Les Mongols et le renseignement : guerre du Kharezm

En 1218, l’empire Khwarezm [1] est dirigé par le sultan Ala ad-Din Muhammad. Cet État puissant s’étend sur l’Afghanistan, le Turkménistan et l’Iran actuels. Il se compose d’environ 20 millions d’habitants [2], principalement turcs, iraniens, afghans et arabes, répartis sur 3 millions de km2. Les deux villes de Boukhara et de Samarkand étaient parmi les plus grandes et les plus prospères villes du monde médiéval. Cet empire est toutefois de constitution récente (1194) et sous la domination du pouvoir d’un « maître improvisé », issu d’une famille régnante divisée. Il est doté d’une armée de mercenaires recrutés au hasard [3]. Il va disparaître sous les coups de son puissant voisin, l’empire mongol.

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Nouvelle armée

Il y a quelques temps déjà, le blog informatiques orphelines a publié cet article que nous reproduisons avec son aimable autorisation.

Plaidoyer, demander, militer pour une armée nouvelle est un marronnier de la littérature militaire ou de la littérature qui se pense telle. Jaurès a écrit « l’armée nouvelle », après l’armistice de 1940 le gouvernement a recruté des membres pour son armée nouvelle, le commandant La Vardière a écrit « Pour une armée nouvelle » en 1957, bref, la nouveauté est classique.

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Connaissant sûrement ses classiques, l’actuel ministre de la défense ne parle pas d’armée nouvelle, mais de création d’une 4° armée, en sus des 3 (?) existantes : terre, air et mer. Les camarades gendarmes peuvent donc aller se rhabiller, à moins que les conseillers du MinDef pensent encore que la gendarmerie est une sous-direction de la cavalerie… Serait-il temps pour eux de changer de logiciel ?

Car c’est bien de logiciel qu’il s’agit !

Et de la création d’une cyber armée !

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Drones armés de Daesh : fantasmes et réalités

Les réseaux sociaux s’agitent, et le petit monde bigarré des experts avec, depuis que l’Etat islamique a entrepris de mettre en ligne divers documents illustrant l’utilisation de drones armés par ses combattants. L’écho médiatique de l’évènement est pour le moins conséquent. Il est évidemment important, pour une telle entité, de communiquer largement sur l’acquisition d’une capacité militaire nouvelle.

Capture d’une vidéo où l’EI met en évidence un drone civil Skywalker X8 équipé pour larguer de petites bombes. EI, “Wilayat Ninive”.

L’EI projette en l’occurrence l’image d’une organisation armée innovante, qui va de l’avant, et qui dispute aux nations la maîtrise du ciel. L’EI se trouvant militairement en difficulté sur plusieurs territoires de son califat autoproclamé, le moment est sans doute bien choisi pour communiquer sur un ton positif à propos des thématiques guerrières. Mais il importe d’interpréter ces images sous l’angle factuel afin d’en ôter la part de fantasme pour n’en conserver que la valeur informative. Appuyons-nous sur cette toute récente vidéo de l’EI, “Wilayat Ninive”.

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TOW, le missile phare du conflit syrien: de la genèse à la techno-guérilla

Le conflit syrien a révélé au grand public les missiles antichars guidés opérables par le combattant à pied. Les médias anglophones les nomment « ATGM » – Anti Tank Guided Missiles – ou tout simplement « TOW », faisant l’amalgame entre ce système américain et les nombreux autres qui s’en sont inspirés. Les groupes armés publient régulièrement sur Internet des vidéos illustrant ces matériels en action. Leur provenance varie : pris à l’ennemi, fournis plus ou moins directement par une puissance étrangère, ou encore acquis – par le racket, de vive force ou moyennant paiement – auprès de groupes en possédant. Ces systèmes d’armes étaient peu médiatisés avant ce conflit, bien qu’en service depuis plusieurs décennies dans de nombreuses armées régulières de par le monde.

Un rebelle de l’Armée Syrienne Libre guide un missile TOW. On distingue, à l’avant du tube, les fils qui relient le missile en vol au poste de tir et de guidage. Province de Lattaquié, le 31 mars 2014.

