De la crise comme instrument

La définition ordinaire d’une crise est celle du phénomène de déstabilisation d’un certain type d’ordre établi, réputé achevé par le rétablissement de cet ordre. Une crise peut cependant déboucher sur une modification de l’ordre antérieur, soit par incapacité d’avoir pu le rétablir, soit par une inflexion volontaire issue elle-même d’une conception réformée de l’ordre à restaurer. A un échelon supérieur, cette expérience duale peut elle-même inciter à élargir le cadre de pensée initial jusqu’à l’hypothèse d’une inversion de causalité, consistant à  provoquer délibérément une crise conçue comme l’instrument de transformation de l’ordre antérieur. Un tel schéma maximaliste dans le registre des crises implique une vision préalable, une stratégie de mise en œuvre, et la prévisibilité des conséquences de l’action transformatrice. Elle s’inscrit par conséquent dans l’ordre de la programmation, et non dans celui du seul traitement d’une crise subie pour y mettre un terme.

Accréditer l’idée qu’une crise puisse être un instrument, et à fortiori fabriquée de toutes pièces, est une démarche difficile parce que non conventionnelle. Elle se heurte soit au scepticisme académique, soit aux perceptions angéliques ou moralisatrices déformant le regard sur les affaires du monde. Dans le seul registre des causalités de crise, il a déjà été laborieux de faire admettre que les meilleures intentions affichées puissent produire les pires effets : par exemple, en son temps, la contribution essentielle du Traité de Versailles à la maturation de la seconde guerre mondiale, ou aujourd’hui le chaos généralisé provoqué par les interventions militaires américaines au Moyen orient et en Asie centrale.

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Pourquoi la ruée vers le véhicule électrique doit-elle être tempérée?

L’avènement du retour en grâce des véhicules électriques est un fait marquant des années 2010, un chapitre spécifique y fut par consequent consacré dans mon ouvrage sur les Automobiles 3.0, intitulé Volta au secours du monde automobile mais pas l’inverse. Le propos premier fut de dresser un panorama de la situation en 2016 concomitamment au scandale du Dieselgate don’t la particularité fut d’accélérer l’entrain pour le véhicule électrique.

Un an plus tard, l’élan ne faiblit pas, tendant même à gagner en ampleur alors que l’édition 2017 du salon de l’automobile de Francfort (alternant avec celui de Paris) fut consacrée à l’électromobilité et que le constructeur suédois Volvo declara quelques semaines auparavant être prêt à délaisser toute motorisation thermique pour ses modèles à l’horizon 2019.

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Génération numérique et gestion de l’espace de travail

Au gré de mes expériences professionnelles et mes observations, j’ai été amené à relever combien certaines directions d’entreprises peinaient à comprendre les générations du numérique. Allant parfois jusqu’à les brider ou les faire fuir à plus ou moins longue échéance.

 

Les millenials, ou génération Y, voire par effet de glissement temporel génération Z, sont très convoités par les sociétés pour leur enthousiasme, leurs compétences, leurs aptitudes et leur audace.

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L’idéologie de l’ouverture

Le texte qui suit se limite à un caractère d’introduction exploratoire. La nature et la dimension du sujet nécessitent l’approche d’analystes politiques ou d’opérateurs spécialisés dans les méthodes actuelles de gestion de l’opinion publique : formatage des idées, fabrication du consentement, culpabilisation collective, production d’émotions, technique des amalgames, etc. L’évidence initiale perceptible par les observateurs avertis est toutefois que l’idéologie de l’ouverture détient une place centrale irradiante dans la stratégie globale d’orientation et de contrôle de l’Union Européenne.

Dans leur sens commun, le terme, le thème ou le fait de l’ouverture n’auraient de prime abord aucun rapport avec le registre des idées, s’il n’était constaté que le discours européen de l’ère postcommuniste s’en est emparé pour en faire un concept à la fois doctrinal et opérationnel. Pour en saisir d’emblée la portée, il convient d’accoupler ce concept à la formulation de l’alternative à double caractère d’avertissement et d’injonction diffusée et répétée en leitmotiv, à savoir : « l’ouverture à l’Autre », laquelle doit être opposée au « repli sur soi ».

