Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie

Qui connaît Étienne de La Boétie ? On lui associe le nom d’une rue huppée de Paris… les plus cultivés penseront au Discours de la servitude volontaire, sans bien savoir de quoi il s’agit. Justement, voici une bonne occasion de creuser un peu et de lire ce bref opuscule (une cinquantaine de pages en format poche) d’un auteur du XVIè siècle.

Discours de la servitude volontaire

Un classique à la langue d’autrefois. Convenons en tout de suite, la lecture n’est pas aisée car il y a une vraie distance entre le françois de jadis et celui que nous pratiquons aujourd’hui. Cependant, le texte est lisible et compréhensible sans efforts, surtout que les éditions modernes (j’ai utilisé celle de Garnier-Flammarion) donnent suffisamment de notes de bas de pages pour expliciter ce qui serait obscur. Continue Reading

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Dossier estival 2017 – Culture(s) et stratégie(s)

La notion de culture recouvre plusieurs significations, notamment les suivantes, au sens ethnographique, elle recouvre les us et coutumes d’un collectif, au sens académique, elle désigne la caractéristique d’un individu ayant de grandes connaissances et, enfin, au sens agricole du terme, il s’agit d’un travail de la terre.

La culture chez l’homme est donc issue, à la fois, de l’inné et de l’acquis.

Concernant l’acquis, l’État investit, à travers une politique publique culturelle, notamment, dans l’égal accès au patrimoine et à sa protection afin de rendre la chose culturelle l’un des biens communs, mélange générationnel et social. Continue Reading

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Guerre ou paix… par Dominique de Villepin

Timeo danaos et dona ferentes (l’Enéide, Virgile) | Dans son « Mémoire de paix pour temps de guerre » Villepin illustre à merveille cette phrase célèbre. Comme tout politique pensant que ses tours oratoires ne sont pas éventés, il convoque dès ses premiers propos ses ancêtres militaires faisant remonter sa généalogie jusqu’à l’époque de Jeanne d’Arc (p 18) sans oublier de citer un grand-oncle tué près d’Alep, en Syrie, « à la tête de son char ». Mais une telle expression montre l’absence de connaissances de la chose militaire, car quand on meurt en blindé, c’est dans son char ou à la tête de son peloton ou escadron de chars, mais jamais à la tête de son char.

Si flatter les gens en montrant que l’orateur partage avec son public des éléments communs, en l’occurrence une famille militaire, avant de leur annoncer des choses désagréables est une figure de rhétorique politique classique, encore faudrait-il savoir flatter correctement. Et pour cela, un minimum de connaissance du sujet est indispensable.

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Les Kalibr à l’assaut du désert syrien

Les Kalibr à l'assaut du désert syrien

La marine russe a procédé à de nouvelles frappes avec des missiles de croisière Kalibr tirés depuis la Méditerranée contre des cibles de l’État islamique en Syrie. Que faut-il retenir de cette nouvelle démonstration de force ?

Il s’agit du quatrième tir du genre. Le premier avait eu lieu peu après le lancement de l’opération russe en Syrie, le 7 octobre 2015 : une salve de 26 missiles Kalibr alors avait été tirée depuis la mer Caspienne par la frégate Daghestan (Projet 11661K), et les corvettes lance-missiles Grad Sviazhsk, Uglitch et Velikiy Ustiug (Projet 21631) vers des cibles de l’EI. Quelques semaine plus tard, le 9 décembre 2015, le sous-marin B-237 Rostov-sur-le-Don (Projet 0636.3), alors en transit en Méditerranée afin de rallier la mer Noire, avait à son tour procédé à un tir de 4 missiles sur des objectifs situés à Raqqa. Enfin, le 15 novembre dernier, c’est la frégate Amiral Grigorovitch (tête de série du Projet 11356M, flotte de la mer Noire) qui a tiré une salve de 3 (?) missiles Kalibr.

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Zbiegniew Brzezinsky brise son échiquier et prône un rapprochement US-Russie-Chine

Dans la fureur des duels électoraux, un article publié au printemps 2016 par Zbiegniew Brzezinski est passé complètement inaperçu. Dans « Toward a Global Realignment » (The American Interest), le plus influent artisan de la politique étrangère américaine recommande vivement aux Etats-Unis d’assumer leur repli et de se réconcilier avec la Russie et la Chine afin de « redéfinir une architecture mondiale du pouvoir »… et de gérer conjointement les futurs risques et crises sécuritaires dans le monde arabo/musulman en particulier, et dans le tiers-monde en général.

Zbigniew Kazimierz Brzezinski est né en 1928 à Varsovie (Pologne). Son père diplomate était en poste au Canada lorsque le pacte germano-soviétique fut signé et ne put donc rentrer avec sa famille au bercail. Plus tard, « Zbieg Brzez » épousa  Emilie-Anne Benes, nièce de l’ancien président tchécoslovaque Edvard Benes. Ce parcours personnel expliquerait-il, parmi d’autres facteurs, son aversion profonde pour l’URSS et/ou la Russie ?

