L’Echo du mois avec Franck Latxague – La robotique selon H+ Magazine

Franck Latxague, ingénieur de formation, est Directeur de la publication Online pour H+ Magazine. Pendant six ans, il a accompagné les donneurs d’ordre français de l’industrie aéronautique et de défense dans leur stratégie média digitale. Il co-fonde en 2012 le premier média français dédié à la robotique, à l’intelligence artificielle et aux systèmes autonomes.

Photo Franck Latxague

 

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer le très original H+ magazine ?

A l’origine, H+ Magazine s’appelait humanoides.fr. Humanoides.fr a été créé en mai 2012 par deux passionnés du web et de la robotique. Tout est parti d’un constat : il n’y avait à l’époque aucun site « sérieux » consacré aux actualités dans les domaines des robots, des drones et de l’intelligence artificielle. Un tel sujet mérite d’après nous une place centrale dans le paysage médiatique francophone. Ce que nous essayons de développer depuis 3 ans sur le site et depuis cet été en version papier.

A l’ère du numérique, pourquoi avez-vous fait le choix de créer une revue papier en France sur ce domaine ? Avez-vous eu des difficultés? Quel est selon vous l’avenir de la presse papier?

Le site H+ Magazine relaie l’actualité « chaude » du secteur sous forme d’articles courts ou des brèves. Nous demandons également à des contributeurs experts dans leurs domaines (dont Thierry Berthier d’EchoRadar) de rédiger des articles pour apporter des sujets plus « froids », plus approfondis sur des grandes thématiques de la robotique et des systèmes autonomes. La revue, quant à elle, nous permet de traiter plus transversalement les sujets en croisant les sources et en recueillant les différents points de vue des acteurs qui font la robotique d’aujourd’hui et de demain. Le support papier restera la référence pour faire passer des idées, le papier c’est l’influence. La belle presse ou la presse de fonds a encore de beaux jours devant elle. Je m’inquiète plus pour les quotidiens et les hebdos…

Les drones et les robots sont de plus en plus utilisés par des organisations militaires et civiles (États, entreprises, associations), encore souvent liées à la sécurité. Pensez-vous que nous verrons, dans la prochaine décennie, la démocratisation de ces usages ou cela restera-t-il le quasi monopole d’organisations ou de personnes riches ?

Nous sommes clairement entrés dans la décennie de la démocratisation des robots et des drones. Incontestablement, le drone de loisir a été l’un des best-sellers lors des fêtes de Noël de cette année, iRobot a vendu plus de 14 millions de robots aspirateurs dans le monde, des industriels comme Kuka se tournent vers la robotique de service… Ajoutez à cela la baisse des coûts des composants, l’apparition de langages de programmation intuitifs et la multiplication des MOOC sur Internet et tous les ingrédients sont réunis pour que la robotique soit à la portée de tous. Évidemment, il existera toujours une différenciation entre des robots complexes et des robots à usage quotidien (grand public), qui se fera par le niveau d’investissement à consentir.

Le principe de véhicule autonome ne porte-t-il pas en lui la semence de la déresponsabilisation des conducteurs et de la fin du véhicule individuel? Quelle perspective pour les données qui transiteront par ceux-ci ?

Le but d’un véhicule, qu’il soit autonome ou non, est de déplacer une personne ou un groupe de personnes d’un point A vers un point B. Si en plus ce véhicule déplace en toute sécurité les personnes à son bord et leur permet de vaquer à leurs occupations, il est difficile de penser que le concept de voiture autonome ne s’impose pas de lui-même. La fin du véhicule individuel n’est pas pour tout de suite, et l’attrait du grand public pour les voitures électriques le confirme. Restera en effet à résoudre les problématiques de sécurité liée aux transferts de données à bord des véhicules autonomes, ainsi que celles qui transitent dans nos systèmes de installation domotiques d’ailleurs.

Comment situez-vous l’écosystème français de la robotique civile, ses entreprises, notamment ses start-up, ses laboratoires de recherche ? Faut-il, selon vous, favoriser davantage son développement ?

La robotique civile française peine à émerger faute de soutiens financiers. Nous avons un tissu incroyablement dense de startups innovantes (Leka, BlueFrogRobotics), de laboratoires à la pointe (ISIR, IRT Jules Vernes, …), d’entreprises qui s’exportent (MedTech, Navya…). Nous avons des entrepreneurs comme Bertin Nahum, été élu 4ème entrepreneur le plus révolutionnaire au monde en 2012 (par le magazine canadien Discovery Series). Nous avons des grandes sociétés étrangères comme Facebook, qui décident d’implanter son laboratoire stratégique sur l’intelligence artificielle en France… Sans parler d’Innorobo, le plus grand salon européen de robotique civile et professionnelle qui a lieu tous les ans en France depuis quatre ans. Le terrain est propice au développement d’une robotique civile forte, il ne manque plus qu’un « vrai » signal envoyé par l’État.

