James Bond, un fantasme

Les héros populaires sont populaires. Pas forcément véridiques. Ce n’est pas parce que des institutions qui définissent le « convenable » comme le New-York Times ou Le Monde publient des pleines pages sur Gérard de Villiers que SAS est vraiment un manuel de géopolitique, malgré la formule. Au moins n’est-il pas faux, ce qui n’est déjà pas mal. Disons pourtant qu’il y a mieux pour découvrir la situation géopolitique d’un pays, même si les ouvrages conseillés seront plus austères et moins affriolants, n’en déplaise à Chris Jones et Milton Brabeck, armés comme chacun sait de la puissance d’un porte-avions avec le cerveau d’une mouche. Au moins SAS tient-il le rôle d’un agent de terrain, faisant du ROHUM, quelque rocambolesques et peu crédibles que soient ses aventures.

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Ce n’est pas le cas de James Bond qui est tout sauf un espion. Ou alors, qu’est-ce qu’un espion ?

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Et maintenant, quelle stratégie de l’Etat Islamique ?

A la suite des attaques du 13 novembre, on a lu finalement peu d’analyses de la stratégie de l’État Islamique (EI). Certains ont remarqué un « changement de stratégie ». Disons qu’il y a eu une rupture apparente. Toutefois, celle-ci est-elle significative de la stratégie de long terme de l’organisation ?

Daesh exécute une trentaine d'otages éthiopiens chrétiens en Libye.

Daesh exécute des otages éthiopiens chrétiens en Libye

En effet, jusqu’à présent, l’Etat Islamique s’était démarqué d’Al Qaida (AQ) en inventant une stratégie « au près », visant à contrôler un territoire d’où s’étendre. Il avait ainsi tiré profit de deux États en guerre civile où les conditions politiques sont plus celles d’États faillis que d’États solides : Irak et Syrie. En Irak, la division du pays en trois régions et la domination du parti chiite à Bagdad laissaient la question des Arabes sunnites ouverte. C’est ce terreau qu’a utilisé l’ex « Al Qaida en Irak » pour renaître et se transformer, très probablement avec l’aide des cadres husseinistes qui apportèrent organisation et structuration militaire. En Syrie, la guerre civile qui perdure laissa le champ à de nombreux groupes rebelles, tout sauf unifiés. Aussi l’EI s’étendit-il peu à peu des deux côtés de la frontière. Personne n’y faisait attention jusqu’à ce que l’EI (alors EIIL, en Irak et au Levant, avant de simplifier en EI) prenne le contrôle de villes importantes en Irak (Mossoul, Falloujah) et de vastes portions de territoire en Syrie, quitte à combattre les Al Qaidistes syriens (front Al Nusrah) et les autres rebelles, même islamistes.

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Artificialités futures – Quelques réflexions stratégiques autour des robots

Les robots suscitent plusieurs séries de questions stratégiques. Précisons d’emblée ce que nous entendons par robot : tout dispositif tangible (un programme informatique n’est donc pas un robot) qui se déplace de façon autonome mais contrôlée (pas de pilotage direct, comme pour une voiture ou un avion, mais un pilotage distant), de façon adaptée à son milieu (un drone est un robot aérien), et spécialisé dans certaines tâches (un robot n’a donc pas la complétude d’actions que peut avoir potentiellement un combattant).

http://www.nouvellestechnologies.net/images/l/ls3/LS3-AlphaDog.jpg (Source)

Quelles sont ces questions ?

La première pose la question de leur utilité individuelle.

La seconde envisage celle de leur action de groupe et de leur co-action avec les hommes.

La troisième regarde leur intégration au cyber.

La quatrième pose la question de leur intelligence, c’est-à-dire leur capacité à prendre des décisions autonomes, jusque et y compris à tuer (thème des robots tueurs).

Enfin et de façon transversale, on peut évoquer la dimension technologique, donc capacitaire, notamment de la part de nations réticentes à engager des hommes sur le terrain (ou économes en hommes). Continue Reading

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Artificialités futures (robots, villes intelligentes)

EchoRadar vous propose un nouveau dossier, intitulé « Artificialités futures ». En effet, quand nous avons commencé à y réfléchir, deux thèmes ont retenu notre attention : celui de la ville intelligente (smart city) et celui des robots. Ils ne sont pas directement liés mais présentent toutefois des caractéristiques communes. Tous deux présentent déjà des prototypes assez aboutis, qui ne sont pourtant que les ébauches de systèmes futurs, tous les deux artificiels, qui affecteront en profondeur nos manières de vivre (la ville intelligente) et de guerroyer (le robot).

robots militaires (Source)

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TV5: le piège

A écouter de si nombreux « experts » sur les réseaux, j’avoue tout d’abord avoir été agacé (je ne suis pas le seul). Qu’il soit dit qu’il n’y a aucune jalousie puisque j’ai été moi-même démarché (Europe 1, BFM, Euronews) sans avoir pu répondre favorablement. Mais j’ai découvert une liste d’experts de cybersécurité, cyberjihadisme et cyberdéfense dont je n’avais jamais entendu parler… N’insistons pas, je risquerais de faire du mauvais esprit.

