Peuples et stratégie : le dossier du mois.

La stratégie est souvent décrite comme un affrontement entre « nous » et « eux ». Cette définition sommaire peut être valable pour les organisations comme pour les Nations. Dans l’ordre politique en tout cas, ce « eux » et ce « nous » sont clairement des peuples. Qu’est-ce en effet qu’une Nation sinon un peuple habitant un territoire et partageant des convictions communes, des représentations partagées pour reprendre le vocabulaire d’Yves Lacoste ? Un territoire est d‘ailleurs un espace habité par une population.

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Il y a ainsi un lien très fort entre l’espace, les hommes qui l’habitent et l’organisation politique qui en dépend. La stratégie, dans son sens politique, ne peut donc faire l’impasse sur ces peuples.

Pour deux raisons. La première tient à ce que les populations constituent une cause et un objectif de la stratégie. Clausewitz, identifiant la « remarquable trinité », voyait bien les trois pôles de la décision stratégique : le chef militaire, le décideur politique mais aussi et surtout le peuple sous-jacent, celui sans lequel les deux premiers ne pouvaient rien faire. Clausewitz écrivait au milieu du XIX° siècle, après avoir été témoin des guerres révolutionnaires et impériales, et entendu résonner longtemps dans sa mémoire le cri de « Vive la Nation », proféré par la Nation en armes de Valmy. Cause de la guerre, le peuple en est aussi l’objectif puisque de plus en plus, les centres de gravité (autre notion clausewitzienne) des guerres contemporaines, notamment du XX° siècle,  ont porté sur le soutien du peuple à son appareil dirigeant, plus qu’à la destruction des forces.

La deuxième raison, tient à une permanence de la guerre, « redécouverte » récemment : le fait que la guerre se tient au milieu des populations voire contre les populations. Ce n’est pas vraiment nouveau si on repense à la Guerre des Gaules pratiquée par César ou encore aux Malheurs de la guerre dessinés par Jacques Calot. On le verra en redécouvrant la guérilla au temps de l’empire byzantin (N. Mazzucchi, Polemos). Mais la guerre blindée-mécanisée préparée pendant 5 ans de Guerre froide a laissé la place, au tournant des années 1990, à une guerre au milieu des populations, bientôt devenue guerre hybride, sans même parler  des contextes de guerre urbaine de plus en plus fréquents.

Les peuples, encore et toujours, car il n’est de richesses que d’hommes, nous expliquait très tôt Jean Bodin : pour lui d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, il s’agissait de richesse quantitative, le nombre prévalait. C’est ce que déjà Claude de Seyssel pressentait (Egéa). La démographie demeure donc toujours un facteur déterminant de puissance, donc de calcul stratégique (Lignes stratégiques). Toutefois, avec le développement du numérique, ces communautés prévalentes demeurent-elles toujours ? grave question que relève Informatiques orphelines.

Peuples et stratégie : voici le thème  de ce dossier de rentrée que nous vous offrons, à Echoradar : manière de vous souhaiter une bonne année.

O. Kempf

 

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Du prochain crach du bitcoin

Le bitcoin monte à des valeurs folles. Le rythme de croissance de son cours rappelle l’inflation dans l’Allemagne de l’après-guerre mondiale. A la seule différence qu’alors, c’était la valeur de la monnaie qui subissait une chute vertigineuse, tandis que dans le cas présent, elle connaît une hausse exponentielle. Mais ne s’agit-il que d’une bulle spéculative ? « C’est pas si simple« , comme disait mon expert favori…

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En effet, on pourrait penser à une bulle spéculative. Comme celles auxquelles les marchés financiers nous ont habitué. Pour les plus anciens, souvenez-vous de la bulle des dot.com en 2000. Alors, l’exubérance irrationnelle des marchés financiers jouait à plein (était-ce de Greenspan ou de Bernanke ?). On nous expliquait le mimétisme à la fois rationnel de ceux qui suivaient la bulle mais aussi sa nécessaire explosion, une fois que le fantasme laissait cours à la nouvelle, celle qu’il y a bien une réalité et que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » et que « il faut vendre au son du canon » et autres proverbes boursiers. Continue Reading

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Décès de Christian Malis

Christian Malis vient de décéder. La communauté stratégique perd un de ses membres éminents, et moi un ami.

Nous nous sommes connus il y a quelques années, lorsqu’il a monté avec Stéphane Dossé et moi le premier colloque français de cyberstratégie. Stéphane le considérait comme l’un des meilleurs penseurs stratégiques actuels qui se ne distinguait pas uniquement pas ses compétences mais aussi par sa modestie et son ouverture d’esprit. Le sujet était alors totalement nouveau car s’il y avait déjà quelques approches de cybersécurité, la partie étendue incorporant la défense n’existait pas vraiment.

Avec les membres du feu blogzine AllianceGeostrategique.org (AGS) dont beaucoup ont depuis rejoint EchoRadar.eu, nous étions une bande de passionnés qui s’interrogeaient sur ce domaine émergent. Christian est venu nous trouver, appuyé par le Centre de Recherche des Ecoles de Coëtquidan, pour monter ce colloque qui a donné lieu à un livre dans la collection Cyberstratégie que je lançais simultanément chez Economica.

