Toucher le fond sans en parler

Une lectrice fidèle d’Echoradar nous a soumis ses réflexions relatives à l’épidémie de Covid19. C’est bien volontiers que nous les publions, afin de nourrir le débat, et non le pugilat.

La récente épidémie (toujours en cours et… stay tuned for the second wave) a été l’occasion d’un moment épique comme seul notre pays sait en produire, à l’émerveillement du monde entier.

Déchirements, anathèmes, noms d’oiseaux, excommunications et fulminations fusèrent. Ne manquait que l’exorcisme public avec cérémonie de repentance pour que le tableau soit complet et force l’admiration.

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Au commencement était le pangolin. Encagé, n’ayant pour horizon que l’abattoir familial, il se vengea en expectorant un passager clandestin récupéré sur une chauve-souris. Enfin, telle était la version initiale, car maintenant, quid du pangolin, de la chauve-souris et de leurs amours contre nature ? Nul n’en sait plus rien.

La crise qui s’ensuivit fit plusieurs victimes non humaines sur lesquelles nous nous pencherons : la conduite de la crise, la communication, la considération pour nos concitoyens, l’équité, le débat et la science.

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La guerre anthropologique

Ce concept dual, et les réalités à justifier pour lui donner une consistance objective, n’a pas d’antériorité en tant que corrélation entre la guerre, phénomène défini et analysé, et l’anthropologie, discipline d’étude holistique embrassant l’ensemble des structures fondamentales.

Dans son sens linguistique, une guerre qualifiable d’anthropologique serait donc l’action ayant pour objectif d’éroder et de saper les systèmes de base de cette société, doublement enracinés par sa nature originelle et par son histoire : croyances, idées motrices, coutumes, schémas sociétaux, etc, qui sont les déterminants permanents de ses modèles socio-économiques et politiques.

Cette tentative d’approche du sujet, dite « heuristique », c’est-à-dire appliquée à un domaine encore inexploré, et difficile à étayer pour plusieurs raisons entrecroisées. La première est le caractère flou, voire nébuleux de ce concept dès lors que la polémologie, en tant qu’étude du phénomène de guerre, a déjà été admise au rang de discipline. Une deuxième raison est que de nombreux types de guerre autres que strictement militaires, ont été distingués et théorisés : guerre civile, révolutionnaire, subversive, psychologique, cybernétique, économique, etc. Un autre raison serait encore l’inaptitude une guerre comme anthropologique, qui ferait conclure à son existence ou à son caractère fantasmé. De surcroit, l’hypothèse d’une guerre anthropologique serait d’autant plus récusable, que ce type de guerre s’étalerait dans une temporalité de longue durée, donc sans réalité aisément perceptible.

Pour cerner cette forme de guerre, et donc lui donner la consistance de sa réalité, l’Histoire d’un côté et la science politique de l’autre, viennent cependant en renfort. Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, on peut en trouver trois exemples, les deux premiers de nature comparable, le troisième marqué d’une novation radicale.

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L’échec de l’apprentissage de la gestion de crise

L’an dernier (déjà), j’avais publié un article relatif à l’échec de la formation à la cybersécurité. L’actualité épidémique pousse à se demander ce qu’il en est de l’apprentissage de la gestion de crise. En effet, quasiment tous les pays du monde sont confrontés au coronavirus, et l’ampleur de l’épidémie les prend quasiment tous au dépourvu. La situation est inédite pour l’époque mais pas pour l’humanité. Quant à la crise, cela fait des années qu’en ouvrant bien les yeux nous pouvions nous rendre compte qu’il y en avait presque tout le temps dans une partie ou l’autre du monde, et qu’il était bien surprenant qu’aucune ne nous ait encore atteint.

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En outre, depuis l’ouragan Katrina en Louisiane (2005), les dirigeants des pays devraient savoir qu’ils sont attendus sur leur attitude et les décisions qu’ils prennent durant ces calamités : George Bush fut ainsi voué aux gémonies pour n’avoir pas réagi correctement à la crise. La surprise devrait alors être faible, d’autant que les formations à la gestion de crise n’ont jamais été aussi abondantes que ces années. En voici une, une autre, encore une autre, encore une, même une liste de formations, et l’Etat via l’INHESJ propose même un management stratégique de la crise.

Bref, il y a le choix. Alors comment se fait-il que tant de voix s’élèvent pour critiquer la façon dont l’épidémie est gérée ?

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Contact-tracing face au covid-19 : pas d’autres choix que l’audace (G-P Goldstein)

Nos amis de La Vigie (www.lettrevigie.com) ont déjà publié des textes de Guy-Philippe Goldstein sur le COVID 19 (ici et ici). Il revient  sur le sujet (ici) , en évoquant la question du traçage électronique, qui fait débat actuellement. Merci à LV de nous autoriser à reproduire ce texte intéressant et suscitant le débat. ER

Il y a cinq semaines déjà, le 11 mars dernier, nous publions déjà dans ces lignes les points clés d’une réponse inspirés des bons résultats alors déjà observables en Corée du Sud et à Taïwan, en compléments des gestes barrières et des premiers éléments de distanciation sociale déjà appliqués en France. Cette réponse mettait en avant (1) les tests ; mais au-delà, (2) le volet numérique, offrant une gamme large de solutions tant dans le repérage que dans le télétravail, qui n’existaient pas encore dans les plans épidémiques datant de plus d’une dizaine d’années ; et enfin (3) un tempo rapide, et donc audacieux, afin de prendre de vitesse une épidémie foudroyante.  Prise à la gorge parce que trop lente à réagir, la France a finalement appliquée des mesures sévères de confinement six jours plus tard, bien plus strictes et limitant les libertés individuelles que ce qui existe en Corée du Sud. L’objectif était de se donner du temps, justement. Et pour finalement mettre en place « une approche proche de la Corée du Sud », comme l’a dit Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique[i].

