Et l’Amérique découvre la guerre au Sahel

Le 4 octobre dernier, quatre Bérets verts américains et cinq soldats nigériens trouvaient la mort dans embuscade dans le nord du Niger. L’affaire, d’abord passée presque inaperçue, prend depuis une ampleur grandissante. Le peuple américain (re)découvre la guerre en Afrique, et également l’engagement de leurs alliés français.


 Photo: des soldats américains des forces spéciales, pleurent leurs camarades tombés au feu au Niger – Gaston de Garden, AFP.

Les faits: le 4 octobre, des membres des forces spéciales américaines de l’US Army (les fameux « Bérets verts ») partent en mission dans le nord du Niger. Les 12 américains et 30 nigériens y sont alors pris en embuscade par des dizaines d’adversaires. Quatre américains et cinq nigériens trouvent la mort dans les premiers instants.

Tout ce que l’on sait à ce stade, est que les américains circulaient en pick up et non en véhicules blindés, et ont agi sans les français, aussi présents sur zone dans le cadre des opérations Sabre et Barkhane. Ce sont toutefois ces derniers qui ont dû intervenir avec des moyens aériens (chasseurs et hélicoptères) pour évacuer américains et nigériens.

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Tempête Rouge – Le succès de l’intervention militaire russe en Syrie (2015-2017)

Deux ans après l’intervention russe en Syrie, qu’on le déplore ou non (ce n’est pas le propos ici), il convient de constater que celle-ci est un succès et qu’il est possible d’en tirer quelques enseignements opérationnels. Cette intervention est un succès car elle a permis d’atteindre son objectif politique premier, qui était de sauver le régime syrien alors en grande difficulté, et même de contribuer à sa victoire probable. Le corps expéditionnaire russe a effectivement largement contribué à l’endiguement des forces rebelles à la fin de 2015 puis, en particulier avec la prise d’Alep, à la conquête presque définitive du grand axe de l’autoroute M5, centre de gravité du conflit, pendant l’année 2016 avant de lancer une campagne dans l’est désertique jusqu’au dégagement de l’aéroport de Deir ez-Zor, assiégé par l’Etat islamique.

La guerre est encore loin d’être terminée mais elle ne peut plus désormais être perdue par Assad. Il n’y a plus que deux pôles territoriaux rebelles arabes sunnites cohérents en Syrie : la partie de l’Euphrate syrien encore tenue par l’Etat islamique et surtout la province d’Idlib, aux mains d’une coalition de factions dominée par Hayat Tahrir al-Sham (ex-Jabhat al-Nosra). Les autres forces rebelles sont désormais éclatées et servent souvent de supplétifs à d’autres acteurs par ailleurs concurrents, comme la Turquie, le Parti de l’union démocratique kurde (PYD), la Jordanie, Israël ou les Etats-Unis. Encore une fois, cette évolution est largement le fait de l’intervention russe qui lui donne aussi un poids diplomatique particulier tant sur le théâtre lui-même, où la Russie sert d’intermédiaire avec quasiment tous les acteurs locaux ou extérieurs et sur la scène internationale, où elle apparaît à nouveau comme une puissance qui pèse sur les affaires du monde et avec laquelle il faut compter.

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Les Kalibr à l’assaut du désert syrien

Les Kalibr à l'assaut du désert syrien

La marine russe a procédé à de nouvelles frappes avec des missiles de croisière Kalibr tirés depuis la Méditerranée contre des cibles de l’État islamique en Syrie. Que faut-il retenir de cette nouvelle démonstration de force ?

Il s’agit du quatrième tir du genre. Le premier avait eu lieu peu après le lancement de l’opération russe en Syrie, le 7 octobre 2015 : une salve de 26 missiles Kalibr alors avait été tirée depuis la mer Caspienne par la frégate Daghestan (Projet 11661K), et les corvettes lance-missiles Grad Sviazhsk, Uglitch et Velikiy Ustiug (Projet 21631) vers des cibles de l’EI. Quelques semaine plus tard, le 9 décembre 2015, le sous-marin B-237 Rostov-sur-le-Don (Projet 0636.3), alors en transit en Méditerranée afin de rallier la mer Noire, avait à son tour procédé à un tir de 4 missiles sur des objectifs situés à Raqqa. Enfin, le 15 novembre dernier, c’est la frégate Amiral Grigorovitch (tête de série du Projet 11356M, flotte de la mer Noire) qui a tiré une salve de 3 (?) missiles Kalibr.

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Les Mongols et le renseignement : guerre du Kharezm

En 1218, l’empire Khwarezm [1] est dirigé par le sultan Ala ad-Din Muhammad. Cet État puissant s’étend sur l’Afghanistan, le Turkménistan et l’Iran actuels. Il se compose d’environ 20 millions d’habitants [2], principalement turcs, iraniens, afghans et arabes, répartis sur 3 millions de km2. Les deux villes de Boukhara et de Samarkand étaient parmi les plus grandes et les plus prospères villes du monde médiéval. Cet empire est toutefois de constitution récente (1194) et sous la domination du pouvoir d’un « maître improvisé », issu d’une famille régnante divisée. Il est doté d’une armée de mercenaires recrutés au hasard [3]. Il va disparaître sous les coups de son puissant voisin, l’empire mongol.

