Politiques invisibles et finalités opaques de l’Union Européenne

 

Fondateur  de la Communauté Européenne, le traité de Rome (1957) établit le principe d’une « union toujours plus étroite » entre ses membres, sans que ni sa forme d’organisation, ni ses limites géographiques, ni son état d’achèvement présumé optimal, ne soient jamais dévoilés en plus de 60 ans d’existence. Corollairement, au long du processus de fédéralisation de l’Europe par six traités successifs de 1957 à 2012, le démantèlement des souverainetés nationales n’est jamais formulé explicitement en tant que son axe directeur. Pour atténuer le risque politique  de sa prise de conscience par les peuples, le président français de la Commission Européenne de l’époque avait inventé l’oxymore d’une « fédération d’Etats  nations » lors de la phase de lancement du traité de Maastricht (1992), actant de facto l’expulsion du principe de souveraineté du champ du droit. Dépourvu de tout fondement juridique, cet oxymore visait à accréditer la fiction d’un mariage politique entre deux principes antinomiques par essence, avant que ne s’en dissipe l’imposture.

L’AVANCEMENT MASQUE DES STRATEGIES EUROPEENNES

Ce qu’on nomme la construction européenne est une entreprise démiurgique d’arasement programmé de l’ensemble que forment les nations historiques d’Europe. Elle utilise des moyens autres que la force armée en raison de circonstances qui la lui évitent. C’est en effet la victoire des Alliés qui instaura la paix en Europe, et non l’Europe « qui a fait la paix ».En l’absence d’une puissance unificatrice et coercitive telle que l’URSS ou le 3ème Reich, les méthodes nouvelles de contrainte mises en oeuvre combinent toutefois, à un niveau supérieur, les recettes des dictatures antérieures avec des techniques plus récentes, notamment : la programmation neurolinguistique, qui œuvre à la fabrication du consentement, laquelle facilite la soumission volontaire. Il est vraisemblable que dans un cadre de consultation transparent, une abolition de la souveraineté exprimée en clair et en préalable aurait été rejetée par la plupart des peuples européens.

En dehors de la production continue de normes et de directives, la Commission Européenne conduit sur le long terme trois types d’opérations stratégiques majeures : 1) l’extension géographique de la zone 2) la conception et l’incrémentation des traités d’intégration 3) la négociation d’accords de libre échange planétaires. Toutes ces opérations sont menées à l’insu du consentement des populations européennes, et ne sont dévoilées qu’au moment de leur mise en œuvre, qui prend la forme du fait accompli à ratifier comme une simple procédure d’exécution. Leur perception va d’une faible visibilité jusqu’à une ignorance totale des conséquences induites par le ricochet de leurs réactions en chaîne. Comme reconnu par une minorité d’experts avertis, l’opacité est la règle et le principe d’action de la Commission Européenne dans toutes ses initiatives. Le processus d’avancement des trois stratégies évoquées organise en effet méthodiquement une panoplie de dispositifs de fabrication et d’extorsion du consentement qui, depuis les origines, traduisent la vacuité d’une supposée démocratie européenne..

L’objet du texte n’est pas de les décrypter, mais de détecter à la fois les objectifs à long terme de ces stratégies à partir de leurs prémices, et leurs conséquences qui peuvent relever à la fois d’une véritable intention ou d’un simple aveuglement. Cet exercice est difficile dès lors que, dans une perspective holistique, on observe qu’il existe dans le processus décisionnaire européen plusieurs étages reliés par escaliers. Ce sont sommairement, dans une collégialité protéiforme : les dirigeants des firmes multinationales ; les maîtres de la haute finance mondiale ; les lobbies économiques particuliers ; les apparatchiks de la Commission Européenne ; des dirigeants nationaux subornés ou  consentants ; des intellectuels activistes, etc .Dans cette nébuleuse, l’échelle globale des motivations va d’une large capacité visionnaire jusqu’à l’angélisme le plus pur, en passant par le dogmatisme le plus étroit. La perception des objectifs de l’Union Européenne offre elle-même un spectre  qui va d’une identification relativement aisée (son extension géographique) jusqu’à l’opacité complète de ses finalités ultimes. L’exercice de leur investigation  est donc par nécessité à la fois analytique, hypothético-déductif, et prospectif. Il constitue un appel à la recherche dans un domaine où prévalent les idées reçues ou le dogmatisme, plutôt que l’objectivité du réel.

