Les constructions navales russes maintiennent le cap en 2017

La fin de l’année 2017 aura été rythmée par les informations concernant les priorités financières et industrielles du nouveau programme d’armement 2018-2027, faisant presque passer au second plan les retards dans la livraison de plateformes attendues parfois de (très) longue date. Pourtant, il y aura eu des admissions au service actif plus nombreuses en 2017 qu’en 2016, tandis que le tempo des mises sur cale s’est globalement maintenu. La nature des plateformes concernées évolue, avec la présence de plus en plus marquée d’unités de combat disposant d’un faible tonnage, mais ayant vocation à mettre en œuvre un armement puissant (missiles Kalibr). Alors, que faut-il retenir des constructions navales pour la flotte russe en 2017 ?

*ce bilan porte sur les forces sous-marines et les navires de combat. La construction des bâtiments de soutien logistique et de service n’est pas prise en compte, sauf mention du cas contraire.

Nouvelles unités en surface : tonnage en baisse, nombre en hausse

La marine russe aura reçu en tout 30 nouvelles unités au cours de l’année 2017, selon son commandant en chef, l’amiral Vladimir Korolev. Parmi elles figurent 8 unités combattantes (contre 3 en 2016) dont la plus importante est la frégate Amiral Makarov (Projet 11356M). Et encore, dans les faits, il s’agit d’un acte de recette signé par le MinDéf russe (in extremis) le 27 décembre 2017, au chantier naval Yantar (Kaliningrad). Le bâtiment rejoindra la flotte de la mer Noire d’ici le printemps 2018. La seconde plateforme est la corvette Sovershennyi (Projet 20380), livré finalement à la flotte du Pacifique, après 11 ans de construction dans les cales du chantier naval de Komsomolsk s/Amour. Cette corvette est le premier nouveau bâtiment de combat de surface versé à la flotte du Pacifique dans l’histoire de la marine russe contemporaine. Trois vedettes de patrouille de type Raptor (Projet 03160) ont été livrées par le chantier Pella (Otradnoe) : 2 pour la flotte de la mer Noire et une pour celle de la Baltique. Enfin, trois vedettes anti-saboteur de type Gratchonok (Projet 21980) ont été admises au service actif au sein de la flotte du Nord (2) et au sein de la flotte du Pacifique (1?).

Treize bâtiments ont été mis à l’eau en 2017, dont les frégates Amiral Istomin et Amiral Kornilov (Projet 11356M). Leur construction pourrait se poursuivre dans le cadre d’un contrat avec l’Inde. Ont également été mises à l’eau les corvettes Gromkiy (Projet 20380) et Gremiaschyi (Projet 20385), le navire collecteur de renseignement Ivan Khurs (Projet 18280), 2(?) vedettes de type Raptor et 4(?) de type Gratchonok. C’est toutefois la mise à l’eau des deux premières unités des petits navires lance-missiles du Projet 22800 qui constitue un événement remarquable. L’Uragan (tête de série) et le Taïfun ont été mis à l’eau par Pella (St Pétersbourg) presqu’un an et demi après le début de leur chantier.

Les chantiers navals russes ont mis sur cale 7 bâtiments de surface en 2017, contre 8 en 2016. Parmi eux, les petits navires lance-missiles Grad (Projet 21631), Okhotsk (Projet 22800) et Vikh (Projet 22800), ces deux dernières unités étant construites par More (Féodossia, Crimée). Enfin 3 dragueurs de mines du Projet 12700 ont été mis en chantier, de même que le Ivan Papanin, navire tête de série des patrouilleurs brise-glaces du Projet 23550, qui sont équipés de missiles Kalibr.

