F-35 & Big Data : épée de Damoclès pour la France et l’Europe ?

Le couperet est tombé. Malgré les offres généreuses, industriellement parlant, des britanniques et des français (hors appel d’offres pour ces derniers), la Belgique a choisi comme nouvel avion de combat le JSF F-35 de Lockheed Martin. Bruxelles ferme ainsi la porte au FCAS européen, livrant un peu plus le continent au très « vorace » programme américain.

Illustrations – Lockheed Martin

 

Gouffre financier, impasse technologique, concept stratégique erroné… le programme « Joint Strike Fighter » essuie les plâtres. Il représente pourtant une certaine idée du futur du combat aérien. Si le développement et le déploiement désormais bien engagé du F-35 rencontreront encore de nombreuses difficultés, il s’agit pour nous, observateurs français, de ne pas adopter systématiquement la posture de « F-35 bashing », mais plutôt d’envisager la 5ème génération d’avions de combat avec les enjeux qu’elle crée, et en premier lieu ses incroyables capacités de fusion de données.

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Lorsque le GRU fait l’Europe buissonnière

L’affaire avait défrayé la chronique en ce début du mois d’octobre 2018 : plusieurs agents du GRU (le service de renseignement militaire) auraient tenté en avril 2018 de pirater les communications de l’OIAC (Organisation d’Interdiction des Armes Chimiques) sise à La Haye. Capturés par le contre-espionnage néerlandais, ils ont été expulsés du pays non sans en médiatiser leur sortie, y compris avec photographies à l’appui. Un procédé extrêmement rare dans l’univers feutré du renseignement.

Cette occurrence n’en est pas moins le nouvel avatar d’une liste de griefs à l’encontre d’une agence bien moins réputée que ses homologues russes du secteur civil que sont le SVR et le FSB mais non dépourvue de moyens réels pour fomenter des opérations matérielles ou immatérielles à l’étranger.

Son nom a ressurgi avec insistance lors de l’affaire Sergueï Skripal, ancien agent dudit service passé au service d’une puissance étrangère, emprisonné dans des geôles russes, échangé contre des espions russes puis ultérieurement victime d’un agent neurotoxique en mars 2018 (le novitchok). Occasionnant par là même une crise diplomatique sérieuse entre le Royaume Uni et la Russie.

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Du fort au fou

La réunion de l’Assemblée générale des Nations-Unies de fin septembre 2018 restera probablement dans les annales de la diplomatie multilatérale. Point besoin de s’étendre ici sur le fond de ce qui a été dit, les commentaires acerbes pleuvent déjà depuis hier. Plus intéressantes sont les implications de ce jeu – plus réellement – diplomatique. La posture du Président des Etats-Unis semble ainsi de plus en plus dictée par ses humeurs – non pas que ce soit une découverte – et ses volontés. De fait, la diplomatie américaine, du moins celle incarnée par son chef et ses subordonnés immédiats, apparaît de moins en moins pondérée et, surtout, de moins en moins rationnelle. La part de l’affect qui semble guider D. Trump dans ses choix et ses discours pose toutefois un certain nombre de problématiques en termes de relations bi et multilatérales.

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Espaces inexplorés, territoires à explorer ?

Sans doute la question ainsi posée interpelle : un milieu inexploré doit-il impérativement être exploré ? Et, par la magie de la sémantique, comment un espace devient-il un territoire ? Au-delà de cette double interrogation géographique, spatiale et philosophique, l’idée de cet article est de parcourir trois espaces méconnus qui environnent l’espèce humaine et en façonnent sa destinée : les fonds océaniques, l’espace et le cyberespace.

(Source)

Avec pour particularité pour ce dernier d’être entièrement artificiel, fruit de l’imagination de notre espèce, devenu un domaine hybride (virtuel et réel) au fil des évolutions techniques et technologiques successives. Continue Reading

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Frontières économiques et territoires

La conquête de nouveaux territoires a longtemps été le moteur des peuples avant de se stabiliser en grande partie à partir des années 1990.

Désormais les conflictualités économiques ont pris le pas sur les prétentions territoriales, qui bien que toujours existantes utilisent moins fréquemment les forces armées.

La présidence Trump et sa doctrine protectionniste agressive illustre parfaitement cette guerre commerciale qui fait rage. Tournant historique ou simple recommencement d’un cycle existant? Voici quelques éléments de réflexion à ce sujet dans le cadre du dossier estival d’EchoRadar dédié aux territoires.

Source

Définitions et historique

Avant de développer le sujet des frontières économiques, il est important de rappeler qu’en droit international, la notion d’État est définie à partir de trois éléments constitutifs :

une population ;
un gouvernement ;
– un territoire.
Le territoire est l’espace à l’intérieur duquel l’État souverain exerce ses compétences. Il est constitué :
– du territoire terrestre qui comprend le sol, le sous-sol et les voies d’eau intérieures ;
– du territoire maritime constitué des eaux intérieures, mers territoriales jusqu’à 12 milles marins, la zone contiguë, la Zone d’économie exclusive (ZEE) et le plateau continental ;
– du territoire aérien situé au-dessus des territoires terrestre et maritime.

