Variations sur le thème de l’effet majeur

La méthode française utilisée pour élaborer une manœuvre tactique fait la part belle à ce qu’on appelle l’effet majeur1. Toute la méthode tourne autour de lui, dans la mesure où sa détermination conditionne la pertinence des ordres qui seront élaborés puis transmis aux subordonnés dans le but avoué d’obtenir la victoire.

Cependant, malgré son caractère central dans l’élaboration de la manœuvre, l’observation des effets majeurs énoncés dans différentes situations tactiques prouve que cette notion est mal comprise, donc mal maîtrisée, ce qui se traduit par des effets majeurs qui n’en sont pas. Ce ne serait pas grave si l’effet majeur n’était qu’une pure construction intellectuelle mais, dans la mesure où il conditionne les ordres donnés et donc l’exécution de la manœuvre, un effet majeur mal choisi risque d’entraîner l’échec de la mission.

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Cependant, malgré son caractère central dans l’élaboration de la manœuvre, l’observation des effets majeurs énoncés dans différentes situations tactiques prouve que cette notion est mal comprise, donc mal maîtrisée, ce qui se traduit par des effets majeurs qui n’en sont pas. Ce ne serait pas grave si l’effet majeur n’était qu’une pure construction intellectuelle mais, dans la mesure où il conditionne les ordres donnés et donc l’exécution de la manœuvre, un effet majeur mal choisi risque d’entraîner l’échec de la mission.

Le problème est que, dans la mesure où peu de monde aime la méthode et l’effet majeur (il n’y a que dans l’Église catholique et pour l’effet majeur qu’on qualifie des personnes d’intégristes2), le dit effet majeur devient presque une idée reçue au sens Flaubertien du terme3.

Par conséquent, on en parle beaucoup, on insiste sur son importance, mais on ne sait le définir ou, lorsqu’on le fait, on ne peut l’expliquer clairement. Reconnaissons que sa définition réglementaire « effet à obtenir sur l’ennemi, en un temps et un lieu donnés. Sa réussite garantit le succès de la mission » ne brille pas par sa clarté et peut laisser sur notre faim.

Alors, dans la mesure où une troupe bien nourrie est une troupe qui manœuvre, il paraît utile de faire un détour par la sémantique pour voir ce qu’elle peut nous apprendre et ce que nous pourrons en tirer d’un point de vue pratique.

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Des informatiques orphelines dans les armées et de leurs conséquences

Le récent article du colonel Légrier, publié dans la rubrique « opinions » mais promptement retiré le 16/02 du site internet de la Revue de la Défense Nationale pour des raisons initialement non exposées et au demeurant assez xylolalique, incite à se poser, de manière plus moderne, la sempiternelle question de la dépendance des armées envers la technique.

Notons, avant de poursuivre, que le lecteur ne trouvera pas ici de discussion sur le bien fondé des opinions dudit colonel ni même sur l’opportunité et l’élégance du retrait de cet article. Uniquement une réflexion sur la question de la dépendance des armées envers la technique. Mais de manière plus moderne, car cette séduction a maintenant pris les traits (marketing ou post-modernes) de la numérisation, sans laquelle toute entreprise (au sens large du terme) serait condamnée à végéter.

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Faisant également suite à un article un peu moins récent dans lequel était expliqué que des troupes françaises, en manœuvre dans un pays balte, s’étaient trouvées perdues à cause d’une panne de GPS (elles ont donc réactualisé le bon vieux principe du PMG, paumés mais groupés) l’objectif de ce billet est de se demander si les informatiques ne sont pas, parfois, considérées comme orphelines dans les armées et donc si la fameuse loi de conservation de l’intelligence ne s’applique pas également aux systèmes militaires. Si tel était le cas, il faudrait alors identifier quelles conséquences opérationnelles sa mise en application peut avoir.

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Le piège américain

Il est beaucoup question du Piège américain dans lequel Frédéric Pierucci raconte son incarcération aux USA, durant laquelle il estime avoir servi à la fois de bouc émissaire du ComEx d’Alstom et de moyen de pression utilisé par la justice américaine pour finaliser le rachat d’Alstom par General Electric.

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Le récent veto de la commission européenne à la fusion d’Alstom et Siemens redonne de l’intérêt à ce livre, car il permet de mieux comprendre le chemin tortueux qui a conduit à cette décision pour le moins étonnante.

Quant aux tout aussi récents commentaires de Michel Sapin sur la responsabilités des entreprises européennes dans leurs déboires avec la justice américaine, le récit de Frédéric Pierucci leur donne une saveur particulière.