Mais en Syrie, ils ont acquis une dimension particulière car ils permettent en effet à des groupes non-étatiques de renverser localement le rapport de force en mettant hors de combat, avec une relative facilité, certains attributs classiques de la puissance militaire : véhicules blindés, positions de combat fortifiées, et même des hélicoptères posés ou en vol lent à basse altitude. Le but de cet article est de faire comprendre le fonctionnement de ces matériels à un public pas forcément au fait des subtilités techniques de la chose militaire. Le missile américain BGM-71 TOW, fourni par Washington à certains groupes armés syriens, sera l’épine dorsale de cette étude. La documentation technique officielle le concernant (1) est abondante, et son mode de fonctionnement est partagé par la majeure partie des missiles antichars portatifs impliqués dans le conflit. Mais d’abord, opérons une brève rétrospective.

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Alep: le choix du déshonneur

Alep, 1,7 million d’habitants avant la guerre, chef-lieu du gouvernorat le plus peuplé de Syrie, est coupée en deux. La partie occidentale est sous le contrôle des forces de Damas, tandis que la partie orientale, assiégée, est tenue par des factions rebelles, parmi lesquelles des mouvements jihadistes comme Jabhat Fath al-Sham. Depuis la fin précipitée de la dernière « trêve » en date, le 19 septembre 2016, les forces aériennes syriennes, mais aussi et surtout russes, bombardent Alep Est jour et nuit, avec la dernière violence. Des bombes perforantes BeTab-500, conçues pour pénétrer profondément avant d’exploser, abattent des blocs d’immeubles entiers. Des armes incendiaires chargées de compositions aluminothermiques – plus efficaces encore que le phosphore quand il s’agit d’allumer des foyers – pleuvent sur des quartiers résidentiels. De façon récurrente, manifestement délibérée et de mieux en mieux documentée, marchés, hôpitaux et services de secours sont les cibles de frappes aériennes sélectives.

Alep, le 24 septembre 2016.

Alep, le 24 septembre 2016. « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs »?

Pays occidentaux et ONU dénoncent, déplorent, se lamentent, mais assistent à ce massacre organisé, empêtrés dans une coupable impuissance. Ceux qui ont l’âge de se souvenir de la bataille de Sarajevo et de l’infâme massacre de Srebrenica sont désormais familiers de la chose. Au sein des classes politiques et opinions publiques occidentales, ce type de drame est de plus en plus perçu comme une fatalité, d’autant que la fuite par la bonne excuse est de loin l’exercice le plus confortable quand on se trouve confronté à ses propres devoirs. Nous tenterons ici un panorama, non exhaustif mais critique, des poncifs, banalités, prétextes à bon marché et autres calembredaines que les horreurs d’Alep inspirent à une très vieille civilisation qui, de Sarajevo à Grozny et de Hanoï à Alep, n’apprend plus rien de ses propres errements et se déshonore face à des défis pourtant existentiels.

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Ghost Fleet imagine une guerre Chine vs. Etats-Unis au 21ème siècle

À l’ère de l’humain augmenté, de l’informatique ubiquitaire et de la robotique intelligente, la Chine et les Etats-Unis s’affrontent ouvertement dans l’Océan Pacifique. Les deux belligérants se gardent tacitement de tout recours aux armes nucléaires et manoeuvrent sans retenue sur terre, en mer, dans les airs, dans le cyberespace et dans l’orbite basse. Savamment inspirés par Tom Clancy, les stratégistes Peter W.Singer et August Cole mêlent habilement science-fiction et prospective dans une œuvre au tambour battant.