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Or, d’après le gouvernement de Corée du Sud lui-même, une part importante de la réponse tient dans le volet numérique[ii], appliquée justement de manière rapide et audacieuse. Et pourtant, le volet numérique a été traité quasiment « à la sauvette », tant dans la déclaration du Président du lundi 13/4 que surtout dans l’intervention du Premier Ministre du 19/4, pourtant relativement détaillée et exhaustive. On sent bien qu’un cadre politique rigide est en train d’être défini tant par le sommet de l’exécutif que par les partis d’opposition, l’ensemble concourant au même groupthink idéologique incapable de se questionner alors qu’une crise sans précédent frappe l’Europe, et qui était déjà à l’origine du fiasco du premier tour des municipales. A cause de ce cadre, le volet numérique risque d’échouer en France  malgré tous les talents et bonnes volontés réelles qui s’y sont investis. Il faut donc comprendre (1) Pourquoi le numérique est l’un des piliers de la gestion de l’épidémie ; (2) pourquoi nombre de peurs et de réticences sont inappropriées ; (3) Comment avancer à la fois dans le respect de nos valeurs et dans le pragmatisme qu’impose l’extraordinaire situation sanitaire et économique actuelle.

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Le (télé) travail c’est (pendant les crises de) la santé

En son temps, Henri Salvador chantait que le travail c’était la santé. Depuis, nous avons été incités, pendant les crises sanitaires, à découvrir les joies vertus et bonheurs du télétravail. A entendre les conseils prodigués au tout début du confinement, cela semblait tout simple. Les professeurs étaient d’ailleurs incités le soir de l’annonce de l’imminence du confinement à préparer dare dare leurs cours pour qu’ils soient télé compatibles.

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C’est dire comme c’était facile, car comme tous les managers sont bons excellents, ils ne peuvent mettre leurs subordonnés dans une situation délicate. Il suffisait d’un ordinateur, d’une connexion internet, d’un peu de bonne volonté et…hop ! Le tour était joué.

Dans les faits, était-il si bien joué que cela ? Au-delà des questions légales que le télétravail peut soulever, nous allons passer en revue quelques ingrédients pour que le télé travail fonctionne correctement.

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Innovation et innovateur

L’affolement médiatique et politique autour du Professeur Raoult peut être vu comme révélateur de nombre d’éléments : narcissisme de l’intéressé, résistance de la caste des mandarins qui se voit menacée par un hurluberlu, faillite de l’État, engouement pour un “gourou” ayant trouvé un remède miracle, volonté de mettre de côté la méthode scientifique, résistance des lobbies (ah, toujours critiquer les lobbies, surtout quand on ne précise pas lesquels !), espoir en un homme ou un remède miracles d’autant plus démesurés que la surprise a pris (tout le monde, forcément) de court, etc.

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Sujets sûrement passionnants que nous n’évoquerons cependant pas dans les lignes de ce billet. En effet, “l’affaire Raoult” reflète également ce que vivent les innovateurs, ce qui nous amène à nous focaliser sur l’innovation et ses caractéristiques. Sans toutefois coller au cas d’espèce actuel, car le but de ce billet n’est pas de prendre parti pour ou contre le professeur et ce qu’il propose, nous tenterons de dresser quelques caractéristiques communes aux innovateurs. Ce faisant nous aborderons les deux côtés de l’humanité, des ombres et des lumières.

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Crise sanitaire, risque cyber et résilience

Alors que le gouvernement français déroule son plan de lutte contre la propagation du Coronavirus, les entreprises et les administrations incitent leurs salariés à privilégier le travail à distance lorsque cela est possible. Par principe, les options du télétravail et du téléenseignement vont ralentir la diffusion du virus tout en garantissant la continuité d’activité des entreprises et des administrations.

Une fois cette option choisie, les généralisations momentanées du télétravail, des télé-transactions, des téléconsultations et du téléenseignement vont mettre à l’épreuve l’ensemble des infrastructures numériques du pays. Certaines n’ont pas été dimensionnées pour encaisser une montée en charge brutale alors que d’autres peuvent passer à l’échelle facilement.

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Cyber corona

Bien que n’ayant pas encore achevé la rédaction de ma thèse (mais cela approche, heureusement !) l’actualité me pousse à rédiger un billet tant qu’il en est temps : espérons que le corona ne s’appesantira pas, et que la vie reprendra son cours paisible.

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Ayant été frappé par les similarités entre le monde réel et le monde cyber à l’occasion de cette épidémie, je vous propose d’en faire un petit tour, non exhaustif.

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