Classic Racers : baguette, fromage et pistons

 

C’était un temps où les assistances électroniques n’existaient pas, les filtres épongeant toute sensation entre le pilote et la machine n’avaient pas encore cours, les moteurs rugissaient à pleins cylindres et la foule pouvait palper ses chevaliers des temps modernes. C’étaient les années 1960…

Les odeurs d’huile et de fumée matelassant les narines, le goût du sang tapissant la bouche, le souffle rauque du moteur et les pétarades de pots saturant les tympans, le volant si difficilement maîtrisé par des mains moîtes engoncées dans des gants en cuir : c’est cette époque que vous propose de revivre ludiquement Classic Racers.

 

Fruit d’un studio de développement lyonnais, Vision Réelle, Classic Racers est sorti en mars 2019 sur PC et vendu sur la plate-forme Steam pour 4,99€. C’est le moteur 3D Unity qui fournit la base de cette simcade.

 

Le titre de cet article (non sponsorisé je tiens à le mentionner) donne un indice quant à l’origine du jeu : il s’agit d’un portage – amélioré je vous rassure – d’une version conçue pour ordiphones sous iOS et Android : Baguette, fromage et pistons.

 

Les épreuves proposées sont ici des courses de côte (hillclimb ou bergerennen en d’autres lieux), où le pilote doit partir d’un point A et se rendre à un point B avec pour principal adversaire le chronomètre, et une montée plus ou moins ardue.

Le nombre de pistes est assez conséquent (vingt et une en prenant en considération les variations) et les véhicules sont au nombre de douze (répartis en quatre catégories).

 

Ne disposant pas de licences, le studio s’est attelé à reproduire des modèles proches de la réalité : l’on peut reconnaître quelques icônes de cette décennie comme la Porsche 910/8, la Citroën DS 21 ou encore la Matra MS11.
Deux vues sont disponibles lors des épreuves : celle en extérieur et celle du capot. Chacun choisira en fonction de ses habitudes, même si subjectivement la vue capot offre une sensation accrue en terme de rendu de la vitesse.

Les pistes se déroulent toutes dans un cadre très rhônalpin, avec même pour les plus méritants une virée à fond les ballons en plein centre de Lyon, y compris en mode nocturne façon Fête des lumières!

 

L’on appréciera à sa juste mesure le soin apporté à la modélisation des environnements, très crédibles et fourmillant de petits détails nous replongeant plusieurs décennies en arrière (imitations de publicités d’époque, routes non délimitées, bâtisses anciennes, gradins en bois etc.).

L’environnement sonore a bénéficié de la même attention, renforçant encore l’immersion avec des musiques très sixties, des bruitages adaptés à chaque motorisation avec les assourdissants retours de flamme accompagnant décélérations et accélérations.

Dans le registre des options, il est possible de régler le graphisme, l’audio et la sensibilité de la conduite. Au passage, depuis la dernière mise à jour le volant peut être exploité en lieu et place d’un joypad ou du clavier, ce qui ajoute encore plus à la qualité de l’ensemble, même si le retour de force n’est pas – encore – géré.

C’est d’ailleurs avec un volant que le ressenti de la physique de chaque véhicule devient jouissif, favorisant les dérapages contrôlés afin de gagner de précieuses secondes.

Est aussi intégrée la possibilité de se comparer face aux meilleurs du moment via le classement en ligne.

 

Des défauts? Oui quelques uns mais le créateur du jeu est attentif à sa communauté, et il y a fort à parier que celui-ci tâchera de faire pour le mieux afin de les résoudre.

Au rayon des regrets, l’on peut rappeler l’absence de retour de force pour les volants. Outre cet aspect, il y a quelques bogues graphiques résiduels, des textures qui mériteraient d’être affinées (les immeubles de Lyon par exemple), une difficulté mieux nivelée et pourquoi pas un vrai mode conduite libre où il serait possible de tout pratiquer dès le départ sans avoir à tout débloquer? Et bien sûr, encore un peu plus de contenu, tant on en redemande (d’ailleurs l’on pourrait souhaiter une nouvelle course inspirée plus ou moins fortement de celle de Saint Ursanne les Rangiers en Suisse et aussi, rêvons, éventuellement l’ajout d’une Maserati Mistral, d’une CG 1200 S, d’une Daimler SP250 ou encore d’une Dino 206 GT, même réinterprétées).

 

En conclusion, nonobstant quelques défauts non rédhibitoires, Classic Racers est un produit fascinant, hors du temps et addictif. Une ode à cet âge révolu où le sport mécanique se pratiquait dans la gloire, l’exploit et le tragique.

Rien que pour cela, ce développeur mérite d’être encouragé pour le courage de proposer une telle production atypique.

 

Ah, et si vous désirez vous replonger littérairement en cette période, je ne saurais que trop vous recommander ce roman poignant d’Erich Maria Remarque : Le ciel n’a pas de préféré (Der Himmel kennt keine Günstlinge). Le romancier allemand ayant été chroniqueur sportif, il ne manqua pas de rendre hommage à toute cette génération de trompe-la-mort où la sécurité réduite à sa plus simple expression était proportionnelle à leur fureur de vivre.

 

Le site officiel :
http://www.visionreelle.fr/ClassicRacers/PressKit/ClassicRacersPressKit.html

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Yannick Harrel

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