Un monde s’effondre, tout devient possible : 2016, une année charnière

« Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige ». Ainsi s’est exprimé Gérard Araud, ambassadeur de France aux États-Unis, sur son compte Twitter : un gazouilli consécutif à la victoire de Donald Trump lors des élections américaines qui suscita de très nombreuses réactions des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant ce message à chaud, supprimé quelques heures après, ne manquait guère de justesse dans le propos.

 
Comment ne pas abonder en son sens au regard de ce que fut cette année 2016 et des nombreuses surprises électorales qu’elle revêtit? Sans s’étendre sur les évènements annexes, ayant eu des répercussions directes ou indirectes sur la décision des électeurs, il est perceptible qu’un mouvement de fond est en cours depuis plusieurs années avec des accalmies et des reprises soudaines. L’année 2016 est exceptionnelle à ce titre dans le sens où elle défia tous les pronostics, et pour tout dire, ébranla toute une mécanique savamment huilée par des décennies d’usage. La démocratie, et son corollaire le système de votation, prouva qu’elle pouvait devenir une arme en les mains d’une frange conséquente de la population ulcérée d’être sempiternellement moquée, méprisée et sermonnée par la classe politique comme médiatique.

Continue Reading

Share/Partage

Confessions d’un hacker politique en Amérique latine

L’édition avril 2016 du magazine / webzine Bloomberg raconte la vie et les oeuvres d’un hacker politique de haut niveau qui a piraté des élections en sourdine pendant une décennie et crée actuellement des remous dans plusieurs chancelleries et partis politiques d’Amérique latine. Résumons cette histoire très réelle qui mérite probablement une adaptation cinématographique…

Februrary 26, 2016. Bogotá, Colombia. Ándres Sepúlveda (31) lives at an undisclosed maximum-security building of the General Attorneys office (Fiscalia Nacional) in Bogotá, Colombia; where he is serving a 10 years sentence for hacking and spying on the government and elected officials. Photo Credit: Juan Arredondo for Bloomberg BusinessWeek.

Andrés Sepulveda, 31 ans, est né à Bucaramanga (Colombie) d’une mère secrétaire et d’un père agriculteur et activiste férocement opposé à la culture de coca et donc régulièrement menacé de mort par les cartels de la drogue. Sa famille déménagea à plusieurs reprises puis s’installa à Bogota où il apprit à utiliser un ordinateur et fut inscrit dans une école d’informatique.

En 2005, son frère aîné est un consultant en publicité impliqué dans la campagne électorale du candidat (et actuel président) colombien Alvaro Ulribe et requiert ses talents pour pirater le site Internet d’un parti adverse, dérober une base d’adresses email et inonder celles-ci de fausses informations moyennant 15 000 $ mensuels en espèces. Son recruteur et mentor Juan José Rendon, consultant politique vénézuélien basé à Miami, diplômé en psychologie et fort d’une solide expérience professionnelle dans le marketing et la publicité (souvent surnommé le « Karl Rove d’Amérique latine »), avait pressenti que les hackers pouvaient être complètement intégrés à une campagne électorale afin de mener des « attaques publicitaires », d’identifier et cibler les personnages clés des partis adverses, de décourager ou dissuader des franges d’électeurs et de provoquer une baisse du taux de participation.

Continue Reading

Share/Partage