Zbiegniew Brzezinsky brise son échiquier et prône un rapprochement US-Russie-Chine

Dans la fureur des duels électoraux, un article publié au printemps 2016 par Zbiegniew Brzezinski est passé complètement inaperçu. Dans « Toward a Global Realignment » (The American Interest), le plus influent artisan de la politique étrangère américaine recommande vivement aux Etats-Unis d’assumer leur repli et de se réconcilier avec la Russie et la Chine afin de « redéfinir une architecture mondiale du pouvoir »… et de gérer conjointement les futurs risques et crises sécuritaires dans le monde arabo/musulman en particulier, et dans le tiers-monde en général.

Zbigniew Kazimierz Brzezinski est né en 1928 à Varsovie (Pologne). Son père diplomate était en poste au Canada lorsque le pacte germano-soviétique fut signé et ne put donc rentrer avec sa famille au bercail. Plus tard, « Zbieg Brzez » épousa  Emilie-Anne Benes, nièce de l’ancien président tchécoslovaque Edvard Benes. Ce parcours personnel expliquerait-il, parmi d’autres facteurs, son aversion profonde pour l’URSS et/ou la Russie ?

Après avoir consacré sa carrière académique à étudier le totalitarisme soviétique et à forger une vision géostratégique sur le rôle prépondérant de l’Amérique dans le monde, Brezinski gravit les échelons au département d’Etat et en devint le secrétaire sous l’administration Jimmy Carter (1977-1981). Il fut également membre du Council of Foreign Relations (CFR), du National Endowment for Democracy (NED), de divers think tanks et organismes spécialisés dans la défense et/ou la politique étrangère, eut l’oreille du président George Bush père au plus fort de la chute de l’URSS, et conseilla le futur président Barack Obama en affaires étrangères au cours de sa campagne électorale.

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Cygnes noirs sur le Tigre – Irak, 2003-2008

La coalition face aux surprises stratégiques en Irak (2003-2008). Le 1er mai 2003, quelques jours après la prise de Bagdad et la fuite de Saddam Hussein, le président des Etats-Unis annonce la fin des combats en Irak sur fond de bannière « Mission accomplie » accrochée à la tour du porte-avions Abraham Lincoln.

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En réalité, la guerre est loin d’être terminée et 97% des pertes militaires américaines ne sont pas encore survenues. Une puissance disposant de la moitié du budget militaire mondial, des services de renseignement les plus sophistiqués et des centres de réflexion les plus importants a fait preuve d’une incroyable myopie stratégique et même d’une myopie persistante puisque les surprises vont se multiplier jusqu’au retournement final.

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Misericordiae gladium, ou les frappes du califat (2/2)

(Suite de l’article précédent)

Modes d’action utilisés

La guerre

De même qu’un État cherche à étendre sa zone d’influence, le califat cherche à étendre la sienne. Cette volonté est compréhensible. Cependant, dans un raisonnement se voulant rationnel, les modes d’action retenus par le califat peuvent choquer, alors que s’il utilisait le soft power, il deviendrait raisonnable et, par là même, un interlocuteur valable. Rappelons que le soft power n’est parfois soft que pour celui qui l’utilise et que, conséquence logique du refus de négociation avec l’ennemi (ou prémisse), la guerre (djihad) est le seul moyen d’expansion reconnu par le califat et ses membres.

D’où il s’ensuit que tout leader doit être un chef de guerre : « nous considérons comme une urgence que tous les leaders du mouvement islamique soient des chefs de guerre. Ou au moins qu’ils aient la capacité de se battre dans les rangs des combattants1. »

CalifatPropagande

source.

Quand on évoque le djihad, la question du distinguo entre djihad intérieur et djihad extérieur revient souvent. Pour le califat, la nuance n’est pas de mise : « celui qui s’est engagé vraiment dans le djihad sait que ce n’est rien d’autre que violence, cruauté, terrorisme, terreur et massacre2. » Le djihad ainsi compris n’est d’ailleurs que l’accomplissement même de la charia : « personne n’est capable d’avancer un élément de la charia qui invaliderait l’idéal djihadiste. Ne serait-ce que parce que nous ne disons pas que c’est une solution parmi d’autres, mais tout au contraire, un postulat de la charia3 ».

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Misericordiae gladium, ou les frappes du califat (1/2)

L’État islamique, également appelé Daech pour lui donner un côté péjoratif qui n’apparaît cependant pas en Français, a clairement annoncé son objectif « que l’Oumma puisse, une fois encore, diriger l’humanité sur le chemin de la grâce divine et du salut1 » ainsi que la façon dont il comptait frapper ses cibles pour parvenir à ses fins.

Parmi celles-ci, la disparition des États, des Nations et des organisations supra-nationales, car « la réalité est que le véritable état islamique annonce la disparition de tout ça [une nation représentée aux Nations-Unies, capable de vivre avec ses voisins et d’avoir avec eux des intérêts communs]2. » En ce qui concerne les organisations supra-nationales, le califat estime qu’elles reposent sur des bases viciées dans la mesure où « les lois universelles […] sont celles de la charia3. »

ExpansionCalifat

Source

L’objectif général du califat est donc que l’oumma, communauté des croyants musulmans, dirige le monde. À terme, cette oumma ne doit comporter que d’authentiques musulmans, ce qui exclue les « pleureuses de chiites », et une place spéciale sera réservée aux Arabes, puisque « Allah a envoyé l’épée aux Arabes pour combattre les polythéistes jusqu’à ce qu’ils se convertissent à l’islam4 » et « il faut brandir l’épée contre les juifs, les chrétiens les polythéistes non-arabes, jusqu’à ce qu’ils se convertissent à l’islam ou qu’ils soient réduits en esclavage, ou qu’ils soient dirigés par les Arabes5. »

Ce dernier point explique la situation peu enviable des haratines en Mauritanie6 ainsi que la grille tarifaire pratiquée au sein du califat pour les esclaves7.

Avant de détailler les cibles et les modes d’action du califat, il peut être utile de déduire de ces proclamations publiques deux questions :

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