L’énergie, au cœur des problématiques stratégiques

Parler d’un livre qu’on vient d’écrire – sans tomber dans le panégyrique ou l’autocritique maoïste s’entend –  relève toujours de la gageure, voire de la schizophrénie. Ainsi, je viens de commettre un ouvrage dont le titre dévoile grandement le contenu : Energie, ressources, technologies et enjeux de pouvoir. Il s’agit d’un aboutissement personnel évidemment, puisque l’objectif avoué était d’embrasser tous les grands enjeux de la géoéconomie de l’énergie. C’est bien là tout le défi et tout le problème. En effet aucun livre en français n’avait jusqu’ici pris en compte l’ensemble des aspects stratégiques que peut revêtir la question énergétique au plan international. Loin de ne se cantonner, comme c’est trop souvent le cas, à la géopolitique des ressources en hydrocarbures, l’énergie est un secteur vaste et, surtout, fondamental.

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Les guerres pour les ressources auront-elles lieu ?

La question des causes des guerres a toujours été une des principales interrogations des analystes prospectifs. Retracer les causes complexes des grandes guerres mondiales – principalement de la Première – est un travail long qui prend sa source bien en amont de l’attentat de Sarajevo. Toutefois ces dernières années, changement climatique oblige, des questionnements sont apparus concernant les ressources naturelles. Les modifications, d’origine humaine, que subit le climat terrestre, seraient la cause de crises sécuritaires majeures, se positionnant à côté (ou en surimpression) des crises conventionnelles.

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L’épuisement programmé des ressources naturelles, eau, hydrocarbures, minerais, ouvrirait la voie à un monde chaotique n’ayant rien à envier au Mad Max de George Miller, lui-même sur fond de crise du pétrole. Au XXe siècle, la crise du Biafra était déjà présentée comme une affaire essentiellement pétrolière, pour le contrôle des richesses du Nigéria. De même, comment éviter l’aspect « course aux champs pétroliers » dans une analyse du Second conflit mondial à l’Est ? Toutefois ces guerres ne peuvent être reliées aux seules ressources. La dynamique mortifère des régimes nazi et communiste les poussait à s’opposer frontalement dans une confrontation eschatologique. De même comment ignorer les nombreuses questions ethniques et religieuses au Nigeria, dont la crise de Boko Haram est un énième révélateur ? Il appartient ainsi de comprendre ce qui se cache derrière cette idée de guerre pour les ressources.

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Dossier estival 2016 : Cygnes noirs et surprises stratégiques

Depuis 2006 et le livre éponyme de N. Taleb, le concept de cygne noir est devenu à la mode pour qualifier ces évènements imprévisibles et improbables – mais pas impossibles, là est la nuance – aux conséquences dramatiques. Du 11 septembre à Fukushima, le XXIe siècle débutant, semble celui de l’imprévisibilité et de la surprise. Le récent vote du Brexit, encore vu il y a quelques mois comme fortement improbable, vient nous rappeler que la surprise stratégique, même si on la croit éculée, reste une issue possible.

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« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité », nous rappelle Arthur Conan-Doyle dans Le signe des quatre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on aborde la question de la surprise stratégique, la balance entre l’impossible et l’improbable. Tout l’art du risk manager d’entreprise – sans parler du chef militaire qui est un risk manager par essence – consiste ainsi à faire prendre conscience à ses décideurs des dangers potentiels qui les menacent dans le brouillard, sans que ceux-ci ne les balaient d’un revers de la main. L’expérience de Patrick Lagadec, spécialiste des crises et des risques, directeur de recherches à Polytechnique pendant trois décennies, relatée dans l’excellent Le continent des imprévus, fait parfois froid dans le dos. Elle montre la permanence des blocages et la surdité des dirigeants, même face à l’évidence.

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Japon : les cerisiers refleuriront

Le Japon a toujours été un pays fascinant vu d’Occident. La distance culturelle qui sépare les cultures nippone et occidentale semble à la fois infranchissable et, par moments, quasi-nulle. Pays de tradition centralisatrice, féodal, ayant longtemps disposé d’une monarchie sacrée de droit divin, culturellement rayonnant, le Japon rappelle par de nombreux aspects la France, même s’il s’en détache aussi très fortement. De retour d’une semaine au pays du Soleil levant, les impressions sur l’évolution stratégique et géoéconomique appellent des réflexions sur la situation des deux pays.

