Sécurité maritime privatisée et Corne de l’Afrique : nouvelle gestion du chaos ?

Alors que les marines de guerre peinent à aligner suffisamment de moyens dans le cadre de la lutte anti-piraterie, la privatisation d’une partie du spectre de la sécurité maritime est une voie explorée par nombre d’acteurs au large de la Corne de l’Afrique.

© Le Marin. Olivier Mélennec, "Une "armurerie flottante" interceptée en mer Rouge", Le Marin, 12 avril 2013.

© Le Marin. Olivier Mélennec, « Une « armurerie flottante » interceptée en mer Rouge », Le Marin, 12 avril 2013.

 

Le rétrécissement des marines de guerre en raison du choix de la projection (échanger des forces contre du temps de présence) 1 est contrebalancé par un accroissement de la conflictualité maritime inter-étatique et infra-étatique. La piraterie est l’une de ces menaces infra-étatiques qui perturbent les échanges internationaux (réalisés à 90% par voies maritimes 2). La diplomatie navale 3 voit les marines de guerre s’investir dans des opérations ne relevant pas de la guerre et de la puissance navale, au profit de reconfigurations politiques violentes. « Les déploiements de « gestion du chaos » actuellement observés ont une fonction de substitution au combat. L’affrontement et les rivalités, dans de telles conditions, n’ont fondamentalement pas disparu mais ont muté dans leur forme. » 4

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Quelques scénarios catastrophe et surprises stratégiques pour 2017…

Disserter sur les surprises stratégiques est toujours utile, aussi bien pour analyser les surprises du passé (Sont-elles des « surprises » ? Sont-elles « stratégiques » ?) que pour conceptualiser la notion. Toutefois, la finalité de ce travail consiste à mieux appréhender les surprises du passé afin d’éviter les surprises de demain. En comprenant les mécanismes de la surprise passée, on cadre les trous noirs de nos postures stratégiques de façon à éviter de reproduire l’erreur. En ce sens, ce travail d’enquête factuelle devrait contribuer à une bonne décision stratégique. L’inconvénient, c’est qu’on ne fait que prolonger les courbes, ce qui n’est pas le meilleur moyen de percevoir les nouveautés.

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Une autre méthode consiste à se tourner vers l’avenir, en utilisant une méthode des scénarios. Il ne s’agit pas ici de prédire l’avenir, ni même d’entrer dans un processus de prospective, mais de bâtir des scénarios crédibles de façon à les présenter au décideur : l’objectif ne vise pas à prendre des décisions aujourd’hui pour contrer cette crise spécifique mais à envisager son éventualité qui peut nécessiter des décisions de prudence. Au fond, penser l’impensable est la meilleure façon de ne pas être surpris, même si la réalité diffère forcément du scénario proposé. Ainsi, on considère que le futur construit le présent : c’est parce qu’on pense le futur (objet de toute démarche stratégique) que l’on va influer sur le présent. La méthode serait plus efficace que celle du retour d’expérience, qui part du principe que l’étude du passé permet de mieux comprendre le présent. Penser les ruptures de demain serait ici plus efficace pour agir aujourd’hui.

Tentons l’expérience en cet été 2016, qui est déjà furieusement bouleversé et chaotique. Or, notre intuition laisse présager que nous soyons au début d’un bouleversement encore plus systémique.

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L’Écho du mois : Kenneth Sisseke, officier de police en Afrique du sud

Kenneth Sisseke est officier de police dans la banlieue de Johannesburg depuis une dizaine d’années et un fin observateur de l’évolution économique et sociale de l’Afrique du sud. La nation arc-en-ciel était secouée par des vagues d’attaques xénophobes lors de son entretien avec EchoRadar…

EchoRadar : Des attaques xénophobes avaient déjà eu lieu en 2000 et 2008, elles ciblaient essentiellement des ressortissants du Zimbabwé voisin. En 2015, elles ont connu une ampleur inédite notamment à Durban. Des Africains étrangers ont été tués, blessés, certains brûlés vifs, et leurs commerces ont été pillés ou incendiés. L’armée a été appelée en renfort et plusieurs pays africains ont rapatrié leurs ressortissants. Comment en est-on arrivé là ?

Kenneth Sisseke : Nous savions que des attaques d’une telle ampleur surviendraient un jour ou l’autre. Je pense qu’elles seront plus fréquentes dans les années à venir. Regardons ce qui se passe ailleurs pour mieux cerner ce qui cloche dans ce pays. J’ai marché dans des villes comme Accra, Naïrobi et Dar Es Salaam, et j’appréciais énormément cette omniprésence de petits et de grands commerces entourés d’échoppes, de vendeurs à la sauvette, de foules qui erraient avec joie ou étaient toujours en quête de quelque chose jusqu’aux heures tardives.

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