LA VISIBILITE REDUITE DES OBJECTIFS D’EXTENSION GEOGRAPHIQUE

Après avoir absorbé les ex-démocraties populaires d’Europe centrale et orientale, et les

trois républiques baltes incorporées dans l’Union Soviétique, l’Union Européenne a visé et vise les 12 cibles suivantes : Albanie, Monténégro, Macédoine, Serbie, Moldavie, Ukraine,Turquie, Georgie, Arménie, Azerbaïdjan, Islande, Suisse.

Notations : l’Islande est le seul cas d’échec d’intégration ; l’Albanie a reçu le statut de pré adhésion ; le Monténégro utilise l’Euro de facto comme monnaie nationale ; la procédure d’adhésion de la Turquie n’est qu’interrompue, et non annulée ; l’Ukraine et la Moldavie ont un accord d’association avec l’UE ; la Serbie et la Macédoine se préparent au statut de candidats à l’adhésion ; la Georgie attend le déclenchement de cette procédure ; l’Azerbaïdjan est dans son antichambre comme membre du Conseil de l’Europe ; la Suisse est l’objet d’une pression extrême pour lui faire adopter une partie des traités européens ; seule l’Arménie est en stand by.

Les éléments factuels et stratégiques ignorés du grand public sont les suivants : 1) toutes les tractations en cours sont assorties de subventions attribuées à des titres divers, payées par les Etats déjà membres, donc à la charge des contribuables européens 2) toutes les tractations préparent la sélection et le formatage idéologique des cadres politiques appelés à prendre le pouvoir lors de l’adhésion 3) l’objectif géopolitique global occulte est de parachever l’encerclement de la Russie depuis les Balkans jusqu’au Caucase, en neutralisant son influence sur ce qu’elle appelle son « étranger proche »  4) l’accord d’association avec l’Ukraine (2014) interdit formellement tout accord de même nature avec la Russie 5) en visant la Turquie (à moyen terme) et l’Azerbaïdjan (à long terme), l’Union Européenne démontre qu’elle fait abstraction de l’identité civilisationnelle de l’Europe et de ses racines judéo-chrétiennes. 6) l’UE dévoile sa volonté de captation impérialiste en excluant le droit de tout pays dans sa périphérie de conserver son indépendance nationale.7) L’UE ayant d’elle-même

une définition délibérément abstraite, c’est-à-dire ni géographique, ni historiciste, ni culturelle, son projet implicite est l’absence de limite territoriale à son extension.

LA RESTRUCTURATION MACROECONOMIQUE DE l’EUROPE

Contrairement à une idée répandue, le principe religionnaire de « la concurrence libre et non faussée » en tant que pilier central du système européen, ne limite pas son champ d’application aux seuls pays membres de l’Union, mais l’étend au monde entier. Cet état de fait institué par le droit européen signifie que la fiction de son marché unique intérieur dissimule la réalité de sa dilution dans le marché mondial. Concrètement, la quasi-totalité des produits et services de la planète ont un accès libre au marché européen avec une taxation à l’import faible ou nulle, cas unique à l’échelle des grands ensembles économiques contemporains.

La dérive religionnaire de l’idéalisme européen se fonde d’abord sur une conception de la mondialisation considérée, non comme un état de fait à traiter par la realpolitik, mais comme un état de splendeur et de félicité. Dans ce cadre, le caractère « non faussé » du principe de concurrence est une imposture, étant avéré que le commerce en Europe subit le dumping des bas coûts de production non seulement des pays asiatiques, mais aussi en son propre sein.

