Le cyberespace dans le discours de Vladimir Poutine à l’Assemblée Fédérale du 1er mars 2018

Vladimir Poutine fascine autant qu’il irrite en Occident. Plus encore depuis les évènements survenus en Ukraine en 2014 suivis du rattachement de la péninsule de Crimée à la Fédération de Russie ainsi que par son rôle d’acteur incontournable dans la crise en Syrie.

 

C’est dans un contexte très tendu dans ses relations avec ses homologues occidentaux que le président russe en pleine campagne de réélection s’est adressé aux représentants des deux chambres ainsi qu’aux membres du gouvernement Medvedev. Ce discours, principalement axé vers les problématiques internes, fut calibré pour être capté par les oreilles de pays alliés mais plus encore par celles d’États en friction avec la Russie. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de revenir sur cette tribune de pratiquement deux heures : comprendre, plus qu’apprendre, ce que le Kremlin envisage pour l’avenir du pays sitôt le processus électoral achevé.

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De la crise comme instrument

La définition ordinaire d’une crise est celle du phénomène de déstabilisation d’un certain type d’ordre établi, réputé achevé par le rétablissement de cet ordre. Une crise peut cependant déboucher sur une modification de l’ordre antérieur, soit par incapacité d’avoir pu le rétablir, soit par une inflexion volontaire issue elle-même d’une conception réformée de l’ordre à restaurer. A un échelon supérieur, cette expérience duale peut elle-même inciter à élargir le cadre de pensée initial jusqu’à l’hypothèse d’une inversion de causalité, consistant à  provoquer délibérément une crise conçue comme l’instrument de transformation de l’ordre antérieur. Un tel schéma maximaliste dans le registre des crises implique une vision préalable, une stratégie de mise en œuvre, et la prévisibilité des conséquences de l’action transformatrice. Elle s’inscrit par conséquent dans l’ordre de la programmation, et non dans celui du seul traitement d’une crise subie pour y mettre un terme.

Accréditer l’idée qu’une crise puisse être un instrument, et à fortiori fabriquée de toutes pièces, est une démarche difficile parce que non conventionnelle. Elle se heurte soit au scepticisme académique, soit aux perceptions angéliques ou moralisatrices déformant le regard sur les affaires du monde. Dans le seul registre des causalités de crise, il a déjà été laborieux de faire admettre que les meilleures intentions affichées puissent produire les pires effets : par exemple, en son temps, la contribution essentielle du Traité de Versailles à la maturation de la seconde guerre mondiale, ou aujourd’hui le chaos généralisé provoqué par les interventions militaires américaines au Moyen orient et en Asie centrale.

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Sur la route de Mars… littéralement

Excellent communicant et chantre de la nouvelle frontière propre à l’esprit américain [1], Elon Musk fit coup triple ce 6 février 2018 avec le lancement de la fusée Falcon Heavy [2] depuis Cap Canaveral (tout un symbole de la conquête spatiale) vers Mars.

 

Une réussite technique, une visibilité médiatique et des retombées économiques assurées : ce seront les fruits de cette démonstration mondiale.

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Zbiegniew Brzezinsky brise son échiquier et prône un rapprochement US-Russie-Chine

Dans la fureur des duels électoraux, un article publié au printemps 2016 par Zbiegniew Brzezinski est passé complètement inaperçu. Dans « Toward a Global Realignment » (The American Interest), le plus influent artisan de la politique étrangère américaine recommande vivement aux Etats-Unis d’assumer leur repli et de se réconcilier avec la Russie et la Chine afin de « redéfinir une architecture mondiale du pouvoir »… et de gérer conjointement les futurs risques et crises sécuritaires dans le monde arabo/musulman en particulier, et dans le tiers-monde en général.

Zbigniew Kazimierz Brzezinski est né en 1928 à Varsovie (Pologne). Son père diplomate était en poste au Canada lorsque le pacte germano-soviétique fut signé et ne put donc rentrer avec sa famille au bercail. Plus tard, « Zbieg Brzez » épousa  Emilie-Anne Benes, nièce de l’ancien président tchécoslovaque Edvard Benes. Ce parcours personnel expliquerait-il, parmi d’autres facteurs, son aversion profonde pour l’URSS et/ou la Russie ?

Après avoir consacré sa carrière académique à étudier le totalitarisme soviétique et à forger une vision géostratégique sur le rôle prépondérant de l’Amérique dans le monde, Brezinski gravit les échelons au département d’Etat et en devint le secrétaire sous l’administration Jimmy Carter (1977-1981). Il fut également membre du Council of Foreign Relations (CFR), du National Endowment for Democracy (NED), de divers think tanks et organismes spécialisés dans la défense et/ou la politique étrangère, eut l’oreille du président George Bush père au plus fort de la chute de l’URSS, et conseilla le futur président Barack Obama en affaires étrangères au cours de sa campagne électorale.

