Intelligence économique territoriale

Choisir de consacrer un dossier aux territoires implique d’étudier les modalités de leur développement, notamment économique. Ce qui amène à se demander ce qui fait qu’un territoire est plus attractif qu’un autre. Est-ce sa géographie, son histoire, sa population, sa culture, voire autre chose ?

Car chaque territoire, quelle que soit sa taille et notamment à notre époque où, en France, nous parlons de la désertification de certains d’entre eux, cherchera à se développer, selon des choix qui lui sont propres (économiques, humains, etc.).

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Face aux disparités de leur développement, le principe de réalité nous rappelle que tous les territoires ne sont pas égaux. En effet, leur géographie et leur histoire sont des paramètres qui ne peuvent être oubliés ou écartés d’un revers de manche. C’est ainsi que l’Indre, département enclavé s’il en est, a tout misé après guerre sur la présence américaine de l’OTAN (ce qui a permis le développement de l’aéroport de Châteauroux) ; mais par contre-coup, lorsque la France s’est retirée de la structure militaire de l’Alliance, le département s’est retrouvé fort mal loti économiquement, la vague d’industrialisation de la reconstruction du pays (années 50 – 60) étant passée.

Si l’aéroport de Châteauroux est revenu sur le devant de la scène ces derniers temps avec le départ d’avions russes d’aide humanitaire franco-russe pour la Syrie, le département n’est toujours pas en pointe en termes de développement économique.

À l’opposé de cette situation, nous trouvons la Silicon Valley qui continue d’attirer les entreprises numériques, quand bien même les années 2001 – 2003 ont été marquées par des pertes d’emploi.

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Territoires et empire

Le dossier estival d’Echoradar a pour thème les territoires (voir présentation du thème). Cela m’a donné de réfléchir à l’empire, sujet qui me taraude depuis quelque temps, comme alternative à l’État-nation. Quels sont les avantages de l’empire ? pourquoi ceux-ci ont-ils disparu ? peuvent-ils ressurgir ? Bref, cette forme politique qui a dominé de multiples zones de l’humanité à travers les siècles a certainement des atouts qu’il s’agit d’analyser, ce qui ne signifie évidemment pas que nous dressions un plaidoyer pour l’empire.

source : l’empire mongol de Gengis Khan.

L’empire a mauvaise presse. Qu’il s’agisse des formes anciennes de domination directe ou de l’impérialisme attribué à l’hégémon américain, chacun y dénonce un pouvoir distant et oppresseur. Or, les historiens distinguent plusieurs formes d’empire et il faut se défier de notre représentation immédiate de ce concept. H. Inglebert propose ainsi cinq types différents d’empire : grands royaumes régionaux, hégémonies régionales, empires commerciaux, empires tribaux des steppes et empires à prétention universelle (1). Constatons que nous pensons plutôt au cinquième type lorsque nous parlons d’empire. H. Inglebert précise qu’un empire doit maîtriser quatre aspects : l’extension spatiale et la maîtrise des communications ; le contrôle politique différencié de différents segments de la population ; la capacité administrative à exploiter la population ; l’autoreprésentation du pouvoir central et son influence culturelle sur les élites centrales et locales. L’empire, c’est d’abord la sujétion de territoires périphériques par un pouvoir central. Ne nous y trompons pas, il y a bien au préalable un rapport de force et de domination. Omettre cette sujétion première, c’est ne rien comprendre à la dynamique politique à l’œuvre depuis quatre siècles qui conduisit à la disparition des empires.