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Territoires et empire

Le dossier estival d’Echoradar a pour thème les territoires (voir présentation du thème). Cela m’a donné de réfléchir à l’empire, sujet qui me taraude depuis quelque temps, comme alternative à l’État-nation. Quels sont les avantages de l’empire ? pourquoi ceux-ci ont-ils disparu ? peuvent-ils ressurgir ? Bref, cette forme politique qui a dominé de multiples zones de l’humanité à travers les siècles a certainement des atouts qu’il s’agit d’analyser, ce qui ne signifie évidemment pas que nous dressions un plaidoyer pour l’empire.

source : l’empire mongol de Gengis Khan.

L’empire a mauvaise presse. Qu’il s’agisse des formes anciennes de domination directe ou de l’impérialisme attribué à l’hégémon américain, chacun y dénonce un pouvoir distant et oppresseur. Or, les historiens distinguent plusieurs formes d’empire et il faut se défier de notre représentation immédiate de ce concept. H. Inglebert propose ainsi cinq types différents d’empire : grands royaumes régionaux, hégémonies régionales, empires commerciaux, empires tribaux des steppes et empires à prétention universelle (1). Constatons que nous pensons plutôt au cinquième type lorsque nous parlons d’empire. H. Inglebert précise qu’un empire doit maîtriser quatre aspects : l’extension spatiale et la maîtrise des communications ; le contrôle politique différencié de différents segments de la population ; la capacité administrative à exploiter la population ; l’autoreprésentation du pouvoir central et son influence culturelle sur les élites centrales et locales. L’empire, c’est d’abord la sujétion de territoires périphériques par un pouvoir central. Ne nous y trompons pas, il y a bien au préalable un rapport de force et de domination. Omettre cette sujétion première, c’est ne rien comprendre à la dynamique politique à l’œuvre depuis quatre siècles qui conduisit à la disparition des empires.

 
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Mondialisation et territoires

Le sujet semble facile voire éculé ; tout ou presque aurait déjà été écrit sur la mondialisation et le phénomène serait maintenant parfaitement compris ; ses évolutions deviendraient anticipables. Le rapport de la mondialisation au territoire a toujours été complexe. Interdépendants et pourtant opposés, les deux n’ont cessé de constituer depuis le milieu du XXe siècle un couple thermodynamique central dans la compréhension de l’économie politique mondiale. Le territoire peut d’ailleurs être considéré suivant plusieurs échelles – c’est même le propre de la géographie économique – ces mêmes échelles se répondant, voire s’opposant. Continue Reading

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La Nouvelle Calédonie, clé de voûte de notre « pivot Pacifique » ?

Alors que les grands enjeux stratégiques de notre monde se déplacent vers l’Extrême Orient, ce sont 1,7 millions de français qui vivent dans cette zone Indo-Pacifique, avec au cœur, la Nouvelle Calédonie et son référendum d’indépendance à venir. Un moment clé à l’heure où à Paris, les décideurs tentent de faire exister la France à l’autre bout du monde. 

Images et illustrations: Armée de l’air, Marine Nationale, ministère des Armées, RAAF.

Il existe un éternel débat en France sur la place à donner aux territoires ultramarins. A la remorque de la métropole pour certains, pas assez autonomes pour d’autres, il n’en demeure pas moins que du point de vue du stratège, le soleil de se couche jamais vraiment sur la « l’archipel France » (un plaisir que de ravir cette formule à l’Angleterre victorienne !).

En réalité, il n’y a pas aujourd’hui un territoire en outre-mer qui ne soit confronté à un enjeu sécuritaire majeur: Orpaillage illégal et accès à l’Espace (centre de tir de Kourou) en Guyane, violence accrue des ouragans et narcotrafic aux Antilles, piraterie et immigration pour Mayotte et La Réunion, course internationale aux ressources du pôle Sud pour les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)… Les armées françaises, notamment la Marine Nationale qui doit couvrir une incroyable ZEE de 10 millions de km², mais également la Gendarmerie, la Police ou les Douanes, mènent donc en tout temps et en tout lieu des missions de préservations des intérêts et de la sécurité de la Nation.

Or, après avoir longtemps demeuré en Europe, et dans l’Atlantique Nord, le centre du gravité des affaires mondiales s’est désormais déplacé dans la zone Asie/Pacifique. C’est un constat unanime, découlant du formidable réveil chinois, et qui avait amené Barack Obama à massivement réorganiser le déploiement des forces américaines vers la zone Pacifique dès son premier mandat.

Si les crises ukrainienne et syrienne, marquant le retour en force de la Russie, mais aussi du terrorisme islamiste sur le sol européen, ont amorcé une pause dans ce fameux mouvement de pivot américain en montrant qu’on ne pourrait si aisément se détourner des historiques enjeux européens, africains, ou du Levant, les planificateurs occidentaux portent de nouveau, déjà, leur regard sur le Pacifique.

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