TV5: le piège

A écouter de si nombreux « experts » sur les réseaux, j’avoue tout d’abord avoir été agacé (je ne suis pas le seul). Qu’il soit dit qu’il n’y a aucune jalousie puisque j’ai été moi-même démarché (Europe 1, BFM, Euronews) sans avoir pu répondre favorablement. Mais j’ai découvert une liste d’experts de cybersécurité, cyberjihadisme et cyberdéfense dont je n’avais jamais entendu parler… N’insistons pas, je risquerais de faire du mauvais esprit.

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Cela m’a agacé pour d’autres raisons. Notamment l’obscénité de voir le tintamarre audiovisuel pour cette agression, comparé au traitement « retenu » du massacre de 150 étudiants au Kenya. Bref, un « confrère » était attaqué, voici donc que tous nos rédacteurs en chef se sentent soudain concernés (c’est chaud, ça, coco) des fois qu’ils soient les cibles des terroristes, sans même parler de la sacro-sainte liberté d’expression, (n’est-ce pas un mini Charlie, coco ?). Allons maintenant au fond des choses.

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APT : non pas quoi mais qui

Il y a trois ans, le mot APT (Advanced Persistent Threat) était le plus tendance du milieu cyber. Tout le monde le prononçait d’un air entendu, expliquant qu’il s’agissait d’un nouveau type de menaces. Les spécialistes d’entreprises de cybersécurité montraient leurs « solutions », les revues de directeurs de SSI ou de sécurité s’interrogeaient gravement, les journalistes faisaient leur travail en répercutant ce souci général.

A l’époque, comme tout le monde, j’avais essayé de comprendre : voici donc des menaces : bien ! Rien de bien nouveau. Elles sont persistantes : j’en déduis donc que par rapport à ce qu’il y avait « avant », celles-ci s’inscrivaient dans une plus longue durée. Soit ! Enfin elles étaient « avancées ». Fichtre ! là, il fallait écouter les informaticiens et autres hommes de l’art pour nous expliquer en quoi c’était vraiment « avancé » et donc à la pointe de l’innovation, donc de la menace. S’agissait-il d’une nouvelle technique ? de procédés inédits ? Malheureusement, on obtenait des réponses évasives qu’on mettait sur le compte de la complication inhérente à ces suites de zéros et de uns, indicibles au vulgum pecus.

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Armes miraculeuses, armes de rupture ? Le nucléaire est-il une arme décisive et miraculeuse ?

S’il est une arme qui paraît « miraculeuse », au sens où elle décide de l’issue de la guerre, c’est bien l’arme nucléaire. Elle fut l’objet d’une course aux armements dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, course finalement gagnée par les Américains, non d’ailleurs contre les Allemands mais contre les Japonais. Cependant, il convient de relativiser un peu le miracle occasionné, tout comme on peut interroger la notion de décision qui accompagne désormais l’usage militaire de l’atome.

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I Notion stratégique de Wunderwaffen

Qu’est-ce que les Wunderwaffen ? S’agit-il d’armes miraculeuses, ce qu’une traduction immédiate suggèrerait ? ou d’une arme décisive, apte à retourner le cours de la guerre ? Le Wunder est un « miracle » mais wunderbar signifie « formidable ». Définissons donc cela brièvement, hors de tout arrière-plan historique (discours de propagande allemand en 1944 et 1945) : la Wunderwaffe serait alors une arme dont les caractéristiques techniques permettent d’emporter localement la décision, d’inverser le rapport de force voire de modifier le cours du conflit.

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L’Echo du mois avec Sylviane Toporkoff – « Global Forum – Shaping The Future »

L’Echo du mois permet d’échanger, au travers d’un entretien,  avec des personnalités dont l’action s’inscrit dans les thèmes relatifs à la stratégie, à ses diverses variantes, à ses évolutions technologiques et à leur influence sur celle-ci.

Ce mois-ci, dix questions à Sylviane Toporkoff en avant-première du « Global Forum – Shaping the Future » dont l’édition 2014 se tiendra à Genève les 17 et 18 novembre prochain (Merci à J.-F. Soupizet).

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Sylviane, tout d’abord pouvez vous nous dire quel est votre parcours ?

Docteur d’État ès sciences économiques de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, j’enseigne à l’Université Paris 8 où mes cours son centrés sur l’économie de l’information et les projets européens.

Je m’intéresse par ailleurs aux villes et territoires intelligents, à l’énergie intelligente (smart energy), aux infrastructures numériques, aux applications et usages numériques, aux données, aux industries créatives.

