L’impossible contrôle des armes imprimées 3D

L’arrivée des imprimantes 3D permet aujourd’hui de construire à moindre coût et sans connaissance technique préalable toute sorte d’armes automatiques. Plus inquiétant, la commercialisation récente de mini-centrales d’usinage des pièces métalliques du mécanisme facilite le montage et fiabilise le produit fini.

Ghost gunner couv N0

Cette « Ubérisation » de la manufacture de fusils automatiques va compliquer fortement le contrôle de ce type d’armes…

Commençons modestement…

1 – Un AR15 a portée de clic

Pour 452 dollars et sous un délai de 24 heures, il est possible d’acquérir un AR15 fraîchement imprimé en 3D, testé et muni de sa garantie de bon fonctionnement. Bien entendu, aucun numéro de série permettant de tracer l’arme ne vient compliquer la transaction : l’AR15 n’a aucune existence officielle et passe ainsi sous tous les radars législatifs américains de contrôle des armes semi-automatiques.

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« AR15 3D Printed » imprimé depuis une MakerBot Printer

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L’imprimante 3D MakerBot Printer (2000 usd)

La construction de l’AR15 ne nécessite pas de connaissance particulière, il suffit de suivre la recette de posséder une imprimante 3D et de télécharger le logiciel. La valeur de la résine plastique utilisée dans l’impression de l’arme ne dépasse pas les deux dollars. Les pièces métalliques (non réglementées) du récepteur inférieur s’achètent sans aucune restriction sur Amazon.com pour environ 400 dollars. L’imprimante 3D coûte moins de 2000 dollars. La construction et le montage de l’arme sont facilement réalisables en moins de 24 heures.

L’AR15 est le fusil semi-automatique le plus populaire aux États-Unis. Il en existerait entre 3 et 11 millions d’exemplaires en circulation en 2014. C’est aussi l’arme que l’on retrouve systématiquement sur les lieux des tueries américaines (tuerie de l’école Sandy Hook à Newtown, tuerie d’Aurora, de Portland et de Santa Monica).

Après l’AR15, voyons les choses en grand !

2 – Une manufacture d’armes semi-automatiques pour 1500 dollars

Encore plus impressionnant, le site Ghost Gunner https://ghostgunner.net/ commercialise depuis le mois d’août 2015, pour 1500 dollars frais de port inclus, une centrale de construction d’armes automatiques et semi-automatiques.

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Ghost Gunner, la centrale de construction d’armes semi-automatiques

Construit sur un projet open source professionnel, Ghost Gunner vous donne accès à un module de production d’armes semi-automatiques (AR15 et d’autres accessibles depuis le fichier de modèles librement téléchargeable sur le site). Le système réalise l’usinage en haute précision de toutes les pièces métalliques composant l’arme sélectionnée dans la liste fournie avec la machine. La société insiste sur la qualité professionnelle des armes produites par sa centrale. Elle précise en page d’accueil que l’achat de Ghost Gunner s’effectue sans enregistrement et sans numéro de série archivé. L’acheteur est donc rassuré, sa manufacture d’armes personnelle passera encore sous le radar des autorités américaines et sous celui de l’ITAR (International Traffic in Arms Regulations).

3 – Une unité d’impression 3D de munitions

Une fois l’arme construite, il faut penser aux munitions… Là encore, le cyberespace apporte une réponse fonctionnelle adaptée. Il est aujourd’hui possible d’imprimer en 3D ses propres munitions et de les customiser en fonction de l’usage que l’on souhaite en faire. Il existe plusieurs programmes accessibles et open source dédiés à l’impression 3D. Comme pour les armes, les munitions imprimées ne sont pas référencées et demeurent donc intraçables.

Munition printed pic N4

Munitions imprimées 3D

4 – Vers un contrôle des armes et munitions imprimées ?

Autant dire que le défi est de taille… l’unique solution technique consisterait à sensibiliser et à mobiliser l’ensemble des constructeurs d’imprimantes 3D. Ces derniers pourraient alors équiper leurs machines d’un processeur capable de reconnaître « algorithmiquement » les formes des pièces mécaniques entrant dans la composition d’une arme et de bloquer automatiquement leur impression. La fonctionnalité est réalisable pour des armes bien référencées comme l’AR15 et pour lesquelles les pièces sont très standardisées. Pour des armes plus exotiques, l’opération de reconnaissance et de blocage d’impression sera de fait beaucoup plus complexe à mettre en œuvre. De plus, il est hautement probable que des utilisateurs codeurs et bricoleurs frustrés de ne pouvoir imprimer leurs créations s’empresseront de contourner les restrictions algorithmiques installées sur les imprimantes par un hacking des protections physiques ou logicielles.

La prolifération d’armes et de munitions imprimées risque fort de devenir une réalité sanglante dans les prochaines années. Si les taxis et l’hôtellerie sont aujourd’hui confrontés à l’Uberisation de leurs activités, le secteur du trafic d’arme va lui aussi connaître la désintermédiation sauvage et la loi des Makers.

Liens

Sur le contrôle des armes imprimées en 3D :

http://www.didiy.eu/blogs/digitally-manufactured-weapons-can-they-be-controlled

Sur la manufacture portative Ghost Gunner :

https://ghostgunner.net/

Une vidéo de présentation de la centrale Ghost Gunner :

https://www.youtube.com/watch?t=63&v=bjasSGZd40s

Article sur les munitions imprimées en 3D :

http://www.inquisitr.com/676556/3d-printed-bullets-latest-gun-control-nightmare/

Vidéo sur les 3D printed Bullets :

https://www.youtube.com/watch?v=PVyLGQUmXcg

Vidéo sur munitions imprimées 3D :

https://www.youtube.com/user/taofledermaus?feature=watch

Sur les AR15 3D printed :

http://nypost.com/2013/12/06/3d-printer-and-452-makes-on-demand-ar-15/

 

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Thierry Berthier

Un commentaire

  1. Excellent article mais qui malheureusement ne connaît rien à la loi américaine pour lequel ce projet a été fait.
    En premier lieu, une bonne vieille fraiseuse fait bien mieux qu’une imprimante 3D et c est aussi en vente libre depuis des dizaines d’années. Ces projets répondent à un seul objectif, comme les canons sont en vente libre au US, il est possible pour n’importe qui de fabriquer son arme pour autant qu’il la fassent lui même et il n’y a alors pas d’obligation de l’enregister. Sauf que avec un peu de renseignement , vous auriez vu que ces lower imprimé sont déjà en vente semi usiné depuis des lustres, il suffit de percer les trous et faire les échancrures qui vont bien. En gros , le gars a voulu juste provoquer le BATF et il y a bien réussi mais ce n’est d’aucune utilité puisque en Europe on enregistre la carcasse….et le canon.
    Et pour info , n’importe quel machine outils même vieille de 30 ans peut faire une arme de bien meilleure qualité ….ça exige même un peu moins de connaissance….et le marché noir encore moins

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