Al-Qaeda a-t-il perdu sa branche syrienne?

Lors d’une allocution prononcée le 28 juillet 2016 et amplement diffusée le jour même, Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, franchise syrienne d’al-Qaeda, a annoncé la fin de toute activité de son organisation sous ce nom, et la création d’une autre entité nommée Jabhat Fath al-Sham, « affiliée à aucune entité extérieure ». Certains commentateurs ont bien voulu y voir une «rupture de liens», une concession faite à la «modération », et même un coup dur voire le début de la fin pour al Qaeda (1). Plus d’un a considéré que le but de la manœuvre était d’éviter d’éventuels bombardements conduits par un partenariat américano-russe. Il est toutefois fort à craindre que cette interprétation ne résiste pas à un examen circonstancié des faits. L’évènement pourrait même entraîner dans son sillage des conséquences tout à fait indésirables, du point de vue occidental et au-delà.

Première photo officielle d'Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, publiée le 28 juillet 2016, en amont de son allocution fondant Jabhat Fath al-Sham

Première photo officielle d’Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, publiée le 28 juillet 2016, en amont de son allocution fondant Jabhat Fath al-Sham

Nous ne retracerons pas ici l’historique de Jabhat al-Nusra, déjà traité sur Kurultay.fr en janvier 2015 (2), et qu’il sera utile d’avoir en mémoire pour appréhender le sujet du présent article. Rappelons tout de même que Jabhat al-Nusra a tiré un parti considérable de l’attaque que menèrent les forces de Bachar al-Assad, le 21 août 2013, contre Ghouta – un faubourg de Damas aux mains de la rébellion – avec un gaz fortement soupçonné d’être du sarin. De nombreux groupes syriens d’opposition appelèrent à une intervention militaire US, mais la Maison Blanche adhéra à une proposition de règlement émanant de Moscou, prévoyant que Damas remette ses armes chimiques aux Occidentaux pour destruction. Cette gestion en demi-teinte fut accueillie par une grande part de l’opinion en Syrie comme une impunité accordée à Bachar al-Assad. Jabhat al-Nusra acquit alors un crédit de sympathie conséquent parmi la population en exerçant « le talion » à travers des actions spectaculaires – enlèvements, exécutions médiatisées de personnalités, vagues d’attentats – visant le régime et les communautés réputées proches de lui.

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Surprise stratégique : cigale ou fourmi ?

Jeudi saint 1519, des navires de l’expédition Cortes s’arrêtent à San juan de Ulua, le futur port de Veracruz, reconnu dès l’expédition Grijalva. Deux calipixques (capitaines) de l’empereur Moctezuma viennent les voir pour se renseigner. Montés à bord des vaisseaux et bien accueillis, ils offrent des cadeaux aux Espagnols et les prennent pour des demi-dieux. Le dimanche de pâques, le gouverneur aztèque de la région Teuthlille, avec une délégation, vient rencontrer Cortes. Aussitôt débarqués, ils partent rendre compte de leur mission à l’empereur Moctezuma, à Mexico-Tenochtitlan. Pour l’empire Aztèque, il s’agit d’une surprise stratégique majeure qui mènera à sa perte.

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Plus proche de nous, l’effondrement militaire et politique de la France en mai-juin 1940 est la surprise stratégique majeure du début de la Seconde Guerre mondiale à la suite d’une surprise tactique sur la Meuse (concentration des feux aériens à  Sedan). Ce sera fatal à la IIIème République. La surprise stratégique serait donc mortelle malgré des dispositifs de renseignement…

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Les guerres pour les ressources auront-elles lieu ?

La question des causes des guerres a toujours été une des principales interrogations des analystes prospectifs. Retracer les causes complexes des grandes guerres mondiales – principalement de la Première – est un travail long qui prend sa source bien en amont de l’attentat de Sarajevo. Toutefois ces dernières années, changement climatique oblige, des questionnements sont apparus concernant les ressources naturelles. Les modifications, d’origine humaine, que subit le climat terrestre, seraient la cause de crises sécuritaires majeures, se positionnant à côté (ou en surimpression) des crises conventionnelles.