Toutefois, cette sujétion peut prendre bien des formes. Il s’agit rarement d’assimilation (sinon dans la très longue durée ) (2). Le plus souvent au contraire, la sujétion se traduit par quelques éléments assez simples : le paiement d’un tribut (aujourd’hui, on dirait l’impôt), la reconnaissance de la sujétion (donc l’incapacité d’une politique étrangère indépendante), enfin, selon les cas, la fourniture d’autres services (comme par exemple le service militaire ou diverses corvées d’utilité publique). En contrepartie, l’empire assure une sécurité publique et des fonctions étatiques souvent plus efficaces que le système local préexistant. La supériorité du centre s’exprime donc par un mélange de force, de culture et d’organisation. En échange, le centre obtient des ressources (monétaires ou humaines mais aussi une reconnaissance qui augmentent sa puissance.

Gradient de puissance

Mais en s’étendant, l’empire court le risque de diluer la source de sa puissance. Ce phénomène a été décrit sous le terme de « surextension impériale » par l’historien britannique Paul Kennedy (3). L’extension procure un surcroît de puissance, utilisé pour de nouvelles conquêtes, toujours plus lointaines et dont l’apport de puissance est inférieur au coût de domination (P. Kennedy a une approche économique mais les ressources de la puissances ne peuvent se réduire à ce seul facteur). L’empire est devenu trop grand et s’épuise à tenir ses conquêtes.

Ces théories impériales présupposent un fait rarement relevé : celui du gradient de puissance entre le centre et la périphérie. Ainsi, le centre dispose d’un surcroît de puissance (économique, militaire, organisationnelle, culturelle) qui lui permet de prendre le pas sur ses voisins. Il ne s’agit pas seulement du phénomène de centralisation évoqué par Norbert Elias car celui-ci intervient dans la longue durée. Dans le cas de l’empire, la domination est généralement assez rapide (de quelques années – que l’on songe à l’empire d’Alexandre – à quelques décennies) même si des contre-exemples multiséculaires existent (Rome, Chine, empire Ottoman).

Toute la difficulté consiste donc à ne pas grandir trop vite et à agglomérer durablement les nouveaux territoires et leurs populations. Les spécialistes de la question impériale, J. Burbank et F. Cooper (4), observent deux stratégies possibles : celle de l‘homogénéisation qui fut par exemple celle de Rome, étendant la citoyenneté romaine à ses acquisitions : être romain signifie adopter le mode de vie romain. L’autre stratégie consiste à maintenir la diversité, jugée normale et utile : c’est par exemple celle de l’empire Mongol, autour des XIIIe et XIVe siècles, qui tolèrent les différentes religions et cultures de leurs possessions. Burbank et Cooper relativisent d’ailleurs la prééminence de l’État-nation, qu’ils considèrent comme un récit eurocentrique. Byzance et ses 1000 ans, l’empire ottoman et ses 600 ans ou les deux millénaires de forme impériale chinoise montrent la durée de cette forme politique et surtout sa capacité d’adaptation. Par exemple, dans les Balkans, le passage de la forme impériale à l’État-nation est rien moins que convaincant.

Marches territoriales

Il faut ici revenir à cette capacité d’adaptation, mais aussi d’intégration des empires. La notion de gradient suppose une différence entre territoires. Certains peuvent bénéficier de conditions de richesse qui leurs permettent d’exercer une domination sur d’autres. On ne peut ainsi que s’interroger sur la succession, sur les rives du Bosphore, de deux empires de longue durée (Byzance puis Sublime Porte) qui ont d’ailleurs soumis une aire territoriale relativement similaire, entre Balkans et péninsule anatolienne plus quelques pourtours méditerranéens. Le lieu permet la richesse, donc attire des hommes qui favorisent un cycle de développement plus rapide que les régions environnantes. Cela permet une domination de voisinage qui s’étend peu à peu.

