Vseslav de Polotsk et Dovmont de Pskov, princes russes de légende

La Russie médiévale, méconnue du grand public francophone, ne manque pas de hauts faits et de personnages passés au statut de légende dans les chroniques et contes. Parmi tant d’exemples, deux peuvent être cités pour leur importance dans l’Histoire Rus’ : Vseslav de Polotsk et Dovmont de Pskov.

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Dovmont de Pskov

Tous deux surent lutter contre l’adversité avec des fortunes diverses, et marquèrent leur époque et l’avenir en asseyant l’indépendance des territoires leur étant assujettis.

I Vseslav, le Prince Sorcier 

Vseslav de Polotsk (1039-1101) fut l’une de ces figures ayant marqué les esprits et désormais célébré sur les terres du Bélarus. À Polotsk comme il se doit, là où il régna et mourut, là où la gloire l’inscrivit sur les tablettes de l’Histoire et où la tradition populaire en fit un mythe national.

Ce souverain passa à la postérité sous bien des dénominations, Vseslav de Polotsk (ou de Kiev est-il parfois couché) étant la plus neutre. Mais il est aussi possible d’y trouver des références en tant que Vseslav le Sorcier ou le Prophète. Une manière de camper le personnage…

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Éthique de conviction

Max Weber, bien qu’avocat et docteur en droit, est considéré comme un des fondateurs de la sociologie. Signataire du traité de Versailles en 1918 et ayant participé à la rédaction de la constitution de Weimar, il est aussi (plus ?) célèbre pour avoir énoncé que l’État a le monopole de la violence légitime (ce qui, au passage, est une drôle de manière de définir l’État, car énoncer que sa caractéristique essentielle est la violence ne donne pas confiance…) et pour avoir distingué l’éthique de conviction de celle de responsabilité dans son ouvrage Le savant et le politique. L’actualité nous montre une illustration de cette dichotomie.

Pour Weber donc, il y a deux éthiques de l’action politique, l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité. Plutôt que de gloser sur ces termes et de les paraphraser, autant revenir à la source :

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L’Echo du mois avec Nicolas Bouzou – Penser l’innovation

Economiste et essayiste, auteur de plusieurs ouvrages de référence en économie, intervenant régulièrement dans le débat public, Nicolas Bouzou vient de publier un ouvrage intitulé « L’Innovation Sauvera le Monde ».

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Votre dernier essai intitulé « L’innovation sauvera le monde » vient d’être publié chez Plon. Ce titre  témoigne d’une vision optimiste du futur que vous modérez dès la première page de votre ouvrage par un second titre moins « vendeur » et plus pessimiste : « Comment l’innovation contribue à la montée de l’extrémisme et du fondamentalisme ». Quelles sont les pistes à suivre pour que l’innovation ne provoque pas plus de turbulences qu’elle n’apporte de solutions ?

L’innovation génère forcément des turbulences et des crises. C’est l’essence même du processus de destruction-créatrice schumpétérien. La question n’est pas de les éviter car c’est impossible, mais de faire en sorte qu’elles soient acceptées par le corps social et non pas rejetées, ce rejet prenant notamment la forme du nationalisme politique et du fondamentalisme religieux, deux forces très puissantes dans notre monde contemporain. Deux éléments sont nécessaires. D’une part, une politique publique articulée autour de la flexibilité et de la formation qui donne des perspectives aux victimes de la destruction-créatrice. D’autre part un socle philosophique de croyances qui renforce l’attrait de la démocratie libérale qui caractérise la civilisation occidentale. Comme je le montre dans le livre, nous avons à ce titre tout à la fois besoin d’une spiritualité (c’est la question du sens de ces innovations) et de valeurs (c’est la question de la régulation de ces innovations).

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Aspects géopolitiques de la Hongrie post-communiste (II)

L’auteur du texte fréquente la Hongrie depuis 1969. Il a ainsi pu observer successivement : le long règne de Janos Kadar, 1er ministre et secrétaire général du Parti Communiste; la fin du régime qui a commencé dès 1988, un an avant la chute du mur de Berlin; la déchirure physique du rideau de fer par les autorités hongroises; la capture du pays par le binôme OTAN/UE, avec la reconversion des apparatchiks communistes au capitalisme; enfin l’apparition récente d’un nouveau profil de dirigeant en la personne de Viktor Orban, premier ministre actuel.

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Partie II

REVEIL DES NATIONALITES EN EUROPE CENTRALE ?

