Lorsque le GRU fait l’Europe buissonnière

L’affaire avait défrayé la chronique en ce début du mois d’octobre 2018 : plusieurs agents du GRU (le service de renseignement militaire) auraient tenté en avril 2018 de pirater les communications de l’OIAC (Organisation d’Interdiction des Armes Chimiques) sise à La Haye. Capturés par le contre-espionnage néerlandais, ils ont été expulsés du pays non sans en médiatiser leur sortie, y compris avec photographies à l’appui. Un procédé extrêmement rare dans l’univers feutré du renseignement.

Cette occurrence n’en est pas moins le nouvel avatar d’une liste de griefs à l’encontre d’une agence bien moins réputée que ses homologues russes du secteur civil que sont le SVR et le FSB mais non dépourvue de moyens réels pour fomenter des opérations matérielles ou immatérielles à l’étranger.

Son nom a ressurgi avec insistance lors de l’affaire Sergueï Skripal, ancien agent dudit service passé au service d’une puissance étrangère, emprisonné dans des geôles russes, échangé contre des espions russes puis ultérieurement victime d’un agent neurotoxique en mars 2018 (le novitchok). Occasionnant par là même une crise diplomatique sérieuse entre le Royaume Uni et la Russie.

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Balade forensique

De récents débats, souvent passionnés, ont en commun d’avoir eu, comme point central bien que rarement mentionné clairement, les sciences forensiques.

Celles-ci sont appelées implicitement en renfort d’une décision, pour asseoir scientifiquement son bien-fondé et donc appuyer sa conformité aux lois, réglements, voire coutumes en vigueur.

Si leur utilisation dans la résolution des crimes fait l’objet d’un consensus1, l’extension de la notion de crime2 et celle subséquente de la volonté de judiciariser un nombre sans cesse croissant de faits devraient avoir pour conséquence une utilisation de plus en plus fréquente des sciences forensiques.

Ainsi, à chaque fois que l’on veut connaître l’auteur d’un fait, donc à chaque fois qu’en cyber on parle d’attribution, ou lorsque sur un théâtre de guerre un camp veut prouver au reste du monde la culpabilité de l’autre, ou encore lorsqu’un pays veut prouver qu’un autre ne respecte pas ses engagements, on devrait faire appel aux sciences forensiques.

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Désigner un coupable peut cependant fort bien se passer de sciences forensiques, l’humanité a fonctionné pendant des années selon ce schéma. Et les sciences, ou le plus souvent leurs praticiens, ne sont pas exempts de reproches, tels Hayne et West au Mississipi dans les années 19903.

À quoi bon alors s’encombrer de ces sciences ? Simplement parce qu’elles aident à discerner le vrai du faux, le probable du moins probable, laissant toute liberté au décideur de choisir comme il le souhaite

Ce billet a pour objectif, non d’exposer en détail ce que sont les sciences forensiques, leur variété plaiderait alors pour une (longue) série d’articles, mais d’exposer quelques éléments utiles à leur meilleure compréhension. Ceci pour tenter d’éviter que n’importe quel usurpateur se drape de l’aura de ces sciences pour partager ses biais.

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Forces de l’ordre : refonder la formation

Actuellement la formation des membres des forces de l’ordre repose essentiellement sur le droit pénal. Si cela apparaît non dénué de fondement au vu de leurs missions répressives, ce point de départ a plusieurs conséquences pratiques :

  • cela les axe principalement sur l’aspect répressif de leur mission ;
  • comme ils ne consacrent pas leur vie entière au droit, ils peuvent être vus par les professions judiciaires comme des amateurs cherchant parfois à se hausser vainement au niveau des professionnels.

La conséquence de ce deuxième point est que, dès le commencement de leur exercice professionnel, ils sont confrontés à un problème de positionnement. Car les mêmes attitudes que celles décrites par Norbert Elias dans la société de cour sont encore à l’œuvre : une absence de regard d’approbation de la part de celui qui détient le pouvoir (ou le savoir), et voilà la disgrâce…

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Pourtant, il serait temps que les intéressés s’en persuadent : ils ne seront jamais considérées comme de vrais juristes par ceux qui estiment l’être (magistrats, avocats).

