Tempête Rouge – Le succès de l’intervention militaire russe en Syrie (2015-2017)

Deux ans après l’intervention russe en Syrie, qu’on le déplore ou non (ce n’est pas le propos ici), il convient de constater que celle-ci est un succès et qu’il est possible d’en tirer quelques enseignements opérationnels. Cette intervention est un succès car elle a permis d’atteindre son objectif politique premier, qui était de sauver le régime syrien alors en grande difficulté, et même de contribuer à sa victoire probable. Le corps expéditionnaire russe a effectivement largement contribué à l’endiguement des forces rebelles à la fin de 2015 puis, en particulier avec la prise d’Alep, à la conquête presque définitive du grand axe de l’autoroute M5, centre de gravité du conflit, pendant l’année 2016 avant de lancer une campagne dans l’est désertique jusqu’au dégagement de l’aéroport de Deir ez-Zor, assiégé par l’Etat islamique.

La guerre est encore loin d’être terminée mais elle ne peut plus désormais être perdue par Assad. Il n’y a plus que deux pôles territoriaux rebelles arabes sunnites cohérents en Syrie : la partie de l’Euphrate syrien encore tenue par l’Etat islamique et surtout la province d’Idlib, aux mains d’une coalition de factions dominée par Hayat Tahrir al-Sham (ex-Jabhat al-Nosra). Les autres forces rebelles sont désormais éclatées et servent souvent de supplétifs à d’autres acteurs par ailleurs concurrents, comme la Turquie, le Parti de l’union démocratique kurde (PYD), la Jordanie, Israël ou les Etats-Unis. Encore une fois, cette évolution est largement le fait de l’intervention russe qui lui donne aussi un poids diplomatique particulier tant sur le théâtre lui-même, où la Russie sert d’intermédiaire avec quasiment tous les acteurs locaux ou extérieurs et sur la scène internationale, où elle apparaît à nouveau comme une puissance qui pèse sur les affaires du monde et avec laquelle il faut compter.

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Les Kalibr à l’assaut du désert syrien

Les Kalibr à l'assaut du désert syrien

La marine russe a procédé à de nouvelles frappes avec des missiles de croisière Kalibr tirés depuis la Méditerranée contre des cibles de l’État islamique en Syrie. Que faut-il retenir de cette nouvelle démonstration de force ?

Il s’agit du quatrième tir du genre. Le premier avait eu lieu peu après le lancement de l’opération russe en Syrie, le 7 octobre 2015 : une salve de 26 missiles Kalibr alors avait été tirée depuis la mer Caspienne par la frégate Daghestan (Projet 11661K), et les corvettes lance-missiles Grad Sviazhsk, Uglitch et Velikiy Ustiug (Projet 21631) vers des cibles de l’EI. Quelques semaine plus tard, le 9 décembre 2015, le sous-marin B-237 Rostov-sur-le-Don (Projet 0636.3), alors en transit en Méditerranée afin de rallier la mer Noire, avait à son tour procédé à un tir de 4 missiles sur des objectifs situés à Raqqa. Enfin, le 15 novembre dernier, c’est la frégate Amiral Grigorovitch (tête de série du Projet 11356M, flotte de la mer Noire) qui a tiré une salve de 3 (?) missiles Kalibr.

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TOW, le missile phare du conflit syrien: de la genèse à la techno-guérilla

Le conflit syrien a révélé au grand public les missiles antichars guidés opérables par le combattant à pied. Les médias anglophones les nomment « ATGM » – Anti Tank Guided Missiles – ou tout simplement « TOW », faisant l’amalgame entre ce système américain et les nombreux autres qui s’en sont inspirés. Les groupes armés publient régulièrement sur Internet des vidéos illustrant ces matériels en action. Leur provenance varie : pris à l’ennemi, fournis plus ou moins directement par une puissance étrangère, ou encore acquis – par le racket, de vive force ou moyennant paiement – auprès de groupes en possédant. Ces systèmes d’armes étaient peu médiatisés avant ce conflit, bien qu’en service depuis plusieurs décennies dans de nombreuses armées régulières de par le monde.