Axe central de la «construction européenne», la destruction intellectuelle et politique du principe de nationalité vise en particulier l’éradication de la mémoire historique en la transformant en muséologie. Alors qu’elle progresse en Europe occidentale, cette entreprise rencontre une résistance larvée en Europe centrale en raison d’une conception commune de la société qui considère la mémoire historique comme une continuité vivante du passé vers l’avenir. Cette conception explique une mésentente culturelle entre l’ouest et l’est de l’Europe que l’inculture de ses maîtres conduit à négliger dans sa réalité et ses conséquences. Dans ce registre, l’Histoire dira plus tard si la Hongrie aura, une fois encore, ouvert une voie.

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Aspects géopolitiques de la Hongrie post-communiste (I)

L’auteur du texte fréquente la Hongrie depuis 1969. Il a ainsi pu observer successivement : le long règne de Janos Kadar, 1er ministre et secrétaire général du Parti Communiste; la fin du régime qui a commencé dès 1988, un an avant la chute du mur de Berlin; la déchirure physique du rideau de fer par les autorités hongroises; la capture du pays par le binôme OTAN/UE, avec la reconversion des apparatchiks communistes au capitalisme; enfin l’apparition récente d’un nouveau profil de dirigeant en la personne de Viktor Orban, premier ministre actuel.

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«Celui qui ne sait pas d’où il vient, ne sait pas où il va, parce qu’il ne sait pas où il est» (Otto de Habsbourg)

Partie I

La Hongrie entretient avec sa mémoire historique une relation singularisée par son intensité dramatique et son poids dans la conscience collective. Ce syndrome s’explique par une confrontation de 10 siècles avec des puissances intrusives autant déterminées à mater un peuple réfractaire à la domination, qu’à s’emparer d’un espace – le bassin des Carpates, ou Pannonie – idéalement favorable aux plans économique et militaire. Ces facteurs forment une trame de contradictions et de conflits qui continue, jusqu’au 21ème siècle, de déterminer l’équilibre  géopolitique précaire de la Hongrie, ballotté entre l’est et l’ouest.

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Surprise stratégique : cigale ou fourmi ?

Jeudi saint 1519, des navires de l’expédition Cortes s’arrêtent à San juan de Ulua, le futur port de Veracruz, reconnu dès l’expédition Grijalva. Deux calipixques (capitaines) de l’empereur Moctezuma viennent les voir pour se renseigner. Montés à bord des vaisseaux et bien accueillis, ils offrent des cadeaux aux Espagnols et les prennent pour des demi-dieux. Le dimanche de pâques, le gouverneur aztèque de la région Teuthlille, avec une délégation, vient rencontrer Cortes. Aussitôt débarqués, ils partent rendre compte de leur mission à l’empereur Moctezuma, à Mexico-Tenochtitlan. Pour l’empire Aztèque, il s’agit d’une surprise stratégique majeure qui mènera à sa perte.

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Plus proche de nous, l’effondrement militaire et politique de la France en mai-juin 1940 est la surprise stratégique majeure du début de la Seconde Guerre mondiale à la suite d’une surprise tactique sur la Meuse (concentration des feux aériens à  Sedan). Ce sera fatal à la IIIème République. La surprise stratégique serait donc mortelle malgré des dispositifs de renseignement…

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D’Euromaïdan à la Crimée : la double surprise stratégique

L’Ukraine est un pays européen singulier dont l’histoire se confond sur une très grande période avec celle de la Russie. Territoire souvent convoité par des puissances parfois éloignées géographiquement, il fut à la fois scythe, grec, russe, polono-lituanien, turc, génois, austro-hongrois et même pour un temps bref, allemand. La dissolution de l’Union Soviétique, si elle permit au pays de recouvrer son indépendance, libéra dans le même temps un conflit larvé avec la Russie, se cristallisant autour de la base de Sébastopol et la flotte de la Mer Noire en Crimée. Sur le plan interne, cette jeune nation fut sempiternellement tiraillée par des orientations contraires et une corruption endémique laissant le pouvoir aux intrigants et aux oligarques : les héros et héroïnes d’un jour pouvant se retrouver parias le lendemain.

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Cette instabilité chronique ne facilita pas les échanges avec l’Union Européenne, l’OTAN ou la Russie. L’année 2014 se révéla décisive sur le plan intérieur, accouchant d’une Ukraine gigogne dont les effets perdurent en 2016.

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Le cygne noir – La puissance de l’imprévisible de Nassim Nicholas Taleb

Nassim Nicholas Taleb, né en 1960 à Amioun au Liban, est un écrivain et essayiste libano-américain, spécialisé en épistémologie des probabilités et praticien en mathématiques financières. Il est le père de la célèbre théorie du cygne noir qu’il présente dans l’ouvrage « Le cygne noir – la puissance de l’imprévisible » en 2007.

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Cette courte recension présente la notion de « cygne noir » avant de synthétiser la thèse de Taleb mais n’a pas la prétention de présenter tous les arguments déroulés dans l’ouvrage.

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