Sous le couvert du dogme idéologique du libre échangisme mondialisé, se développe toutefois une stratégie de long terme sans annonce ni publicité, qui consiste en une restructuration en profondeur de l’économie européenne. Progressant par conséquences induites des traités et directives sur le long terme, elle se situe schématiquement sur trois axes entrecroisés. Le premier est un partage global territorialisé de facto entre le secteur de la production industrielle, ses sous-traitances incorporées, et ses services associés. Cette différenciation correspond à un objectif de rationalisation fonctionnelle similaire à la « division internationale du travail » telle que la pratiquait le bloc soviétique. Concrètement, l’Allemagne devient le pôle central de la production industrielle européenne, exploitant les pays de l’Est comme sous-traitants à bas coûts, et utilisant le Bénélux comme filiale de services dans une continuité territoriale est / ouest. A la France est dévolue une vocation hybride incluant d’une part le rôle de première économie de loisirs, et, de l’autre, celui d’un vivier de ressources intellectuelles en recherche/développement et innovation, à la disposition d’acquéreurs de toute origine. Les deux autres pays parmi « les quatre grands » (Espagne et Italie) restent dans l’incertitude de leur fonction encore dispersée entre industrie en déclin, sous-traitance à bas coûts, et tourisme de foule.

LA SYSTEMATISATION DU MODELE ECONOMIQUE DE L’IMPORT- EXPORT

Un second axe de la transformation en profondeur des économes européennes, de nature systémique et par volonté politique, tend à créer la base infrastructurelle d’une liquidation pérenne de la souveraineté des nations européennes, afin de consolider son démantèlement par les voies juridiques. En tant que tel, le libre échangisme universel est conçu par l’Union Européenne comme l’instrument darwiniste d’élimination des productions décrétées arbitrairement «non compétitives». Il favorise, ce faisant, et en tant qu’inévitable substitution, le développement considérable des importations à bas coûts, y compris agroalimentaires, et en provenance du monde entier. En contrepartie, la nécessité de rééquilibrer les balances commerciales par les exportations n’empêche en rien que l’Europe ne se soit divisée entre pays structurellement excédentaires et pays structurellement déficitaires, ce au bénéfice des premiers. Ce schéma d’ensemble démontre d’abord une volonté d’annihiler le principe d’autonomie et d’autosuffisance, en cherchant à rendre chaque pays doublement dépendant de ses exportations et de ses importations, et donc à saper les fondements de son indépendance. Les traités de libre-échange conclus à l’échelle mondiale sont la méthode décisive pour atteindre cet objectif. Au final, le modèle économique du marché européen apparaît formaté comme une vaste société d’import-export internationale, ouverte à tous types d’opérateurs extérieurs stimulés par l’absence ou la faiblesse des règles d’accès.

Une conséquence majeure du libre échangisme généralisé en Europe est la disparition à terme de nombreuses petites et moyennes entreprises de production, ni exportatrices, ni importatrices, opérant sur des marchés « infra européens », et incapables de résister aux importations à bas coûts. La précarité de leur avenir se partage généralement entre délocalisation forcée, suppression d’activité, ou reprise par un fond financier spoliant leurs actifs physiques et immatériels. Dans ce cadre, la tendance lourde à la concentration du capital en Europe, son internationalisation mondialisée, et l’élargissement continu des zones d’opérations des multinationales, est en soit un sujet d’investigation dans l’opacité des finalités européennes.

FINANCIARISATION ET MARCHANDISATION GLOBALES DE LA SOCIETE

Troisième axe de la stratégie économique européenne, la prise de contrôle des activités de toute nature par des agents financiers, si elle ne procède d’aucune directive, est la conséquence induite de la dérégulation financière généralisée instituée par l’obligation de libre circulation des capitaux et des services. La substitution du capital financier au capital

industriel ou familial dans de nombreuses activités contribue simultanément à la  transformation globale du capitalisme européen, en tendant à privilégier la rente sur la prise de risque, ou la spéculation financière sur l’investissement. Le rendement très élevé du capital des firmes multinationales est de moins en moins investi dans la création d’activités, notamment industrielles, et de plus en plus dans des opérations boursières, ou des captations d’activités avec objectif de plus value de revente à court terme. En elle-même, cette mutation montre un signe de dégénérescence culturelle des élites économiques, à laquelle n’échappent guère que les pays de solide et ancienne tradition industrielle, tels que l’Allemagne, l’Italie du nord ou les régions tchèques.