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L’épuisement programmé des ressources naturelles, eau, hydrocarbures, minerais, ouvrirait la voie à un monde chaotique n’ayant rien à envier au Mad Max de George Miller, lui-même sur fond de crise du pétrole. Au XXe siècle, la crise du Biafra était déjà présentée comme une affaire essentiellement pétrolière, pour le contrôle des richesses du Nigéria. De même, comment éviter l’aspect « course aux champs pétroliers » dans une analyse du Second conflit mondial à l’Est ? Toutefois ces guerres ne peuvent être reliées aux seules ressources. La dynamique mortifère des régimes nazi et communiste les poussait à s’opposer frontalement dans une confrontation eschatologique. De même comment ignorer les nombreuses questions ethniques et religieuses au Nigeria, dont la crise de Boko Haram est un énième révélateur ? Il appartient ainsi de comprendre ce qui se cache derrière cette idée de guerre pour les ressources.

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Cygnes noirs sur le Tigre – Irak, 2003-2008

La coalition face aux surprises stratégiques en Irak (2003-2008). Le 1er mai 2003, quelques jours après la prise de Bagdad et la fuite de Saddam Hussein, le président des Etats-Unis annonce la fin des combats en Irak sur fond de bannière « Mission accomplie » accrochée à la tour du porte-avions Abraham Lincoln.

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En réalité, la guerre est loin d’être terminée et 97% des pertes militaires américaines ne sont pas encore survenues. Une puissance disposant de la moitié du budget militaire mondial, des services de renseignement les plus sophistiqués et des centres de réflexion les plus importants a fait preuve d’une incroyable myopie stratégique et même d’une myopie persistante puisque les surprises vont se multiplier jusqu’au retournement final.

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Fiasco(q)s en stock (4)

Poursuite des réflexions de notre invité. Comment communiquer durant et après une telle affaire ?

III La communication

Communiquer, ce n’est pas simplement raconter de belles histoires, afficher avec une posture martiale sa détermination. C’est aussi un terrain d’affrontement que le Calife a choisi puisqu’il tourne et diffuse des vidéos de qualité professionnelle.

Et ce n’est pas la récente vidéo qui a fait le tour de la toile1 qui va tarir le recrutement : on y voit juste des recrues mal entraînées et mal commandées ce qui, hélas, est le lot commun de beaucoup d’armées dans le monde lorsqu’elles engagent rapidement des conscrits (ou ce qui s’en rapproche). Rappelons que lors de l’une de ses dernières batailles sur le sol français, l’Empereur a envoyé à la bataille des régiments de cavalerie de Marie-Louise qui ne savaient pas monter à cheval correctement.

La communication a lieu au calme, mais elle a également lieu à chaud. Dans ces deux cas, le Calife nous est supérieur.

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Fiasco(q)s en stock (3)

Suite des deux articles précédents. Notre invité se pose la question du commandement de l’opération.

II L’environnement, le commandement de l’opération

De quoi s’agit-il ?

Il est indispensable de connaître au plus vite la situation. C’est un truisme, difficile à mettre en œuvre quand une situation est compliquée, mais c’est la condition initiale de toute intervention réussie.

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Fiasco(q)s en stock (2)

Suite de l’article précédent. Où notre auteur invité se penche sur des notions de tactique qu’il estime élémentaires.

I Leçons tactiques

Le vocabulaire

La première remarque que l’on peut faire est la méconnaissance du vocabulaire tactique, tant par les journalistes (hélas peu étonnant) que par certaines forces d’intervention. Si l’on veut faire la guerre, ou faire croire qu’on la fait, alors mieux vaut utiliser le vocabulaire qui s’y rapporte.

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