© Nicolas Mazzucchi

Comment oublier que la France – et les pays d’Europe de manière plus large – étaient avec le Japon (et bien sûr les Etats-Unis), les grandes puissances du XXe siècle finissant ? Dans les années 1990, la CIA publiait le rapport Japan 2000, lequel insistait sur la compétition entre Washington et Tokyo sur quasiment tous les plans. Le système d’intelligence économique japonais, la puissance du MITI (ministère du Commerce extérieur et de l’Industrie, devenu aujourd’hui METI), les grands consortiums, tout cela faisait trembler les Occidentaux. C’était avant la crise asiatique et l’émergence de la Chine et d’autres pays d’Asie ; les actifs internationaux auparavant concentrés au Japon s’étant depuis dispersés sur d’autres places asiatiques. Comme pour les puissances européennes, le Japon a connu une perte de puissance certaine, le pays a été dépassé par la Chine dans le classement des PIB mondiaux à la fin de la décennie 2000. Fukushima est venu ajouter une douloureuse péripétie à l’histoire du Japon post-XXe siècle.

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Cinéma de guerre, guerre par le cinéma

Est née d’une fructueuse discussion avec mon camarade et complice Olivier Kempf, à l’occasion d’un jeu-concours à son initiative sur le cinéma de guerre, la réflexion que celui-ci pouvait être une forme d’influence particulière autant qu’un signal faible de projection de puissance internationale. En effet Olivier a remarqué que sur les films cités par les participants au jeu, la plupart – environ 80% – étaient américains.

Au-delà de cette réflexion sur l’américanisation, en surface du moins, du film de guerre, il appartient de faire une distinction entre le film « sur la guerre » et celui ayant la guerre comme toile de fond. L’objet et le décor se séparent ainsi, sans même parler de plusieurs autres variables comme le fait que la guerre évoquée appartienne à l’histoire nationale du pays producteur ou même l’époque plus ou moins lointaine à laquelle elle se situe.Cuirasse Potemkine

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Le jour d’après

Il est rassurant de voir des scènes spontanées où les Français chantent ensemble leur hymne national. Il l’est aussi d’apprendre dans les médias que les ventes de drapeaux ont battu des records ces derniers jours, suite notamment à l’appel des autorités de décorer les fenêtres des habitations avec ce symbole que beaucoup croyaient éculé. L’élan de solidarité patriotique – les débats fleurissent en ce moment sur patriotisme et nationalisme, en dénaturant toujours autant la fameuse citation de Romain Gary (1) – plus d’une semaine après les attentats rassure quelque peu sur l’appréhension que notre pays a de ces évènements. Déjà certains s’interrogent sur l’efficacité de tel ou tel dispositif ; gageons que d’ici peu c’est sur le potentiel liberticide de certaines lois que les projecteurs se braqueront.drapeau_france

Frappée dans sa chair, deux fois d’affilée cette année, la France relève la tête ; celle du martyr. Ces attentats ont visé deux cibles différentes en 2015, touchant deux franges distinctes de la population. D’un côté avec Charlie Hebdo, la liberté d’expression, la presse et une certaine forme d’intelligentsia parisienne, de l’autre avec le Stade de France et les bars et restaurants du 11e, le public, toutes classes confondues allant de la famille jusqu’aux groupes de jeunes bobos ; surtout ceux se rendant au Bataclan, lieu de divertissement insupportable pour les auteurs des attaques. C’est donc un spectre large qui est visé pour provoquer une déstabilisation complète de la société. Les répercussions d’une action à Paris montrent que la France est toujours aussi macrocéphale malgré les politiques de décentralisation et que l’indistinction nébuleuse des cibles est bien la chose la plus terrorisante à grande échelle. Nous sommes bien loin des Brigades Rouges et autres avatars du terrorisme des années 1970-80, de la stratégie du en frapper un pour en éduquer cent. Au contraire même puisque le peuple fait bloc dans une communion nationale dont on ne peut que déplorer qu’elle n’existe qu’à la suite de ces circonstances.

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Artificialités futures – Les réseaux électriques intelligents, opportunités et vulnérabilités des villes de demain

Lorsque se pose la question de l’avenir énergétique des sociétés occidentales, une des hypothèses qui revient régulièrement dans les débats entre spécialistes concerne le développement de l’efficacité énergétique. En effet, si au lieu de tenter de réduire nos émissions de CO2 par KWh, nous tentions plutôt de réduire notre production énergétique ? En l’état ce serait déjà une option tout à fait réalisable, mais celle-ci s’effectuerait au détriment de la qualité de vie des habitants du Nord ; irréaliste donc.

Smart-GridUne solution se dessine alors, limiter les émissions de gaz à effet de serre lors de la production électrique, dans les centrales à charbon ou à gaz par exemple, en diminuant les pertes sur le réseau. En effet, selon les endroits de la planète, ces dernières peuvent atteindre les 50% de la production d’électricité ; il convient alors de mettre en place des politiques adaptées.

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