Décès de Christian Malis

Christian Malis vient de décéder. La communauté stratégique perd un de ses membres éminents, et moi un ami.

Nous nous sommes connus il y a quelques années, lorsqu’il a monté avec Stéphane Dossé et moi le premier colloque français de cyberstratégie. Stéphane le considérait comme l’un des meilleurs penseurs stratégiques actuels qui se ne distinguait pas uniquement pas ses compétences mais aussi par sa modestie et son ouverture d’esprit. Le sujet était alors totalement nouveau car s’il y avait déjà quelques approches de cybersécurité, la partie étendue incorporant la défense n’existait pas vraiment.

Avec les membres du feu blogzine AllianceGeostrategique.org (AGS) dont beaucoup ont depuis rejoint EchoRadar.eu, nous étions une bande de passionnés qui s’interrogeaient sur ce domaine émergent. Christian est venu nous trouver, appuyé par le Centre de Recherche des Ecoles de Coëtquidan, pour monter ce colloque qui a donné lieu à un livre dans la collection Cyberstratégie que je lançais simultanément chez Economica.

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Cultures stratégiques différentes durant l’antiquité ? Lire Thucydide et Tite-Live.

L’Antiquité marque les débuts de l’histoire pour de nombreuses civilisations. Elle reste le creuset des fondements des pensées stratégiques et tactiques actuelles. Cette période est riche dans ces domaines parce qu’elle est déjà variée dans les domaines politiques et culturels. Cette longue liste renvoie à des peuples, européens ou non, aussi variés que les Achéens, les Alamans, les Celtes, les Aztèques, les Bataves, les Carthaginois, les Egyptiens, les Etrusques, les Romains, les Francs, les Hébreux, les Huns, les Hittites, les Minoens, les Mongols, les Nazcas, les Peuls, les Phéniciens, les Sarmates ou les Wisigoths…

De cette diversité de peuples, nomades ou sédentaires, empires ou républiques, ne nous laissent parfois que quelques pensées sous forme de quelques rares livres. Celles qui ont le plus influencé notre manière d’envisager la stratégie sont grecques et romaines. Je vous propose aujourd’hui de redécouvrir quelques exemples tirés de deux grands affrontements : la guerre du Péloponnèse et la 2ème guerre punique.

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Guerre ou paix… par Dominique de Villepin

Timeo danaos et dona ferentes (l’Enéide, Virgile) | Dans son « Mémoire de paix pour temps de guerre » Villepin illustre à merveille cette phrase célèbre. Comme tout politique pensant que ses tours oratoires ne sont pas éventés, il convoque dès ses premiers propos ses ancêtres militaires faisant remonter sa généalogie jusqu’à l’époque de Jeanne d’Arc (p 18) sans oublier de citer un grand-oncle tué près d’Alep, en Syrie, « à la tête de son char ». Mais une telle expression montre l’absence de connaissances de la chose militaire, car quand on meurt en blindé, c’est dans son char ou à la tête de son peloton ou escadron de chars, mais jamais à la tête de son char.

Si flatter les gens en montrant que l’orateur partage avec son public des éléments communs, en l’occurrence une famille militaire, avant de leur annoncer des choses désagréables est une figure de rhétorique politique classique, encore faudrait-il savoir flatter correctement. Et pour cela, un minimum de connaissance du sujet est indispensable.

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Les Kalibr à l’assaut du désert syrien

Les Kalibr à l'assaut du désert syrien

La marine russe a procédé à de nouvelles frappes avec des missiles de croisière Kalibr tirés depuis la Méditerranée contre des cibles de l’État islamique en Syrie. Que faut-il retenir de cette nouvelle démonstration de force ?

Il s’agit du quatrième tir du genre. Le premier avait eu lieu peu après le lancement de l’opération russe en Syrie, le 7 octobre 2015 : une salve de 26 missiles Kalibr alors avait été tirée depuis la mer Caspienne par la frégate Daghestan (Projet 11661K), et les corvettes lance-missiles Grad Sviazhsk, Uglitch et Velikiy Ustiug (Projet 21631) vers des cibles de l’EI. Quelques semaine plus tard, le 9 décembre 2015, le sous-marin B-237 Rostov-sur-le-Don (Projet 0636.3), alors en transit en Méditerranée afin de rallier la mer Noire, avait à son tour procédé à un tir de 4 missiles sur des objectifs situés à Raqqa. Enfin, le 15 novembre dernier, c’est la frégate Amiral Grigorovitch (tête de série du Projet 11356M, flotte de la mer Noire) qui a tiré une salve de 3 (?) missiles Kalibr.