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L’impossible vérité sur le piratage du Parti Démocrate et les hackers russes

Quelques semaines après l’élection de Donald Trump, les agences américaines de renseignement ont publié une synthèse sur le piratage du Parti Démocrate par des hackers russes et la transmission à Wikileaks des emails dérobés en vue de nuire à la campagne électorale de Hillary Clinton. Malheureusement, la crédibilité de ce rapport fut vite cannibalisée par la culture du secret et par les pesanteurs stratégiques et industrielles de la cybersécurité et du renseignement électronique.

Publié en décembre 2016 par plusieurs services américains de sécurité (FBI, CIA, DNI, DHS, US-CERT), le rapport Grizzly Steppe était d’abord et surtout un produit dérivé des conclusions de CrowdStrike et de Fire Eye, firmes spécialisées dans la cybersécurité et l’expertise informatique. Ce document évoque « une activité cyber malicieuse russe », décrit quelques fondamentaux de la guerre d’information made in Russia, et compile des signatures de malwares génériques, des botnets, des fuseaux horaires, des adresses IP et des services Web (Tor, Google, Dropbox, Yahoo!) couramment utilisés par des hackers et des spammers du monde entier… et connus depuis belle lurette par les experts en sécurité informatique qui avaient hâte d’analyser de véritables « indicateurs de compromission » (indicators of compromise) caractérisant précisément la cyberattaque l’intrusion et attribuant incontestablement celle-ci à des hackers russes.

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How the Trump stole Christmas

Il était une fois le plus grand, le plus puissant, et surtout le plus riche royaume du monde. On y avait pris l’habitude de dépenser sans compter le trésor de l’Etat, à tel point que certains considéraient même dans les grandes manufactures du pays qu’un Noël par an ne suffisait plus, et que l’on pourrait en célébrer un deuxième, un troisième, voire un quatrième. En effet, les principaux bénéficiaires de cette boulimie industrielle n’étaient autre que les fabricants de jouets. Jouets pour enfants… jouets pour adultes surtout. Aussi bien que plus personne ne ressentait le besoin de croire à l’illustre Père Noël… le royaume se suffisait bien à lui-même, et pouvait même combler les besoins de ses nombreux alliés !

Depuis des décennies, chacun des illustres dirigeants du royaume avait pris l’habitude de commander des centaines, des milliers parfois, d’objets flattant la toute puissance de leur nation. Les usines tournaient à plein régime, facturant au prix fort auprès de la Grande Maison Blanche (le palais d’où était dirigé le royaume) des produits luxueux qui la feraient rayonner de par le monde, bien au delà de ses frontières. Il en était ainsi depuis plus d’un demi-siècle alors que brusquement… le vent tourna. Et personne ne fut en mesure de le présager.
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Guerre froide 2.0 : Spin Doctor américain contre Troll russe

USA : La Russie est la menace ultime pour l’Amérique et pour le monde. | Russie : L’Amérique veut dominer le monde et soumettre la Russie.

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USA : La Russie est obsédée par son passé impérial et veut restaurer sa grandeur soviétique. Nous protégerons l’Europe contre ses visées expansionnistes.

Russie : L’Amérique défend jalousement l’ordre mondial et veut enrayer son déclin. Nous protégerons l’Eurasie contre ses ambitions hégémoniques.

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Un monde s’effondre, tout devient possible : 2016, une année charnière

« Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige ». Ainsi s’est exprimé Gérard Araud, ambassadeur de France aux États-Unis, sur son compte Twitter : un gazouilli consécutif à la victoire de Donald Trump lors des élections américaines qui suscita de très nombreuses réactions des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant ce message à chaud, supprimé quelques heures après, ne manquait guère de justesse dans le propos.

 
Comment ne pas abonder en son sens au regard de ce que fut cette année 2016 et des nombreuses surprises électorales qu’elle revêtit? Sans s’étendre sur les évènements annexes, ayant eu des répercussions directes ou indirectes sur la décision des électeurs, il est perceptible qu’un mouvement de fond est en cours depuis plusieurs années avec des accalmies et des reprises soudaines. L’année 2016 est exceptionnelle à ce titre dans le sens où elle défia tous les pronostics, et pour tout dire, ébranla toute une mécanique savamment huilée par des décennies d’usage. La démocratie, et son corollaire le système de votation, prouva qu’elle pouvait devenir une arme en les mains d’une frange conséquente de la population ulcérée d’être sempiternellement moquée, méprisée et sermonnée par la classe politique comme médiatique.

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