Un vecteur  transversal de la stratégie européenne est la privatisation obligatoire des infrastructures publiques exigée par les traités, et que l’absence de règle de protection rend accessible à tout opérateur international. Ainsi, non seulement les entreprises, mais aussi les marchés publics de travaux, les ports, aéroports, réseaux ferrés, etc, sont en libre disposition de plein droit, y compris pour des fonds d’Etat étrangers (cf. les acquisitions chinoises en Europe). Cette mondialisation du capital en Europe apparaît simultanément comme une visée de destruction identitaire des bases séculaires de son développement économique et industriel, et de captation des savoir-faire qui l’ont favorisé.

Dans le cadre général de la dilution de l’économie de l’Europe dans l’économie mondialisée,  s’imposerait impérativement, d’autre part, un audit stratégique des accords de libre-échange planétaires relatif aux conditions de leur réciprocité non proportionnée, et de leurs contreparties non équilibrées.

Enfin, par delà la privatisation obligatoire et officielle des services publics de toute nature, l’objectif opaque et diffus d’une marchandisation totale de la société doit être analysée sous l’angle de la loi universelle de la baisse tendancielle du rendement du capital investi. Concrètement, cela entend que la Commission Européenne est appelée à œuvrer, par la force juridique dont elle dispose, à la recherche et à « l’ouverture » de nouveaux marchés relevant du domaine public ou d’activités non lucratives : le sport, les jeux de hasard, les services d’incendie, des rivages maritimes, des îles, des forêts domaniales, des musées, des sites archéologiques, des centres de vacances associatifs, etc.

AMPUTATION DES DROITS POLITIQUES, EXTENSION DES DROITS INDIVIDUELS

Sous l’épaisse carapace juridique des traités européens prétendant à la perfection de l’Etat de droit, l’expérience politique des dernières années en Europe démontre trois faits majeurs. Le

premier est l’extinction de facto du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes inscrit dans la charte de l’ONU et dont tous les Etats européens sont signataires. Le second est l’interdiction également de facto du droit à l’alternative politique au sein des Etats membres de l’Union. Le troisième est la mise en cause du droit originaire et régalien des dits Etats, de faire prévaloir leurs régulations spécifiques échappant encore à l’emprise du droit européen.

La neutralisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes se vérifie dans la stratégie de mise en échec de la volonté de la Grande-Bretagne de quitter l’Union Européenne, nonobstant les dispositions de l’article 50 de son traité d’union autorisant le principe de cette sortie. Tout

expert du domaine est en mesure d’analyser le texte dit du « Brexit » (583 pages) comme  l’acte d’une capitulation anglaise « en rase campagne », dont les conditions léonines sont conçues pour obtenir l’inexécution du résultat du vote référendaire intervenu en juin 2016.

Quelles qu’en soient les suites pour l’Angleterre, l’excellence technique du sabotage du « Brexit » par la Commission Européenne a d’abord valeur d’exemple et d’avertissement pour tout autre Etat membre de l’Union enclin à une tentative de même nature.

Le principe cardinal des « alternances sans alternative » dans les scrutins nationaux des pays de l’Union est consubstantiel aux critères idéologiques de ses traités. Sa mise en pratique s’est vérifiée en particulier lors de la « crise grecque » de 2015, et du coup d’Etat organisé par la Troïka pour neutraliser les votes appelant à un changement de politique intérieure. Pour en résumer le concept désormais mis à jour, il suffit de retenir l’aphorisme lapidaire du président de la Commission Européenne selon lequel « des élections ne peuvent modifier les traités » Il est utile par ailleurs d’observer en continu, à ce titre, les manœuvres et pressions des autorités européennes, tendant à saper des coalitions gouvernementales régulièrement élues présentant un risque d’alternative politique hors du cadre imparti des traités et directives.

Un troisième axe d’amputation des droits souverains des Etats nationaux est le retrait de la compétence de leurs juridictions propres en matière de litiges liés à l’application des traités de libre-échange planétaires signés par la Commission Européenne. Ces traités stipulent que leur règlement soit réservé exclusivement à des tribunaux d’arbitrage extérieurs à ces juridictions, de composition flottante, et dans lesquels les Etats n’ont qu’un droit de présence, et non de prévalence originaire de leurs propres règles. Cette opération feutrée, et méconnue hors cercles restreints, illustre une nouvelle stratégie juridique de l’Union Européenne qui consiste à ronger la souveraineté des Etats « par l’extérieur » pour compléter son démantèlement « par l’intérieur ».