Un rebelle de l’Armée Syrienne Libre guide un missile TOW. On distingue, à l’avant du tube, les fils qui relient le missile en vol au poste de tir et de guidage. Province de Lattaquié, le 31 mars 2014.

Mais en Syrie, ils ont acquis une dimension particulière car ils permettent en effet à des groupes non-étatiques de renverser localement le rapport de force en mettant hors de combat, avec une relative facilité, certains attributs classiques de la puissance militaire : véhicules blindés, positions de combat fortifiées, et même des hélicoptères posés ou en vol lent à basse altitude. Le but de cet article est de faire comprendre le fonctionnement de ces matériels à un public pas forcément au fait des subtilités techniques de la chose militaire. Le missile américain BGM-71 TOW, fourni par Washington à certains groupes armés syriens, sera l’épine dorsale de cette étude. La documentation technique officielle le concernant (1) est abondante, et son mode de fonctionnement est partagé par la majeure partie des missiles antichars portatifs impliqués dans le conflit. Mais d’abord, opérons une brève rétrospective.

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La Marine nationale face à la menace « sea-skimming »

La nouvelle escarmouche Houthie (30 janvier 2017) face à l’Arabie Saoudite interroge sur les capacités de défense terminale à très courte portée dans la Marine nationale.

© Marine nationale. Le 24 juin 2014, les frégates de surveillance Floréal et Nivôse, basées à la Réunion, ont réalisé un tir simultané de leurs missiles anti-navires «Mer-mer 38». Le tir a été réalisé tandis que la frégate de surveillance Floréal, revenait de deux mois de mission Atalante de lutte contre la piraterie maritime au large de la Somalie et d’une patrouille de surveillance des zones économiques exclusives des îles Australes françaises dans le canal du Mozambique.

 

Si la noblesse de la guerre sur mer lorgne depuis un demi-siècle sur le Graal que pourrait être le missile anti-navire supersonique, voire hypersonique, c’est encore et toujours le missile subsonique qui produit le plus d’effets avec l’embarcation-suicide, succédanée de la vedette lance-torpilles.
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La famille EchoRadar accueille ses nouveaux membres

L’heureuse venue de trois nouveaux membres en 2015 a permis à notre blogzine d’enrichir et de diversifier ses contenus tout en promouvant, conformément à notre profession de foi, les pensées critiques à l’égard de la stratégie et de ses diverses variantes.

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Afin de continuer à progresser intellectuellement et collectivement et de conserver nos valeurs d’ouverture, de coopération et de bienveillance, nous accueillons, cette année, trois nouveaux membres :

  • Rus Navy Intelligence par Igor Delanoë, expert en politiques étrangères et de défense russes et en particulier son volet maritime;

  • Pax Aquitania par Thomas Schumacher, spécialisé dans l’écosystème de défense en particulier de la région Nouvelle Aquitaine ;

  • VMF 214 par Emmanuel Chiva, dont le blog propose des billets relatifs à l’innovation technologique, appliquée à la défense et à la sécurité.

Ces trois nouveaux blogueurs ont été choisis par l’ensemble des membres d’EchoRadar qui vous propose donc cette deuxième et prometteuse promotion « échoradienne ».

Nous adressons à nos nouveaux camarades un salut de bienvenue, chaleureux et fraternel, et espérons que vous partagerez notre enthousiasme en continuant de nous suivre via nos pages TwitterFacebook , Google+ et, évidemment, de lire notre blogzine avec assiduité.

