoureux de l’État de droit n’aient pas réagi. Ils furent plus vifs lorsque Orban obtint les « pleins pouvoirs » mais plutôt apathiques lorsqu’il se les retira il y a peu. Les libertés furent ainsi mises à l’encan sans que personne ne réagit. Habile, Bill !

De la communication à la considération pour nos concitoyens, il n’y a qu’un masque. Celui que les Français ne savaient pas porter en début de crise et que, grâce à (à qui au fait, l’opération du Saint-Esprit ?) nous apprîmes à mettre comme des pros ! Il faut dire qu’il n’y eut jamais de pénurie, et que chacun s’essayait sûrement à le mettre en secret dans sa cave, pour prendre le pangolin par surprise ! Les Gaulois surent qu’ils étaient cependant incorrigibles, un préfet estimant qu’il fallait « marquer les esprits » en interdisant la vente d’alcool, un autre déclara que si le virus se propageait c’était à cause de ceux qui se déplaçaient pendant le confinement (variante tout aussi culpabilisante et imbécile de « mange ta soupe car les petits Biafrais ont faim, eux »). Et, alors que l’Italie avait annoncé dès le début du confinement qu’il serait long, nous eûmes droit à 15 jours, puis 15 jours avant d’avoir le vrai tarif. Et honte à ceux qui se promenaient inconsidérément nous dit la première dame après une promenade qu’elle fit elle-même en bords de Seine avec ses myriades de gorilles (mais à bonne distance d’elle dit-on, et le problème c’est le pangolin et la chauve-souris, pas le gorille !).

L’équité maintenant. Car nous n’étions pas au bout de nos peines, mais simplement confinés avec des variantes : le presque confiné des matchs à huis-clos pour éviter la propagation, sauf pour les supporters du PSG massés en bas du Parc des Princes ; le confiné strict avec amende à 135€ et les communiqués de victoire du ministère de l’Intérieur détaillant régulièrement le nombre d’amendes infligées ; le déconfiné mais attentif avec limitation des rassemblements à 10 personnes sauf devant le tribunal de Paris. La réouverture des lieux publics avec limitations, sauf pour les lieux de culte. Censuré par le Conseil d’État, oups…

Toute cette énumération augure mal de la qualité du débat qui régna en cette période. L’union nationale évoquée, l’évocation de ceux qui « ont des droits sur nous », bref nous étions à deux doigts de l’appel à la résistance lancé depuis Londres (la faute au Brexit, sûrement !). Nous vîmes cependant, à visage découvert et sans masque, un faux débat être la règle permanente. Au lieu de discourir sur le fond, nous eûmes droit à des critiques ad hominem (discréditer la personne pour des faits sans lien avec le débat, son (pseudo) entourage, l’assimiler à des repoussoirs), du point de départ de son raisonnement (forcément faux), du point d’arrivée supposé du raisonnement (inacceptable ou dangereux), et des termes utilisés dans son raisonnement (biaisés, bien sûr!). Tout cela par des allusions ou approximations mais en se plaçant sous le patronage de « valeurs » dites consensuelles et inattaquables. Qu’importait la logique des arguments attaqués, voire leur véracité, l’essentiel était d’exclure la personne de la communauté (scientifique, nationale, respectable, etc.). La vérité en pâtit, mais en notre post-modernité, elle ne mérite que cela.

Et pour finir, au même niveau de désolation, la science ! Alibi commode de début de crise pour d’étonnantes décisions revêtues du sceau de l’infaillibilité d’un conseil scientifique ad hoc, et surtout fondement incontestable de résultats contestés qui devaient faire autorité. Si la communication officielle prit le contre-pied de la britannique, les Britons nous damèrent le pion par la qualité de leurs études : l’Imperial College, the Lancet furent mis en avant, reléguant aux oubliettes les savants français et francophones ainsi que leurs institutions. Sur le tard, nous eûmes droit à des études de l’INSEE, mais foin du CNRS et autres. Où étaient-ils ? À quoi ont-ils occupé leurs journées ? À ramasser des fraises ? Quel festin ferons-nous cet été mes amis ! Le clou du spectacle fut le pilori auquel furent voués l’hydroxychloroquine et l’azithromycine. Ce traitement, selon un protocole précis, déclaré efficace par plusieurs médecins français et étrangers fut promptement décrié à grand renfort de publications scientifiques ayant en commun de n’étudier qu’une partie du protocole. Le big data vint en renfort de ces éminents détracteurs, avant de s’écrouler aussi vite que l’étude de EUDisinfoLab relative à Benalla, Surgisphere ne pratiquant la transparence que lors des activités annexes de sa directrice des ventes et du marketing (mais la transparence est… totale !). C’est ainsi que l’hydroxychloroquine administrée à des milliers de personnes de par le monde depuis des années fut subitement déclarée dangereuse, que l’OMS suspendit les travaux liés à elle… avant de les reprendre quelques jours plus tard lorsque the Lancet, honteux et confus, jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus. Ainsi chutât une revue scientifique réputée prestigieuse qui n’en était cependant pas à sa première gaffe. Toucher le fond est dur !

Mais le fond du problème, la mobilisation de la science pour trouver un remède efficace aux malades, a été évacué en France pendant toute la durée de l’épidémie. Il est vrai que le travail de recherche est peu propice à une glorification de sa personne, surtout s’il aboutit à n’utiliser que des remèdes vieux comme Hérode.

Entre le soin aux malades et les querelles picrocholines, certains ont choisi. D’autres en ont pâti.

Nous avons ainsi touché le fond, sans jamais en parler.

Plaudite lacrimate cives !

B. Otien

Les vues et les opinions exprimées dans cet article sont celles de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues ou les opinions d’Echo RadaR.

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