Vermeer et le siècle d’or hollandais

Du 22 février au 22 mai 2017, le musée du Louvre a présenté l’exposition « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » qui a accueilli près de 325 000 visiteurs.

Cette exposition est l’occasion de s’intéresser à la fois à la peinture de ce peintre d’exception mais également au siècle d’or de la Hollande du 17ème siècle.

Il en ressortira que l’analyse de la peinture de Vermeer est représentative de la suprématie de la Hollande du 17ème siècle.

Avant de détailler le rapprochement entre la peinture de Vermeer et la situation socio-économique de la Hollande, brossons en quelques lignes la biographie du peintre Vermeer ainsi que le contexte historique de la Hollande du 17ème siècle.

Johannes Vermeer, ou encore dénommé le sphinx de Delft, est né à Delft le 31 octobre 1632. Fils de Reynier Vos, surnommé Ver Meer ou Van der Meer (en français l’homme de la mer) qui est marchand d’œuvres d’art.

Il subsiste très peu d’informations sur la vie de Vermeer et même sur le nombre exact de tableaux qu’il aurait peint. Les experts s’accordent sur l’authenticité de 34 tableaux dont seulement 23 sont signés et trois datés.

Vermeer s’est marié avec Catharina Bolnes en 1653, ce mariage lui permet d’obtenir à la fois une aisance financière et quinze enfants. Les œuvres de Vermeer sont appréciés mais il ne rencontre pas le succès espéré car Vermeer meurt, endetté, en 1675 à 43 ans. Son génie ne fut reconnu que plus tardivement, notamment au XIXe siècle, avec le critique d’art et journaliste français Théophile Thoré-Burger qui lui consacre une série d’articles publiés en 1866 et également avec l’hommage de l’écrivain Marcel Proust qui consacrera son art. Pour Proust, Vermeer représente l’idéal esthétique qu’il retranscrira lui par l’écrit dans La Recherche du temps perdu.

La vie de Vermeer se situe dans le siècle d’or hollandais qui est une période de l’histoire des Pays Bas comprise entre 1584, après l’accès à l’indépendance de la tutelle espagnole en 1581, et 1702.

Cette période vit la république des Provinces Unies, se hisser au rang de première puissance commerciale au monde, tandis que le reste de l’Europe reste englué dans une longue stagnation. Cette apogée de la puissance économique mondiale des Provinces Unies est la conséquence du développement du commerce maritime d’abord en mer baltique puis dans l’océan Indien.En effet, grâce aux compagnies néerlandaises des Indes occidentales et orientales, elle établit des comptoirs à travers le monde.

Ce siècle d’or ne sera pas synonyme de calme, de prospérité et de paix puisque en mai 1672, la France et la Hollande vont s’affronter dans un conflit qui durera jusqu’en 1679.

Malgré ces obstacles, la Hollande s’impose au 17e siècle comme la première puissance économique du monde avec une suprématie à la fois commerciale, maritime et coloniale.

Cette richesse va se traduire notamment à travers la peinture de genre des peintres hollandais. Il s’agit d’une peinture qui illustre des scènes de la vie quotidienne. En effet, les notables hollandais, qui se font gloire de leur statut social, exigent un art qui reflète une image fidèle de leur quotidien. Les peintres commencent alors à se concentrer sur des scènes idéalisées et superbement réalisées de vie privée mise en scène, avec des hommes et des femmes installant une civilité orchestrée.

Ainsi, la peinture hollandaise va mettre en avant le ciment de la vie quotidienne des Hollandais, il ne s’agira pas de scène religieuse ou patriote mais plutôt de l’aisance de l’espace domestique. Cette peinture d’intérieur met en scène la jouissance des richesses, signe du nouveau capitalisme, contrairement à l’ascétisme du calvinisme.

La répression religieuse réalisée par leur tutelle espagnole est à l’origine du soulèvement des Provinces-Unies, elles ont désormais garanti à leurs citoyens la liberté de culte, un des éléments fondamentaux du développement de l’humanisme.

Ainsi, la peinture de genre hollandaise met en avant le goût du confort car les hollandais consacrent à leur habitation une grande partie de leur fortune tout en restant fidèles à la sagesse, à la modestie et à la simplicité d’Erasme.

Vermeer est loin d’être le seul peintre de génie hollandais, les experts estiment que les Pays Bas ont produit cinq millions de tableaux au 17e siècle, l’exposition au Louvre le met d’ailleurs en exergue en présentant les œuvres des autres maîtres tels Jan Steen, Jan Lievens.

Ces peintres sont issus de l’école de peinture de la ville de Leyde qui va connaître les débuts de Rembrandt, l’apprentissage de Gerard Dou et d’autres élèves tels Gabriel Metsu et Frans Van Mieris.

Cette école de tradition réaliste au style précis et minutieux consacre la peinture de genre.

La peinture de Vermeer s’inscrit parfaitement dans ce siècle d’or hollandais tant du point de vue du contenu des peintures que du point de vue de la technique utilisée.

Concernant le contenu des peintures,Vermeer reproduit parfaitement et avec méticulosité les scènes qu’il représente en peignant à la fois très précisément la physionomie des personnes à l’aide de détails miniaturistes mais également les éléments du décor des scènes quotidiennes représentatives de l’âge d’or hollandais.

A titre d’exemple, les tableaux intitulés « le Géographe » et « l’Astronome » traduisent, à travers la présence d’un globe terrestre, les découvertes maritimes mondiales des Hollandais, l’émergence d’un réseau commercial reliant l’Europe au monde et également l’universalité de la connaissance qui se développe avec cette nouvelle mondialisation.

La présence d’autres objets luxueux dans des tableaux tels les porcelaines, les vaisselles, les miroirs témoignent manifestement eux l’étalage de l’opulence des Hollandais.

De plus, de très nombreux tableaux mettent en scène des femmes de l’aristocratie ou de milieu plus modestes comme « la Laitière » ou « la Jeune fille à la perle ». Cette peinture féministe ne représente que l’état de fait de l’époque car la femme hollandaise jouit d’une grande liberté, sont instruites, elles savent lire et écrire.

Les peintures de Vermeer se distinguent par des techniques remarquables dont les points saillants sont le regard des personnages et la lumière utilisée.

Dans les portraits, ce qui frappe le spectateur, c’est le regard du personnage qui fixent un point en dehors du tableau, en dehors de la scène dépeinte. Ce regard donne à la peinture l’aspect d’une photo instantanée qui interrompt une scène, une conversation en pleine action.

Dans toutes les œuvres, c’est la qualité de la lumière à la fois précise et naturelle qui rajoute une couche de réalisme à ces tableaux. L’importance de la lumière est soulignée par le fait qu’elle sépare souvent le tableau en deux avec le côté lumineux et le côté obscur tels est le cas notamment avec « la Joueuse de Luth » ou « la Peseuse de perles ».

En conclusion, la peinture hollandaise se caractérise par son habilité technique qui transmet l’émotion de partager des scènes simples et riches de la vie quotidienne, représentative de la nation florissante qu’est la Hollande au 17ème siècle.

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