Robots tueurs : que seront les soldats de demain ? (B. Erbland)

Le chef de bataillon Brice Erbland s’était taillé un petit nom à la suite d’un livre de témoignage de pilote d’hélicoptère en opérations. Il a poursuivi son travail en rejoignant l’Ecole de Guerre où il a conduit une belle étude sur l’éthique des robots armés. Il en a tiré un livre dont Victor Fèvre nous donne la fiche de lecture.

Agréable à lire et muni d’excellentes références précises et nombreuses, cet ouvrage explore les limites techniques et morales qu’il faudrait apporter aux « robots » qui seraient employés au sein de nos forces armées. L’auteur insiste sur la nécessaire connaissance de l’éthique du combat, qui est trop souvent laissée de côté dans les débats passionnels autour des « systèmes d’armes létaux autonomes » (SALA), et apporte son éclairage grâce à son expérience opérationnelle militaire.Nos systèmes d’armes sont de plus en plus dotés d’électronique et de logiciels, l’aide à la décision et l’automatisation (plus que la robotisation, qui mécanise des processus industriels simples) deviennent omniprésents. Les SALA deviennent omniprésents et certains pays (ex : Russie) poussent la recherche appliquée très loin. Il s’agit donc ici de rendre « l’inévitable un peu plus acceptable ». Toutefois, la combinaison homme – machine paraît toujours plus efficace que l’homme seul ou la machine seule. C’est ce que tente de prouver l’auteur en filigrane dans son ouvrage. D’ailleurs, l’auteur met en garde contre l’illusion de SALA comme moyen d’attendre des réductions d’effectifs : un SALA nécessite des décideurs, des opérateurs, des programmateurs, des maintenanciers, des LEGAD pour mener à bien sa mission. Le SALA ne peut pas – et ne doit pas – être réellement « autonome ».

L’auteur étudie méthodiquement si les SALA font preuve des mêmes faiblesses et vertus que les humains au combat. Toutefois, étant donné que « le combat n’est pas une science exacte », les SALA ne parviennent pas à faire face à toutes les situations et il faudra toujours garder une part d’humain pour affronter le brouillard de la guerre et discerner, émotionnellement et éthiquement. Sans aller dans des considérations trop techniques, l’auteur présente plusieurs manières logiques de programmation pour dicter au SALA sa conduite et faire son apprentissage (continu) au combat pour accroître son efficacité. Là encore, l’homme reste le superviseur indispensable en permanence, pour vérifier si le SALA a bien rempli son rôle de manière éthique au cas par cas, et effacer si besoin une « expérience » négative à ne surtout pas reproduire.

En conclusion, l’auteur présente une synthèse de ses déductions et conclusions partielles et propose un SALA « idéal » avec une architecture du processus de la prise de décision. Si l’impératif de bridage du SALA est au cœur de tout l’ouvrage, pour maximiser le contrôle humain, on peut s’interroger sur les options « déblocage » et « débridage » que l’auteur estime pourtant nécessaires. Le concept de l’ennemi aurait mérité une attention plus particulière : en quoi l’apparition de SALA sur les théâtres d’opération peut-elle modifier la conduite de la guerre, si l’ennemi en dispose également, que ce soit en conflit symétrique, dissymétrique voire asymétrique ? Qu’en est-il de la dissuasion, surtout au niveau tactique ?

Brice Erbland, Robots tueurs ; Que seront les soldats de demain ?, Armand Colin, 2018.

Victor Fèvre

 

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Olivier Kempf

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