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Commander c’est renoncer

Une petite réflexion m’est venue sur le commandement. On ne cesse de dire que commander c’est choisir.

Le plus souvent, on considère que ce choix consiste à établir des priorités, donc à établir ce qu’on va faire en premier, puis en second, etc…

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Cela amène à des contradictions comme le fameux « tout en » que j’ai vu apparaître dans de nombreux ordres de toute nature : « faire ceci tout en faisant cela », ce qui signifie qu’on ne choisit pas vraiment puisqu’on met deux choses de même rang. ON ne classe pas, on ne priorise pas, on ne décide pas.

Il reste que le vrai choix ne porte pas sur le point d’effort, contrairement à ce que tout le monde pense. Non, le choix consiste à décider ce à quoi on renonce. C’est le renoncement qui marque les priorités…

Dans notre méthode de raisonnement tactique, il faudrait en fait qu’on examine les options et qu’on propose au chef d’éliminer celles qui ne sont pas essentielles, même si elles contribueraient à l’effet général.

Mais l’économie des moyens et la concentration des efforts doivent nous forcer à ne pas tout faire. Donc à se découvrir dans des lieux évalués. Donc à prendre des risques…

Voilà le vrai risque de la décision : celui des choses qu’on abandonne….

O. Kempf

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Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie

Qui connaît Étienne de La Boétie ? On lui associe le nom d’une rue huppée de Paris… les plus cultivés penseront au Discours de la servitude volontaire, sans bien savoir de quoi il s’agit. Justement, voici une bonne occasion de creuser un peu et de lire ce bref opuscule (une cinquantaine de pages en format poche) d’un auteur du XVIè siècle.

Discours de la servitude volontaire

Un classique à la langue d’autrefois. Convenons en tout de suite, la lecture n’est pas aisée car il y a une vraie distance entre le françois de jadis et celui que nous pratiquons aujourd’hui. Cependant, le texte est lisible et compréhensible sans efforts, surtout que les éditions modernes (j’ai utilisé celle de Garnier-Flammarion) donnent suffisamment de notes de bas de pages pour expliciter ce qui serait obscur. Continue Reading

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Le plus grand roi de la terre et ses deux enfants

Il était une fois le plus grand royaume de la terre. Son roi était un homme élégant et plein de charme, un prince charmant en quelque sorte, son roi devait partir après huit ans de règne. Il avait été élevé dans les îles, à l’ouest du royaume, et son règne avait été marqué par son rêve des terres au-delà de l’océan, là où le soleil se couche.

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C’était aussi un roi pacifique. Il avait refusé de poursuivre les guerres que son prédécesseur avait engagées au levant et s’était efforcé d’y mettre fin, retirant ses armées, disant à ses généraux plein de bravoure qu’il y a plus grande gloire à faire la paix qu’à poursuivre les horions. Mais il était roi et devait défendre les intérêts du royaume. Aussi tenta-t-il de parlementer, envoyant force légats à travers les contrées…  Continue Reading

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Europe Mad Max demain (B. Wicht)

Le titre de l’ouvrage est tellement « racoleur » qu’on est forcément méfiant en saisissant le volume : va-t-il être sérieux ? Mais comme c’est un ami qui vous l’a instamment conseillé et prêté, vous y jetez un coup d’œil. Au bout de dix pages, vous foncez sur la FNAC, achetez ledit bouquin, rendez l’original à l’ami : voici un livre qu’on doit garder chez soi, dans toute bibliothèque stratégique sérieuse, un livre qu’on peut annoter et crayonner comme on veut, un livre « à soi ». Car il met à plat en 144 pages tout un tas de bouts d’idées qu’on avait par devers soi, qu’on ne savait pas vraiment comment articuler même si on sentait qu’il s’agissait de quelque chose d’important.

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L’Europe et la guerre contre l’EI

Voici le texte d’une conférence que j’ai prononcée l’autre jour, le 23 janvier, à l’Université Saint-Louis de Bruxelles. Le thème du colloque était celui de la Politique Européenne de Voisinage. On m’avait donné la guerre contre l’EI comme sujet, ce qui est, on en conviendra, assez éloigné de la politique européenne de voisinage. Voici comme je m’en suis tiré.

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Évoquer la guerre contre l’EI à l’occasion d’un colloque consacré à la Politique Européenne de Voisinage (PEV) paraît une gageure. Tout d’abord parce que la PEV paraît mal articulée à la PSDC, ensuite parce que la PSDC ne semble pas affirmer grand-chose en ce qui concerne la lutte contre l’EI. Au fond, si les Européens sont au front contre l’EI, l’UE en tant que telle est plus distante. Pour le comprendre, nous dresserons d’abord un état des lieux de la guerre contre l’EI, pour analyser ensuite l’action des Européens avant d’examiner enfin les conséquences pour l’UE.

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