Une autre raison tient aux facteurs géographiques et démographiques. Des terres maigres n’encouragent pas une population intense et elles sont propices à constituer des marches territoriales, ces étendues séparant deux zones de plus grande intensité démographique. On pourrait ainsi formuler l’hypothèse que les empires s’étendent sur des zones certes habitées mais pas solidement « représentées » par leurs populations ? Il y aurait ainsi des territoires forts et d’autres qui le seraient moins, à un moment donné de l’histoire. A l’appui de cette hypothèse, le mot slave край (Kraï) qui signifie borne, bout, extrémité, bordure. On trouve ce mot dans les deux noms d’Ukraine et de Krajina. L’Ukraine est ainsi un des « bouts » de la Russie, quand les Krajina sont le bout de l’empire ottoman dans les Balkans, destinés à faire face à l’empire austro-hongrois. Territoires de bordure d’empire, territoires annexes, ils n’existent d’abord que dans cette dépendance originelle, ce qui explique d’ailleurs leur difficulté à trouver une identité nationale. L’Ukraine est aujourd’hui bien proche d’un État failli avec des difficultés nationales évidentes et une population divisée (ce dont le conflit du Donbass n’est que la manifestation la plus récente). Quant aux Krajina, elles étaient peuplées de Serbes et de Croates et les populations serbes durent les quitter lors de la fin de la guerre de Bosnie, juste avant les accords de Dayton en 1995. Cela étant, l’État bosniaque ne brille pas non plus par sa solidité.

On décèle donc aujourd’hui encore des territoires qui obéissent encore, peu ou prou, à la vieille logique des marches impériales, inventée par Charlemagne au tournant du IXe siècle. Cela signifie que nous sommes encore en train de gérer des héritages d’empire. Un bref tour du monde le montrera aisément.

Héritages d’empire

L’Europe est toujours occupée à panser les plaies des deux guerres mondiales. La situation dans les Balkans le prouve, puisqu’on vient récemment de se féliciter de l’accord trouvé entre la Grèce et la Macédoine sur le nom de cette dernière. Kossovo et Bosnie-Herzégovine ne brillent pas par la solidité de leurs États-nations. Cent ans après la fin de l’empire austro-hongrois, la situation n’est toujours pas stabilisée. Plus à l’Est, on gère encore l’éclatement de l’URSS et surtout du Pacte de Varsovie d’il y a à peine trente ans. Les trois États baltes ou la Pologne orientent encore leur politique extérieure dans la prévention d’un éventuel retour russe.

Le Proche- et le Moyen-Orient vivent toujours les suites d la disparition de l’empire ottoman, mais aussi des protectorats décidés à la suite de la Première Guerre mondiale. Aucun des États de la région ne brille par la solidité de son État-nation : Irak, Syrie, Jordanie, Arabie Séoudite, émirats du Golfe… L’Asie centrale connaît toujours le drame d’un État tampon depuis un siècle et demi, l’Afghanistan, établi pour séparer deux empires, sans même parler du Pakistan, État issu d’un empire des Indes et qui cherche toujours son identité. Plus au nord, les États issus de l’URSS (Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan) ne montrent pas une solidité évidente.

Quant à l’Afrique, la décolonisation a joué son rôle, même si elle n’est pas seule responsable des troubles que connaît le continent. Notons qu’il y a des réussites mais aussi de nombreux pays ayant des difficultés à s’établir en État Nation, qu’ils soient issus de l’empire français (Mali, Burkina Faso, RCA), belge (RDC, Ruanda), anglais (Soudan, Zimbabwe, Nigeria), portugais (Angola), italien (Érythrée, Somalie)…

L’origine impériale ne suffit évidemment pas à expliquer le mauvais État : le Liberia ou Haïti n’ont pas eu besoin de cette explication pour échouer. De même, des territoires venant d’empires ont réussi leur transformation. Il n’y a donc pas de règle absolue liant l’héritage impérial à de difficiles constructions étatiques, seulement une tendance assez lâche. Nous sommes encore en train de gérer des héritages d’empire. La notion d’État failli est controversée, même si le think tank américain Fund for peace a mis au point un index annuel de ces États « fragiles », construit à partir d’une douzaine de critères (5). La carte montre bien les zones où se situent ces États faillis.

