Ghost Fleet imagine une guerre Chine vs. Etats-Unis au 21ème siècle

À l’ère de l’humain augmenté, de l’informatique ubiquitaire et de la robotique intelligente, la Chine et les Etats-Unis s’affrontent ouvertement dans l’Océan Pacifique. Les deux belligérants se gardent tacitement de tout recours aux armes nucléaires et manoeuvrent sans retenue sur terre, en mer, dans les airs, dans le cyberespace et dans l’orbite basse. Savamment inspirés par Tom Clancy, les stratégistes Peter W.Singer et August Cole mêlent habilement science-fiction et prospective dans une œuvre au tambour battant.

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Peter Warren Singer, auparavant auteur de Wired For War : The Robotic Revolution And Conflict In The 21st Century, est rédacteur au webzine Popular Science et a étroitement contribué à la conception du très populaire jeu vidéo Call of Duty. Augsut Cole, ex-journaliste spécialisé dans l’industrie militaire au Wall Street Journal et membre de l’International Institute For Strategic Studies, dirige et anime la plate-forme Art of Future Warfare. Les deux auteurs ne cachent guère leur admiration pour Tom Clancy et leur préférence pour son roman Tempête Rouge (Red Storm Rising) qui met en scène une guerre froide brutalement réchauffée en Europe et sur l’Océan Atlantique. Ils sont également influencés par les séries télévisées Battlestar Galactica et Game of Thrones, la saga Star Trek et le film Aube Rouge (Red Dawn).

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Surprise stratégique, signaux faibles et alibis des défaillances

Cela fait maintenant un certain temps que les pays occidentaux semblent être atteints par des surprises stratégiques. La percée allemande par la trouée des Ardennes, Pearl Harbor, les kamikazes à la fin de la bataille du Pacifique, la chute du mur de Berlin, le rattachement de la Crimée à la Russie, les attentats sur le sol national… les exemples abondent.

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Bien qu’un homme averti en vaille, dit-on, deux, les surprises stratégiques poursuivent leur prolifération. Leur nature même les rend imparables. Qui pourrait anticiper une surprise stratégique ? Personne, car en l’anticipant elle perdrait et son caractère stratégique et celui de surprise… Or tout dirigeant, quel que soit son niveau et son domaine d’activité ne s’avoue jamais surpris.

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Surprise stratégique : cigale ou fourmi ?

Jeudi saint 1519, des navires de l’expédition Cortes s’arrêtent à San juan de Ulua, le futur port de Veracruz, reconnu dès l’expédition Grijalva. Deux calipixques (capitaines) de l’empereur Moctezuma viennent les voir pour se renseigner. Montés à bord des vaisseaux et bien accueillis, ils offrent des cadeaux aux Espagnols et les prennent pour des demi-dieux. Le dimanche de pâques, le gouverneur aztèque de la région Teuthlille, avec une délégation, vient rencontrer Cortes. Aussitôt débarqués, ils partent rendre compte de leur mission à l’empereur Moctezuma, à Mexico-Tenochtitlan. Pour l’empire Aztèque, il s’agit d’une surprise stratégique majeure qui mènera à sa perte.

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Plus proche de nous, l’effondrement militaire et politique de la France en mai-juin 1940 est la surprise stratégique majeure du début de la Seconde Guerre mondiale à la suite d’une surprise tactique sur la Meuse (concentration des feux aériens à  Sedan). Ce sera fatal à la IIIème République. La surprise stratégique serait donc mortelle malgré des dispositifs de renseignement…

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Quelques scénarios catastrophe et surprises stratégiques pour 2017…

Disserter sur les surprises stratégiques est toujours utile, aussi bien pour analyser les surprises du passé (Sont-elles des « surprises » ? Sont-elles « stratégiques » ?) que pour conceptualiser la notion. Toutefois, la finalité de ce travail consiste à mieux appréhender les surprises du passé afin d’éviter les surprises de demain. En comprenant les mécanismes de la surprise passée, on cadre les trous noirs de nos postures stratégiques de façon à éviter de reproduire l’erreur. En ce sens, ce travail d’enquête factuelle devrait contribuer à une bonne décision stratégique. L’inconvénient, c’est qu’on ne fait que prolonger les courbes, ce qui n’est pas le meilleur moyen de percevoir les nouveautés.