Mais est-ce un réel problème ?

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Croissance démographique : une qualité en soi ?

Certaines régions du monde et en particulier l’Europe sont soumises à un vieillissement de la population, qui se traduit au mieux par une augmentation de l’âge moyen de la population suite au recul de la mortalité annuelle – augmentation de l’espérance de vie – mais le plus souvent par une baisse simultanée de la natalité. Malgré des politiques favorisant une immigration de personnes jeunes pour compenser le déficit de naissances par rapport au renouvellement de la population, cette tendance semble inéluctable. En Allemagne, en 2016, le solde naturel est de – 150 000 personnes pour + 200 000 pour la France à la même période. Pour autant peut-on en déduire que la France est ou même sera plus puissante que l’Allemagne ? Non. Cependant, la stratégie implique de se poser la question du rapport de la démographie et de la puissance. Loin de vouloir être exhaustif, ce billet vise à faire réfléchir sur quelques questions simples.

La nombre est une qualité en soi ?

Si l’on prend en compte une logique malthusienne, la réponse est évidente. Un surplus de population est vue comme un handicap certain. Cette doctrine politique tirée des travaux du britannique Thomas Malthus (1766-1834) prône la restriction ou la limitation de la population, les ressources disponibles étant limitées. A cette doctrine, s’opposent des doctrines liées à la croissance, comme celles d’Alfred Sauvy, qui considèrent qu’une société qui refuse d’avoir des enfants, donc de préparer l’avenir, perd peu à peu son rang. Le débat existe toujours et ce billet ne vise pas à se positionner par rapport à ces deux doctrines opposées. Dans un monde où les ressources apparaissent comme limitées, le malthusianisme est une évidence mais force est de constater que ce que nous appelons ressources, notamment stratégiques, évolue. Si les silex constituaient manifestement une ressource importante à l’âge de pierre, ils n’en constituent plus une. De même, le pétrole ou l’uranium le seront-ils dans cent ou deux cents ans alors qu’à l’âge de pierre leur utilisation était vraisemblablement plus qu’anecdotique ?

On peut considérer que ces deux doctrines – modèles plus exactement – s’appliquent selon que l’on est dans une société technologiquement stable et fermée ou dans une société en pleine évolution et ouverte.

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Les constructions navales russes maintiennent le cap en 2017

La fin de l’année 2017 aura été rythmée par les informations concernant les priorités financières et industrielles du nouveau programme d’armement 2018-2027, faisant presque passer au second plan les retards dans la livraison de plateformes attendues parfois de (très) longue date. Pourtant, il y aura eu des admissions au service actif plus nombreuses en 2017 qu’en 2016, tandis que le tempo des mises sur cale s’est globalement maintenu. La nature des plateformes concernées évolue, avec la présence de plus en plus marquée d’unités de combat disposant d’un faible tonnage, mais ayant vocation à mettre en œuvre un armement puissant (missiles Kalibr). Alors, que faut-il retenir des constructions navales pour la flotte russe en 2017 ?

*ce bilan porte sur les forces sous-marines et les navires de combat. La construction des bâtiments de soutien logistique et de service n’est pas prise en compte, sauf mention du cas contraire.

Nouvelles unités en surface : tonnage en baisse, nombre en hausse

La marine russe aura reçu en tout 30 nouvelles unités au cours de l’année 2017, selon son commandant en chef, l’amiral Vladimir Korolev. Parmi elles figurent 8 unités combattantes (contre 3 en 2016) dont la plus importante est la frégate Amiral Makarov (Projet 11356M). Et encore, dans les faits, il s’agit d’un acte de recette signé par le MinDéf russe (in extremis) le 27 décembre 2017, au chantier naval Yantar (Kaliningrad). Le bâtiment rejoindra la flotte de la mer Noire d’ici le printemps 2018. La seconde plateforme est la corvette Sovershennyi (Projet 20380), livré finalement à la flotte du Pacifique, après 11 ans de construction dans les cales du chantier naval de Komsomolsk s/Amour. Cette corvette est le premier nouveau bâtiment de combat de surface versé à la flotte du Pacifique dans l’histoire de la marine russe contemporaine. Trois vedettes de patrouille de type Raptor (Projet 03160) ont été livrées par le chantier Pella (Otradnoe) : 2 pour la flotte de la mer Noire et une pour celle de la Baltique. Enfin, trois vedettes anti-saboteur de type Gratchonok (Projet 21980) ont été admises au service actif au sein de la flotte du Nord (2) et au sein de la flotte du Pacifique (1?).

