Territoires et empire

Le dossier estival d’Echoradar a pour thème les territoires (voir présentation du thème). Cela m’a donné de réfléchir à l’empire, sujet qui me taraude depuis quelque temps, comme alternative à l’État-nation. Quels sont les avantages de l’empire ? pourquoi ceux-ci ont-ils disparu ? peuvent-ils ressurgir ? Bref, cette forme politique qui a dominé de multiples zones de l’humanité à travers les siècles a certainement des atouts qu’il s’agit d’analyser, ce qui ne signifie évidemment pas que nous dressions un plaidoyer pour l’empire.

source : l’empire mongol de Gengis Khan.

L’empire a mauvaise presse. Qu’il s’agisse des formes anciennes de domination directe ou de l’impérialisme attribué à l’hégémon américain, chacun y dénonce un pouvoir distant et oppresseur. Or, les historiens distinguent plusieurs formes d’empire et il faut se défier de notre représentation immédiate de ce concept. H. Inglebert propose ainsi cinq types différents d’empire : grands royaumes régionaux, hégémonies régionales, empires commerciaux, empires tribaux des steppes et empires à prétention universelle (1). Constatons que nous pensons plutôt au cinquième type lorsque nous parlons d’empire. H. Inglebert précise qu’un empire doit maîtriser quatre aspects : l’extension spatiale et la maîtrise des communications ; le contrôle politique différencié de différents segments de la population ; la capacité administrative à exploiter la population ; l’autoreprésentation du pouvoir central et son influence culturelle sur les élites centrales et locales. L’empire, c’est d’abord la sujétion de territoires périphériques par un pouvoir central. Ne nous y trompons pas, il y a bien au préalable un rapport de force et de domination. Omettre cette sujétion première, c’est ne rien comprendre à la dynamique politique à l’œuvre depuis quatre siècles qui conduisit à la disparition des empires.

 
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Dossier estival 2018 – Territoires

Quels liens existent-ils entre la liquidation du régime libyen, le début de la guerre civile syrienne en 2011, le oui britannique au Brexit en juin 2016 et l’élection de Trump en novembre de la même année ? En apparence, aucun. Pourtant, des vagues massives de migrations que connait l’Europe depuis 2014 à la tectonique des plaques commerciales que Donald Trump cherche à dynamiter, les frontières sont de retour.

(Source)

Mais peut-être n’avaient-elles en réalité jamais disparues, soumises aux rudes chocs économiques, démographiques et technologiques que la planète connaît depuis l’effondrement de l’empire soviétique et l’apparente détente qui s’ensuivit ?

Si tout le monde s’intéresse aux frontières, bien peu regardent ce qu’elles enveloppent, ce qu’elles séparent. Il s’agit de « territoires ». Or, d’après le dictionnaire, un « territoire » n’est pas simplement un « espace », une sorte d’endroit, neutre et non qualifié. Non, un territoire est un espace habité. Il est donc l’association entre un espace et une population et bien sûr, entre les représentations de cette population, qu’il s’agisse de ses mythes constitutifs mais aussi de la façon dont elle se distingue des autres. Nous voici revenir aux frontières, mais celles-ci ne sont plus des objets en soi, mais des objets relatifs à des territoires. Décentrer un peu l’analyse, voici l’ADN d’Echo Radar !

Le dossier estival 2018 qu’Echoradar vous propose cherche à en questionner plusieurs dimensions.

Celle de la mondialisation et des territoires par Nicolas Mazzucchi, du retour possibles des empires comme le pense Olivier Kempf, des frontières économiques par 3CSecuSystJu et de l’intelligence économique territoriale, par Informatiques orphelines, qui attend toujours sa réforme majeure en France. Nous partirons ensuite avec Thomas Schumacher en Nouvelle-Calédonie, à quelques mois d’un référendum peut-être plus inattendu que prévu pour revenir avec Thierry Berthier du côté de Limoges où Elon Musk a décidé de faire tester une partie de son projet fou d’Hyperloop. Yannick Harrel interrogera de manière cruciale le lien entre territoires / identités et transports notamment lorsque ces derniers sont inexistants voire se délitent et cèdent la place à des forces centrifuges. Enfin, Eric Hazane partira à l’exploration des territoires (quasi) inexplorés constitués par les fonds océaniques, l’espace et le cyberespace.

Bonne lecture estivale !

