Hunger Games : une tétralogie des jeux du cirque version dystopique

Avant d’être une série cinématographique ayant propulsé la carrière de Jennifer Lawrence, Hunger Games est avant tout une œuvre littéraire d’anticipation.

Hunger Games La Révolte

Née de l’imagination de l’auteur américain Suzanne Collins (1962) en 2008, la trilogie Hunger Games est une dystopie puisqu’elle évoque un futur proche post-apocalyptique où la nation de Panem est régie depuis une puissante capitale, le Capitole. Cette dernière imposant sa loi sur les États américains, les districts, au nombre de douze.

Douze et non pas treize suite à une révolte contre les règles du Capitole. Une treizième entité sévèrement réprimée, aboutissant à son annihilation tout en donnant naissance à de modernes jeux du cirque : les Hunger Games, ou Jeux de la Faim (rapprochement avec le nom Panem, signifiant Pain en latin). Ces jeux consistent à choisir parmi les douze districts un garçon et une fille entre 12 et 18 ans. Bien entendu, cette sélection a pour finalité de les confronter dans une arène les uns contre les autres mais aussi face à des dangers créés par le grand organisateur de ces jeux : le président Coriolanus Snow. Si l’objectif est de survivre, seul(e) un(e) combattant(e) peut gagner sa liberté à la fin des jeux, telle est la règle inflexible.

Peeta Mellark et Katniss Everdeen sont les désignés par la loterie organisée au district douze pour les 74ème jeux du genre, ou plus exactement Katniss se porte volontaire afin de remplacer Primerose, sa petite sœur de douze ans sélectionnée initialement. Transportés jusqu’au Capitole, les participants sont pris en charge par une équipe dévouée. Car les futurs condamnés se doivent d’être présentables : si la mort est au bout de leur venue à Panem, les jeux sont organisés comme un divertissement. Les plus flamboyants et émouvants ont de la sorte droit ainsi à des sponsors qui leur offriront le moment venu une aide appréciable pour survivre dans les épreuves futures. Qui plus est, pour renforcer leur survie en milieu hostile, un mentor est désigné : le « couple » du District 12 se voit attribuer Haymitch Abernathy, un ancien vainqueur de la cinquantième édition rongé par la désillusion et l’alcool mais sentant du potentiel chez ses protégés qu’il tâchera de former au mieux. Katniss habituée depuis des années à la chasse en forêt se révèle une athlète douée et son arc sa principale assurance-survie.

Au fil de son impertinence, de son ingénuité, de la présentation concoctée par ses stylistes Cina et Portia puis en phase de combat avec son comparse Peeta, Katniss endossera le surnom de Geai Moqueur (Mocking Jay). Lequel deviendra un symbole de la résistance à l’oppression du Capitole, avec le sifflement typique de cet oiseau lorsqu’il cajacte.

Dotés de sublimes effets spéciaux, les deux premiers épisodes sont intenses, préparant le spectateur à un rythme judicieusement réglé pour qu’il saisisse combien l’arrachement de ces adolescents à leur terre pour se retrouver en un univers inconnu, létal et paradoxalement traité de façon ludique, est d’une rare cruauté. Car tout est filmé de façon à en faire un spectacle qui dessert plusieurs fonctions : divertir bien entendu les citoyens du Capitole, mais aussi à asseoir l’autorité de cette capitale sur l’ensemble de Panem en démontrant qu’elle se réserve le droit de prélever des tributs et de les sacrifier pour son bon plaisir. C’est une violence physique sur quelques individus mais symbolique sur des centaines de milliers d’autres, une gouvernance par l’intimidation et la peur, rappelant à chaque jeu qui est le maître et qui sont ceux qui leur sont subordonnés.

Le troisième épisode, le plus critiquable, amorce la révolte lorsque Katniss par son attitude rebelle et sa victoire lors des derniers jeux donne le signal de l’embrasement des districts. Le Capitole perd tout doucement pied en raison du différentiel démographique mais ici et là inflige de lourdes pertes aux rebelles. Le quatrième épisode, qui retrouve le souffle des deux premiers, est le plus abouti dans sa perception politique puisque les différents protagonistes sont obligés d’abattre leurs dernières cartes sur fond de rivalité affective. Tout un système s’écroule, des masques tombent, des atrocités sont commises et l’heure des choix s’imposent. Sombre, ce dernier épisode invite aussi à réfléchir, plus profondément que les premiers, sur les ressorts et personnages majeurs d’un pays en guerre. Le président Snow, un vrai méchant, se révèle dans la dernière partie un homme pragmatique non exempt de principes tandis que le camp des rebelles contient quant à lui ses parts d’ombre malgré la figure angélique de Katniss. Cette dernière renâclant à servir trop ouvertement de simple symbole à une cause à laquelle elle entend participer. Le premier et dernier opus sont en ce sens les plus philosophiques : ils interrogent le spectateur sur l’évolution d’un régime et les ressorts politiques de celui-ci. Des ventres remplis et des neurones occupés par des jeux pour la population de Panem dont la prospérité comme sécurité sont assurées par des provinces exploitées et humiliées consacre naturellement des élus et des déchus. Le propos n’est pas si caricatural qu’il n’y parait, bien au contraire.

Les reproches que l’on peut adresser à cette fiction sont tout d’abord la visée mercantile : la trilogie littéraire est devenue une tétralogie cinématographique (l’épisode trois divisé en deux parties) avec un essoufflement net dans le troisième épisode qui se traîne et perd la tension des deux précédents opus, une décision regrettable ; Jennifer Lawrence endosse à merveille son rôle lors des deux premiers épisodes puis a tendance à surjouer lors des deux autres, malgré quelques passages forts ; la succession de personnages fait que certains ne sont pas assez fouillés et mis en valeur d’un épisode à l’autre.

En dépit de ces remarques, Hunger Games est une tétralogie qui s’apprécie pour son esthétisme, ses messages sous-jacents, sa débauche d’effets spéciaux réussis et sa tension savamment préparée. Et enfin, c’est la dernière occasion de voir sur scène Philip Seymour Hoffman (1967-2014) décédé en son appartement à New York alors que le tournage prenait fin.

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Yannick Harrel

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