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Perspectives navales du canon électrique

La République populaire de Chine pourrait disposer d’ici 2025, au plus tard, d’un bâtiment de guerre – une nouvelle version du destroyer Type 055 est un candidat prometteur – portant un canon électromagnétique. Cette avancée décisive chinoise pourrait réveiller d’autres projets nationaux américain, français et russe. Ils ont en commun de prétendre à 200 km de portée et jusqu’à 390 pour celui américain. Ces canons peuvent amener le retour au combat tournoyant.

Le canon électrique est une idée relativement ancienne qui peut être datée pour ses premières esquisses de la fin du XIXe siècle avant d’être reprise au siècle suivant en Norvège (1901), France (1914) et Allemagne (1940). Les problèmes de stockage de l’énergie rebutèrent les plus courageux.
 Il existe deux filières du canon électromagnétique :

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L’Union Européenne, prototype de dictature post-démocratique

De prime abord, l’intitulé du texte qui suit serait de nature à dispenser de sa lecture tant la question qu’il soulève paraît incongrue. Pour la majorité des observateurs peu avertis ou  limitant leur jugement aux apparences, l’Union Européenne ne saurait être qualifiée de dictature. Une reconnaissance faciale de son régime politique ne montre en effet aucun des stigmates qui signalent une essence dictatoriale : ni parti unique, ni corps de doctrine formalisé, ni police politique, ni office central de propagande, ni autocrate omnipotent, ni embrigadement de masse, ni théatralisation du pouvoir, mais au contraire : institutions pluralistes, liberté d’opinion et de réunion, procédures démocratiques, revendication de l’état de droit, etc.

Conjuration de Catilina

Récent et encore peu exploré, le concept de post démocratie laisse entendre un régime politique qui traduirait l’achèvement et le dépassement d’une période bi séculaire d’émergence et de développement de la démocratie (environ de 1800 à 2000).Ce  questionnement a aujourd’hui pour cadre obligé l’Europe elle-même en tant que matrice de toutes les idéologies et de la quasi-totalité des régimes politiques répertoriés dans l’Histoire contemporaine. S’agissant de l’Union Européenne, le sujet appartient à l’actualité dans la mesure où s’y déroule, depuis « les crises », un débat public sur le besoin de son « perfectionnement démocratique », signifiant à la fois un présupposé de démocratie existante, et son imperfection relative. Ce débat a cependant été instantanément orienté et verrouillé  par le postulat du renforcement de l’intégration européenne, présenté comme le moyen et la  condition de ce perfectionnement. C’est notamment la thèse du philosophe allemand Jürgen Habermas, affirmant en corollaire que la France a vocation à l’impulser en raison de son aptitude aux conceptions idéalistes. S’y greffe le thème devenu récurrent d’une présumée « crise de l’Europe », exploité pour maintenir l’opinion publique dans l’angoisse des dangers menaçant « la construction européenne », et donc justifiant l’exigence d’un nouveau « saut démocratique ».


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Gilets jaunes + numérique = gilets jaunes numériques

Le mouvement des gilets jaunes (remarquons que personne ne le qualifie de crise, alors qu’il dure depuis 10 semaines et ne montre pas de signes d’essoufflement autres que ceux répétés il y a peu par le gouvernement) est diversement apprécié et analysé. Mouvement insurrectionnel, révolte contre les institutions ou preuve d’un ras-le-bol généralisé, les interprétations divergent, selon qu’on en est partisan ou pas.

Pour certains, il fut même la manifestation d’une peur devant le changement, voire devant les ruptures à venir.

Le constat de son apparition quasi concomitante avec la numérisation de notre société peut susciter des questions dont celle, simple à première vue, de savoir si on peut manager à l’ère numérique comme avant. Un précédent billet donnait un avis sur la question.

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D’autre part, et bien qu’il ne s’agisse pas de comparer les révolutions de couleur et les printemps de jadis avec l’automne jaune qu’a vécu la France, l’utilisation des réseaux sociaux est un point commun de ces mouvements, tant dans l’expression des revendications que dans leur mise à profit tactique (intox sur le lieu de départ de la manifestation notamment lors de l’acte VI).

Cette utilisation du numérique est caractéristique de notre époque où la numérisation est parfois montrée comme le seul avenir possible de l’humanité. En contrepartie, des travaux sur cette utilisation par le mouvement des gilets jaunes tendent à faire croire qu’ils dévoient le numérique pour y déverser leur haine, répandre des fake news à tire-larigot et ainsi faire le lit de l’extrême droite.

Cette révolte contre le système établi dans le monde réel incite aussi à se demander si le monde numérique ne risque pas de voir apparaître, à un horizon qu’il serait bien téméraire d’annoncer, un soulèvement similaire à celui des gilets jaunes et comment les dirigeants d’entreprises numériques (ou se prétendant telles) pourraient le précéder.

