La stratégie du temps qui vient

Lier culture et stratégie, comme le fait ce dossier estival, peut paraître étonnant au premier abord. Un regard un peu plus approfondi sur la question montre au contraire que ces deux éléments sont, au moins partiellement, liés. C’est ce que pensait vraisemblablement de Gaulle lorsqu’il déclarait que « la véritable école du commandement est donc la culture générale », tant il est vrai qu’il ne peut y avoir de stratégie sans exercice du commandement.

Déclaration qui contredit un de ses lointains successeurs persiflant sur l’indispensable, et pour lui superflue, connaissance de la Princesse de Clèves pour entrer dans la fonction publique…

L’affrontement par-delà le temps de ces deux personnes ayant pourtant exercé les mêmes fonctions, et poussées similairement à la retraite par la décision du peuple souverain, montre que le débat n’est ni clos ni absurde.

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Pour autant, l’Histoire regorge de personnes cultivées se voulant stratèges qui ont cependant mené leurs armées à la défaite, voire la déroute.

La culture n’est donc pas gage d’expertise en matière stratégique.

En serait-elle une condition nécessaire, mais non suffisante ?

Encore faudrait-il pour en être sûr pouvoir mesurer tant la culture que la valeur stratégique d’une personne afin d’y trouver un éventuel lien. Mais culture et stratégie sont-elles mesurables ? Ce n’est pas certain…

Le présupposé de départ de cet article est que la stratégie est le reflet de la culture d’une époque, son objet est de se demander quelle serait la stratégie, si ce n’est pertinente, du moins adaptée à notre époque, si l’exercice est possible.

Ce présupposé s’illustre par l’Histoire qui nous apprend que la stratégie s’est développée avec le temps, le stratège ayant un rôle de plus en plus large, passant de la « simple » conduite des armées à l’organisation de tous les moyens de son pays au service de la victoire, avant de se focaliser sur une approche théorique. La stratégie aurait suivi l’évolution de la tactique qui s’est autorisé de plus en plus de hardiesses au cours du temps : à Rocroi, Condé a surpris les Espagnols en les prenant à revers, manœuvre hardie à l’époque, commune de nos jours.

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Vermeer et le siècle d’or hollandais

Du 22 février au 22 mai 2017, le musée du Louvre a présenté l’exposition « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » qui a accueilli près de 325 000 visiteurs.

Cette exposition est l’occasion de s’intéresser à la fois à la peinture de ce peintre d’exception mais également au siècle d’or de la Hollande du 17ème siècle.

Il en ressortira que l’analyse de la peinture de Vermeer est représentative de la suprématie de la Hollande du 17ème siècle.

Avant de détailler le rapprochement entre la peinture de Vermeer et la situation socio-économique de la Hollande, brossons en quelques lignes la biographie du peintre Vermeer ainsi que le contexte historique de la Hollande du 17ème siècle. Continue Reading

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Pour une culture spatiale mondiale, démocratique et stratégique

Toute culture est constituée de référentiels. Il existe des cultures traditionnelles souvent implantées dans des lieux géographiques, pratiques pour le développement des sociétés, et mythiques, car un signe ou un événement désigne ce lieu comme étant propice à l’installation des sociétés. Il existe également des sociétés artificielles qui se constituent pour répondre à des besoins le plus souvent économiques et scientifiques comme les plateformes pétrolières, les sous-marins, les environnements hyper-informatisés et les vols habités.

Quelle que soit la nature de ces sociétés, il est nécessaire d’appliquer des principes d’observation qui induisent  à la fois un devoir d’objectivité (on regarde, on enregistre, mais on ne juge pas et on ne transfert pas nos propres référentiels culturels sur l’Autre) et un devoir d’exhaustivité (il ne faut négliger aucun détail). Le plus souvent, le travail d’observation nécessite que l’on se déplace sur le terrain lorsque cela est possible et que l’on partage la vie et les mœurs des populations que l’on analyse. Continue Reading

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Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie

Qui connaît Étienne de La Boétie ? On lui associe le nom d’une rue huppée de Paris… les plus cultivés penseront au Discours de la servitude volontaire, sans bien savoir de quoi il s’agit. Justement, voici une bonne occasion de creuser un peu et de lire ce bref opuscule (une cinquantaine de pages en format poche) d’un auteur du XVIè siècle.

