D’Euromaïdan à la Crimée : la double surprise stratégique

L’Ukraine est un pays européen singulier dont l’histoire se confond sur une très grande période avec celle de la Russie. Territoire souvent convoité par des puissances parfois éloignées géographiquement, il fut à la fois scythe, grec, russe, polono-lituanien, turc, génois, austro-hongrois et même pour un temps bref, allemand. La dissolution de l’Union Soviétique, si elle permit au pays de recouvrer son indépendance, libéra dans le même temps un conflit larvé avec la Russie, se cristallisant autour de la base de Sébastopol et la flotte de la Mer Noire en Crimée. Sur le plan interne, cette jeune nation fut sempiternellement tiraillée par des orientations contraires et une corruption endémique laissant le pouvoir aux intrigants et aux oligarques : les héros et héroïnes d’un jour pouvant se retrouver parias le lendemain.

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Cette instabilité chronique ne facilita pas les échanges avec l’Union Européenne, l’OTAN ou la Russie. L’année 2014 se révéla décisive sur le plan intérieur, accouchant d’une Ukraine gigogne dont les effets perdurent en 2016.

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Le choc presque inattendu du « Brexit »

Le « Brexit » est à l’évidence un choc historique, probablement aussi important que la chute du mur de Berlin. Peut-on parler de « chute du mur de Bruxelles ? » L’histoire n’entraîne pas forcément le tragique et l’incertitude absolue qui règne ne conduira pas forcément à la violence, même si ce n’est pas une opportunité à écarter d’emblée.

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Il reste qu’au-delà des injures proférées par BHL (dans Le Monde) à l’attention des votants – qui témoigne de son manque de respect pour la démocratie en général et pour le peuple en particulier, le Brexit met à jour de nouvelles réalités politiques qu’on ne saurait évacuer avec les recettes habituelles. Au fond, il s’agit du retour de la politique qui avait été si soigneusement mise sous le boisseau par la « construction européenne ».

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Dossier estival 2016 : Cygnes noirs et surprises stratégiques

Depuis 2006 et le livre éponyme de N. Taleb, le concept de cygne noir est devenu à la mode pour qualifier ces évènements imprévisibles et improbables – mais pas impossibles, là est la nuance – aux conséquences dramatiques. Du 11 septembre à Fukushima, le XXIe siècle débutant, semble celui de l’imprévisibilité et de la surprise. Le récent vote du Brexit, encore vu il y a quelques mois comme fortement improbable, vient nous rappeler que la surprise stratégique, même si on la croit éculée, reste une issue possible.

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« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité », nous rappelle Arthur Conan-Doyle dans Le signe des quatre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on aborde la question de la surprise stratégique, la balance entre l’impossible et l’improbable. Tout l’art du risk manager d’entreprise – sans parler du chef militaire qui est un risk manager par essence – consiste ainsi à faire prendre conscience à ses décideurs des dangers potentiels qui les menacent dans le brouillard, sans que ceux-ci ne les balaient d’un revers de la main. L’expérience de Patrick Lagadec, spécialiste des crises et des risques, directeur de recherches à Polytechnique pendant trois décennies, relatée dans l’excellent Le continent des imprévus, fait parfois froid dans le dos. Elle montre la permanence des blocages et la surdité des dirigeants, même face à l’évidence.

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Quand les adolescents auront des micro-usines à domicile…

L’impression 3D est déjà un eldorado florissant pour des myriades d’industries, de créateurs et de makers mais ne relève pas encore d’une application grand public avec ses produits & services matures. Ce procédé obtiendra ses lettres de noblesse quand les imprimantes 3D trôneront aux côtés des nos ordinateurs et de nos imprimantes à jet d’encre/laser et seront associées à nos smartphones/tablettes et à d’autres technologies hard ou soft.

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Flash Rewind. Tel un adolescent en pleine croissance, le Web fit sa mue avec les systèmes d’exploitation mobiles, s’extirpa de facto de la lourdeur du PC fixe/portable et se connecta plus aisément au monde réel notamment grâce aux applications mobiles (email, géolocalisation, e-commerce, transport, loisirs et création multimédia, applications collaboratives, etc). Ainsi, l’expansion fulgurante des terminaux mobiles fut un cauchemar pour les fabricants d’appareils photo, de caméscopes numériques, de terminaux GPS, de baladeurs audio/vidéo, de chaînes hi-fi, de calculatrices, de montres-bracelets, de radio-réveils, etc etc etc.