Carte_Etats_Faillis__2_.jpg

Diversité de populations

Un autre trait de l’empire tient à la diversité des populations rassemblées sous son joug. Cela est vrai d’un point de vue macroscopique comme microscopique.

La chose est évidente du point de vue macroscopique : un empire réunit des populations aux mœurs et aux cultures différentes, cela est même son critère. Une de ses difficultés consiste justement à gérer cette diversité, à réussir à construire une certaine unité tout en ménageant plus ou moins d’autonomie de façon à réduire les troubles. En effet, les populations soumises doivent trouver un certain confort à leur soumission. Le pouvoir central doit donc manier la force mais proposer aussi des services en échange : plus il obtient l’adhésion, moins il doit déployer de force et donc plus il peut s’économiser pour allouer ses ressources de puissance à d’autres objectifs.

Cela est d’autant plus facile que le territoire dominé n’est pas trop homogène. En effet, si c’est le cas, la population locale peut puiser dans sa masse la revendication d’une plus grande autonomie : le gradient de puissance n’est pas assez net pour que le pouvoir central puisse ignorer cette tendance. L’empire austro-hongrois est typique de cette évolution : les Magyars étaient assez puissants (assez près de la capitale, il faut aussi le noter) pour que les Habsbourg leur accordent des privilèges. L’empire devient ainsi une double monarchie, « K und K (6) » comme l’on disait à l’époque. Nombreux ont d’ailleurs vu dans cette réémergence du sentiment national la raison de la fin de l’empire (7).

Toutefois, l’empire peut aussi rencontrer une diversité de population au niveau local : sur un territoire donné, de multiples minorités sont réunies par les circonstances ou les héritages de l’histoire. Alors, l’empire joue le rôle de juge de paix et permet de réduire les inimitiés. Chacun s’accorde finalement à une férule distante mais supportable plutôt qu’à la domination d’un voisin très proche et donc insupportable. On observe de nombreux exemples de cette logique : la Bosnie-Herzégovine (sous les Ottomans comme sous les Austro-hongrois), le Liban et la Syrie, l’empire des Indes, mais aussi une grande part des empires africains. Certains voient d’ailleurs la même logique à l’œuvre dans la constitution de l’Alliance atlantique où les Européens préfèrent s’en remettre à un parrain puissant et distant (un océan d’écart !) pour éviter leurs luttes intestines qui ont été suicidaires (8).

Atouts de l’empire

Voici une des principales vertus de l’empire : il permet l’apaisement des tensions locales, la fin des guerres picrocholines. Il constitue une réponse au dilemme des minorités. Celles-ci en effet ont écouté le grand récit moderniste issu de la Révolution française, celui qui promeut la Nation et lui associe un État. Voici donc le printemps des peuples au XIXe siècle puis les luttes de décolonisation au XXe : le modèle de l’État-nation est présenté comme la forme politique la plus aboutie et la plus progressiste. Tout peuple veut donc son « indépendance », quelle que soit sa taille et sa viabilité. Ceci entraîne une grande confusion puisque des micro États n’ont pas les moyens de leur indépendance et trouvent des ressources alternatives : soit des subsides en récompense de positions politiques internationales (vote à l’ONU, reconnaissance de la Chine populaire au lieu de Taïwan), soit au moyen de tolérances juridiques qui expliquent l’existence de bien des paradis fiscaux.

Le récit de la « libération nationale » revient à appuyer sur les sentiments identitaires localisés, voire à les susciter là où ils étaient absents ou latents. La raison ne tient pas seulement à des difficultés sociales : ainsi, en Europe, des revendications nationales apparaissent dans des régions riches qui veulent justement se séparer d’un centre jugé plus faible et donc exploiteur (Flandres, Catalogne, Padanie dans les années 1990). Mais il est évidement très vif dans des zones conflictuelles : le mouvement kurde s’est ainsi renforcé à la suite des difficultés politiques en Turquie mais aussi de la guerre d’Irak puis de la guerre de Syrie. Le conflit au Mali posait à l’origine une question touarègue au nord, il s’est depuis étendu à des questions ethniques au centre du pays opposant Peuls, Dogons, Bambaras, …

