Les guerres pour les ressources auront-elles lieu ?

La question des causes des guerres a toujours été une des principales interrogations des analystes prospectifs. Retracer les causes complexes des grandes guerres mondiales – principalement de la Première – est un travail long qui prend sa source bien en amont de l’attentat de Sarajevo. Toutefois ces dernières années, changement climatique oblige, des questionnements sont apparus concernant les ressources naturelles. Les modifications, d’origine humaine, que subit le climat terrestre, seraient la cause de crises sécuritaires majeures, se positionnant à côté (ou en surimpression) des crises conventionnelles.

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L’épuisement programmé des ressources naturelles, eau, hydrocarbures, minerais, ouvrirait la voie à un monde chaotique n’ayant rien à envier au Mad Max de George Miller, lui-même sur fond de crise du pétrole. Au XXe siècle, la crise du Biafra était déjà présentée comme une affaire essentiellement pétrolière, pour le contrôle des richesses du Nigéria. De même, comment éviter l’aspect « course aux champs pétroliers » dans une analyse du Second conflit mondial à l’Est ? Toutefois ces guerres ne peuvent être reliées aux seules ressources. La dynamique mortifère des régimes nazi et communiste les poussait à s’opposer frontalement dans une confrontation eschatologique. De même comment ignorer les nombreuses questions ethniques et religieuses au Nigeria, dont la crise de Boko Haram est un énième révélateur ? Il appartient ainsi de comprendre ce qui se cache derrière cette idée de guerre pour les ressources.

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Surprises anthropologiques et cygnes noirs

Au tout début du XXème siècle, le philosophe anglais Bertrand Russel pose trois questions fondamentales dans son ouvrage « Problèmes de philosophie » [1] : d’où savons-nous ce que nous savons ? Le passé peut-il permettre de prédire le futur ? Pourquoi ne nous attendons-nous jamais à l’imprévu ?

Plus tard, dans son ouvrage « Le cygne noir » [2] publié en 2010, le philosophe contemporain Nassim Nicholas Taleb, réexamine ces questions à la lueur d’un postulat lié au principe d’incertitude : un événement rare, c’est-à-dire qui a une très faible chance de survenir, pourrait avoir des conséquences exceptionnelles.

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Bien qu’il l’applique au monde de la finance, Nassim Nicholas Taleb appuie là où ça fait mal. Face aux nombreux doutes liés à notre monde en proie à de nécessaires restructurations organisationnelles et fonctionnelles si l’on pense aux problèmes de sécurité et de défense actuels, nous devons en effet trouver de nouvelles solutions pour comprendre, intégrer et transformer l’incertitude. Continue Reading

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Dossier estival 2016 : Cygnes noirs et surprises stratégiques

Depuis 2006 et le livre éponyme de N. Taleb, le concept de cygne noir est devenu à la mode pour qualifier ces évènements imprévisibles et improbables – mais pas impossibles, là est la nuance – aux conséquences dramatiques. Du 11 septembre à Fukushima, le XXIe siècle débutant, semble celui de l’imprévisibilité et de la surprise. Le récent vote du Brexit, encore vu il y a quelques mois comme fortement improbable, vient nous rappeler que la surprise stratégique, même si on la croit éculée, reste une issue possible.

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« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité », nous rappelle Arthur Conan-Doyle dans Le signe des quatre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on aborde la question de la surprise stratégique, la balance entre l’impossible et l’improbable. Tout l’art du risk manager d’entreprise – sans parler du chef militaire qui est un risk manager par essence – consiste ainsi à faire prendre conscience à ses décideurs des dangers potentiels qui les menacent dans le brouillard, sans que ceux-ci ne les balaient d’un revers de la main. L’expérience de Patrick Lagadec, spécialiste des crises et des risques, directeur de recherches à Polytechnique pendant trois décennies, relatée dans l’excellent Le continent des imprévus, fait parfois froid dans le dos. Elle montre la permanence des blocages et la surdité des dirigeants, même face à l’évidence.

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Cinéma de guerre, guerre par le cinéma

Est née d’une fructueuse discussion avec mon camarade et complice Olivier Kempf, à l’occasion d’un jeu-concours à son initiative sur le cinéma de guerre, la réflexion que celui-ci pouvait être une forme d’influence particulière autant qu’un signal faible de projection de puissance internationale. En effet Olivier a remarqué que sur les films cités par les participants au jeu, la plupart – environ 80% – étaient américains.

Au-delà de cette réflexion sur l’américanisation, en surface du moins, du film de guerre, il appartient de faire une distinction entre le film « sur la guerre » et celui ayant la guerre comme toile de fond. L’objet et le décor se séparent ainsi, sans même parler de plusieurs autres variables comme le fait que la guerre évoquée appartienne à l’histoire nationale du pays producteur ou même l’époque plus ou moins lointaine à laquelle elle se situe.Cuirasse Potemkine

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« The visit », hacking psychologique de masse ?

