Drones armés de Daesh : fantasmes et réalités

Les réseaux sociaux s’agitent, et le petit monde bigarré des experts avec, depuis que l’Etat islamique a entrepris de mettre en ligne divers documents illustrant l’utilisation de drones armés par ses combattants. L’écho médiatique de l’évènement est pour le moins conséquent. Il est évidemment important, pour une telle entité, de communiquer largement sur l’acquisition d’une capacité militaire nouvelle.

Capture d’une vidéo où l’EI met en évidence un drone civil Skywalker X8 équipé pour larguer de petites bombes. EI, “Wilayat Ninive”.

L’EI projette en l’occurrence l’image d’une organisation armée innovante, qui va de l’avant, et qui dispute aux nations la maîtrise du ciel. L’EI se trouvant militairement en difficulté sur plusieurs territoires de son califat autoproclamé, le moment est sans doute bien choisi pour communiquer sur un ton positif à propos des thématiques guerrières. Mais il importe d’interpréter ces images sous l’angle factuel afin d’en ôter la part de fantasme pour n’en conserver que la valeur informative. Appuyons-nous sur cette toute récente vidéo de l’EI, “Wilayat Ninive”.

Continue Reading

Share/Partage

Affirmation du rang de la France : le GAn dans les océans Indien et Pacifique ?

La Marine nationale fournissait, au titre de l’effort de guerre contre le groupe dit « Etat Islamique » et les forces de Bachar El-Assad, le GAn (Groupe Aéronaval), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle, comme outil de diplomatie navale afin de tenter d’influencer la décision à terre pour reprendre les cheminements stratégiques de Julian S. Corbett et du général Beaufre.

© Etat-major des Armées/Marine nationale.

Toutefois, eu égard à la modeste activité aérienne française, comparativement à l’intervention russe, nous proposons de nous interroger sur la pertinence de l’emploi du GAn quand des croisières à destination de l’Inde, de l’Australie, de la Chine ou du Japon auraient pu paraître plus efficaces sur le plan politique.
Continue Reading

Share/Partage

L’Europe et la guerre contre l’EI

Voici le texte d’une conférence que j’ai prononcée l’autre jour, le 23 janvier, à l’Université Saint-Louis de Bruxelles. Le thème du colloque était celui de la Politique Européenne de Voisinage. On m’avait donné la guerre contre l’EI comme sujet, ce qui est, on en conviendra, assez éloigné de la politique européenne de voisinage. Voici comme je m’en suis tiré.

source

Évoquer la guerre contre l’EI à l’occasion d’un colloque consacré à la Politique Européenne de Voisinage (PEV) paraît une gageure. Tout d’abord parce que la PEV paraît mal articulée à la PSDC, ensuite parce que la PSDC ne semble pas affirmer grand-chose en ce qui concerne la lutte contre l’EI. Au fond, si les Européens sont au front contre l’EI, l’UE en tant que telle est plus distante. Pour le comprendre, nous dresserons d’abord un état des lieux de la guerre contre l’EI, pour analyser ensuite l’action des Européens avant d’examiner enfin les conséquences pour l’UE.

Continue Reading

Share/Partage

Et maintenant, quelle stratégie de l’Etat Islamique ?

A la suite des attaques du 13 novembre, on a lu finalement peu d’analyses de la stratégie de l’État Islamique (EI). Certains ont remarqué un « changement de stratégie ». Disons qu’il y a eu une rupture apparente. Toutefois, celle-ci est-elle significative de la stratégie de long terme de l’organisation ?

Daesh exécute une trentaine d'otages éthiopiens chrétiens en Libye.

Daesh exécute des otages éthiopiens chrétiens en Libye

En effet, jusqu’à présent, l’Etat Islamique s’était démarqué d’Al Qaida (AQ) en inventant une stratégie « au près », visant à contrôler un territoire d’où s’étendre. Il avait ainsi tiré profit de deux États en guerre civile où les conditions politiques sont plus celles d’États faillis que d’États solides : Irak et Syrie. En Irak, la division du pays en trois régions et la domination du parti chiite à Bagdad laissaient la question des Arabes sunnites ouverte. C’est ce terreau qu’a utilisé l’ex « Al Qaida en Irak » pour renaître et se transformer, très probablement avec l’aide des cadres husseinistes qui apportèrent organisation et structuration militaire. En Syrie, la guerre civile qui perdure laissa le champ à de nombreux groupes rebelles, tout sauf unifiés. Aussi l’EI s’étendit-il peu à peu des deux côtés de la frontière. Personne n’y faisait attention jusqu’à ce que l’EI (alors EIIL, en Irak et au Levant, avant de simplifier en EI) prenne le contrôle de villes importantes en Irak (Mossoul, Falloujah) et de vastes portions de territoire en Syrie, quitte à combattre les Al Qaidistes syriens (front Al Nusrah) et les autres rebelles, même islamistes.

Continue Reading

Share/Partage

Considérations post-13 novembre (avec un zeste de cyber)

Les attentats du vendredi 13 novembre, prévus comme inéluctables à terme par des spécialistes de la chose militaire et du milieu de l’anti-terrorisme, a donné corps au sinistre déroulement d’une opération de grande envergure perpétré sur le sol français.

 

Le macabre décompte s’est stabilisé à 130 morts (de 19 nationalités différentes). Chiffre qui aurait pu encore être plus élevé sans  l’avortement de la tentative des kamikazes visant le Stade de France.

Le temps du recueillement étant passé, les questions et projections se doivent d’avoir lieu.

Continue Reading

Share/Partage

La bombe, la brute et le truand

Syrie: les Russes arrivent

Depuis le 30 septembre 2015, les ailes russes frappent en Syrie, amenant sur ce triste théâtre d’opérations des matériels et des doctrines d’emploi méconnus du public occidental. Kurultay.fr avait abordé le domaine des opérations aériennes en février dernier (1) en évoquant le travail des aviations de la coalition dirigée par les USA contre l’Etat Islamique. Disons-le tout net: la vision russe de la guerre diffère assez nettement de son équivalent occidental. Par conséquent, les matériels et règles d’engagement aussi. De plus, l’aviation militaire russe a traversé une longue période noire après la chute de l’URSS, avec des investissements et des budgets en berne qui, longtemps, ne permirent d’entraîner et d’entretenir convenablement qu’un noyau opérationnel certes crédible, mais petit et employant des matériels vieillissants. Aujourd’hui, des matériels anciens, modernisés dans une certaine mesure, restent les indispensables bêtes de somme de l’aviation de combat russe, aux côtés de systèmes récents, modernes mais encore peu nombreux.

Savoir si un projectile est intelligent ou non n’est pas toujours le sujet prioritaire.

Depuis le début de l’intervention militaire russe en Syrie, les propagandes pro et anti intervention russe sont aussi prolixes l’une que l’autre, et s’autorisent quelquefois des interprétations frivoles de la réalité dans le but d’influencer l’opinion. Ainsi est née l’idée de publier sur Kurultay/EchoRadar une série d’articles où l’on présenterait les systèmes d’armes engagés par la force aérienne russe en Syrie, afin d’aider le lecteur à détecter de façon autonome les âneries les plus grossières qui le guettent dans les ruelles sombres de l’univers médiatique, entre une frappe russe contre l’Etat Islamique là où ce dernier ne se trouve pas et des affirmations sottes sur ce qu’impliquerait l’usage par les Russes d’armes guidées ou non. Cette série est en couveuse et le premier article, presque bouclé, sortira très bientôt.

Continue Reading

Share/Partage
Translate »