Une autre conséquence de ces revendications nationales de minorités consiste en l’épuration ethnique, plus ou moins violente. Il ne faut pas oublier que l’Europe d’après-guerre a organisé de tels mouvements avec le déplacement de nombreuses minorités allemandes à travers le continent. Plus récemment, les guerres de Yougoslavie ont conduit à des homogénéisations ethniques. Nul ne doute que la guerre en Syrie produira des effets similaires. Les réfugiés en dehors du pays, les déplacés à l’intérieur, se réuniront sur des bases ethniques et politiques, forçant une homogénéisation des minorités.

L’empire favorise donc une sorte d’équilibre entre la stabilité et la liberté. La revendication nationale se place évidemment sous le prisme de la liberté (ne parle-t-on pas de « libération nationale »), quand l’empire prétend apporter la stabilité. L’équilibre est parfois atteint mais l’évolution des mœurs, des conditions sociales et économiques, des influences politiques et des modes culturelles constituent autant de facteurs qui vont mouvoir cet état temporaire. Car si l’empire est comme toute construction humaine un édifice temporaire, il s’appuie sur des territoires qui sont eux-mêmes en mouvement, alors qu’on a l’illusion de les croire fixes. Si le substrat géographique évolue lentement, la couche humaine connaît en revanche des mouvements beaucoup plus vifs. Il n’y a pas de stabilité politique sans véritable politique territoriale.

O. Kempf

1 H. Inglebert, « Les empires rassemblent sans se ressembler », in Coll., Atlas des Empires (pp. 30-31), Le Monde-La Vie, 2016.

2 Cf. Ch. Grataloup, qui propose un schéma de l’assimilation impériale des Han (barbares crus, barbares cuits), in « Génèse impériale de la nation chinoise » in Coll, Atlas des empires, Le Monde & La Vie, 2016, p. 13.

3 P. Kennedy, Naissance et déclin des grands puissances, Payot, 1989 (éd. originale : The rise and fall of great powers, Random House, 1987).

4 J. Burbank et F. Cooper, Empires, de la Chine ancienne à nos jours, Payot, 2011.

5 http://fundforpeace.org/global/what-we-do/fragile-and-conflict-affected-states/ accès le 6 août 2018.

6 Kaiserische und Königische.

7 François Fejtö, Requiem pour un empire défunt. Histoire de la destruction de l’Autriche-Hongrie, Lieu Commun, 1988.

8 O. Kempf, L’OTAN au XXIe siècle, la transformation d’un héritage, Le Rocher, 2015, 2ème édition.

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Transports, identités, territoires

Cet ensemble triangulaire puise sa source dans une approche systémique des forces dynamiques animant la société contemporaine.

Les transports ont été depuis l’invention de la roue [1] un moyen de contrôle des territoires par l’État désirant exercer ses prérogatives sur ceux-ci. Les infrastructures ont été notamment développées afin de permettre certes la croissance du commerce mais aussi – et surtout – le déploiement rapide en tous axes de colonnes de soldats : cela était, est et restera la norme pour toute puissance entendant tenir son espace sous contrôle [2].

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Mondialisation et territoires

Le sujet semble facile voire éculé ; tout ou presque aurait déjà été écrit sur la mondialisation et le phénomène serait maintenant parfaitement compris ; ses évolutions deviendraient anticipables. Le rapport de la mondialisation au territoire a toujours été complexe. Interdépendants et pourtant opposés, les deux n’ont cessé de constituer depuis le milieu du XXe siècle un couple thermodynamique central dans la compréhension de l’économie politique mondiale. Le territoire peut d’ailleurs être considéré suivant plusieurs échelles – c’est même le propre de la géographie économique – ces mêmes échelles se répondant, voire s’opposant. Continue Reading

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La Nouvelle Calédonie, clé de voûte de notre « pivot Pacifique » ?