En contrepoint, et par une dialectique de délégitimation des droits politiques nationaux, la recherche d’une extension continue des droits de l’individu est une orientation majeure dans la sphère interne de l’Europe. Se déployant sous le générique des « droits de l’Homme », cette extension d’une envergure sans équivalent mondial correspond à une stratégie de long terme, qui vise à substituer la valeur centrale et exclusive de l’individu à celles issues du sentiment d’appartenance nationale, du devoir patriotique, du bien commun, etc. Parmi les axes tactiques de cette transmutation, la Cour Européenne des Droits de l’Homme joue le rôle d’un aspirateur de recours multipliés par une inflation de prétextes conflictuels des individus contre les Etats. A elle seule, cette dérive appellerait une investigation approfondie pour en mesurer l’ampleur et les conséquences dans la société européenne.

LA TRANSFORMATION DE L’IDENTITE NATIONALE EN IDENTITE LIQUIDE

La défense et la survalorisation des droits de l’individu transfigurés en Droits de l’Homme, puis en « droits humains » ( human rights en langage européen) est une opération dont  l’étalement sans limitation définie à l’échelle du temps est présumée permettre son incrémentation en profondeur. Son objectif est la transformation des idées, des concepts et du système de valeurs historique des nations d’Europe. Il s’agit de leur remplacement par la création d’une nouvelle valeur centrale unifiée, dont l’absence de racines authentiques produit une abstraction détachée de contingences telles que les us et coutumes, les référentiels spécifiques et autonomes, les traditions et stéréotypes hérités d’un passé révolu.

Dans cette transformation, la référence à une identité nationale n’a plus de place autre que celle d’une identification administrative liée aux besoins de gestion du découpage territorial intra européen. Le magistère moral et sociétal qui entend encadrer et guider les populations européennes a cependant besoin, à la fois de donner un contenu concret à leur identité abstraite, et de leur inculquer un nouveau référentiel de valeur uniforme. Ce contenu est le consumérisme maximisé et valorisé par une supposée fierté d’appartenance au marché des « 500 millions de consommateurs » de l’Union Européenne, tous clonés, fongibles et interchangeables. Son modèle est conforme aux critères de standardisation de la consommation exigés par l’activité des firmes transnationales.

Le nouveau référentiel de valeur inculqué pour transcender l’idéal consumériste a pour socle l’impératif catégorique, au sens kantien, de « l’ouverture à l’Autre » comme le principe de fluidité mentale et sociale qui fonde l’acceptation du multiculturalisme universel sans sans frontière géographique, culturelle, ethnique, ou migratoire ( cf. texte echoradar « L’idéologie de l’ouverture à l’Autre » 9/2017.) L’ouverture universelle à l’autre doit dès lors être également interprétée comme la « consommation » des signes dont il est le porteur.

Cette consommation perpétuelle, amalgamée et sublimée, de produits et de signes multiculturels mondialisés est, dans l’Union Européenne, l’automatisme de comportement présumée représenter une société idéale et pacifiée, et donc recueillir l’adhésion des masses.

Au fil du temps se forgerait ainsi l’identité abstraite, de type plastique, sinon liquide, d’un « citoyen européen » standard, qui implique l’abandon non seulement de ses particularismes antérieurs, mais aussi de toute identité nationale issue d’un substrat historique. La finalité opaque de cette double mutation anthropologique serait donc l’émergence d’un « homme nouveau », dans un mimétisme de figure propre à des entreprises totalitaires du passé.

 

 

Michel Ruch est diplômé de l’IEP de Strasbourg et de l’Institut des hautes études européennes. Il a publié L’Empire attaque : Essai sur Le système de domination américain, aux éditions Amalthée.

Les vues et les opinions exprimées dans cet article sont celles de leur auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues ou les opinions d’Echo RadaR.

Share/Partage

EchoRadar Blog

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

6 + vingt =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.