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Une autre méthode consiste à se tourner vers l’avenir, en utilisant une méthode des scénarios. Il ne s’agit pas ici de prédire l’avenir, ni même d’entrer dans un processus de prospective, mais de bâtir des scénarios crédibles de façon à les présenter au décideur : l’objectif ne vise pas à prendre des décisions aujourd’hui pour contrer cette crise spécifique mais à envisager son éventualité qui peut nécessiter des décisions de prudence. Au fond, penser l’impensable est la meilleure façon de ne pas être surpris, même si la réalité diffère forcément du scénario proposé. Ainsi, on considère que le futur construit le présent : c’est parce qu’on pense le futur (objet de toute démarche stratégique) que l’on va influer sur le présent. La méthode serait plus efficace que celle du retour d’expérience, qui part du principe que l’étude du passé permet de mieux comprendre le présent. Penser les ruptures de demain serait ici plus efficace pour agir aujourd’hui.

Tentons l’expérience en cet été 2016, qui est déjà furieusement bouleversé et chaotique. Or, notre intuition laisse présager que nous soyons au début d’un bouleversement encore plus systémique.

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D’Euromaïdan à la Crimée : la double surprise stratégique

L’Ukraine est un pays européen singulier dont l’histoire se confond sur une très grande période avec celle de la Russie. Territoire souvent convoité par des puissances parfois éloignées géographiquement, il fut à la fois scythe, grec, russe, polono-lituanien, turc, génois, austro-hongrois et même pour un temps bref, allemand. La dissolution de l’Union Soviétique, si elle permit au pays de recouvrer son indépendance, libéra dans le même temps un conflit larvé avec la Russie, se cristallisant autour de la base de Sébastopol et la flotte de la Mer Noire en Crimée. Sur le plan interne, cette jeune nation fut sempiternellement tiraillée par des orientations contraires et une corruption endémique laissant le pouvoir aux intrigants et aux oligarques : les héros et héroïnes d’un jour pouvant se retrouver parias le lendemain.

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Cette instabilité chronique ne facilita pas les échanges avec l’Union Européenne, l’OTAN ou la Russie. L’année 2014 se révéla décisive sur le plan intérieur, accouchant d’une Ukraine gigogne dont les effets perdurent en 2016.

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Cygnes noirs sur le Tigre – Irak, 2003-2008

La coalition face aux surprises stratégiques en Irak (2003-2008). Le 1er mai 2003, quelques jours après la prise de Bagdad et la fuite de Saddam Hussein, le président des Etats-Unis annonce la fin des combats en Irak sur fond de bannière « Mission accomplie » accrochée à la tour du porte-avions Abraham Lincoln.

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En réalité, la guerre est loin d’être terminée et 97% des pertes militaires américaines ne sont pas encore survenues. Une puissance disposant de la moitié du budget militaire mondial, des services de renseignement les plus sophistiqués et des centres de réflexion les plus importants a fait preuve d’une incroyable myopie stratégique et même d’une myopie persistante puisque les surprises vont se multiplier jusqu’au retournement final.

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Le cygne noir – La puissance de l’imprévisible de Nassim Nicholas Taleb

Nassim Nicholas Taleb, né en 1960 à Amioun au Liban, est un écrivain et essayiste libano-américain, spécialisé en épistémologie des probabilités et praticien en mathématiques financières. Il est le père de la célèbre théorie du cygne noir qu’il présente dans l’ouvrage « Le cygne noir – la puissance de l’imprévisible » en 2007.

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Cette courte recension présente la notion de « cygne noir » avant de synthétiser la thèse de Taleb mais n’a pas la prétention de présenter tous les arguments déroulés dans l’ouvrage.

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Dossier estival 2016 : Cygnes noirs et surprises stratégiques

Depuis 2006 et le livre éponyme de N. Taleb, le concept de cygne noir est devenu à la mode pour qualifier ces évènements imprévisibles et improbables – mais pas impossibles, là est la nuance – aux conséquences dramatiques. Du 11 septembre à Fukushima, le XXIe siècle débutant, semble celui de l’imprévisibilité et de la surprise. Le récent vote du Brexit, encore vu il y a quelques mois comme fortement improbable, vient nous rappeler que la surprise stratégique, même si on la croit éculée, reste une issue possible.

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« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité », nous rappelle Arthur Conan-Doyle dans Le signe des quatre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on aborde la question de la surprise stratégique, la balance entre l’impossible et l’improbable. Tout l’art du risk manager d’entreprise – sans parler du chef militaire qui est un risk manager par essence – consiste ainsi à faire prendre conscience à ses décideurs des dangers potentiels qui les menacent dans le brouillard, sans que ceux-ci ne les balaient d’un revers de la main. L’expérience de Patrick Lagadec, spécialiste des crises et des risques, directeur de recherches à Polytechnique pendant trois décennies, relatée dans l’excellent Le continent des imprévus, fait parfois froid dans le dos. Elle montre la permanence des blocages et la surdité des dirigeants, même face à l’évidence.

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