Alors que les grands enjeux stratégiques de notre monde se déplacent vers l’Extrême Orient, ce sont 1,7 millions de français qui vivent dans cette zone Indo-Pacifique, avec au cœur, la Nouvelle Calédonie et son référendum d’indépendance à venir. Un moment clé à l’heure où à Paris, les décideurs tentent de faire exister la France à l’autre bout du monde. 

Images et illustrations: Armée de l’air, Marine Nationale, ministère des Armées, RAAF.

Il existe un éternel débat en France sur la place à donner aux territoires ultramarins. A la remorque de la métropole pour certains, pas assez autonomes pour d’autres, il n’en demeure pas moins que du point de vue du stratège, le soleil de se couche jamais vraiment sur la « l’archipel France » (un plaisir que de ravir cette formule à l’Angleterre victorienne !).

En réalité, il n’y a pas aujourd’hui un territoire en outre-mer qui ne soit confronté à un enjeu sécuritaire majeur: Orpaillage illégal et accès à l’Espace (centre de tir de Kourou) en Guyane, violence accrue des ouragans et narcotrafic aux Antilles, piraterie et immigration pour Mayotte et La Réunion, course internationale aux ressources du pôle Sud pour les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)… Les armées françaises, notamment la Marine Nationale qui doit couvrir une incroyable ZEE de 10 millions de km², mais également la Gendarmerie, la Police ou les Douanes, mènent donc en tout temps et en tout lieu des missions de préservations des intérêts et de la sécurité de la Nation.

Or, après avoir longtemps demeuré en Europe, et dans l’Atlantique Nord, le centre du gravité des affaires mondiales s’est désormais déplacé dans la zone Asie/Pacifique. C’est un constat unanime, découlant du formidable réveil chinois, et qui avait amené Barack Obama à massivement réorganiser le déploiement des forces américaines vers la zone Pacifique dès son premier mandat.

Si les crises ukrainienne et syrienne, marquant le retour en force de la Russie, mais aussi du terrorisme islamiste sur le sol européen, ont amorcé une pause dans ce fameux mouvement de pivot américain en montrant qu’on ne pourrait si aisément se détourner des historiques enjeux européens, africains, ou du Levant, les planificateurs occidentaux portent de nouveau, déjà, leur regard sur le Pacifique.

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Dossier estival 2018 – Territoires

Quels liens existent-ils entre la liquidation du régime libyen, le début de la guerre civile syrienne en 2011, le oui britannique au Brexit en juin 2016 et l’élection de Trump en novembre de la même année ? En apparence, aucun. Pourtant, des vagues massives de migrations que connait l’Europe depuis 2014 à la tectonique des plaques commerciales que Donald Trump cherche à dynamiter, les frontières sont de retour.

(Source)

Mais peut-être n’avaient-elles en réalité jamais disparues, soumises aux rudes chocs économiques, démographiques et technologiques que la planète connaît depuis l’effondrement de l’empire soviétique et l’apparente détente qui s’ensuivit ?

Si tout le monde s’intéresse aux frontières, bien peu regardent ce qu’elles enveloppent, ce qu’elles séparent. Il s’agit de « territoires ». Or, d’après le dictionnaire, un « territoire » n’est pas simplement un « espace », une sorte d’endroit, neutre et non qualifié. Non, un territoire est un espace habité. Il est donc l’association entre un espace et une population et bien sûr, entre les représentations de cette population, qu’il s’agisse de ses mythes constitutifs mais aussi de la façon dont elle se distingue des autres. Nous voici revenir aux frontières, mais celles-ci ne sont plus des objets en soi, mais des objets relatifs à des territoires. Décentrer un peu l’analyse, voici l’ADN d’Echo Radar !

Le dossier estival 2018 qu’Echoradar vous propose cherche à en questionner plusieurs dimensions.