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Ghost Fleet imagine une guerre Chine vs. Etats-Unis au 21ème siècle

À l’ère de l’humain augmenté, de l’informatique ubiquitaire et de la robotique intelligente, la Chine et les Etats-Unis s’affrontent ouvertement dans l’Océan Pacifique. Les deux belligérants se gardent tacitement de tout recours aux armes nucléaires et manoeuvrent sans retenue sur terre, en mer, dans les airs, dans le cyberespace et dans l’orbite basse. Savamment inspirés par Tom Clancy, les stratégistes Peter W.Singer et August Cole mêlent habilement science-fiction et prospective dans une œuvre au tambour battant.

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Peter Warren Singer, auparavant auteur de Wired For War : The Robotic Revolution And Conflict In The 21st Century, est rédacteur au webzine Popular Science et a étroitement contribué à la conception du très populaire jeu vidéo Call of Duty. Augsut Cole, ex-journaliste spécialisé dans l’industrie militaire au Wall Street Journal et membre de l’International Institute For Strategic Studies, dirige et anime la plate-forme Art of Future Warfare. Les deux auteurs ne cachent guère leur admiration pour Tom Clancy et leur préférence pour son roman Tempête Rouge (Red Storm Rising) qui met en scène une guerre froide brutalement réchauffée en Europe et sur l’Océan Atlantique. Ils sont également influencés par les séries télévisées Battlestar Galactica et Game of Thrones, la saga Star Trek et le film Aube Rouge (Red Dawn).

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Une seconde base aérienne russe en Syrie

Alors que les relations entre Ankara et Moscou se détériorent depuis la destruction d’un Su-24M par l’aviation turque, la Russie accélèrerait les préparatifs pour rendre opérationnelle une seconde base aérienne dans la région de Homs.

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La base aérienne de Sha’irat, près de Homs (Google Earth)

Selon le journal koweïtien Al-Raï, la Russie se préparerait à ouvrir une seconde base aérienne en Syrie, à 35 km au sud-est de Homs, sur l’aérodrôme de Sha’irat. Avec la mise en service prochaine de cette base, le groupe aérien russe déployé en Syrie pourrait atteindre les 100 unités.

Des activités militaires russes à partir de cette base ont toutefois été constatées depuis le début du mois de novembre. Quatre hélicoptères d’attaque Mi-24 et un hélicoptère de transport Mi-8 y seraient en particulier déployés depuis le 6 novembre (il s’agit probablement d’un groupe d’appui pouvant faire office, le cas échéant, de groupe de sauvetage pour récupérer des pilotes russes si un avion était abattu), tandis que de l’artillerie lourde y serait positionnée au moins depuis le 20 novembre. Selon les données disponibles sur Flightradar, des avions de transport lourds An-24 se succèdent sur cet aérodrôme afin de le rendre praticable pour les avions de chasse.

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Un étrange clash aérien dans le ciel… turc ou syrien ?

Dans la matinée du mercredi 25 novembre 2015, un bombardier tactique russe SU-24 en opération près de la frontière turco-syrienne a été abattu par un chasseur turc F-16 après avoir violé l’espace aérien turc pendant 17 secondes. Les deux pilotes ont pu s’éjecter de leur appareil détruit mais l’un a été tué par des rebelles turkmènes de Syrie dans sa descente en parachute et l’autre a été récupéré par des équipes héliportées de commandos russes et iraniens. Cet incident a donné lieu à une grave crise diplomatique entre Ankara et Moscou et suscite quelles interrogations essentiellement techniques.

Avant de poursuivre, quelques exemples sommaires permettront de mieux se projeter dans l’univers de l’aviation militaire.

À bord d’un chasseur/bombardier volant à 900-2000 km/h (250-555 mètres/seconde), un pilote qui hésite, réagit ou manoeuvre pendant 5-10 secondes peut aisément violer un espace aérien. Ce type d’incidents est assez régulier au-dessus de la Mer baltique, du Moyen-Orient (Israël, Jordanie, Syrie, Irak, Iran, Turquie) et de la frontière Grèce-Turquie, théâtres plus ou moins imprégnés d’une ambiance de guerre froide… ou tiède.

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