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Robots tueurs, science-fiction, émotion et manipulation

Réalisé par le site Ban Lethal Autonomous Weapons pour sa campagne de sensibilisation Stop Killer Robots, le court métrage Slaughterbots a été présenté à Genève à l’occasion d’une rencontre sur les armes conventionnelles en novembre 2017 et a obtenu un succès fracassant sur les réseaux/médias sociaux.

À mi-chemin de la série Black Mirror et du film culte Matrix, cette fiction met en scène un essaim de minuscules drones dotés d’une technologie de reconnaissance faciale et munis de charges perforantes, qui sont ensuite utilisés par un mystérieux groupe terroriste pour commettre un massacre dans un amphithéâtre. Des centaines d’étudiants sont précisément identifiés, inlassablement traqués et froidement assassinés par des petits quadcoptères dans les couloirs d’une université. Pas de quartier. Aucune issue possible.

Vétéran mondialement reconnu de la recherche en intelligence artificielle et professeur à l’université de Berkeley, Stuart Russell conclut la vidéo coup de poing par un cri d’alarme : « Je travaille sur l’intelligence artificielle depuis 35 ans et ce film montre le potentiel qu’apportent la miniaturisation et la militarisation pour des technologies qui existent déjà. Il est énorme, car elles peuvent tuer des humains et mettraient en péril notre sécurité et notre liberté. »

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Et l’Amérique découvre la guerre au Sahel

Le 4 octobre dernier, quatre Bérets verts américains et cinq soldats nigériens trouvaient la mort dans embuscade dans le nord du Niger. L’affaire, d’abord passée presque inaperçue, prend depuis une ampleur grandissante. Le peuple américain (re)découvre la guerre en Afrique, et également l’engagement de leurs alliés français.


 Photo: des soldats américains des forces spéciales, pleurent leurs camarades tombés au feu au Niger – Gaston de Garden, AFP.

Les faits: le 4 octobre, des membres des forces spéciales américaines de l’US Army (les fameux « Bérets verts ») partent en mission dans le nord du Niger. Les 12 américains et 30 nigériens y sont alors pris en embuscade par des dizaines d’adversaires. Quatre américains et cinq nigériens trouvent la mort dans les premiers instants.

Tout ce que l’on sait à ce stade, est que les américains circulaient en pick up et non en véhicules blindés, et ont agi sans les français, aussi présents sur zone dans le cadre des opérations Sabre et Barkhane. Ce sont toutefois ces derniers qui ont dû intervenir avec des moyens aériens (chasseurs et hélicoptères) pour évacuer américains et nigériens.

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Pacifique : la flotte oubliée

Les tensions dans la péninsule coréenne sont venues rappeler, si besoin en était, que la zone Asie-Pacifique recèle d’une série de défis sécuritaires « durs ». Revendications territoriales, menace de nucléarisation des États de la région, mise en exergue de récits nationalistes, remilitarisation des espaces littoraux et insulaires constituent quelques uns des éléments du terreau crisogène régional. Face à ces défis, la flotte russe du Pacifique se trouve relativement désarmée, et ne souffre en tout cas guère la comparaison avec les flottes voisines japonaise, chinoise et américaine. A l’approche de l’échéance du programme d’armement 2011-2020, une chose est sûre : le « pivot asiatique » russe n’a « navalement » pas eu lieu.

Des ambitions asiatiques catalysées par la crise de 2014

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