Drones armés de Daesh : fantasmes et réalités

Les réseaux sociaux s’agitent, et le petit monde bigarré des experts avec, depuis que l’Etat islamique a entrepris de mettre en ligne divers documents illustrant l’utilisation de drones armés par ses combattants. L’écho médiatique de l’évènement est pour le moins conséquent. Il est évidemment important, pour une telle entité, de communiquer largement sur l’acquisition d’une capacité militaire nouvelle.

Capture d’une vidéo où l’EI met en évidence un drone civil Skywalker X8 équipé pour larguer de petites bombes. EI, “Wilayat Ninive”.

L’EI projette en l’occurrence l’image d’une organisation armée innovante, qui va de l’avant, et qui dispute aux nations la maîtrise du ciel. L’EI se trouvant militairement en difficulté sur plusieurs territoires de son califat autoproclamé, le moment est sans doute bien choisi pour communiquer sur un ton positif à propos des thématiques guerrières. Mais il importe d’interpréter ces images sous l’angle factuel afin d’en ôter la part de fantasme pour n’en conserver que la valeur informative. Appuyons-nous sur cette toute récente vidéo de l’EI, “Wilayat Ninive”.

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Cygnes noirs sur le Tigre – Irak, 2003-2008

La coalition face aux surprises stratégiques en Irak (2003-2008). Le 1er mai 2003, quelques jours après la prise de Bagdad et la fuite de Saddam Hussein, le président des Etats-Unis annonce la fin des combats en Irak sur fond de bannière « Mission accomplie » accrochée à la tour du porte-avions Abraham Lincoln.

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En réalité, la guerre est loin d’être terminée et 97% des pertes militaires américaines ne sont pas encore survenues. Une puissance disposant de la moitié du budget militaire mondial, des services de renseignement les plus sophistiqués et des centres de réflexion les plus importants a fait preuve d’une incroyable myopie stratégique et même d’une myopie persistante puisque les surprises vont se multiplier jusqu’au retournement final.

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Et maintenant, quelle stratégie de l’Etat Islamique ?

A la suite des attaques du 13 novembre, on a lu finalement peu d’analyses de la stratégie de l’État Islamique (EI). Certains ont remarqué un « changement de stratégie ». Disons qu’il y a eu une rupture apparente. Toutefois, celle-ci est-elle significative de la stratégie de long terme de l’organisation ?

Daesh exécute une trentaine d'otages éthiopiens chrétiens en Libye.

Daesh exécute des otages éthiopiens chrétiens en Libye

En effet, jusqu’à présent, l’Etat Islamique s’était démarqué d’Al Qaida (AQ) en inventant une stratégie « au près », visant à contrôler un territoire d’où s’étendre. Il avait ainsi tiré profit de deux États en guerre civile où les conditions politiques sont plus celles d’États faillis que d’États solides : Irak et Syrie. En Irak, la division du pays en trois régions et la domination du parti chiite à Bagdad laissaient la question des Arabes sunnites ouverte. C’est ce terreau qu’a utilisé l’ex « Al Qaida en Irak » pour renaître et se transformer, très probablement avec l’aide des cadres husseinistes qui apportèrent organisation et structuration militaire. En Syrie, la guerre civile qui perdure laissa le champ à de nombreux groupes rebelles, tout sauf unifiés. Aussi l’EI s’étendit-il peu à peu des deux côtés de la frontière. Personne n’y faisait attention jusqu’à ce que l’EI (alors EIIL, en Irak et au Levant, avant de simplifier en EI) prenne le contrôle de villes importantes en Irak (Mossoul, Falloujah) et de vastes portions de territoire en Syrie, quitte à combattre les Al Qaidistes syriens (front Al Nusrah) et les autres rebelles, même islamistes.

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Attentats de Paris: après le temps des larmes

Vendredi 13 novembre 2015, la France métropolitaine a subi l’attaque terroriste la plus meurtrière de son histoire, avec 130 morts et 351 blessés à l’heure où ces lignes sont écrites. Ont été visés la salle de spectacle du Bataclan, des cafés, et le Stade de France où se jouait un match amical entre les équipes de France et d’Allemagne de football en présence du président de la République… Les assaillants ont conduit leur opération selon un scénario redouté, envisagé par les services de sécurité, mais inédit dans l’Hexagone: des actions simultanées, en divers endroits de Paris, visant à tuer le plus de monde possible. A l’arme automatique pour commencer.