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Alpine et DS : sur la route de l’excellence automobile à la française

Lorsque l’on évoque l’excellence automobile, il vient de suite à l’esprit Porsche, BMW, Mercedes, voire désormais Tesla qui a fait une entrée fracassante dans le giron des véhicules premium.

Mais l’individu moyen ne citerait certainement pas une marque française. Pourtant les marques françaises ne sont aucunement absentes des victoires sportives qui seraient à même de lui donner une présence statutaire dans les esprits des consommateurs. Peine perdue, les quelques tentatives de ces dernières décennies n’ont pas été couronnées de succès pour plusieurs raisons :

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Japon : les cerisiers refleuriront

Le Japon a toujours été un pays fascinant vu d’Occident. La distance culturelle qui sépare les cultures nippone et occidentale semble à la fois infranchissable et, par moments, quasi-nulle. Pays de tradition centralisatrice, féodal, ayant longtemps disposé d’une monarchie sacrée de droit divin, culturellement rayonnant, le Japon rappelle par de nombreux aspects la France, même s’il s’en détache aussi très fortement. De retour d’une semaine au pays du Soleil levant, les impressions sur l’évolution stratégique et géoéconomique appellent des réflexions sur la situation des deux pays.

© Nicolas Mazzucchi

Comment oublier que la France – et les pays d’Europe de manière plus large – étaient avec le Japon (et bien sûr les Etats-Unis), les grandes puissances du XXe siècle finissant ? Dans les années 1990, la CIA publiait le rapport Japan 2000, lequel insistait sur la compétition entre Washington et Tokyo sur quasiment tous les plans. Le système d’intelligence économique japonais, la puissance du MITI (ministère du Commerce extérieur et de l’Industrie, devenu aujourd’hui METI), les grands consortiums, tout cela faisait trembler les Occidentaux. C’était avant la crise asiatique et l’émergence de la Chine et d’autres pays d’Asie ; les actifs internationaux auparavant concentrés au Japon s’étant depuis dispersés sur d’autres places asiatiques. Comme pour les puissances européennes, le Japon a connu une perte de puissance certaine, le pays a été dépassé par la Chine dans le classement des PIB mondiaux à la fin de la décennie 2000. Fukushima est venu ajouter une douloureuse péripétie à l’histoire du Japon post-XXe siècle.

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Quand le téléphone menaçait la bonne société

Dans les années 1870, l’invention de Graham Bell était un véritable calvaire : les interférences avec lignes électriques parasitaient considérablement les communications et les récurrentes fuites d’acide endommageaient les batteries. Néanmoins, le procédé n’en était pas moins révolutionnaire : discuter instantanément avec une personne située à mille lieux était une fascinante première.

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Entre 1880 et 1900, le parc américain de téléphones gagna considérablement en qualité et passa de quelques milliers à plus d’un million d’unités. Les plus gros utilisateurs furent les pharmacies, les commerces et les grandes entreprises qui mirent en œuvre de solides collaborations à l’échelle nationale et étendirent drastiquement leurs chalands et leurs circuits d’approvisionnement.

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La technologie ne tue pas la destruction créatrice

Robocauste 20XX. Depuis quelques années, économistes, technologistes, industriels, chercheurs et journalistes chantent l’apocalypse du travail à l’unisson : la troisième révolution industrielle détruira plus de la moitié des emplois en Europe et en Amérique du nord, des industries entières seront « ubérisées » à la vitesse RPG, le marché du travail sera d’autant plus polarisé entre des métiers très qualifiés et des jobs précaires, les classes moyennes ne seront plus que les ombres d’elles-mêmes, pataugeant dans des cauchemars dystopiques et plébiscitant des tribuns populistes ou extrémistes… sans compter les Cassandre versés dans scénarios à la Terminator/Matrix : des machines hyper-intelligentes se répliquent et s’améliorent toutes seules comme des grandes, et confinent l’humanité à l’errance, à la survie ou à l’esclavage. Pilule bleue ou pilule rouge ?

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L’inexorable convergence des TIC, des intelligences artificielles et des robots est effectivement un véritable massacre pour les cols bleus/blancs = les classes moyennes dans les pays industrialisés ou émergentsAu-delà de cette tragique réalité et en deçà des perspectives alarmantes ou hyperboliques – à l’image des maux de l’Internet et des merveilles de la « nouvelle économie » dans les années 1990-2000, les futurs économiques seront nettement plus nuancés.

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