L’ECHO DU MOIS AVEC CYRIL COLIN – CEO d’ELUM

Cyril Colin est le co-fondateur et le directeur général de la société ELUM Energy, porteur du projet eNergy qui est un logiciel d’intelligence artificielle de pilotage et de contrôle prédictif d’un système de stockage d’énergie couplé à un système de production photovoltaïque. Cette solution s’adresse aux acteurs industriels des pays en voie de développement souhaitant bénéficier d’une fourniture d’électricité fiable, locale et adaptée à leur besoin dans le cadre d’une autoconsommation partielle.

1. Le système d’optimisation à base de photovoltaïque permettra-t-il de se diriger vers une autonomie locale ou n’est-il qu’un appoint à l’approvisionnement par d’autres ressources énergétiques?

Tout à fait, le fait de coupler production locale photovoltaïque et stockage d’énergie sous forme de batteries (tous deux rendus possibles par une forte baisse de leur coût de production : division par 4-5 au cours des 5 dernières années) permet de changer la vision du réseau de demain. Cela permet d’envisager à terme un réseau composé de bâtiments quasiment autonomes capables de s’échanger de l’énergie en temps réel en fonction des réserves et besoins de chacun.

2. Le photovoltaïque est-il le système de production d’énergie le plus à même de favoriser l’optimisation ou peut-on imaginer pareil système avec d’autres sources d’énergie?

Le photovoltaïque apparaît aujourd’hui comme la technologie la plus à-même de permettre l’autoconsommation (produire l’énergie adaptée à ses besoins localement) pour quatre raisons :

  • Son coût toujours plus faible (divisé par 4 en 5 ans) ;
  • Son niveau de maturité (comparé à d’autres technologies de production renouvelables) ;
  • Sa simplicité d’installation ( sur les toits des bâtiments ) ;
  • Sa « scalabilité » ( le nombre de panneaux permet d’adapter la capacité de production aux besoins du bâtiment).

3. La « transition énergétique » en France est-elle une posture ou marque-t-elle une véritable rupture ?

La transition est plus qu’une posture avec de récentes initiatives pour le développement et l’intégration des énergies renouvelables aussi de la part du ministère de l’énergie que de la Commission de régulation de l’énergie (CRE)  :

  • Appels d’offre de la CRE visant à promouvoir l’installation de panneaux photovoltaïques en application d’autoconsommation et non de revente réseau ;
  • Appels d’offre de la CRE pour l’installation de stockage d’énergie afin d’augmenter le pourcentage de pénétration des énergies renouvelables dans les îles françaises ;
  • Appel d’offre Greentech du ministère de l’Énergie, visant à soutenir les projets innovants dans le domaine des « Cleantech » par l’intermédiaire subventions ;
  • Appels d’offre de l’ADEME pour le financement de projets de R&D dans le domaine des « Cleantech » ;
  • Evolution de la réglementation dans le soutien de la filière photovoltaïque, après la baisse des tarifs de rachat mise en place d’un mécanisme de complément de rémunération de revente des énergies renouvelables sur le marché spot ;
  • Mise en place du marché de capacité par le réseau de transport d’électricité (RTE) ouvrant la voie à l’utilisation de nouveaux moyens de flexibilité et l’agrégation des capacités de stockage d’énergie.

4. Quels sont les segments de souveraineté dans les réseaux intelligents ?

Deux segments de souveraineté pour les logiciels de gestion de micro-réseaux intelligents :

  • La capacité à intégrer tout type de technologie de production / stockage ( agnostique ) ;
  • La capacité à prévoir les aléas météorologiques, les changements de comportement ainsi que l’usure prématurée du système.

5. Est-il possible d’espionner via les réseaux intelligents ?

Les réseaux électriques intelligents nécessitent des flux de données importants afin d’adapter besoin et production à l’échelle locale. Cependant de nombreuses techniques permettent de ne pas livrer d’information personnelle lors de la réalisation d’un système électrique intelligent.

6. En quoi l’intelligence artificielle renforce-t-elle le développement durable ?

Elle permet de mieux intégrer des grandeurs complexes influençant, d’une part, la consommation d’énergie d’un bâtiment (tels que les comportements humains) et, d’autre part, la production d’énergie solaire (tels que les phénomènes météorologiques). Ces algorithmes permettent une meilleure prévision des besoins énergétiques et donc un meilleur contrôle des systèmes de stockage d’énergie apportant une efficacité plus grande des systèmes énergétiques et une réduction du coût de l’énergie.

7. Vous avez créé la startup Elum. Quelles ont été les principales difficultés dans cette création ? Les incubateurs de startups sont-ils efficaces pour le démarrage ?

La principale difficulté lors de la création d’Elum fût la confrontation de notre jeune structure avec un marché de l’énergie composé d’acteurs expérimentés et intégrés.

Les incubateurs de startup sont essentiels dans le démarrage d’une startup. Nous sommes ainsi soutenus par Agoranov et Impulse Partners, qui nous ont apportés beaucoup (bureaux, subventions publiques, opportunité de financement privé…)

8. Faut-il de l’audace et du courage pour créer son entreprise en France, en 2016, à la sortie de l’Ecole Polytechnique ?

La création d’une startup à la sortie de l’Ecole Polytechnique est de plus en plus facilitée par les dispositifs mis en place par l’Ecole, le passage d’un pôle entrepreneuriat à une direction de l’entrepreneuriat matérialise cet effort, devenant l’un des piliers fondamentaux de celle-ci.

De plus, la création de l’accélérateur X-tech permet une meilleure transition entre le cursus et la création de startup mais également le développement du réseau entrepreneurial au cœur du plateau de Saclay.

9. Que conseilleriez-vous aux jeunes ingénieurs qui hésitent à lancer sa startup ?

De ne pas hésiter à contacter les anciens qui se sont lancés bien avant nous. Dans le cas d’une hésitation, je conseille de réaliser le master « Entrepreneuriat » de l’Ecole Polytechnique en partenariat avec UC Berkeley afin d’être mis en condition réelle de porteur de projet, en parallèle des cours du master. Cela permet, je pense, de mieux envisager ce qu’est l’entrepreneuriat et de commencer à s’entourer de personnes plus expérimentés ayant une expérience dans le domaine.

10. Que vous inspire EchoRadar et que nous souhaitez-vous ?

Je pense que c’est une très bonne initiative et vous souhaite de poursuivre cette aventure avec encore beaucoup d’innovations dans vos articles et analyses.

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