Enfin, j’ai lancé  il y a quelques années le « Global Forum shaping the future » qui est un forum de très haut niveau, international et neutre, dédié à la réflexion sur le futur numérique et les changements économiques, industriels, sociaux, sociétaux et culturels de la société de l’information. Continue Reading

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Penser les réseaux

Je suis heureux de vous annoncer la parution du petit dernier ouvrage que j’ai dirigé : Penser les réseaux, une approche stratégique. Il s’agit des actes d’un colloque tenu en juin 2013 augmentés de quelques textes qui permettent de construire un ouvrage complet et cohérent. Trois thèmes se succèdent : approche théorique, perspectives militaires et stratégique, point de vue techno-économique. Au fond, il s’agit de penser la notion de réseau avant d’aller voir du côté du cyber et de l’informatique même si cette approche est aussi présente, bien sûr.

 

Couv Penser les réseaux

Avec des textes de l’amiral Arnaud Coustillère, Philippe Davadie, Frederick Douzet, Eric Hazane, François-Bernard Huyghe, Olivier Kempf, Colin L’Hermet, Dominique Lacroix, Jarno Limnèll, Nicolas Mazzucchi, Jamel Metmati, Kave Salamatian, Daniel Ventre. Ci-dessous vous trouverez la présentation détaillée du livre et les résumés des articles.

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Cyberconflictualité

L’autre jour, un étudiant américain débarque dans mon bureau. L’avantage avec les Américains, c’est qu’ils sont directs et francs, dans leurs méconnaissances comme dans leurs questionnements. Bref, l’entretien roulait, la cyberstratégie, l’inattribution, le rubik’s cube, tout ça. A la fin de l’entretien, il me dit « Donc, je comprends bien quand vous me dites qu’il n’y a pas de cyberguerre mais une cyberconflictualité ; mais quelle définition donnez-vous à cyberconflictualité ?« .

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J’en suis d’abord resté interdit. J’ai noté la question, réfléchi. Et puis je lui ai proposé cette définition. Dites moi ce que vous en pensez.

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Les Saint-Cyriens dans la guerre

Répondant à l’amicale sollicitation de Thierry Berthier (Cyberland), voici un petit billet participant à la série « Echoradar » sur le centenaire de 1914. Tout est tiré du remarquable et classique album du colonel Camus, « Histoire des Saint-Cyriens », paru chez Lavauzelle en 1980.

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Trois promotions allaient se retrouver ensemble à l’école pendant les années 13, 14 et 15 : Marie-Louise (11-14), Montmirail (12-14, celle de Monclar, pchitezz les bazars) et Croix du drapeau (13-14).

A la fin du baptême promo de la Croix du drapeau, le 31 juillet 14 (cette année là, le Triomphe est annulé, les anciens décident quand même de baptiser leurs bazars), une trentaine d‘officiers appartenant aux deux promo rassemblées font le serment de monter au premier assaut en casoar et gants blancs. Ce serment sera tenu mais jamais sous la forme que la légende lui prêta. « Le 22 août 1914, en Belgique, la section que commande le SLT de Fayolle se trouve en première vague. L’assaut est dur ; des hommes tombent, les autres hésitent et tournent les yeux vers leur jeune chef, attendant l’exemple et le mot d’ordre. Fayolle sent qu’un geste est devenu nécessaire. Il s’arrête, tire de a musette son caso qui ne l’avait pas quitté, le plante sur son képi. Tranquille, prenant son temps, il enfile ses gants blancs, les boutonne avec soin, se redresse, grandi de toute la hauteur de son plumet rouge et blanc, et s’écrie : « en avant, pour la France! ». Il tombe aussitôt, fauché par le feu d’une mitrailleuse ennemie« .

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Y a-t-il des leçons stratégiques à la guerre de 1914-1918 ?

A mon tour de participer au thème estival d’Echoradar (voir ici) Avec une question simple : Y a-t-il des leçons stratégiques à la guerre de 1914-1918 ?

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Une telle question est bien sûr très provocatrice. Nous avons tous lu les « enseignements » de ce conflit, la dispute entre offensive et défensive entre les deux guerres, la question du couple char-aviation, la percée de Guderian, conceptuelle avant d’être ardennaise… Mais en fait, tout ceci nous l’avons lu parce que nous savions que la Première guerre mondiale était Première, donc qu’il y en avait une Seconde. Nous avons tous observé la Première à la lumière de la Seconde. Ici, ce qui m’intéresse, ce sont les leçons stratégiques que l’on pourrait tirer du conflit sans savoir la suite. Des leçons qu’on pourrait tirer aujourd’hui.

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