Après avoir consacré sa carrière académique à étudier le totalitarisme soviétique et à forger une vision géostratégique sur le rôle prépondérant de l’Amérique dans le monde, Brezinski gravit les échelons au département d’Etat et en devint le secrétaire sous l’administration Jimmy Carter (1977-1981). Il fut également membre du Council of Foreign Relations (CFR), du National Endowment for Democracy (NED), de divers think tanks et organismes spécialisés dans la défense et/ou la politique étrangère, eut l’oreille du président George Bush père au plus fort de la chute de l’URSS, et conseilla le futur président Barack Obama en affaires étrangères au cours de sa campagne électorale.

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La marche (stratégique) vers l’unité

À l’intérieur du café Pouchkine, bien au chaud, alors que la place rouge était banche, Vladimir se réjouissait silencieusement en attendant son invité. Sa grande œuvre, celle pour laquelle il avait agi sans que personne ne la remarque était proche du but. Un grommellement interrompit sa délectation prémonitoire. « Kiril, ta gueule ! » lança-t-il fort peu aimablement. Le patriarche se rembrunit en se disant qu’il valait mieux faire encore profil bas.

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Tout à son bonheur anticipé, Vladimir se souvenait de la genèse de l’histoire. Incognito. Ou presque. Ses frères du KGB avaient fait partir du café les touristes et les avaient remplacés. Seuls des marmules étaient maintenant assis aux tables. Un plaisantin avait demandé en passant si c’était bien ici qu’avait lieu le rassemblement pour la préparation de la prochaine gay pride. Vladimir n’avait pas eu besoin de froncer les sourcils que l’importun était déjà emporté par les flots de la Moskova, cloué à l’iceberg qui avait entraîné la perte du Titanic. L’entraînement du FSB n’avait rien perdu de son efficacité se dit Vladimir.

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Al-Qaeda a-t-il perdu sa branche syrienne?

Lors d’une allocution prononcée le 28 juillet 2016 et amplement diffusée le jour même, Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, franchise syrienne d’al-Qaeda, a annoncé la fin de toute activité de son organisation sous ce nom, et la création d’une autre entité nommée Jabhat Fath al-Sham, « affiliée à aucune entité extérieure ». Certains commentateurs ont bien voulu y voir une «rupture de liens», une concession faite à la «modération », et même un coup dur voire le début de la fin pour al Qaeda (1). Plus d’un a considéré que le but de la manœuvre était d’éviter d’éventuels bombardements conduits par un partenariat américano-russe. Il est toutefois fort à craindre que cette interprétation ne résiste pas à un examen circonstancié des faits. L’évènement pourrait même entraîner dans son sillage des conséquences tout à fait indésirables, du point de vue occidental et au-delà.

Première photo officielle d'Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, publiée le 28 juillet 2016, en amont de son allocution fondant Jabhat Fath al-Sham

Première photo officielle d’Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, publiée le 28 juillet 2016, en amont de son allocution fondant Jabhat Fath al-Sham

Nous ne retracerons pas ici l’historique de Jabhat al-Nusra, déjà traité sur Kurultay.fr en janvier 2015 (2), et qu’il sera utile d’avoir en mémoire pour appréhender le sujet du présent article. Rappelons tout de même que Jabhat al-Nusra a tiré un parti considérable de l’attaque que menèrent les forces de Bachar al-Assad, le 21 août 2013, contre Ghouta – un faubourg de Damas aux mains de la rébellion – avec un gaz fortement soupçonné d’être du sarin. De nombreux groupes syriens d’opposition appelèrent à une intervention militaire US, mais la Maison Blanche adhéra à une proposition de règlement émanant de Moscou, prévoyant que Damas remette ses armes chimiques aux Occidentaux pour destruction. Cette gestion en demi-teinte fut accueillie par une grande part de l’opinion en Syrie comme une impunité accordée à Bachar al-Assad. Jabhat al-Nusra acquit alors un crédit de sympathie conséquent parmi la population en exerçant « le talion » à travers des actions spectaculaires – enlèvements, exécutions médiatisées de personnalités, vagues d’attentats – visant le régime et les communautés réputées proches de lui.

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Surprise stratégique, signaux faibles et alibis des défaillances

Cela fait maintenant un certain temps que les pays occidentaux semblent être atteints par des surprises stratégiques. La percée allemande par la trouée des Ardennes, Pearl Harbor, les kamikazes à la fin de la bataille du Pacifique, la chute du mur de Berlin, le rattachement de la Crimée à la Russie, les attentats sur le sol national… les exemples abondent.

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Bien qu’un homme averti en vaille, dit-on, deux, les surprises stratégiques poursuivent leur prolifération. Leur nature même les rend imparables. Qui pourrait anticiper une surprise stratégique ? Personne, car en l’anticipant elle perdrait et son caractère stratégique et celui de surprise… Or tout dirigeant, quel que soit son niveau et son domaine d’activité ne s’avoue jamais surpris.

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