Le cyberespace dans le discours de Vladimir Poutine à l’Assemblée Fédérale du 1er mars 2018

Vladimir Poutine fascine autant qu’il irrite en Occident. Plus encore depuis les évènements survenus en Ukraine en 2014 suivis du rattachement de la péninsule de Crimée à la Fédération de Russie ainsi que par son rôle d’acteur incontournable dans la crise en Syrie.

 

C’est dans un contexte très tendu dans ses relations avec ses homologues occidentaux que le président russe en pleine campagne de réélection s’est adressé aux représentants des deux chambres ainsi qu’aux membres du gouvernement Medvedev. Ce discours, principalement axé vers les problématiques internes, fut calibré pour être capté par les oreilles de pays alliés mais plus encore par celles d’États en friction avec la Russie. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de revenir sur cette tribune de pratiquement deux heures : comprendre, plus qu’apprendre, ce que le Kremlin envisage pour l’avenir du pays sitôt le processus électoral achevé.

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Forces de l’ordre : refonder la formation

Actuellement la formation des membres des forces de l’ordre repose essentiellement sur le droit pénal. Si cela apparaît non dénué de fondement au vu de leurs missions répressives, ce point de départ a plusieurs conséquences pratiques :

  • cela les axe principalement sur l’aspect répressif de leur mission ;
  • comme ils ne consacrent pas leur vie entière au droit, ils peuvent être vus par les professions judiciaires comme des amateurs cherchant parfois à se hausser vainement au niveau des professionnels.

La conséquence de ce deuxième point est que, dès le commencement de leur exercice professionnel, ils sont confrontés à un problème de positionnement. Car les mêmes attitudes que celles décrites par Norbert Elias dans la société de cour sont encore à l’œuvre : une absence de regard d’approbation de la part de celui qui détient le pouvoir (ou le savoir), et voilà la disgrâce…

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Pourtant, il serait temps que les intéressés s’en persuadent : ils ne seront jamais considérées comme de vrais juristes par ceux qui estiment l’être (magistrats, avocats).

Mais est-ce un réel problème ?

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Croissance démographique : une qualité en soi ?

Certaines régions du monde et en particulier l’Europe sont soumises à un vieillissement de la population, qui se traduit au mieux par une augmentation de l’âge moyen de la population suite au recul de la mortalité annuelle – augmentation de l’espérance de vie – mais le plus souvent par une baisse simultanée de la natalité. Malgré des politiques favorisant une immigration de personnes jeunes pour compenser le déficit de naissances par rapport au renouvellement de la population, cette tendance semble inéluctable. En Allemagne, en 2016, le solde naturel est de – 150 000 personnes pour + 200 000 pour la France à la même période. Pour autant peut-on en déduire que la France est ou même sera plus puissante que l’Allemagne ? Non. Cependant, la stratégie implique de se poser la question du rapport de la démographie et de la puissance. Loin de vouloir être exhaustif, ce billet vise à faire réfléchir sur quelques questions simples.

La nombre est une qualité en soi ?

Si l’on prend en compte une logique malthusienne, la réponse est évidente. Un surplus de population est vue comme un handicap certain. Cette doctrine politique tirée des travaux du britannique Thomas Malthus (1766-1834) prône la restriction ou la limitation de la population, les ressources disponibles étant limitées. A cette doctrine, s’opposent des doctrines liées à la croissance, comme celles d’Alfred Sauvy, qui considèrent qu’une société qui refuse d’avoir des enfants, donc de préparer l’avenir, perd peu à peu son rang. Le débat existe toujours et ce billet ne vise pas à se positionner par rapport à ces deux doctrines opposées. Dans un monde où les ressources apparaissent comme limitées, le malthusianisme est une évidence mais force est de constater que ce que nous appelons ressources, notamment stratégiques, évolue. Si les silex constituaient manifestement une ressource importante à l’âge de pierre, ils n’en constituent plus une. De même, le pétrole ou l’uranium le seront-ils dans cent ou deux cents ans alors qu’à l’âge de pierre leur utilisation était vraisemblablement plus qu’anecdotique ?

On peut considérer que ces deux doctrines – modèles plus exactement – s’appliquent selon que l’on est dans une société technologiquement stable et fermée ou dans une société en pleine évolution et ouverte.