Discours de la servitude volontaire

Un classique à la langue d’autrefois. Convenons en tout de suite, la lecture n’est pas aisée car il y a une vraie distance entre le françois de jadis et celui que nous pratiquons aujourd’hui. Cependant, le texte est lisible et compréhensible sans efforts, surtout que les éditions modernes (j’ai utilisé celle de Garnier-Flammarion) donnent suffisamment de notes de bas de pages pour expliciter ce qui serait obscur. Continue Reading

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Dossier estival 2017 – Culture(s) et stratégie(s)

La notion de culture recouvre plusieurs significations, notamment les suivantes, au sens ethnographique, elle recouvre les us et coutumes d’un collectif, au sens académique, elle désigne la caractéristique d’un individu ayant de grandes connaissances et, enfin, au sens agricole du terme, il s’agit d’un travail de la terre.

La culture chez l’homme est donc issue, à la fois, de l’inné et de l’acquis.

Concernant l’acquis, l’État investit, à travers une politique publique culturelle, notamment, dans l’égal accès au patrimoine et à sa protection afin de rendre la chose culturelle l’un des biens communs, mélange générationnel et social. Continue Reading

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Les sciences humaines et sociales : nouvelles options pour la défense

Le 25 janvier 2017, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a fait signer un pacte entre le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et les Présidents d’Universités (CPU), afin de créer une alliance entre le monde de la Défense et le monde de la Recherche. Le Pacte Enseignement Supérieur et Défense (le PES) insiste sur la nécessaire intégration des sciences humaines et sociales (SHS) dans la conception des recherches et de l’innovation.

Ce geste capital devrait oxygéner toute la chaîne qui conduit à des plans de défense globale, car de la veille en passant par l’analyse et la stratégie pour des plans d’action, les SHS viendront enrichir tous les acteurs de la sécurité et de la défense et toutes leurs conceptions. Le but est de défendre aux mieux les patrimoines humain, matériel et informationnel.

Il s’agit d’un vrai défi qui promet de faire progresser l’éducation, la science et la morale citoyenne, tout en se parant d’une épaisse de couche d’éthique et de déontologie, si l’on admet que le principal enjeu de la défense est -entre-autres- social.

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Guerre ou paix… par Dominique de Villepin

Timeo danaos et dona ferentes (l’Enéide, Virgile) | Dans son « Mémoire de paix pour temps de guerre » Villepin illustre à merveille cette phrase célèbre. Comme tout politique pensant que ses tours oratoires ne sont pas éventés, il convoque dès ses premiers propos ses ancêtres militaires faisant remonter sa généalogie jusqu’à l’époque de Jeanne d’Arc (p 18) sans oublier de citer un grand-oncle tué près d’Alep, en Syrie, « à la tête de son char ». Mais une telle expression montre l’absence de connaissances de la chose militaire, car quand on meurt en blindé, c’est dans son char ou à la tête de son peloton ou escadron de chars, mais jamais à la tête de son char.

Si flatter les gens en montrant que l’orateur partage avec son public des éléments communs, en l’occurrence une famille militaire, avant de leur annoncer des choses désagréables est une figure de rhétorique politique classique, encore faudrait-il savoir flatter correctement. Et pour cela, un minimum de connaissance du sujet est indispensable.

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Les Kalibr à l’assaut du désert syrien

Les Kalibr à l'assaut du désert syrien

La marine russe a procédé à de nouvelles frappes avec des missiles de croisière Kalibr tirés depuis la Méditerranée contre des cibles de l’État islamique en Syrie. Que faut-il retenir de cette nouvelle démonstration de force ?

Il s’agit du quatrième tir du genre. Le premier avait eu lieu peu après le lancement de l’opération russe en Syrie, le 7 octobre 2015 : une salve de 26 missiles Kalibr alors avait été tirée depuis la mer Caspienne par la frégate Daghestan (Projet 11661K), et les corvettes lance-missiles Grad Sviazhsk, Uglitch et Velikiy Ustiug (Projet 21631) vers des cibles de l’EI. Quelques semaine plus tard, le 9 décembre 2015, le sous-marin B-237 Rostov-sur-le-Don (Projet 0636.3), alors en transit en Méditerranée afin de rallier la mer Noire, avait à son tour procédé à un tir de 4 missiles sur des objectifs situés à Raqqa. Enfin, le 15 novembre dernier, c’est la frégate Amiral Grigorovitch (tête de série du Projet 11356M, flotte de la mer Noire) qui a tiré une salve de 3 (?) missiles Kalibr.

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