 

Les sous-marins : dans le creux de la vague

Aucun submersible n’aura été admis au service actif en 2017, ce qui ne s’était plus vu depuis 2013 (2 SSK admis au service actif en 2016). En revanche, la seconde unité des SSGN du Projet Yasen, le K-561 Kazan (Projet 0885.1), a été mis à l’eau par Sevmash (Severodvinsk), tandis que la septième unité, l’Oulianovsk (Projet 0885.1), a été mise sur cale. De son côté, le chantier de l’Amirauté a lancé la construction du lot de 6 SSK du Projet Kilo pour la flotte du Pacifique, en commençant par les 2 premiers submersibles : le B-603 Volkhov et le B-274 Petropavlovsk-Kamtchatsky (Projet 0636.3). Cela fait donc trois mises sur cale en 2017, contre 2 en 2016.

Tableau comparatif des mises sur cale et des admissions au service actif, 2013-2017

 

Sont prises en compte les mises sur cale et ASA des SSK, SSGN, SNLE, frégates, corvettes, petits navires lance-missiles, vedettes (sauf celles de type Raptor), patrouilleurs et dragueurs de mines. Source : veille de l’auteur

Au strict plan numérique, le tempo des constructions navales russes se maintient en 2017 au niveau de celui 2016. Il convient toutefois de prendre en compte la qualité des navires pour saisir le processus de littoralisation et de « kalibrization » de la marine russe.

Les grands retardataires

Il était question de le remettre à la marine fin 2017, mais – une fois de plus – son admission au service actif a été repoussée, cette fois à 2018 : le navire amphibie Ivan Gren (Projet 11711) détient le triste record de la longévité en chantier et en phase d’essais. La mise sur cale de la seconde et dernière unité de ce Projet, le Piotr Morgunov, a elle aussi été repoussée par Yantar au printemps 2018, alors qu’il était question d’y procéder en décembre 2017.

La frégate Amiral Gorchkov, unité tête de série du Projet 22350, continue de se languir à quai au chantier naval du Nord, qui n’a de cesse de rappeler que, de son côté, le travail a été fait, et que ce sont les retards des équipementiers qui empêchent l’ASA du navire. Le 1er février 2018 sera un triste anniversaire : cela fera alors 12 ans que la frégate aura été mise sur cale…

Enfin, le petit navire lance-missile Vishny Volochek (Projet 21631) figure parmi les retardataires, mais pour des raisons moins graves que celles qui expliquent les retards des deux navires ci-avant. Le bâtiment est factuellement prêt, et a accompli avec succès les essais constructeurs en mer Noire à l’automne. Le début du cycle d’essais officiels a dû être repoussé à 2018, en raison d’une « météo défavorable ». Le bâtiment devrait pouvoir être versé à la flotte de la mer Noire ou à la flotte de la Baltique en 2018.

 

Par rapport à 2015 et à 2016, le secteur des constructions navales maintient le cap en 2017. Comme en 2016, la flotte de la mer Noire aura été en 2017 la formation navale russe qui aura reçu le plus grand nombre d’unités combattantes, avec 4 navires. Viennent ensuite la flotte du Pacifique et celle du Nord, avec 2 unités respectivement. Les plateformes mises sur cale cette année sont aussi majoritairement destinée à la flotte de la mer Noire (Projet 21631, Projet 22800, un navire du Projet 12700 sur les 3). Second point : on note la présence de plus en plus marquée de petites unités (Projet 21631, 22800, Raptor, Gratchonok) qui sortent des chantiers russes. Cette tendance devrait s’accentuer au cours des années à venir, et selon un tempo relativement régulier. Leur nombre devrait être amené à augmenter au cours des années à venir, au détriment de celui des unités à fort tonnage. Le suréquipement et surarmement de certaines de ces petites plateformes va cependant mécaniquement réduire leur rayon d’action tout en mettant à rude épreuve leur motorisation. Cette atrophie du rayon d’action devrait être partiellement compensée par la capacité des missiles mis en œuvre (portée, vitesse…). L’année 2017 tend à confirmer que les constructions navales russes ont bien encaissé les chocs de la première moitié des années 2010 (crise économique, crise ukrainienne et ses conséquences) et que les chantiers ont su s’adapter aux évolutions du carnet de commande du MinDéf. Les défis structurels demeurent quant à eux intacts.

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Igor Delanoe

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