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Drones armés de Daesh : fantasmes et réalités

Les réseaux sociaux s’agitent, et le petit monde bigarré des experts avec, depuis que l’Etat islamique a entrepris de mettre en ligne divers documents illustrant l’utilisation de drones armés par ses combattants. L’écho médiatique de l’évènement est pour le moins conséquent. Il est évidemment important, pour une telle entité, de communiquer largement sur l’acquisition d’une capacité militaire nouvelle.

Capture d’une vidéo où l’EI met en évidence un drone civil Skywalker X8 équipé pour larguer de petites bombes. EI, “Wilayat Ninive”.

L’EI projette en l’occurrence l’image d’une organisation armée innovante, qui va de l’avant, et qui dispute aux nations la maîtrise du ciel. L’EI se trouvant militairement en difficulté sur plusieurs territoires de son califat autoproclamé, le moment est sans doute bien choisi pour communiquer sur un ton positif à propos des thématiques guerrières. Mais il importe d’interpréter ces images sous l’angle factuel afin d’en ôter la part de fantasme pour n’en conserver que la valeur informative. Appuyons-nous sur cette toute récente vidéo de l’EI, “Wilayat Ninive”.

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TOW, le missile phare du conflit syrien: de la genèse à la techno-guérilla

Le conflit syrien a révélé au grand public les missiles antichars guidés opérables par le combattant à pied. Les médias anglophones les nomment « ATGM » – Anti Tank Guided Missiles – ou tout simplement « TOW », faisant l’amalgame entre ce système américain et les nombreux autres qui s’en sont inspirés. Les groupes armés publient régulièrement sur Internet des vidéos illustrant ces matériels en action. Leur provenance varie : pris à l’ennemi, fournis plus ou moins directement par une puissance étrangère, ou encore acquis – par le racket, de vive force ou moyennant paiement – auprès de groupes en possédant. Ces systèmes d’armes étaient peu médiatisés avant ce conflit, bien qu’en service depuis plusieurs décennies dans de nombreuses armées régulières de par le monde.

Un rebelle de l’Armée Syrienne Libre guide un missile TOW. On distingue, à l’avant du tube, les fils qui relient le missile en vol au poste de tir et de guidage. Province de Lattaquié, le 31 mars 2014.

Mais en Syrie, ils ont acquis une dimension particulière car ils permettent en effet à des groupes non-étatiques de renverser localement le rapport de force en mettant hors de combat, avec une relative facilité, certains attributs classiques de la puissance militaire : véhicules blindés, positions de combat fortifiées, et même des hélicoptères posés ou en vol lent à basse altitude. Le but de cet article est de faire comprendre le fonctionnement de ces matériels à un public pas forcément au fait des subtilités techniques de la chose militaire. Le missile américain BGM-71 TOW, fourni par Washington à certains groupes armés syriens, sera l’épine dorsale de cette étude. La documentation technique officielle le concernant (1) est abondante, et son mode de fonctionnement est partagé par la majeure partie des missiles antichars portatifs impliqués dans le conflit. Mais d’abord, opérons une brève rétrospective.

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La famille EchoRadar accueille ses nouveaux membres

L’heureuse venue de trois nouveaux membres en 2015 a permis à notre blogzine d’enrichir et de diversifier ses contenus tout en promouvant, conformément à notre profession de foi, les pensées critiques à l’égard de la stratégie et de ses diverses variantes.

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Afin de continuer à progresser intellectuellement et collectivement et de conserver nos valeurs d’ouverture, de coopération et de bienveillance, nous accueillons, cette année, trois nouveaux membres :

  • Rus Navy Intelligence par Igor Delanoë, expert en politiques étrangères et de défense russes et en particulier son volet maritime;

  • Pax Aquitania par Thomas Schumacher, spécialisé dans l’écosystème de défense en particulier de la région Nouvelle Aquitaine ;

  • VMF 214 par Emmanuel Chiva, dont le blog propose des billets relatifs à l’innovation technologique, appliquée à la défense et à la sécurité.

Ces trois nouveaux blogueurs ont été choisis par l’ensemble des membres d’EchoRadar qui vous propose donc cette deuxième et prometteuse promotion « échoradienne ».

Nous adressons à nos nouveaux camarades un salut de bienvenue, chaleureux et fraternel, et espérons que vous partagerez notre enthousiasme en continuant de nous suivre via nos pages TwitterFacebook , Google+ et, évidemment, de lire notre blogzine avec assiduité.

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L’Amérique du Président Trump, notre premier partenaire stratégique

Les années Obama auront vu ce que je nommerai sans aucun doute l’apogée de la coopération militaire franco-américaine. Une politique du « Leading from behind », qui combinée à un essoufflement stratégique britannique, aura donc vu la France être choisie comme le partenaire de confiance de la première puissance mondiale. 

Les questions que l’on peut légitimement se poser après l’élection de Donald Trump comme « Commander in Chief » sont les suivantes: cette position peut-elle tenir ? Va t-elle tenir ? Doit-elle tenir ?

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