Qui ose gagne ! Ou comment nos entreprises devraient apprendre à chasser la croissance en meute

Il y a quelques mois, votre serviteur participait à l’une de ces innombrables réunions où industriels, chercheurs et représentants de l’État se retrouvent pour faire un point d’avancement sur un projet. Sans doute assez justement à certains égards, certaines légendes urbaines [1] voudraient que l’État soit inefficace, impécunieux et parfaitement déconnecté des rouages industriels. En réalité, il n’en est rien puisque de plus en plus nombreux sont ses serviteurs à être passés par une structure privée [2].

Apprendre à chasser la croissance…ensemble ! (source)

Cela tombe à point car il arrive même que les représentants étatiques connaissent bien sinon parfaitement les rouages des financements des projets et, cerise sur le gâteau, maîtrisent même les tenants et les aboutissants techniques d’un projet ! Les industriels qui, normalement, devraient se réjouir d’avoir de tels interlocuteurs en vis-à-vis peuvent vite révéler, dans ce cas, certaines lacunes quand ce ne sont pas des limites. Continue Reading

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« Houston, we’ve got a problem »…So, hack !*

5 février 1971, orbite lunaire.
Alors qu’il vient de se séparer du Module de Commandement qui va rester attendre en orbite le module de remontée, Antares, le Module Lunaire (ML) d’Apollo 14, va pouvoir débuter sa descente en direction du cratère Fra Mauro. Apollo 13, la mission précédente qui faillit se terminer en tragédie, est encore dans l’esprit des milliers d’ingénieurs participant à ce « grand pas pour l’Humanité ». Pourtant, Apollo 14 va connaître une panne et un dysfonctionnement majeur en début puis en cours de descente.
Image illustrative de l'article Apollo 14

L’équipage d’Apollo 14

Pour le dysfonctionnement, un contournement logiciel assimilable à une forme de piratage informatique permettra la réussite de cette mission. Retour sur un événement oublié de la conquête spatiale où l’ingéniosité et cette fameuse part de chance permirent un succès indéniable.

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Cyberattaque TV5 Monde : premiers enseignements et recommandations

A la différence de l’affaire Sony en décembre 2014 [1] pour laquelle j’avais attendu que la poussière retombe, difficile cette fois-ci de se retenir tant l’emballement médiatique, les (sur)interventions ministérielles et l’aspect « brèves de comptoir » de certains « experts » aura consterné quelques uns d’entre vous/nous dont les camarades d’EchoRadar [2].

En quelques mois, ces trois affaires cyber majeures permettent de tracer une certaine dynamique médiatique : le piratage de Sony USA, la vague de subversion #OpFrance [3] après les attentats de janvier 2015 à Paris et l’interruption de la diffusion de TV5 Monde durant presque 20 heures la semaine dernière. Techniquement différentes, notamment parce qu’il est plus simple d’exploiter la vulnérabilité d’un site internet pour en modifier le contenu que de pénétrer un système d’information (SI). De plus, et dans ces cas d’intrusions (Sony, TV5 Monde), l’objectif final était d’exfiltrer de l’information et de déclarer son forfait (Sony) avant que l’attaque  ne soit avérée quand pour TV5 Monde l’attaque fut silencieuse, probablement coordonnée, parfaitement exécutée et revendiquée à l’issue.

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Empire romain et renseignement

Asseoir une puissance militaire, économique et politique ne relève pas uniquement du nombre de fantassins ou de l’avance technologique. Pour l’avoir oublié, les attentats du 11 septembre 2001 sont venus cruellement rappeler aux États-Unis et au reste du monde qu’il faut préalablement être bien informé afin d’apprendre à mieux connaître son ennemi, sa façon de penser, mesurer ses forces et ses faiblesses, le désinformer au besoin, etc.

L'Empire romain sous Trajan

L’Empire romain sous Trajan – La Documentation française

Ce principe est parfaitement illustré par les opérations militaires actuelles en Irak, en Afghanistan et, dans une moindre mesure au Pakistan : un rapport de forces a priori très déséquilibré n’est pas suffisant pour l’emporter sur le terrain. Le parallèle qui peut être fait entre les États-Unis, superpuissance mondiale depuis plus d’un demi-siècle et l’Empire romain il y a deux millénaires, semble suffisamment pertinent pour s’y intéresser. Continue Reading

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Docteur Folamour et Mister Jacques (Chirac) ou la reprise des essais nucléaires français en 1995

Le Président de la République vient de réaffirmer cette semaine, sur la base aérienne d’Istres, la nécessité de maintenir et de moderniser notre dissuasion nucléaire [1]. Construite depuis plus d’un demi-siècle, elle est jalonnée de faits marquants tant du point de vue politique, technologique et donc historique. L’occasion était donc toute trouvée d’exhumer un article écrit en août 2012 qui concernait la surprenante reprise des (derniers ?) essais nucléaires en 1995  par Jacques Chirac, à peine élu Président de la République.