EchoRadar, toujours dans cette dynamique du « osons ! », collectionne pour vos cadeaux de Noël des articles inédits, sur des thèmes inédits. Sollicitée, je vous propose ici un article sur le docu-fiction intitulé « The Visit » [1] – véritable provocation et choc de masse (« Mass Contact ») -, qui invitent les Sciences Humaines et Sociales à se prononcer en matière de Défense, sur ce que pourrait être une gestion de crise associée à un état psychologique (voire psychiatrique) collectif anxieux ou « élationnel » [2].

Hommage à la Baleine - F.G. diplômée des Beaux Arts - EchoRadar 2015

Scénario d’entraînement : notre espèce humaine pourrait découvrir d’autres formes d’intelligence que la nôtre. Continue Reading

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Dossier Noël 2015 : Que la force soit avec vous…

Lorsqu’à Lyon Auguste et Louis Lumière firent la démonstration en 1895 de leur invention, un kinétographe amélioré, le monde venait de passer dans une autre dimension : celle de la cinématographie. Véritable laboratoire d’idées et de sensations, ce nouvel espace d’expression devait connaître un essor mondial et commercial. Hollywood, Cinecittà, Pinewood sont devenus les flambeaux adulés ou honnis de ce phénomène qui draine désormais chaque années plusieurs dizaines de millions de dollars avec pour record absolu le film de science-fiction Avatar (2009), produit et réalisé par James Cameron, totalisant une recette de… 2 731 068 853 $!

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Le cinéma c’est une affaire mercatique. C’est aussi une affaire artistique et même philosophique. À travers lui, des mondes sont créés ou sublimés, et des pans entiers de l’imagination prennent forme. L’essor de la visualisation en trois dimensions depuis la fin des années 2000 accentue encore l’immersion, tout en étant une des meilleures démonstrations que les technologies de pointe sont employées efficacement par ce qui est devenue une industrie très rentable.

Et puis parfois la débauche d’effets spéciaux fait place à des œuvres plus sobres, plus discrètes, plus profondes, plus sombres, plus dérangeantes.

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Pourquoi Hitler n’a pas eu la bombe atomique ?

Recension du livre de Nicolas CHEVASSUS-AU-LOUIS

« Au matin du 6 août 1945, la première bombe atomique de l’histoire explose sur Hiroshima, tuant sur le coup 75000 personnes. Des dizaines de milliers d’autres périront dans les jours, les mois, les années à venir des séquelles de leurs brûlures et de l’irradiation ».
Cette ultime démonstration de force des États-Unis a considérablement changé la donne stratégique de la Seconde guerre mondiale et de l’ensemble des conflits futurs. La frappe nucléaire devenant l’arme de dissuasion absolue, l’arme qui instaure la peur face à ce que pourrait être à nouveau une véritable catastrophe humaine.

9782717865936Les deux frappes nucléaires américaines des 6 et 9 août 1945 interviennent à la grande surprise des dix physiciens allemands prisonniers des Alliés à Farm Hall, maison sous écoute et lieu de l’opération Epsilon [1] .
Cet étonnement sincère démontre que l’élite scientifique allemande n’était donc pas intellectuellement prête de son côté à concevoir intégralement l’arme nucléaire malgré des recherches poussées dans cette matière. Ces écoutes révèlent également que les physiciens allemands eux-mêmes vont avancer toutes sortes d’explications au fait que l’Allemagne n’ait pas réussi à fabriquer avant les États-Unis la bombe nucléaire.
Pourquoi, (heureusement !), Hitler n’a pas eu la bombe atomique ? L’Allemagne nazie était-elle oui ou non en mesure de concevoir une bombe atomique durant la Seconde guerre mondiale ?
Le livre de Nicolas Chevassus-Au-Louis présente, du côté de l’Allemagne, les différents épisodes de la course à l’atome durant la Seconde guerre mondiale.

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Wunderwaffen : l’absence de l’Unterseeboot

Le webzine EchoRadar lance un nouveau dossier thématique portant sur les armes miraculeuses, armes de rupture ? L’introduction de ce dossier vous propose les orientations générales qui seront abordées dans les billets des échoradaristes. Dossier au potentiel extrêmement vaste et chacun de nous souhaite toucher un point particulier. 

1024px-2004-Bremerhaven_U-Boot-Museum-Sicherlich_retouched© Wikipédia. L’U-2540 en 2004. 

Le propos de ce jour s’insère dans la partie wunderwaffen de ce dossier. Les deux premières participation à cette partie du dossier abordaient, pour la première, Le miracle [qui] n’est pas venu ciel (Si Vis Pacem) et pour la seconde, Le Spectre de l’Antarctique (Le Chardon), sixième tome d’une série de BD ayant fait le choix de l’uchronie.

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