La fusion humain / cyber pour créer ce fameux “cyborg” qui nourrit la science-fiction depuis des décennies vous parait-elle réaliste et, si oui, à quel horizon ?

La fusion humain / cyber a déjà commencé. La technologie s’introduit par étapes dans nos vies et sait se rendre utile voire indispensable. J’en distinguerai deux sortes : celle pour le confort de l’homme moderne et celle pour le réparer voire l’augmenter. Notre rapprochement avec la technologie est progressif : d’abord au bout de nos doigts via les claviers, la technologie s’est retrouvée dans nos mains (smartphones…) puis au contact de notre peau (bracelets connectés) et bientôt à l’intérieur de nous-mêmes par l’implantation de puces NFC. Intel prévoit que d’ici 2018 les « wearables » seront communément utilisés : des exosquelettes imprimés en 3D redonneront la gestuelle (projet Robohand) aux implants auriculaires permettront l’echolocalisation aux personnes malvoyantes en passant par les lentilles de contact permettant de zoomer et améliorer notre vue.

Le thème du transhumanisme est de plus en plus présent dans la presse ou les séries TV (H+ par exemple). Pensez-vous qu’il s’agit d’une révolution conceptuelle ou d’une mode ?

Je le qualifierais plutôt de mouvement de pensée, qui est né de la préoccupation de l’homme de trouver sa place dans une société de plus en plus gouvernée par le progrès technologique. Le transhumanisme n’est pas une pensée unique, différents courants de pensée le composent, les deux principaux étant le singularitarien et le pragmatique. Le premier, le plus sulfureux, prône le dépassement de la mort biologique par les techniques de clonage, de recomposition de l’ADN, etc. ; le deuxième, plus modéré, voit d’un bon œil les progrès technologiques biomécaniques : œil bionique, cœur artificiel, etc. Comme tout courant de pensée, embrassé ou craint, le transhumanisme a pour mission de susciter le débat par rapport à la technologie et à son empreinte sur l’homme 2.0.

L’Université de la Singularité soutenue par Google aux États-Unis peine à s’installer en France. Pensez-vous qu’il existe des spécificités culturelles françaises qui freinent son arrivée ? Comment se positionne la revue H+ Magazine par rapport aux thématiques transhumanistes ?

La culture de la technologie n’est malheureusement pas (encore) ancrée dans la mentalité française, encore trop académique. Le mouvement transhumaniste a été créé en 1957 aux États-Unis. En France, il a fallu attendre 2010 pour voir la création de la première association transhumaniste : TechnoProg. Cependant, il est certain que c’est une spécificité française que cette polémique autour de ce mouvement et de cette école. Ailleurs en Europe, ils sont perçus comme bénéfiques pour l’humanité. Mais il semblerait que le mouvement s’accélère puisqu’en 2015, Google vient de nommer Zak Allal, médecin, musicien et entrepreneur, comme Responsable France de l’Université de la Singularité. Quant à H+ Magazine, notre objectif étant de diffuser la technologie auprès de tous, nous publions certains papiers écrits par les membres de l’association Technoprog et qui ont attrait à l’intelligence artificielle et la robotique.

Projetons-nous quelques instants : quel pourrait être le panorama humanoïde à l’horizon 2020 puis 2030 ?

D’ici 2020 la téléprésence va se démocratiser, on pourra être virtuellement partout à l’autre bout du monde. En même temps, les robots compagnons à forme humanoïde ou non se seront introduits dans nos foyers pour nous assister dans nos taches quotidiennes et des tests de grande envergure seront mis en place pour l’accueil du public dans les lieux de forte concentration de public (gares, magasins, rues). En 2030, les progrès de la robotique humanoïde auront permis aux cobots (robots collaboratifs) à forme humaine et avec des capacités cognitives avancées, d’évoluer dans nos foyers, nos bureaux et nos usines afin de nous aider en véritables assistants, connectés aux objets qui nous entourent.

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Thierry Berthier

2 Comments

  1. Oui, l’académisme en France est, non seulement franco-française, aussi un système qui engage plus à discuter d’une ou plusieurs solutions qui émerge au lieu de chercher comment les mettre en application le plus rapidement possible si cela correspond à une évidence indéniable. Franck Latxague a bien vu :-)))

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