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Les constructions navales russes maintiennent le cap en 2017

La fin de l’année 2017 aura été rythmée par les informations concernant les priorités financières et industrielles du nouveau programme d’armement 2018-2027, faisant presque passer au second plan les retards dans la livraison de plateformes attendues parfois de (très) longue date. Pourtant, il y aura eu des admissions au service actif plus nombreuses en 2017 qu’en 2016, tandis que le tempo des mises sur cale s’est globalement maintenu. La nature des plateformes concernées évolue, avec la présence de plus en plus marquée d’unités de combat disposant d’un faible tonnage, mais ayant vocation à mettre en œuvre un armement puissant (missiles Kalibr). Alors, que faut-il retenir des constructions navales pour la flotte russe en 2017 ?

*ce bilan porte sur les forces sous-marines et les navires de combat. La construction des bâtiments de soutien logistique et de service n’est pas prise en compte, sauf mention du cas contraire.

Nouvelles unités en surface : tonnage en baisse, nombre en hausse

La marine russe aura reçu en tout 30 nouvelles unités au cours de l’année 2017, selon son commandant en chef, l’amiral Vladimir Korolev. Parmi elles figurent 8 unités combattantes (contre 3 en 2016) dont la plus importante est la frégate Amiral Makarov (Projet 11356M). Et encore, dans les faits, il s’agit d’un acte de recette signé par le MinDéf russe (in extremis) le 27 décembre 2017, au chantier naval Yantar (Kaliningrad). Le bâtiment rejoindra la flotte de la mer Noire d’ici le printemps 2018. La seconde plateforme est la corvette Sovershennyi (Projet 20380), livré finalement à la flotte du Pacifique, après 11 ans de construction dans les cales du chantier naval de Komsomolsk s/Amour. Cette corvette est le premier nouveau bâtiment de combat de surface versé à la flotte du Pacifique dans l’histoire de la marine russe contemporaine. Trois vedettes de patrouille de type Raptor (Projet 03160) ont été livrées par le chantier Pella (Otradnoe) : 2 pour la flotte de la mer Noire et une pour celle de la Baltique. Enfin, trois vedettes anti-saboteur de type Gratchonok (Projet 21980) ont été admises au service actif au sein de la flotte du Nord (2) et au sein de la flotte du Pacifique (1?).

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La guérilla sous l’Empire byzantin, une réponse à la protection des populations ?

La sortie, il y a quelques années (2011), d’une nouvelle édition du Traité sur la guérilla, attribué à l’empereur byzantin Nicéphore II Phocas (963-969) que l’on doit à G. Dagron et H. Mihacescu, est passée quelque peu inaperçue des analystes des questions stratégiques. Hélas, car ce texte, concentré de pensée stratégique byzantine, est extrêmement original dans son approche des problématiques qui se posaient aux dirigeants militaires de la fin du Xe siècle.

Attribué à l’empereur Nicéphore II Phocas, l’un des premier « empereurs-soldats » de la reconquête byzantine des Xe-XIe siècles, il tient à la fois du manuel opérationnel et du traité de stratégie par l’ampleur des problèmes qu’il embrasse et des points de vue qu’il adopte. En outre il bénéficie, en fin de texte, d’un long et intéressant commentaire de ses deux éditeurs qui permet de le replacer dans le contexte militaire et politique du temps.

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Peuples et stratégie : le dossier du mois.

La stratégie est souvent décrite comme un affrontement entre « nous » et « eux ». Cette définition sommaire peut être valable pour les organisations comme pour les Nations. Dans l’ordre politique en tout cas, ce « eux » et ce « nous » sont clairement des peuples. Qu’est-ce en effet qu’une Nation sinon un peuple habitant un territoire et partageant des convictions communes, des représentations partagées pour reprendre le vocabulaire d’Yves Lacoste ? Un territoire est d‘ailleurs un espace habité par une population.

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Il y a ainsi un lien très fort entre l’espace, les hommes qui l’habitent et l’organisation politique qui en dépend. La stratégie, dans son sens politique, ne peut donc faire l’impasse sur ces peuples.