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Les Mongols et le renseignement : guerre du Kharezm

En 1218, l’empire Khwarezm [1] est dirigé par le sultan Ala ad-Din Muhammad. Cet État puissant s’étend sur l’Afghanistan, le Turkménistan et l’Iran actuels. Il se compose d’environ 20 millions d’habitants [2], principalement turcs, iraniens, afghans et arabes, répartis sur 3 millions de km2. Les deux villes de Boukhara et de Samarkand étaient parmi les plus grandes et les plus prospères villes du monde médiéval. Cet empire est toutefois de constitution récente (1194) et sous la domination du pouvoir d’un « maître improvisé », issu d’une famille régnante divisée. Il est doté d’une armée de mercenaires recrutés au hasard [3]. Il va disparaître sous les coups de son puissant voisin, l’empire mongol.

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Nouvelle armée

Il y a quelques temps déjà, le blog informatiques orphelines a publié cet article que nous reproduisons avec son aimable autorisation.

Plaidoyer, demander, militer pour une armée nouvelle est un marronnier de la littérature militaire ou de la littérature qui se pense telle. Jaurès a écrit « l’armée nouvelle », après l’armistice de 1940 le gouvernement a recruté des membres pour son armée nouvelle, le commandant La Vardière a écrit « Pour une armée nouvelle » en 1957, bref, la nouveauté est classique.

Source

Connaissant sûrement ses classiques, l’actuel ministre de la défense ne parle pas d’armée nouvelle, mais de création d’une 4° armée, en sus des 3 (?) existantes : terre, air et mer. Les camarades gendarmes peuvent donc aller se rhabiller, à moins que les conseillers du MinDef pensent encore que la gendarmerie est une sous-direction de la cavalerie… Serait-il temps pour eux de changer de logiciel ?

Car c’est bien de logiciel qu’il s’agit !

Et de la création d’une cyber armée !

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Drones armés de Daesh : fantasmes et réalités

Les réseaux sociaux s’agitent, et le petit monde bigarré des experts avec, depuis que l’Etat islamique a entrepris de mettre en ligne divers documents illustrant l’utilisation de drones armés par ses combattants. L’écho médiatique de l’évènement est pour le moins conséquent. Il est évidemment important, pour une telle entité, de communiquer largement sur l’acquisition d’une capacité militaire nouvelle.

Capture d’une vidéo où l’EI met en évidence un drone civil Skywalker X8 équipé pour larguer de petites bombes. EI, “Wilayat Ninive”.

L’EI projette en l’occurrence l’image d’une organisation armée innovante, qui va de l’avant, et qui dispute aux nations la maîtrise du ciel. L’EI se trouvant militairement en difficulté sur plusieurs territoires de son califat autoproclamé, le moment est sans doute bien choisi pour communiquer sur un ton positif à propos des thématiques guerrières. Mais il importe d’interpréter ces images sous l’angle factuel afin d’en ôter la part de fantasme pour n’en conserver que la valeur informative. Appuyons-nous sur cette toute récente vidéo de l’EI, “Wilayat Ninive”.

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TOW, le missile phare du conflit syrien: de la genèse à la techno-guérilla

Le conflit syrien a révélé au grand public les missiles antichars guidés opérables par le combattant à pied. Les médias anglophones les nomment « ATGM » – Anti Tank Guided Missiles – ou tout simplement « TOW », faisant l’amalgame entre ce système américain et les nombreux autres qui s’en sont inspirés. Les groupes armés publient régulièrement sur Internet des vidéos illustrant ces matériels en action. Leur provenance varie : pris à l’ennemi, fournis plus ou moins directement par une puissance étrangère, ou encore acquis – par le racket, de vive force ou moyennant paiement – auprès de groupes en possédant. Ces systèmes d’armes étaient peu médiatisés avant ce conflit, bien qu’en service depuis plusieurs décennies dans de nombreuses armées régulières de par le monde.

Un rebelle de l’Armée Syrienne Libre guide un missile TOW. On distingue, à l’avant du tube, les fils qui relient le missile en vol au poste de tir et de guidage. Province de Lattaquié, le 31 mars 2014.

Mais en Syrie, ils ont acquis une dimension particulière car ils permettent en effet à des groupes non-étatiques de renverser localement le rapport de force en mettant hors de combat, avec une relative facilité, certains attributs classiques de la puissance militaire : véhicules blindés, positions de combat fortifiées, et même des hélicoptères posés ou en vol lent à basse altitude. Le but de cet article est de faire comprendre le fonctionnement de ces matériels à un public pas forcément au fait des subtilités techniques de la chose militaire. Le missile américain BGM-71 TOW, fourni par Washington à certains groupes armés syriens, sera l’épine dorsale de cette étude. La documentation technique officielle le concernant (1) est abondante, et son mode de fonctionnement est partagé par la majeure partie des missiles antichars portatifs impliqués dans le conflit. Mais d’abord, opérons une brève rétrospective.

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