Echoradar

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L’idéologie de l’ouverture

Le texte qui suit se limite à un caractère d’introduction exploratoire. La nature et la dimension du sujet nécessitent l’approche d’analystes politiques ou d’opérateurs spécialisés dans les méthodes actuelles de gestion de l’opinion publique : formatage des idées, fabrication du consentement, culpabilisation collective, production d’émotions, technique des amalgames, etc. L’évidence initiale perceptible par les observateurs avertis est toutefois que l’idéologie de l’ouverture détient une place centrale irradiante dans la stratégie globale d’orientation et de contrôle de l’Union Européenne.

Dans leur sens commun, le terme, le thème ou le fait de l’ouverture n’auraient de prime abord aucun rapport avec le registre des idées, s’il n’était constaté que le discours européen de l’ère postcommuniste s’en est emparé pour en faire un concept à la fois doctrinal et opérationnel. Pour en saisir d’emblée la portée, il convient d’accoupler ce concept à la formulation de l’alternative à double caractère d’avertissement et d’injonction diffusée et répétée en leitmotiv, à savoir : « l’ouverture à l’Autre », laquelle doit être opposée au « repli sur soi ».

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Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu : duel de titans de la pensée politique

À ma gauche Nicolas Machiavel, de son vrai nom d’origine Niccolò Machiavelli, penseur et acteur politique italien (1469-1527) ; à ma droite Montesquieu, ou plus exactement Charles Louis de Secondat, penseur et magistrat français (1689-1755). Deux éminentes personnalités confrontées au sein du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu en un dialogue de très haute tenue sur le rôle des institutions, de ses mécanismes et des hommes qui en actionnent ou démantèlent les rouages.

 

L’auteur, Maurice Joly (1829-1878) n’a bien évidemment pas connu ces deux personnages, mais il les oppose par le truchement d’un genre littéraire trop peu répandu. L’œuvre fut rédigée et publiée sous Napoléon III alors que le régime dit du Second Empire penchait plus ostensiblement vers le camp réformateur depuis les élections législatives de 1863 mais conservait encore son caractère autoritaire. Imprimé en Belgique, le dialogue attisa l’ire des censeurs et le coupable fut vite retrouvé. Maurice Joly fut condamné et emprisonné, ce qui l’intronisa comme figure de l’opposition républicaine d’avant la guerre franco-prussienne.

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Surprises anthropologiques et cygnes noirs

Au tout début du XXème siècle, le philosophe anglais Bertrand Russel pose trois questions fondamentales dans son ouvrage « Problèmes de philosophie » [1] : d’où savons-nous ce que nous savons ? Le passé peut-il permettre de prédire le futur ? Pourquoi ne nous attendons-nous jamais à l’imprévu ?

Plus tard, dans son ouvrage « Le cygne noir » [2] publié en 2010, le philosophe contemporain Nassim Nicholas Taleb, réexamine ces questions à la lueur d’un postulat lié au principe d’incertitude : un événement rare, c’est-à-dire qui a une très faible chance de survenir, pourrait avoir des conséquences exceptionnelles.

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(Source)

Bien qu’il l’applique au monde de la finance, Nassim Nicholas Taleb appuie là où ça fait mal. Face aux nombreux doutes liés à notre monde en proie à de nécessaires restructurations organisationnelles et fonctionnelles si l’on pense aux problèmes de sécurité et de défense actuels, nous devons en effet trouver de nouvelles solutions pour comprendre, intégrer et transformer l’incertitude. Continue Reading

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Dossier estival 2016 : Cygnes noirs et surprises stratégiques

Depuis 2006 et le livre éponyme de N. Taleb, le concept de cygne noir est devenu à la mode pour qualifier ces évènements imprévisibles et improbables – mais pas impossibles, là est la nuance – aux conséquences dramatiques. Du 11 septembre à Fukushima, le XXIe siècle débutant, semble celui de l’imprévisibilité et de la surprise. Le récent vote du Brexit, encore vu il y a quelques mois comme fortement improbable, vient nous rappeler que la surprise stratégique, même si on la croit éculée, reste une issue possible.

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« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité », nous rappelle Arthur Conan-Doyle dans Le signe des quatre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on aborde la question de la surprise stratégique, la balance entre l’impossible et l’improbable. Tout l’art du risk manager d’entreprise – sans parler du chef militaire qui est un risk manager par essence – consiste ainsi à faire prendre conscience à ses décideurs des dangers potentiels qui les menacent dans le brouillard, sans que ceux-ci ne les balaient d’un revers de la main. L’expérience de Patrick Lagadec, spécialiste des crises et des risques, directeur de recherches à Polytechnique pendant trois décennies, relatée dans l’excellent Le continent des imprévus, fait parfois froid dans le dos. Elle montre la permanence des blocages et la surdité des dirigeants, même face à l’évidence.

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