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Les coûts environnementaux cachés du numérique

L’une des grandes caractéristiques du numérique, en termes d’impact sectoriel, est son opposition aux secteurs de production plus anciens que sont l’agriculture et l’industrie. En effet en traitant de manière dématérialisée – du moins le pense-t-on – une matière première originale nommée la donnée, ce secteur serait neutre pour l’environnement. Le numérique serait donc un secteur sans pollution ni CO2 que certains n’hésitent d’ailleurs pas à considérer comme le principal atout pour la planète. En passant au tout numérique, on abolirait ainsi les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation et la pollution des océans ; autant d’héritages des XIXe et XXe siècles. Il suffit pour s’en convaincre de voir le foisonnement des programmes de recherche liant numérique et environnement pour s’en convaincre. Or s’imaginer que l’économie numérique – tant désirée en France mais qui peine à réellement décoller – serait une panacée pour la planète, relève de l’illusion ou, de manière plus insidieuse, de la dissimulation. Il est en effet de plus en plus facile dans ce monde de green tech d’exporter la pollution à l’autre bout de la Terre.

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Le numérique, surtout dans une vision prospective, n’est pas un secteur plus vertueux que les autres. Il demeure un secteur avant tout fondé sur la consommation industrielle d’un grand nombre de composants dont l’obsolescence va de pair avec une complexité toujours plus grande. L’explosion des smartphones, tablettes, ordinateurs ou autres serveurs n’est qu’un avant-goût de ce qui se profile avec l’Internet des Objets, dont le nombre d’appareils communicants a d’ores et déjà dépassé celui d’êtres humains sur la planète. Pour construire ces objets – terminaux, capteurs ou effecteurs – auxquels on réclame des performances toujours plus grandes, la demande en matières premières est en train d’exploser. Les terres rares – qui sont devenues depuis quelques temps le symbole des métaux stratégiques au point d’en masquer les autres – sont ainsi particulièrement visées, mais tout autant que d’autres ressources, parfois plus communes, comme le nickel, le cuivre, l’indium ou le gallium. La course aux ressources, le plus souvent géographiquement concentrées, est un enjeu majeur de cette évolution du numérique. L’un des exemples les plus parlants à l’heure actuelle concerne les composants des batteries lithium-ion, au premier rang desquels le lithium, avec d’autres comme le cobalt. D’une extraction très polluante, aux coûts environnementaux et humains élevés, ces matières premières – le plus souvent aux taux de recyclages très faibles – sont au cœur de nos vies actuelles ; et de notre futur. Produites le plus souvent loin des centres de consommation, leur coût environnemental nous apparaît nul, alors même qu’il s’agit ici avant tout d’une externalisation de la pollution. Ce type d’attitude consistant à ne pas prendre en compte les coûts environnementaux sur l’ensemble des chaînes de valeur des objets, conduit à des perceptions erronées comme en témoigne le concept mensonger de « territoire à énergie positive ».

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L’approche réglementaire de la gestion des déchets

La protection de l’environnement est l’affaire de tous et cela d’autant plus que « la France est le pays d’Europe le plus touché par les catastrophes climatiques », selon l’article de Mathilde Golla publié dans le Figaro1. Cet article précise que « la France occupe le 18ème rang mondial des pays les plus vulnérables aux intempéries extrêmes, au même niveau que Madagascar, l’Inde, le Bangladesh ou encore la Thaïlande […] Au niveau européen, la France est ainsi le pays le plus touché par ces événements climatiques exceptionnels, devant le Portugal, classé 22e par l’indice de Germanwatch, l’Espagne qui occupe le 34e rang, l’Italie (28) ou l’Allemagne (25) ».

La gestion des déchets est une composante importante de la protection de l’environnement. Depuis janvier 2018, la Chine a considérablement durci les conditions d’exportations de déchets plastiques sur son territoire alors que de nombreux pays y envoyaient entre 7 et 9 millions de tonnes chaque année2. La décision chinoise pourrait à moyen terme favoriser l’essor du recyclage européen. En France, l’actuel gouvernement souhaite atteindre les 100% de recyclage d’ici à 2025 et a associé 55 industriels et fédérations professionnelles, notamment les industries agro-alimentaires, qui se sont engagés sur un objectif de 300.000 tonnes supplémentaires de plastiques recyclés d’ici 20253.


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A l’échelle internationale et européenne, quelles sont les réglementations qui œuvrent pour la gestion des déchets ?

Cet article propose une courte présentation de la réglementation spécifique des transferts transfrontaliers (import ou export) de déchets qui a pour objectif d’assurer qu’un déchet faisant l’objet d’un transfert soit traité dans des conditions qui garantissent la maîtrise des impacts sur l’environnement.

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