Pour deux raisons. La première tient à ce que les populations constituent une cause et un objectif de la stratégie. Clausewitz, identifiant la « remarquable trinité », voyait bien les trois pôles de la décision stratégique : le chef militaire, le décideur politique mais aussi et surtout le peuple sous-jacent, celui sans lequel les deux premiers ne pouvaient rien faire. Clausewitz écrivait au milieu du XIX° siècle, après avoir été témoin des guerres révolutionnaires et impériales, et entendu résonner longtemps dans sa mémoire le cri de « Vive la Nation », proféré par la Nation en armes de Valmy. Cause de la guerre, le peuple en est aussi l’objectif puisque de plus en plus, les centres de gravité (autre notion clausewitzienne) des guerres contemporaines, notamment du XX° siècle,  ont porté sur le soutien du peuple à son appareil dirigeant, plus qu’à la destruction des forces.

La deuxième raison, tient à une permanence de la guerre, « redécouverte » récemment : le fait que la guerre se tient au milieu des populations voire contre les populations. Ce n’est pas vraiment nouveau si on repense à la Guerre des Gaules pratiquée par César ou encore aux Malheurs de la guerre dessinés par Jacques Calot. On le verra en redécouvrant la guérilla au temps de l’empire byzantin (N. Mazzucchi, Polemos). Mais la guerre blindée-mécanisée préparée pendant 5 ans de Guerre froide a laissé la place, au tournant des années 1990, à une guerre au milieu des populations, bientôt devenue guerre hybride, sans même parler  des contextes de guerre urbaine de plus en plus fréquents.

Les peuples, encore et toujours, car il n’est de richesses que d’hommes, nous expliquait très tôt Jean Bodin : pour lui d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, il s’agissait de richesse quantitative, le nombre prévalait. C’est ce que déjà Claude de Seyssel pressentait (Egéa). La démographie demeure donc toujours un facteur déterminant de puissance, donc de calcul stratégique (Lignes stratégiques). Toutefois, avec le développement du numérique, ces communautés prévalentes demeurent-elles toujours ? grave question que relève Informatiques orphelines.

Peuples et stratégie : voici le thème  de ce dossier de rentrée que nous vous offrons, à Echoradar : manière de vous souhaiter une bonne année.

O. Kempf

 

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L’art de la guerre dans Dune

L’univers de Dune est un univers d’une grande richesse, mélangeant dans un ensemble baroque mais très cohérent des éléments de sociétés humaines passées et des éléments de pure imagination. La guerre s’y exerce de manière particulière mais elle reste la guerre avec sa grammaire propre.

Comment détruire une grande Maison ?

Le système politique de Dune est issu d’une Grande convention (de type Magna Carta) qui régit les rapports entre la Maison impériale, les grands féodaux réunis dans l’assemblée du Landsraad et la Guilde des navigateurs qui dispose du monopole du vol spatial. La guerre y est tolérée dans la mesure où elle ne perturbe pas cet équilibre des pouvoirs. Elle s’exerce en premier lieu entre Maisons et parfois, dans certaines conditions, entre le Trône et une Maison. La Guilde est normalement neutre. Continue Reading

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De la licéité de l’offre de la France à la Belgique pour le remplacement de ses avions de combat

Dans une tribune publiée le 5 décembre 2017 dans le quotidien belge Le Soir[1], Madame Florence Parly, ministre des Armées, défend la licéité de l’offre française, notamment en relevant fort justement que la procédure d’appel d’offres de la Belgique relative au remplacement de sa flotte de F-16 vieillissants n’engage en rien notre voisin d’outre-Quiévrain de contracter avec l’un des soumissionnaires à cette procédure, celui-ci se réservant en effet le droit de passer outre.

 

© Andrew Thomas. Un Mirage 5BD de la Force aérienne belge.

© Andrew Thomas. Un Mirage 5BD de la Force aérienne belge.

Cette clause figure à la page 13 du Request for Government Proposal portant sur le Air Combat Capability Program dont il est ici question (on notera au passage que Bruxelles opte pour l’anglais américain dans ses documents officiels : lapsus révélateur d’un tropisme pro F-35 ?) : « The issuance of this RfGP is not to be construed in any way as a commitment by the Belgian Government to conclude an agreement or a contract ».

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