La BRI près du Bataclan le 13 novembre 2015. Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

Puis par l’action suicide pour finir, au moyen de gilets explosifs chargés de TATP (1). L’organisation Etat Islamique (EI) a revendiqué l’opération.

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Misericordiae gladium, ou les frappes du califat (1/2)

L’État islamique, également appelé Daech pour lui donner un côté péjoratif qui n’apparaît cependant pas en Français, a clairement annoncé son objectif « que l’Oumma puisse, une fois encore, diriger l’humanité sur le chemin de la grâce divine et du salut1 » ainsi que la façon dont il comptait frapper ses cibles pour parvenir à ses fins.

Parmi celles-ci, la disparition des États, des Nations et des organisations supra-nationales, car « la réalité est que le véritable état islamique annonce la disparition de tout ça [une nation représentée aux Nations-Unies, capable de vivre avec ses voisins et d’avoir avec eux des intérêts communs]2. » En ce qui concerne les organisations supra-nationales, le califat estime qu’elles reposent sur des bases viciées dans la mesure où « les lois universelles […] sont celles de la charia3. »

ExpansionCalifat

Source

L’objectif général du califat est donc que l’oumma, communauté des croyants musulmans, dirige le monde. À terme, cette oumma ne doit comporter que d’authentiques musulmans, ce qui exclue les « pleureuses de chiites », et une place spéciale sera réservée aux Arabes, puisque « Allah a envoyé l’épée aux Arabes pour combattre les polythéistes jusqu’à ce qu’ils se convertissent à l’islam4 » et « il faut brandir l’épée contre les juifs, les chrétiens les polythéistes non-arabes, jusqu’à ce qu’ils se convertissent à l’islam ou qu’ils soient réduits en esclavage, ou qu’ils soient dirigés par les Arabes5. »

Ce dernier point explique la situation peu enviable des haratines en Mauritanie6 ainsi que la grille tarifaire pratiquée au sein du califat pour les esclaves7.

Avant de détailler les cibles et les modes d’action du califat, il peut être utile de déduire de ces proclamations publiques deux questions :

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Le management de la sauvagerie

Les différentes déclinaisons du « jihad » diffusent aujourd’hui une avalanche d’images — photos et vidéos — extrêmement choquantes, qu’il s’agisse des conséquences d’un bombardement sur une population, de corps disloqués d’ennemis tués au combat qu’on enterre par bennes dans des fosses communes, de gens qu’on décapite, brûle vifs, lapide, précipite du haut d’immeubles…

Combattants de l’EI paradant à Mossoul à l’été 2014, juchés sur des “Humvee” d’origine US récupérés, le plus souvent sans combattre, dans les dépôts abandonnés par l’armée irakienne, théoriquement supérieure, mais en fuite et décrédibilisée. La collecte des fruits d’une vraie doctrine stratégique, méthodiquement appliquée.

Combattants de l’EI paradant à Mossoul à l’été 2014, juchés sur des “Humvee” d’origine US.

La guerre est quelque chose qui relève de l’entendement — un outil destiné à atteindre des buts politiques par usage de la violence. Elle est également animée par des ressorts de nature passionnelle — le déchaînement de violence sans passion, est-ce bien envisageable… ?

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Empire romain et renseignement

Asseoir une puissance militaire, économique et politique ne relève pas uniquement du nombre de fantassins ou de l’avance technologique. Pour l’avoir oublié, les attentats du 11 septembre 2001 sont venus cruellement rappeler aux États-Unis et au reste du monde qu’il faut préalablement être bien informé afin d’apprendre à mieux connaître son ennemi, sa façon de penser, mesurer ses forces et ses faiblesses, le désinformer au besoin, etc.

L'Empire romain sous Trajan

L’Empire romain sous Trajan – La Documentation française

Ce principe est parfaitement illustré par les opérations militaires actuelles en Irak, en Afghanistan et, dans une moindre mesure au Pakistan : un rapport de forces a priori très déséquilibré n’est pas suffisant pour l’emporter sur le terrain. Le parallèle qui peut être fait entre les États-Unis, superpuissance mondiale depuis plus d’un demi-siècle et l’Empire romain il y a deux millénaires, semble suffisamment pertinent pour s’y intéresser. Continue Reading

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