A l’occasion du 14 juillet 2012, le débat confisqué voire tabou de la dissuasion nucléaire a refait surface [2] en pleine crise financière et dans l’incertitude des bouleversements géopolitiques en cours. De Michel Rocard au général Norlain, un courant de pensée, fragile mais novateur, vient interroger un domaine qui parait jusqu’ici sanctuarisé. Dans la déjà longue histoire de la dissuasion nucléaire française, l’épisode de la reprise des essais nucléaires en 1995 demeure étrange et conserve sa part de possibles secrets d’État.

(Source)

Pour essayer de comprendre ce qui a pu motiver cette inhabituelle prise de risques, nous allons replonger 17 années en arrière tout en soulignant la prégnance de la doctrine nucléaire française dans la conduite des affaires stratégiques de la 5ème République. Continue Reading

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Wunderwaffen : le miracle n’est pas venu du ciel

Si le régime nazi incarne sans conteste le « mal absolu », l’histoire des sciences et des technologies pourrait cependant retenir de cette sombre période des avancées réelles et, parfois, des ruptures technologiques directement issues du conflit de la Deuxième guerre mondiale. Quelques projets emblématiques, parmi les innombrables à avoir été développés, auront durablement marqué les esprits durant la guerre et l’après-guerre. Si, presque immédiatement, les fusées V1 et V2 viennent à l’esprit, il existe pourtant une pléthore d’armes à être restées, pour la plupart, cantonnées dans quelques brillants cerveaux et aux tables à dessin.

Horten Ho IX (Source)

Pour d’autres, notamment dans le domaine aéronautique, les essais en vol voire une utilisation opérationnelle ont pu souligner la supériorité que ces armes, qualifiées de miraculeuses (“Wunderwaffen”), auraient apportées au IIIème Reich s’il ne s’était heureusement écroulé en 1945. Cet article cherche, à travers quelques exemples emblématiques, à illustrer la rupture que ces armes auraient pu entraîner dans le domaine aérien. Continue Reading

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Armes de rupture, armes miraculeuses ? Un dossier EchoRadar

Qu’y a-t-il de commun entre les “bouches à feu” (canons) françaises des victoires de Castillon (1453) et de Marignan (1515), les galéasses vénitiennes de la bataille de Lépante (1571), l’introduction du tank durant la Première guerre mondiale ou les fusées nazies V1 et V2 de la Deuxième guerre mondiale ? En apparence, il paraît difficile sinon impossible de répondre à une telle question. En apparence seulement ! Car, ce qui relie ces différentes inventions, c’est la rupture technologique qu’elles symbolisent et, pour leurs chefs militaires, le souhait – parfois l’utopie – de changer l’issue de la bataille sinon de la guerre par leur emploi.

sabre_laser

Cette rupture caressée, envisagée et, parfois, réussie, peut revêtir diverses formes sans être nécessairement tactiques ou même stratégiques au sens militaire. Toute technologie de rupture, aussi innovante soit-elle, n’entraîne pas nécessairement d’application concrète dans le domaine militaire. Une rupture sur un champ de bataille donné peut se révéler un handicap déterminant sur un autre champ de bataille. Le passage, au tournant du 21ème siècle, de conflits symétriques à des conflits de basse intensité et asymétriques procure de nombreux exemples. Ce qui nous offre là le second axe de notre dossier. Continue Reading

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Corée du Nord, au-delà du buzz…

EchoRadar est un label de blogs fédérant des professionnels et des passionnés de géopolitique, de défense, de sécurité et de technologie. Pour autant, nous sommes enthousiastes à accueillir toutes les contributions y compris celles d’auteurs inconnus du grand public. C’est pourquoi nous sommes heureux d’accueillir notre premier auteur invité, Arthur V. Guri. Spécialiste des relations internationales, il nous propose une vision de la Corée du Nord un peu décalée, hors des images convenues. Un mini-dossier en trois parties dont le premier acte est à lire dès demain.

Force est de constater qu’il se dit beaucoup de choses sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC) [1] – ou « Corée du Nord » pour les intimes. Sur la toile, on aura par exemple pu tomber sur :

  • un tumblr sur les Kim qui regardent des choses [2],
  • une liste des « 10 choses les plus insolites que vous ignoriez sur la RPDC» [3],
  • et une pléthore d’annonces – déjà un peu plus sérieuses et devenues récurrentes – de mouvements militaires pour le moins anxiogènes par le régime du Nord.

Cela étant, force est également de constater que la situation géopolitique de la RPDC est complexe, à plus forte raison pour le lecteur occidental peu familier avec cette région du monde, ses codes et son histoire. La bonne compréhension des enjeux de sécurité et de défense de cette zone, qui nous intéressent ici, passe donc très certainement par des analyses plus globales et systémiques que la simple prise de connaissance des dernières menaces proférées par le régime de Kim. Or, à l’heure actuelle, il est parfois difficile de trouver des analyses approfondies en langue française quant à la situation de la RPDC [4]. Continue Reading

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