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Cela m’a agacé pour d’autres raisons. Notamment l’obscénité de voir le tintamarre audiovisuel pour cette agression, comparé au traitement « retenu » du massacre de 150 étudiants au Kenya. Bref, un « confrère » était attaqué, voici donc que tous nos rédacteurs en chef se sentent soudain concernés (c’est chaud, ça, coco) des fois qu’ils soient les cibles des terroristes, sans même parler de la sacro-sainte liberté d’expression, (n’est-ce pas un mini Charlie, coco ?). Allons maintenant au fond des choses.

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APT : non pas quoi mais qui

Il y a trois ans, le mot APT (Advanced Persistent Threat) était le plus tendance du milieu cyber. Tout le monde le prononçait d’un air entendu, expliquant qu’il s’agissait d’un nouveau type de menaces. Les spécialistes d’entreprises de cybersécurité montraient leurs « solutions », les revues de directeurs de SSI ou de sécurité s’interrogeaient gravement, les journalistes faisaient leur travail en répercutant ce souci général.

A l’époque, comme tout le monde, j’avais essayé de comprendre : voici donc des menaces : bien ! Rien de bien nouveau. Elles sont persistantes : j’en déduis donc que par rapport à ce qu’il y avait « avant », celles-ci s’inscrivaient dans une plus longue durée. Soit ! Enfin elles étaient « avancées ». Fichtre ! là, il fallait écouter les informaticiens et autres hommes de l’art pour nous expliquer en quoi c’était vraiment « avancé » et donc à la pointe de l’innovation, donc de la menace. S’agissait-il d’une nouvelle technique ? de procédés inédits ? Malheureusement, on obtenait des réponses évasives qu’on mettait sur le compte de la complication inhérente à ces suites de zéros et de uns, indicibles au vulgum pecus.

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Le nucléaire est-il une arme décisive et miraculeuse ?

S’il est une arme qui paraît « miraculeuse », au sens où elle décide de l’issue de la guerre, c’est bien l’arme nucléaire. Elle fut l’objet d’une course aux armements dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, course finalement gagnée par les Américains, non d’ailleurs contre les Allemands mais contre les Japonais. Cependant, il convient de relativiser un peu le miracle occasionné, tout comme on peut interroger la notion de décision qui accompagne désormais l’usage militaire de l’atome.

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I Notion stratégique de Wunderwaffen

Qu’est-ce que les Wunderwaffen ? S’agit-il d’armes miraculeuses, ce qu’une traduction immédiate suggèrerait ? ou d’une arme décisive, apte à retourner le cours de la guerre ? Le Wunder est un « miracle » mais wunderbar signifie « formidable ». Définissons donc cela brièvement, hors de tout arrière-plan historique (discours de propagande allemand en 1944 et 1945) : la Wunderwaffe serait alors une arme dont les caractéristiques techniques permettent d’emporter localement la décision, d’inverser le rapport de force voire de modifier le cours du conflit.

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L’Echo du mois avec Sylviane Toporkoff – « Global Forum – Shaping The Future »

L’Echo du mois permet d’échanger, au travers d’un entretien,  avec des personnalités dont l’action s’inscrit dans les thèmes relatifs à la stratégie, à ses diverses variantes, à ses évolutions technologiques et à leur influence sur celle-ci.

Ce mois-ci, dix questions à Sylviane Toporkoff en avant-première du « Global Forum – Shaping the Future » dont l’édition 2014 se tiendra à Genève les 17 et 18 novembre prochain (Merci à J.-F. Soupizet).

Sylviane_Toporkoff

Sylviane, tout d’abord pouvez vous nous dire quel est votre parcours ?

Docteur d’État ès sciences économiques de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, j’enseigne à l’Université Paris 8 où mes cours son centrés sur l’économie de l’information et les projets européens.

Je m’intéresse par ailleurs aux villes et territoires intelligents, à l’énergie intelligente (smart energy), aux infrastructures numériques, aux applications et usages numériques, aux données, aux industries créatives.

Enfin, j’ai lancé  il y a quelques années le « Global Forum shaping the future » qui est un forum de très haut niveau, international et neutre, dédié à la réflexion sur le futur numérique et les changements économiques, industriels, sociaux, sociétaux et culturels de la société de l’information. Continue Reading

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