L’ambivalence au service de l’action – Recension du livre de Gil Fiévet

Après avoir terminé sa carrière militaire en tant que Général à trois étoiles, Gil Fiévet est spécialiste de la stratégie miliaire et son application au monde de l’entreprise. Professeur de stratégie dans de célèbres écoles de commerce, il est intervenu au titre de consultant auprès de nombreuses grandes entreprises. Expert agréé par l’Association Progrès du Management, il a assuré près de 200 conférences au cours des dix dernières années en France et en Europe auprès de cadres dirigeants de PME/PMI. Il a précédemment publié trois livres, tous consacrés à la stratégie présentant une réflexion inspirée par l’histoire militaire et validée par l’expérience. Cet ouvrage est l’aboutissement de cette réflexion.

ambivalence

L’ouvrage de Gil Fiévet mêle avec subtilité une approche philosophique, non obscure, qu’il rattache à des concepts de management mais également à des exemples de l’histoire militaire. Cet étonnant mélange, au travers d’une écriture fluide et synthétique, est une agréable surprise dans une littérature spécialisée rarement choisie par des néophytes. Ce livre désamorce la notion de complexité pour en faire un atout dans l’action. En d’autres termes, l’auteur met en avant la réflexion avant l’action, au détriment de l’utilisation de toute forme d’informations prémâchées.


La définition d’ambivalence, notion ambigüe et paradoxale, est la prise en compte simultanée d’un double caractère complémentaire et contradictoire.

1. Les origines philosophiques de l’ambivalence

La définition d’ambivalence trouve ses racines à la fois dans les philosophies chinoise et européenne. Tout d’abord, à travers le symbole du ying et du yang ou symbole du taoïsme, la philosophie chinoise présente l’ambivalence à travers le cercle qui comprend deux unités, noire et blanche, opposée. Il s’agit bien du symbole représentant la complémentarité et l’opposition enchevêtrées. De même, dans les origines et le développement de la philosophie européenne, les grands concepts philosophiques mettent en exergue le concept d’ambivalence. En effet, que ce soit par la dialectique d’Hegel ou encore par la réflexion de dualité et d’unité par Platon et Aristote.

Dans tous les cas, l’ambivalence est, à la fois, unité et dualité mais permet au final l’unification des contraires.

2. L’ambivalence dans l’action

De prime abord, le concept d’ambivalence apparait comme un obstacle dans l’action mais en réalité ce dépassement de la simplicité permet au contraire d’aller plus loin via toutes les voies de recherche et d’être, au final, plus efficace dans son action.

L’ambivalence dans l’action, c’est entrer dans la complexité des choses pour avoir une vision globale mais également pour réduire l’incertitude issue des informations superficielles et erronées. En effet, l’auteur démontre qu’en transcendant tout obstacle, l’acteur entre volontairement dans la complexité et cherche à agir en dépit et grâce à elle. Actuellement, il faut avoir ce courage d’affronter la complexité car elle constitue une dimension du monde dans lequel nous vivons. Il est indispensable de prendre conscience et d’avoir une vision systématique de la dualité de chaque chose. Cette dualité apporte de la complémentarité, en d’autres termes les deux points de vue apportent au final une vue globale de la question.

En outre, pour agir efficacement, il faut posséder le plus d’informations possibles et faire le tri entre les certitudes qui sont l’adhésion à une pensée toute faite et les doutes qui sont l’expression du découragement. L’intelligence doit intégrer la polarité qui refuse la vérité toute faite et la volonté qui refuse toute tentation d’abandonner la recherche du sens comprendre.

Les différents exemples de l’ouvrage notamment sur les guerres napoléoniennes, la Blitzkrieg et la guerre froide, qui peuvent même être extrapolées aux actuelles situations géopolitiques, démontrent qu’il n’est plus possible de penser la réalité comme une expression manichéenne. La guerre fut froide et la paix actuelle est belliqueuse, la conciliation des impératifs contradictoires est indiscutable.

3. L’ambivalence dans la compréhension de la stratégie

Enfin, la démarche de prise en compte de l’ambivalence, au-delà de son ancrage dans toute action, permet à tout acteur de mieux maîtriser la complexité de composantes de la démarche stratégique et qu’elle lui ouvre un précieux champ de réflexion inexploré facilitant l’accès à la créativité.

En conclusion, l’ouvrage prône la réflexion dans l’adversité et dans toute sa complexité. Petit souffle d’air pur, dans l’actuel contexte où la réflexion disparaît du fait que l’information est multiple, immédiate et synthétique à outrance (tels les 140 caractères de Twitter).

« A mon époque, on apprenait les choses avant d’en avoir besoin, c’était cela la culture, maintenant on ne les apprend que si on en a un besoin immédiat et Internet nous les sert dans la seconde, à peine décongelés ».

EchoRadar remercie également chaleureusement Gil Fiévet pour nous avoir envoyé gracieusement un exemplaire de son ouvrage.

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