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L’énergie, au cœur des problématiques stratégiques

Parler d’un livre qu’on vient d’écrire – sans tomber dans le panégyrique ou l’autocritique maoïste s’entend –  relève toujours de la gageure, voire de la schizophrénie. Ainsi, je viens de commettre un ouvrage dont le titre dévoile grandement le contenu : Energie, ressources, technologies et enjeux de pouvoir. Il s’agit d’un aboutissement personnel évidemment, puisque l’objectif avoué était d’embrasser tous les grands enjeux de la géoéconomie de l’énergie. C’est bien là tout le défi et tout le problème. En effet aucun livre en français n’avait jusqu’ici pris en compte l’ensemble des aspects stratégiques que peut revêtir la question énergétique au plan international. Loin de ne se cantonner, comme c’est trop souvent le cas, à la géopolitique des ressources en hydrocarbures, l’énergie est un secteur vaste et, surtout, fondamental.

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Autour du président Trump, cet effet Brexit aux normes américaines

Après « Autour du Brexit, cet effet Trump aux normes européennes », jettons un oeil sur la victoire électorale de Donald Trump et la défaite de Hillary Clinton dans la course à la Maison Blanche.

 

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Les médias ont éludé le pays réel et les instituts de sondage sont littéralement aveugles sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Google+, etc)
. Entre ces deux terra incognita, journalistes et prévisionnistes ont pris leurs désirs pour des réalités – ou leurs vessies pour des lanternes, garantissant une victoire quasi certaine et écrasante de Hillary Clinton jusqu’au soir du 8 novembre (194 médias américains sur 200 avaient soutenu Hillary Clinton). L’éventuelle autocensure politiquement correcte des sondés ouvertement ou potentiellement pro-Trump aurait-elle induit les instituts de sondage en erreur ? Les sondages par appels téléphoniques sur des lignes fixes ont-ils encore un sens à l’ère des smartphones, des tablettes et des apps Android/iPhone ? 

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Du vieux continent au continent des vieux esprits

L’Europe, à défaut d’avoir été un petit cap unifié du continent asiatique, n’a pas manqué de marquer de son empreinte civilisationnelle l’ensemble du globe depuis son réveil au XIVème siècle (au sortir de la Grande Peste de 1347-1352). Pourtant, force est de constater qu’en ce début de XXIème siècle l’Europe est mal en point, faisant face à ce que le président de la Commission Européenne nomme un phénomène de polycrises. Émasculée, elle ne semble plus réagir face à la diversité des défis qui l’assaillent, à l’exception de ses marges que sont les îles Britanniques et l’Europe orientale.

L’un des points majeurs de cette déliquescence tient au vieillissement de la population, un phénomène majeur consécutif à l’épisode de croissance démographique ininterrompue pendant les décennies d’après-guerre. Cette population âgée pèse désormais de plus en plus lourd sur de nombreux plans : celui du patrimoine ; celui du monde du travail ; celui du champ électoral ; celui de la culture. En certaines contrées, ces blocages ont abouti au phénomène désormais perceptible de descenseur social et de précarisation des nouvelles générations conduisant à un chômage de masse pour ces jeunes condamnés aux aides sociales ou à l’expatriation.

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L’Echo du mois avec Nicolas Bouzou – Penser l’innovation

Economiste et essayiste, auteur de plusieurs ouvrages de référence en économie, intervenant régulièrement dans le débat public, Nicolas Bouzou vient de publier un ouvrage intitulé « L’Innovation Sauvera le Monde ».

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Votre dernier essai intitulé « L’innovation sauvera le monde » vient d’être publié chez Plon. Ce titre  témoigne d’une vision optimiste du futur que vous modérez dès la première page de votre ouvrage par un second titre moins « vendeur » et plus pessimiste : « Comment l’innovation contribue à la montée de l’extrémisme et du fondamentalisme ». Quelles sont les pistes à suivre pour que l’innovation ne provoque pas plus de turbulences qu’elle n’apporte de solutions ?

L’innovation génère forcément des turbulences et des crises. C’est l’essence même du processus de destruction-créatrice schumpétérien. La question n’est pas de les éviter car c’est impossible, mais de faire en sorte qu’elles soient acceptées par le corps social et non pas rejetées, ce rejet prenant notamment la forme du nationalisme politique et du fondamentalisme religieux, deux forces très puissantes dans notre monde contemporain. Deux éléments sont nécessaires. D’une part, une politique publique articulée autour de la flexibilité et de la formation qui donne des perspectives aux victimes de la destruction-créatrice. D’autre part un socle philosophique de croyances qui renforce l’attrait de la démocratie libérale qui caractérise la civilisation occidentale. Comme je le montre dans le livre, nous avons à ce titre tout à la fois besoin d’une spiritualité (c’est la question du sens de ces innovations) et de valeurs (c’est la question de la régulation de ces innovations).

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