Celle de la mondialisation et des territoires par Nicolas Mazzucchi, du retour possibles des empires comme le pense Olivier Kempf, des frontières économiques par 3CSecuSystJu et de l’intelligence économique territoriale, par Informatiques orphelines, qui attend toujours sa réforme majeure en France. Nous partirons ensuite avec Thomas Schumacher en Nouvelle-Calédonie, à quelques mois d’un référendum peut-être plus inattendu que prévu pour revenir avec Thierry Berthier du côté de Limoges où Elon Musk a décidé de faire tester une partie de son projet fou d’Hyperloop. Yannick Harrel interrogera de manière cruciale le lien entre territoires / identités et transports notamment lorsque ces derniers sont inexistants voire se délitent et cèdent la place à des forces centrifuges. Enfin, Eric Hazane partira à l’exploration des territoires (quasi) inexplorés constitués par les fonds océaniques, l’espace et le cyberespace.

Bonne lecture estivale !

Echoradar

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Les deux vainqueurs de la Coupe du Monde 2018 : la France et la Russie

Comme une image prémonitoire, la vidéo de lancement de la Coupe du Monde 2018 par la FIFA affichait un joueur en joie juste au dessus du drapeau français.

Sans extrapoler davantage, la victoire des bleus a été l’achèvement d’une longue campagne débutée laborieusement le 6 septembre 2016 sur la pelouse du Borissov Arena au Bélarus par les finalistes de l’Euro 2016. Cette finale perdue quelques semaines auparavant fut considérée à ce titre comme un réel crève-coeur puisque le Portugal l’emporta sur une équipe généreuse, talentueuse mais encore trop tendre sur le plan tactique et l’efficacité de l’effort. La défaite agit néanmoins comme un accélérateur de maturité sur l’ensemble de l’équipe qui apprit de ses erreurs et canalisa sa fougue sous la houlette du sélectionneur-entraîneur.

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L’intelligence artificielle, science avec conscience ou sans conscience ?

EchoRadar remercie chaleureusement le professeur Jean-Louis Le Moigne d’avoir accepté la publication de cette riche et instructive réflexion intitulée « L’intelligence artificielle, science avec conscience ? Pourquoi pas ? au lieu de se réduire à une algorithmique artificielle, ‘Science sans Conscience’. »

Lorsque paru le 28 mars 2018 le rapport au Premier Ministre du gouvernement français rédigé par une mission dirigée par le député mathématicien Cédric Villani sous le titre « Donner un sens à l’intelligence artificielle : pour une stratégie nationale et européenne », nous fumes nombreux à nous enthousiasmer pour cette annonce exceptionnelle. Les réseaux médiatiques de la planète le sentirent vite, plus attentifs au contexte du contenant, (une brochure de 235 pages au titre ambitieux et de facture épistémologique, ‘Donner un sens à l’intelligence artificielle’ ce qui est très rare dans ce type de documents) qu’au texte du contenu qui, pour l’essentiel, s’avère de facture politique (‘la structuration de la politique industrielle de l‘État’) ; le sous titre le précisait aussitôt fort loyalement « Pour une stratégie nationale et européenne ».

Quelle est l'histoire de l'intelligence artificielle ? Les robots auront-ils une conscience ? © Agsandrew, Shutterstock

(Source)

État de l’art politico-économique (plus que culturel et critico-prospectif) que ce rapport a su aborder en consacrant à sa préparation une grande quantité de moyens en peu de temps : six mois «Palo Alto, Beijing, Berlin, Ratisbonne, Londres, Zürich, Bologne, Lisbonne, Tel-Aviv et Haïfa. … Les contributions se sont multipliées, et rapidement la quantité de matériaux à digérer est apparue considérable ! Mais ensemble, nous avons pu collecter et synthétiser les quantités d’information fournies par les centaines d’experts, et par le milliers de citoyens qui ont apporté leur contribution à la réflexion ». Continue Reading

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