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Peter Warren Singer, auparavant auteur de Wired For War : The Robotic Revolution And Conflict In The 21st Century, est rédacteur au webzine Popular Science et a étroitement contribué à la conception du très populaire jeu vidéo Call of Duty. Augsut Cole, ex-journaliste spécialisé dans l’industrie militaire au Wall Street Journal et membre de l’International Institute For Strategic Studies, dirige et anime la plate-forme Art of Future Warfare. Les deux auteurs ne cachent guère leur admiration pour Tom Clancy et leur préférence pour son roman Tempête Rouge (Red Storm Rising) qui met en scène une guerre froide brutalement réchauffée en Europe et sur l’Océan Atlantique. Ils sont également influencés par les séries télévisées Battlestar Galactica et Game of Thrones, la saga Star Trek et le film Aube Rouge (Red Dawn).

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Al-Qaeda a-t-il perdu sa branche syrienne?

Lors d’une allocution prononcée le 28 juillet 2016 et amplement diffusée le jour même, Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, franchise syrienne d’al-Qaeda, a annoncé la fin de toute activité de son organisation sous ce nom, et la création d’une autre entité nommée Jabhat Fath al-Sham, « affiliée à aucune entité extérieure ». Certains commentateurs ont bien voulu y voir une «rupture de liens», une concession faite à la «modération », et même un coup dur voire le début de la fin pour al Qaeda (1). Plus d’un a considéré que le but de la manœuvre était d’éviter d’éventuels bombardements conduits par un partenariat américano-russe. Il est toutefois fort à craindre que cette interprétation ne résiste pas à un examen circonstancié des faits. L’évènement pourrait même entraîner dans son sillage des conséquences tout à fait indésirables, du point de vue occidental et au-delà.

Première photo officielle d'Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, publiée le 28 juillet 2016, en amont de son allocution fondant Jabhat Fath al-Sham

Première photo officielle d’Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, publiée le 28 juillet 2016, en amont de son allocution fondant Jabhat Fath al-Sham

Nous ne retracerons pas ici l’historique de Jabhat al-Nusra, déjà traité sur Kurultay.fr en janvier 2015 (2), et qu’il sera utile d’avoir en mémoire pour appréhender le sujet du présent article. Rappelons tout de même que Jabhat al-Nusra a tiré un parti considérable de l’attaque que menèrent les forces de Bachar al-Assad, le 21 août 2013, contre Ghouta – un faubourg de Damas aux mains de la rébellion – avec un gaz fortement soupçonné d’être du sarin. De nombreux groupes syriens d’opposition appelèrent à une intervention militaire US, mais la Maison Blanche adhéra à une proposition de règlement émanant de Moscou, prévoyant que Damas remette ses armes chimiques aux Occidentaux pour destruction. Cette gestion en demi-teinte fut accueillie par une grande part de l’opinion en Syrie comme une impunité accordée à Bachar al-Assad. Jabhat al-Nusra acquit alors un crédit de sympathie conséquent parmi la population en exerçant « le talion » à travers des actions spectaculaires – enlèvements, exécutions médiatisées de personnalités, vagues d’attentats – visant le régime et les communautés réputées proches de lui.

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Surprise stratégique : cigale ou fourmi ?

Jeudi saint 1519, des navires de l’expédition Cortes s’arrêtent à San juan de Ulua, le futur port de Veracruz, reconnu dès l’expédition Grijalva. Deux calipixques (capitaines) de l’empereur Moctezuma viennent les voir pour se renseigner. Montés à bord des vaisseaux et bien accueillis, ils offrent des cadeaux aux Espagnols et les prennent pour des demi-dieux. Le dimanche de pâques, le gouverneur aztèque de la région Teuthlille, avec une délégation, vient rencontrer Cortes. Aussitôt débarqués, ils partent rendre compte de leur mission à l’empereur Moctezuma, à Mexico-Tenochtitlan. Pour l’empire Aztèque, il s’agit d’une surprise stratégique majeure qui mènera à sa perte.

cigale_et_fourmi

Plus proche de nous, l’effondrement militaire et politique de la France en mai-juin 1940 est la surprise stratégique majeure du début de la Seconde Guerre mondiale à la suite d’une surprise tactique sur la Meuse (concentration des feux aériens à  Sedan). Ce sera fatal à la IIIème République. La surprise stratégique serait donc mortelle malgré des dispositifs de renseignement…

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